<body>

Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

samedi 23 juillet 2005

98. 66 ans de couple

Parfois, je mets des articles en archive pour les ressortir plus tard. Mais parfois l'actualité "brûlante" repousse loin l'utilisation de ce matériau et ces documents tombent dans l'oubli.

 

Au lendemain de la pendaison de ces deux adolescents homo en Iran, je me suis dit qu'un peu d'espoir me ferait du bien. Et c'est pourquoi je veux me souvenir aujourd'hui de Carey Leto et Venera Magazzu. L'an dernier, le New York Blade (un magazine gay plutôt de droite) leur consacrait un article à l'occasion de leur 65ème anniversaire de vie commune, une fête célébrée dans leur résidence de Tampa, en Floride.

-

 

 

-

Beaucoup de couples, homo ou hétéro, ont du mal à tenir deux ou trois ans. Et voilà deux femmes qui ont vu ensemble le passage de 12 Présidents américains. Carey, en effet, a 90 ans et Venera 92. Une vie largement passée à New York, où elles se sont rencontrées, avant de déménager en Floride.

 

Elles se sont rencontrées en 1939, dans le Bronx, à cause d'un ami commun qui avait comploté l'événement. Une première rencontre assez fraîche parce que Carey était avec une autre femme à l'époque. Mais l'attirance était palpable, diront-elles plus tard.

 

Un an plus tard, les deux femmes accompagnent un ami dans un voyage en Californie. Un long voyage d'été qui conduit à leur déclaration d'amour. Elles emménagent ensemble à NY à leur retour.

 

Durant la seconde guerre mondiale, elles ont ensemble joué un rôle important dans le système de transmissions secrètes et codées que l'on connaît comme le Manhattan Project, dont une des branches a importé aux USA les scientifiques allemands qui travaillaient sur le nucléaire. L'occasion de rappeller ce que les armées doivent aux homo au moment où, par exemple, l'armée américaine continue sa politique d'expulsion des homo.

 

Elles ont eu quelques problèmes de "triangle", et notamment lorsque Venera aura une "affaire" durant son séjour à l'armée avec... UN militaire. En fait, les deux avaient le blues pendant leur période militaire, mais chacun est rentré vers son conjoint. Et Venera, après quelques mois, est revenue vers Carey, qui lui fit passer l'indispensable Purgatoire avant de la pardonner.

 

C'est d'ailleurs le secret de leur relation, disent-elles: ne jamais aller se coucher sur une dispute ou un malentendu. Ce qui leur a donné quelques nuits blanches, assurent-elles.

 

Après leur retraite, elles s'installent en Floride, et elles retrouvent beaucoup de "membres du club", une expression très ancienne pour désigner la communauté gay. Et notamment une association qui s'appelle The Senior Action in a Gay Environment (SAGE), la plus ancienne et la plus nombreuse organisation d'aide et de service auprès des séniors gay.

 

Une association fondée en 1977 à New York et qui aide les gay argentés (litt. the silver gay), notamment par des programmes qui leur permettent de sortir de l'isolement du grand âge, des programmes éducatifs, mais aussi le soutien dans toutes leurs démarches administratives, médicales, etc.

 

C'est ce qui explique que Carey et Venera ont, à 90 ans passés, une vie très active: théâtre, concerts, clubs de danse, de cartes (un peu de casino, on est américain ou on ne l'est pas).

 

Mais leur activité favorite est le voyage, surtout les croisières. L'été prochain dit l'article (et donc c'est cette année 2005), ce sera les Caraïbes.

 

Et à ceux qui leur demandent à quoi ressemble la vie sexuelle à 90 ans, elles répondent simplement qu'elles "profitent de la présence l'une de l'autre", sans autre détail. Ajoutant tout de même: "les jeunes doivent savoir que ça se passe encore à 90 ans"...

 

Bien sûr, ces deux femmes ne sont pas mariées légalement ou religieusement. Elles se sont inscrites comme domestic partners en 1996. Et à leur âge, l'idée du mariage est dépassée, expliquent-elles. Mais elles espèrent voir le jour où la société va progresser en ce sens.

 

Elles savent que le temps jouent contre elles, et que leur vitalité diminue. Pourtant, elles apprécient l'autre de plus en plus. Et, dit Carey, j'espère simplement partir avant Venera parce que je n'imagine pas vivre sans elle.

 

Et vous voudriez après ça me faire croire que pendant 66 ans Dieu n'a pas béni leur couple? Ou que ces deux femmes sont un danger pour l'amour et les familles hétéro? Arrêtons de dire des conneries !

 

Aujourd'hui, où qu'elles soient, je me souviens de Carey et Venera. Deux femmes totalement anonymes: elles ne changeront pas la face du monde, et sans doute pas les horreurs qui s'y déroulent. Mais je veux croire que leur décennies passées ensemble à s'aimer est leur propre don au progrès de toute l'humanité.

-

 

Merci, Seigneur, pour l'amour de ces deux femmes, pour ces 66 années où elles ont vécu dans ta lumière. Merci, pour ces décennies d'amour et de vie de couple que les séniors gay nous montrent partout dans le monde. Que la fin de leur vie soit comme un signal lumineux à la face du monde, et que l'on voit la beauté et la merveille que tu as mis dans leurs coeurs. Amen.

Posté par cathogay à 19:15 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


vendredi 22 juillet 2005

97. l'Iran exécute 2 ados pour leur «homosexualité»

Deux adolescents homosexuels ont été exécutés publiquement le 19 juillet dernier, sur la place de la «Justice» de la ville de Mashhad. L'un était âgé de 18 ans, l'autre était mineur [ils avaient un ou deux ans de moins au moment des faits reprochés]. Une exécution dont les derniers moments ont été diffusés dans le journal télévisé.

Selon Outrage!, les deux jeunes gens auraient admis sous la torture avoir eu des relations sexuelles avec des hommes [plus âgés qu'eux] lors d'une nuit de beuverie. Leur avocat a plaidé qu'ils n'avaient pas conscience que les relations homosexuelles et le fait de boire de l'alcool étaient interdit.

Il faut savoir que l'homosexualité est une crime en Iran, mais la peine de mort n'est pas toujours appliquée, elle est plus souvent réservée pour les crimes, les viols, les vols à main armée, l'adultère, le trafic de drogues et l'apostasie.

Un troisième garçon, âgé de 13 ans [au moment des faits], qui était vraisembablement avec eux, n'a pas été condamné parce que la loi iranienne ne reconnaît pas le consentement sexuel à cet âge, ce qui implique que tout contact sexuel avec un mineur de 13 ans est considéré comme un viol. C'est pourquoi les deux jeunes gens exécutés le 19 juillet ont été aussi condamnés pour avoir «violé» ce garçon.

Avant leur exécution, ils avaient été emprisonnés 14 mois et avaient reçus 228 coups de fouet. Leur avocat n’a pas réussi à infléchir la décision de la Cour suprême de Téhéran en évoquant leur jeunesse (16 ans au moment des faits). Le code pénal iranien prévoit que les garçons peuvent être pendus à partir de 15 ans.

Pour qu'ils aient un visage (et non par morbidité), j'ajoute ici une photo de leurs derniers moment.

Seigneur notre Dieu, ces deux gamins pendus parce que pédé étaient des nôtres. Accueille-les auprès de toi et qu'ils connaissent ton amour pour l'éternité. Amen.

-

Posté par cathogay à 17:05 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

96. une femme de tous les combats

Je n'arrive plus à retrouver un article que j'avais lu (il me semble) dans The Advocate, je crois que c'est l'édition de février ou de mars. Il s'agissait d'une dame qui expliquait qu'on est parfois coincé entre plusieurs niveaux contradictoires de discrimination.

 

Et elle citait son cas: une femme, noire, lesbienne et catholique. En lisant l'article, je me suis dit: "et tu oublies Américaine" mais ce n'est peut-être pas gentil...

 

C'est vrai, disait-elle, que toutes ces caractéristiques lui ont été données à la naissance et il n'y a pas un jour de sa vie où elle n'a pas payé pour ses origines. Pourtant, à choisir, elle ne voudrait rien changer à ce qu'elle est.

 

Le sexisme, le racisme, l'homophobie, tout le monde comprend que ça fait mal. Et, ajoutait-elle, ce n'est pas drôle tous les jours d'être catholique dans la communauté afro-américaine. Elle terminait en disant: "et essayez d'être femme, noire et lesbienne dans la communauté catholique!".

 

La suite de l'article (que je regrette de ne pas retrouver, croyez-moi) parlait de ses déboires. Et surtout du fait que sa simple présence était comme un rappel que les autres communautés humaines existent. Un combat de tous les jours, j'avoue que je l'ai beaucoup admirée en lisant l'article...

 

Mais c'est la fin de l'article qui m'est revenu en mémoire hier en répondant à un commentaire. L'interviewer lui demandait quel est pour elle le combat le plus important parmi ceux qu'elle mène.

 

Et très clairement, elle déclare: la lutte contre l'homophobie. En effet, dans son expérience, les discriminations contre les femmes, les noirs ou les catholiques aux USA s'arrêtent à la porte de sa maison: ce sont des discriminations sociales qu'elle peut combattre en se réfugiant dans le sanctuaire de son couple et de sa famille.

 

Par contre, disait-elle, l'homophobie est une tyrannie exercée au coeur même de sa vie privée, jusque dans sa chambre à coucher. C'est une dictature imposée à sa vie de couple, à sa relation de mère avec sa fille, etc. Dans tous ses gestes, ses paroles, ses attitudes, elle doit se surveiller (même en privé) parce qu'il y a la censure homophobe. Ses choix de vie, de couple, de résidence sont bien plus marqués, dit-elle, par l'homophobie que par le racisme ou le sexisme.

 

Un exemple de son vécu: il est plus facile, raconte-t-elle, d'être une famille noire dans un quartier blanc qu'une famille lesbienne.

 

Je me suis fait cette réflexion: est-ce que le combat pour le respect de l'amour gay est une priorité pour nos pays? et pour l'Eglise? On pourrait dire que non: la pauvreté, le chômage, l'insécurité, la maladie, voilà bien sûr les questions essentielles d'aujourd'hui...

 

Néanmoins, une société démocratique ne se mesure pas seulement (pas d'abord?) à ses acquis en termes de santé, d'emploi ou de sécurité. Mais aussi à son niveau de liberté, de solidarité et de responsabilité. Or, nos pays ne seraient pas démocratiques s'ils étaient racistes, sexistes, anti-sémites ou homophobes. Quand bien même nous aurions les PIB par habitant les plus élevés de la planète et que nous ayons réglé tous nos problèmes de pauvreté, chômage, insécurité ou encore maladie. Ainsi, par exemple, certains pays pauvres peuvent être plus démocratiques que d'autres plus riches.

 

De même pour l'Eglise Catholique: sort-elle grandie du fait qu'elle en reste à des opinions pré-coperniciennes sur les gay? Sort-elle grandie du fait qu'elle affirme sur les gay des choses qui n'ont aucune base scientifique? Comme par exemple que l'amour gay est un danger pour l'amour hétéro et une offense au plan de Dieu pour l'humanité...

 

Je reviens encore à cette note que je vous avais écrit sur Mgr Terry Steib, évêque catholique de Memphis, Tennessee. Certains lui ont peut-être dit qu'il y avait des choses plus urgentes à faire dans son diocèse que d'accueillir les homosexuels et d'utiliser des fonds pour financer une pastorale adaptée aux gay... Il y a des pauvres à aider, des malades à soigner ou des églises à construire. Mais je vois que, dans son souci pastoral et humain, Mgr Steib a malgré tout fait une priorité de la pastorale des minorités sexuelles...

 

Alors, où souffle vraiment l'Esprit? à Rome ou à Memphis... Ce ne serait pas la première fois que les prophètes résident plutôt dans les coins perdus, les périphéries ou les déserts... débat...

 

Bon, arrêtons ces choses sérieuses et passons à la détente. Voici un film qui n'est absolument pas un monument du cinéma et certainement pas à prendre au sérieux:  To Wong Foo, thanks for everything, Julie Newmar (stupidement traduit en français par "Extravagances", quelle paresse). Une histoire de drag queens, avec Patrick Swayze, Wesley Snipes et John Leguizamo, trois des acteurs pourtant les plus macho d'apparence produits par Hollywood. Brève apparition aussi de Robin Williams, RuPaul, Naomi Campbell et... Julie Newmar (soi-même).

 

Les premières images sont très fortes, je trouve. Et l'ensemble du film change à tout jamais l'image qu'on a des folles. Un autre sujet où l'on voit parfois des gay devenir eux-mêmes très intolérants...

 

Ma réplique préférée dans le film: Je suis quelqu'un qui a bien trop de sens esthétique pour me contenter d'être un homme OU une femme... Et je trouve que, globalement, Wesley Snipes a les répliques les plus juteuses, même si Patrick Swayze a le rôle le plus émouvant.

 

Donc, une vraie distraction quand on en a marre des films-cultes, à voir en mangeant (doucement) un grand bol de pannacotta avec un verre de Vino Santo bien glacé.

-

Posté par cathogay à 16:55 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 21 juillet 2005

95. la voix du Sud profond

Il m'arrive de temps en temps de lire les commentaires de Steve Koval sur un site qui s'intitule Southern Voice, un site qui présente une vision très intéressante de l'actualité gay, dans le monde, aux USA et dans le sud du pays, ce qui n'est déjà pas banal dans cette région.

-

 

 

-

Ainsi, le 14 juillet, Steve Koval (sur la photo) revenait sur l'interview du père de Zach Stark dont je vous parlais dans une note précédente. Une note qui a provoqué des commentaires fort intéressants. Et je souligne en passant que je remercie tous ceux qui laissent un commentaire, surtout qu'ils sont la plupart du temps polis (hélas pas toujours), même si fortement divergents par rapport à ce que je pense.

 

Je reviens un peu sur le sujet de Zach parce que Steve Koval pose cette question (la traduction est de votre indigne serviteur):

 

"Imaginez le tollé qui résulterait si l'on apprenait qu'un couple gay a envoyé leur enfant hétéro dans un camp qui se propose de le re-programmer pour être gay? Et si ce couple gay proclame qu'il fait cela pour des motifs de foi religieuse, est-ce que leurs actions seront considérées comme moins scandaleuses par le grand public?

 

Tout comme les autorités publiques ne permettent plus aux parents de battre leurs enfants, même s'ils prétendent que la Bible le leur demande, de même les Etats ne devraient jamais permettre que des parents maltraitent psychologiquement leurs enfants en utilisant la Bible comme paravent."

(+ photo de Zach tirée de l'article)

-

 

 

-

Dans son commentaire du 5 juillet, Steve Koval nous raconte son expérience de la Gay Pride dans sa ville (Atlanta, je crois). Et notamment de la manière dont il a répondu à des contre-manifestants homophobes. Il me semble que pour des cathogay, il y a là une source d'inspiration. Je vous traduit son texte (avec sa permission). Et encore une fois, que les pro de la traduc me pardonnent.

 

"Je crois très fort à la liberté d'expression.

 

Mais mon engagement intellectuel à défendre ce droit de s'exprimer est souvent remis en question quand je vois les contre-manifestations anti-gay lors de rassemblements gay. Dans le passé, lorsque j'étais soumis à des propos haineux tenus par des homophobes, ma réponse était généralement de leur envoyer un expression 'libre' à ma propre sauce. Et n'étant pas chrétien, j'ai toujours été exempt de toute culpabilité pour ne pas avoir 'tendu l'autre joue' à mes oppresseurs.

 

Mais cette année, à la Gay Pride, je me suis surpris moi-même par ma réaction à ces "hurlants" de la Bible qui détestent les homo. Puisque je couvrait les événements de la 'Pride' [en tant que journaliste], j'ai résisté à la tentation de titiller les manifestants anti-gay. Au contraire, je me suis présenté à eux comme journaliste et j'ai parlé à plusieurs d'entre eux.

 

Il m'est apparu clairement que la plupart de ces gens étaient obsédés par le sexe gay. Et avec tous les sujets brûlants dont le monde nous assomme, ces gens se passionnent avec flamme pour le sexe gay. Je ne suis certainement pas un psychologue, mais pour moi c'est clair que beaucoup d'activistes anti-gay utilisent leurs activités pour régler des comptes avec leurs propres désirs sexuels.

 

On a d'ailleurs vu ce phénomène de façon répétée, avec notamment des politiciens anti-gay qui ont finalement dû admettre qu'ils étaient eux-mêmes gay. J'en veux pour preuve majeure le cas du Maire de Spokane, Jim West.

 

Et pour la première fois, j'ai en fait ressenti de la pitié et une réelle compassion pour ces manifestants obsédés par le sexe gay. Et plutôt que de leur rendre la haine qu'ils m'envoient, je me sens un peu triste pour eux. Je ne suis pas très religieux, mais je vais prier pour qu'ils trouvent une certaine paix et qu'ils soient libérés de cette obsession pour le sexe gay. Et peut-être qu'avec le temps ils nous laisserons vivre tranquille."

 

Et voici une sympathique photo de Steve Koral et de son ami lors de cette Gay Pride.

-

 

 

-

Globalement, les commentaires de Steve Koval renvoient à des questions que je me suis déjà posées ici, et notamment: "l'homophobie catholique est-elle le fait d'évêques, de prêtres, de catholiques qui sont eux-mêmes en train de batailler avec leur propre homosexualité?" Car si c'est le cas, ces gens ont vraiment besoin d'être informés d'urgence sur l'homosexualité et de sortir de ce cycle infernal haine de soi - haine des autres.

 

Mais l'autre commentaire, c'est que la réponse des cathogay (et des gay religieux en général, en particulier des chrétiens), ça reste d'être eux-mêmes: des Catholiques. Ce qui veut dire: prier ensemble ou seul, pardonner à ses ennemis et avoir pitié d'eux, lire la Bible comme Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, célébrer les sacrements et en particulier l'Eucharistie, donner aux pauvres et aux malades, débusquer les isolés en larmes pour les ramener à la lumière et à la fraternité, etc.

 

Voilà pourquoi j'insiste toujours pour les cathogay se réunissent dans de Nouvelles Catacombes et qu'ils s'y retrouvent pour prier, célébrer et partager. Plusieurs associations existent, notamment en France et au Québec ou en Suisse. Pour la Belgique francophone, je vous invite à contacter le père Hugues si vous voulez.

Posté par cathogay à 15:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 20 juillet 2005

94. des sportifs contre nature

-

On entend souvent dire que l'homosexualité est contre-nature. Une expression qui est liée, il faut le voir clairement, à l'imagination débridée de ceux qui lient la condamnation de l'homosexualité à la pénétration anale. J'ai déjà posté une note là dessus, qui a eu son petit succès, à mon grand étonnement. Quoique, avec un titre comme "marre de l'enculé"...

 

Mais aujourd'hui, je voudrais partager ce que j'ai ressenti en voyant une émission hier soir à la télé. Il s'agissait d'un championnat international de tennis pour sportifs en chaises roulantes.

 

Et le commentateur disait cette phrase: alors que la nature avait condamné ces hommes et ces femmes à l'immobilité, ils nous donnent non seulement une belle leçon de courage et d'humanité mais aussi, il faut le souligner, un très beau spectacle de tennis...

 

Ce journaliste a, sans le savoir, parfaitement saisi la différence entre ce qui est naturel et ce qui est contre-nature, dans le plus originel sens du terme, celui de l'époque de saint Thomas d'Aquin et de saint Augustin. Et non pas la dérive néo-augustinienne dans laquelle nous vivons hélas aujourd'hui, notamment dans la théorie catholique officielle.

 

Dans le cas des moins-valides, c'est justement la nature qui les invalide, qui fait qu'ils sont incapables de bouger et de se déplacer. Et c'est justement le dépassement de ce fait naturel, et donc leurs actions contre la nature, qui fait notre admiration: ils ont trouvé en eux, non seulement le courage de vaincre leurs limites, mais même de devenir des exemples et des modèles pour les valides.

 

Ainsi, pour saint Augustin, si on laisse faire la nature, les gens crèveraient à cause des maladies. Mais on peut agir contre la nature pour sauver l'humanité. Autre exemple typique: la sexualité. Si l'on en reste à la nature, la sexualité est une chose animale et bestiale, dit le saint d'Hippone. L'homme doit agir contre-nature pour s'élever vers une sexualité qui n'abaisse pas l'homme.

 

Et dans le cas des pédé? ça me semble évident: La nature les condamnerait apparemment à ne pas vivre l'amour humain. Mais ils agissent effectivement contre-nature, non pas platement à cause du trou qu'ils utilisent pour baiser, mais parce qu'ils dépassent les limites naturelles pour aimer malgré tout, former des couples et des familles qui sont non seulement une revanche sur la nature, mais même parfois un modèle pour TOUS les couples (homo ou hétéro).

 

Si l'on veut, on peut donc bien comprendre le fait qu'on dise que l'amour gay est contre-nature. Mais uniquement si l'on s'en tient à la définition traditionnelle augustienne que la nature est parfois ce qu'il faut combattre, ce qu'on appellait les bas instincts naturels.

 

Soyons clairs: on ne s'exprime plus comme ça aujourd'hui. Et la notion de nature a beaucoup changé. De nos jours, c'est l'évolution de la pensée écologique qui imprime le sens de ce mot là. Ainsi, on peut affirmer largement que l'homosexualité est naturelle puisqu'elle est massivement présente et de façon constante dans le monde animal.

 

Néanmoins, je voudrais souligner que la pensée officielle catholique baigne encore dans ces terminologies de nature et de contre-nature. Et il faut parfois rappeler aux moralistes actuellement en vogue à Rome, qu'ils confondent allègrement (parce que ça les arrange? par homophobie?) la notion de nature dans la pensée néo-augustinienne et dans le mouvement issu de Rousseau. Comme si la Nature était l'état parfait voulu par Dieu et que s'en éloigner c'était mal.

 

Il faut donc leur rappeler que ce n'est pas le sens du mot, par exemple chez saint Paul, où clairement ceux qui se laissent aller à leurs mouvements naturels s'éloignent de Dieu, dit-il dans plusieurs de ses épîtres. Donc, dans cette logique mentale-là, c'est plutôt une bonne chose que les homosexuels soient contre-nature.

 

C'est là qu'on voit que le débat entre ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas est un dialogue de sourds à l'échelle planétaire. Pour ma part, je propose purement et simplement de quitter le terrain au pas de course.

 

Qu'on en revienne, me semble-t-il, à une terminologie plus évangélique: l'amour. L'amour gay est grand et fort, béni par Dieu, et nous rapproche de lui. L'amour gay enrichit toute l'humanité: il faut non seulement le respecter mais lui donner de l'espace dans la communauté humaine.

Posté par cathogay à 15:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 19 juillet 2005

93. quand l'agresseur se pose en victime

Hier, j'ai été pratiquement toute la journée sans internet. Et même sans télé puisque j'ai les deux via le câble. On aurait dit Robinson arrivant perdu sur son île...

 

Blague à part, il y a quelques jours que des idées trottent dans ma tête sur la hiérarchie catholique au Canada, en particulier sur la dernière déclaration du cardinal Ouellet (sur la photo) telle que rapportée notamment dans le quotidien Le Devoir.

 

Pour moi, quand je lis ses déclarations, ça me rappelle exactement le cas typique du violeur qui affirme que c'est la faute de la victime si elle s'est fait violer, parce que, n'est pas votre honneur, elle n'avait qu'à pas porter une mini-jupe aussi provocante.

 

Que dit-il, l'éminence canadienne? En substance, la loi sur le mariage gay met en péril la liberté religieuse parce que maintenant les prêtres qui prêchent contre ce mariage vont être taxés d'homophobes et vont devoir s'autocensurer.

 

Oui, bien sûr, et quand le FN s'oppose aux lois anti-racistes, c'est au nom de la liberté d'expression...

 

On croit rêver: mais, cher cardinal, bien sûr que vous êtes un homophobe. Comment appeler autrement quelqu'un qui dit que l'existence d'une minorité est un danger pour la majorité? Comment appeler quelqu'un qui dit que l'amour gay est pratiquement le plus grand danger que le pays ait connu?

 

Et ça s'appelle d'ailleurs de la diabolisation: je sépare un groupe pour le montrer du doigt et déclarer qu'il est l'ennemi du soi-disant bien commun.

 

Diaboliser, c'est généraliser dans le but de nuire et donc commettre une injustice verbale. Si je dis "les femmes ne devraient pas se mêler de politique", ce n'est pas juste une opinion, c'est du sexisme. Si je dis "j'ai des amis juifs, mais il faut reconnaître qu'ils ont quelque chose d'arrogant", ce n'est pas une opinion, c'est de l'anti-sémitisme. Si je dis même du bien ou d'innocent comme "les Noirs ont le sens du rythme", c'est du racisme parce que je plains les pauvres Africains qui sont nuls en musique et en danse.

 

Oui, la hiérarchie catholique EST homophobe chaque fois qu'elle dit du mal des gay. Le fait de dire que les gay ont un lobby qui, dans l'ombre, vise à miner l'institution séculaire du mariage, c'est de l'homophobie. Il n'y a pas plus de lobby gay que de lobby catho ou alors, qu'on me dise quoi penser du lobby catho.

 

Quant à l'institution séculaire du mariage, je serais curieux de savoir comment l'idée bourgeoise et très 19ème du mariage s'est retrouvée tout à coup inscrite dans la Genèse et gravée dans le plan éternel de Dieu pour l'humanité.

 

Je suis tout aussi scandalisé par la prétention de la hiérarchie catholique à parler pour le bien de tous, à déclarer qu'elle est la seule à savoir ce qui est bon pour un pays (le Canada ou l'Espagne ou la France) et que le monde politique est dans l'aveuglement le plus total, dans l'irresponsabilité. J'aime bien la réponse que lui a faite la sénatrice du Nouveau-Brunswick, Pierrette Ringuette, quand elle rappelle à l'éminence que l'Église Catholique n'est QU'UN des éléments de la société, même dans une société aussi historiquement catholique que le Québec.

 

Et ça c'était seulement mon énervement quand j'avais lu l'article pour la première fois, la semaine dernière, dans le blogue de Cole du Québec et à quelques autres endroits (ceci dit, chez Cole, la page de photos d'aujourd'hui est un bonbon pour les yeux, bien qu'un peu brûlant avec cette chaleur).

 

Mais ce qui m'a énervé et qui explique cette note d'aujourd'hui, c'est que je me suis rendu compte que la chasse aux sorcières a commencé. J'ai horreur d'avoir raison, surtout que je m'attends au pire. Or, que lit-on dans l'article? Deux députés catholiques ayant voté en faveur du mariage gay se sont fait éjecter de leurs paroisses. Je concède que l'Éminence a déclaré qu'il ne faut pas exagérer: on est tous des pécheurs, il ne faut pas exclure. Par contre, il admet qu'un des députés ne peut plus rester dans le comité paroissial auquel il participe depuis des décennies.

 

C'est commencé: ou bien tu t'alignes sur la pensée officielle, ou tu te casses. En public, il n'est pas possible qu'un Catholique ait une autre idée de la foi ou de la morale que celles contenues dans la Doctrine Officielle. Manifestement, il y a un changement de ton depuis que le Grand Inquisiteur est devenu Souverain Pontife.

 

Est-ce que, dans le passé, on a exclu les députés catholiques qui avaient voté en faveur du divorce? Est-ce qu'on a exclu les députés catholiques qui avaient voté en faveur de la pillule? Est-ce qu'on a exclu les députés catholiques qui ont voté en faveur de l'avortement? Réponse: non, non et non. Ni en Hollande, ni en Belgique, ni en France, ni au Canada, ni dans les dizaines de pays où des députés catholiques ont voté en faveur de ces lois. Pourtant, on sait à quel point l'Église Catholique est officiellement ferme sur ces sujets. Pour la Belgique, on n'a pas non plus exclu les députés catholiques qui ont voté en faveur de l'euthanasie contrôlée et médicalement assistée.

 

Par contre, pour le cardinal Ouellet, que l'on dit tout proche de Benoît 16, le vote du mariage gay est une telle horreur qu'elle justifie l'exclusion d'un député catholique. En d'autres termes, si vous êtes un député catholique, vous pouvez être en faveur du divorce, de la pillule ou de l'avortement: c'est mal mais soit. Par contre, être en faveur des pédé et des gouines, c'est impardonnable, inique, un hurlement à la face du Ciel. Et ça ce n'est pas de l'homophobie, Éminence? Déclarer qu'agir pour la promotion des droits de la minorité gay, c'est pire que de voter en faveur de l'avortement, ce n'est pas de l'homophobie peut-être?

 

J'ajoute une couche: Est-ce qu'il y a un seul député catholique hollandais, belge ou français qui a été exclu de sa paroisse parce qu'il avait voté à l'époque en faveur du mariage gay ou du PACS? Non. Par contre, depuis l'avènement de Benoît 16 et de ses copains, dont Ouellet, les choses vont changer. La Révolution Conservatrice est en marche. On n'avait pas osé le faire du temps de Jean-Paul 2 parce que ce pape polonais détestait l'idée que les évêques se mêlent de politique (cfr sa mauvaise expérience du temps du KGB). Mais maintenant, tout est changé: qui n'est pas pour nous est contre nous. Ceux qui publiquement montrent leur désaccord avec la Voix Officielle: dehors!

 

Oui, j'avais raison d'être pessimiste et je le regrette. Oui, Benoît 16 va être pire que Jean-Paul 2 pour les gay. Oui, je vois encore arriver pire que l'exclusion de députés catho de leurs paroisses. Vous voulez une liste (non exhaustive) de ce qui nous attend dans les prochaines semaines ou les prochains mois? La voilà:

 

Le refus de baptiser les enfants de couples cathogay ou de les accepter au catéchisme, le refus d'inscrire des enfants de couples gay dans les écoles catholiques, le refus de la candidature des cathogay au sacerdoce, l'interdition de nommer un prêtre cathogay (même absolument chaste) comme évêque, la sanction des prêtres qui auraient l'audace de bénir des couples gay ou même d'accepter une invitation à dîner, l'interdiction pour des cathogay de participer à des groupes d'homosexuels qui font la promotion d'idées contraires à la Doctrine, l'interdiction pour des cathogay de participer à des services religieux dans le cadre d'une Gay Pride, le refus de donner la communion à des cathogay vivant en couple parce qu'ils sont en état permanent de péché mortel, des sanctions contre un prêtre ou un religieux qui écrirait un article en faveur de la reconnaissance des droits de la minorité gay, et j'en oublie certainement.

 

Encore une fois, j'espère me tromper... Mais espérer, c'est rêver de l'impossible. Pas faire semblant que le pire n'arrivera jamais (ce sont les autruches qui font ça). Le temps des catacombes est revenu. Que les cathogay y aillent d'urgence. Et faisons de ces catacombes des lieux solides et même anti-nucléaires, parce qu'elles vont devoir durer.

-

Posté par cathogay à 14:47 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 17 juillet 2005

92. nos armes de destruction massive

-

Ils sont beaux. Ils sont sexy. C'est un couple super craquant. Ils chantent super bien et leurs voix s'accordent magnifiquement. Ils ont une superbe présence sur scène. Ils chantent l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre ET leur foi chrétienne au Dieu d'Amour.

 

Ils sont notre arme de destruction massive des bastions chrétiens conservateurs et homophobes aux Etats-Unis.

 

J'ai nommé le duo Jason & deMarco. Un couple à la ville et à la scène qui est en train de passer comme une tornade dans le monde de la Christian Pop, une section de la musique américaine dont nous ignorons tout mais qui est plus importante pour marquer les mentalités que tous les documentaires de Michael Moore réunis.

 

On savait que les gay étaient partout. Et pas seulement dans leurs placards ou leurs ghettos. Mais aussi notamment dans la musique pop.

 

Certains genres musicaux sont restés des terra incognita pour les gay, et en particulier ce qu'on nomme la Contemporary Christian Pop Music. Avoir des chanteurs ouvertement gay dans ce circuit musical là, était jusqu'à présent tout bonnement impensable, tant c'est le monopole de la droite chrétienne conservatrice et homophobe. Oh, bien sûr, il y a plein de pédé parmi ces jolis choristes et solistes, mais c'est un secret mieux gardé que les lingots de Fort Knox.

 

Mais Jason & deMarco, se sont présentés un beau jour comme un duo musical tout baigné de romantisme à la Céline Dion (dixit littéralement et en anglais la presse spécialisée) et ils ont occupé en peu de temps une place plus qu'enviable. Non seulement ils ont remporté un nombre incroyable de prix dans des festivals (aux côtés de leurs pairs) mais ils donnent le mal de tête à tous les grands financiers de la Christian Pop, à commencer par l'infameux Jerry Falwell (celui qui avait dit que les attentats du 11 septembre était une punition divine pour avoir permis aux gay d'avoir autant de place en Amérique).

 

deMarco Ciccio est un Catholique Romain (avec un nom pareil!) et Jason Warner est issu du monde Pentecôtiste. Deux milieux largement homophobes. Physiquement, c'est un couple d'anthologie qu'on aurait pu commander chez Mattel: Jason est le profil de Justin dans Queer As Folk USA et deMarco est le superbe latin lover.

 

Mais avant que l'amour ne les enchaîne l'un à l'autre, ils avaient tous les deux une carrière reconnue dans le show business. Le CV de deMarco contient surtout des activités solo, et notamment de la pub mais aussi quelques albums de pop enregistrés en Italie (bien qu'il soit Canadien d'origine). Jason faisait partie d'une troupe célèbre de Contemporary Christians avant de s'en faire éjecter parce qu'il leur a dit qu'il était gay. Plus tard, il s'est lancé dans une carrière solo et (délicieuse ironie du sort) son ancien groupe a dû lui laisser la place au sommet des affiches et se contenter d'assurer des premières parties dans ses concerts à lui.

 

En 2001, Jason déménage à Los Angeles et rencontre deMarco. Une année de flirt (ne laissez pas vos imaginations vagabonder!) au terme de laquelle ils emménagent ensemble. Et, en 2002, ils décident de former leur célèbre duo avec un album "sans risque" intitulé The Spirit of Christmas, le genre de truc qui devait bien se vendre à l'approche de Noel. En fait, c'est un triomphe.

 

Et là, le monde les découvre vraiment: superbe harmonie de leurs deux voix, des textes spirituels et ouvertement chrétiens. Avec le supersexy deMarco chantant une très belle version de l'Ave Maria. Bien que je parie que la plupart des gens qui ont acheté le DVD ont surtout regardé son pull rouge en kashmire moulant...

 

Evidemment, c'est de la pop chrétienne à l'américaine, et parfois ils s'égarent un peu dans le sirupeux. Mais il y a un marché énorme pour ça là-bas, dont le chiffre d'affaires se compte en millions d'albums vendus!

 

En 2004, c'est la sortie de l'album "Spirit Pop", où pour la première fois, ils n'interprètent que des chansons d'amour, les yeux dans les yeux, montrant ouvertement leur amour à la ville comme à la scène. Et le plus fort, c'est que les réseaux de musique chrétienne (dont ils étaient déjà des abonnés) se mettent à diffuser cet album là aussi.

 

Et voilà le venin introduit dans la plaie, la taupe dans le potager, l'infiltration du couple pédé-chrétien à la voix angélique dans tous les bons foyers des Bible-readers de tous les états "carrés" (ceux du milieu des USA).

 

Les paroles de leurs chansons sont bien sûr romantiques à feu et à sang. Mais on leur pardonne tout, parce qu'ils sont tellement sincères que ça en est un vrai coup de poing dans la gueule. Ils transpirent l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. On leur pardonne tout, tellement ils semblent s'amuser sur scène.

D'ailleurs, les filles les adorent: elles trouvent que deux mecs qui se chantent des chansons d'amour, c'est tellement plus hot et plus sexy qu'un homme et une femme.

Mais Jason & deMarco ne vivent pas dans le monde tout rose de Barbie. Le show business, même chrétien, est un monde de requins. Et les requins chrétiens sont parfois plus féroces que les autres.

Les non-croyants sont très énervés par leur constante référence à la religion. Et que dire de l'hostilité de certaines dénominations chrétiennes ouvertement homophobes. Imaginez la fureur de certains télévangélistes quand ils se rendent compte que les nouvelles chansons chrétiennes à la mode dans les chorales et les églises sont signées J&dM.

Jason l'explique simplement: se lancer dans cette carrière, c'est comme se jeter dans la fosse aux lions.

Pour ma part, ce genre de musique n'est pas mon style. Mais j'admire leur attitude très couillue. Être un couple gay à la scène, ce n'est déjà pas de la tarte. Le faire au milieu de festivals christian pop, c'est carrément révolutionnaire. En ce qui me concerne, ils ont ma bénédiction et l'assurance de mes prières. Sans parler du fait que j'achète leurs CD... ou plutôt leurs posters... devinez pourquoi...

 

Soyons clair, un couple gay qui diffuse un message d'amour et de foi chrétienne dans tous les foyers (via la radio) et dans des centaines de concerts par an est vraiment un don du Ciel. Car ils portent le message au coeur même des troupes de base du christianisme conservateur et homophobe américain.

 

Ils sont nos troupes d'élite en quelque sorte...

 

 

Posté par cathogay à 14:31 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 16 juillet 2005

91. oser rêver l'impossible

Il m'arrive de regarder la chaîne internationale de la télé publique espagnole (TVe-int), ne fût ce que pour rafraîchir ma compréhension passive de cette magnifique langue.

 

Le hasard a voulu que je tombe sur une émission consacrée au mariage gay, un thème qui a été largement présent dans les média espagnols ces dernières semaines. Et dans le déchaînement d'hystérie verbale que nous fournit la hiérarchie catholique notamment contre les gay, cette émission était particulièrement émouvante. Au delà de l'idéologie haineuse, elle ramenait au réel: des hommes et des femmes qui s'aiment.

 

Il s'agissait d'une réunion informelle de séniors gay, pour la plupart largement septuagénaires. Café, biscuits secs, vaisselle impeccable, jolis meubles... Quand on en arrive à cet âge-là, le regard sur l'Eglise, la politique et la société a forcément plus de poids (ou plus de légèreté). De plus, c'étaient des hommes et des femmes de la base, pas des princes de ce monde qui ont vécu dans des tours d'ivoire les 50 dernières années.

 

Et notamment, j'ai été très ému du témoignage d'un monsieur, 75 ans, très digne, très caballero, genre Zorro à la retraite. Il racontait que dans les années trente, il a eu une affaire avec un touriste Allemand. Sa première relation homosexuelle: pour lui, il aurait été impensable de s'engager dans une relation sexuelle avec un Espagnol. Il pensait, explique-t-il, qu'il était le seul homosexuel d'Espagne (il lui a fallu plus de 5 ans pour oser approcher un compatriote).

 

Des années plus tard, il postule pour un emploi public. Et voilà que le fonctionnaire examinateur lui sort un rapport de police mentionnant cette relation ibéro-germanique. Avec les lieux, les dates, tout. Le jeune pédé était donc fiché et surveillé. Depuis des années. Peur, panique. Et le ton de menace dans la voix du fonctionnaire était très clair, disait le septuagénaire: j'étais une honte pour la société espagnole, un déchet de l'humanité, un vicieux malade mental...

 

À sa surprise, encore un peu plus tard, il s'est rendu compte que son curé était également au courant de son aventure germanique et donc de son homosexualité. Encore aujourd'hui, il se demande par quel moyen l'Eglise recevait les rapports des services de sécurité de la police... Moi, je devine et ça ne me plaît pas du tout.

 

Ce n'est que dans les années 80, après la mort de Franco et la démocratisation de l'Espagne, qu'il a commencé à rencontrer d'autres homosexuels, et même à tomber amoureux et à former un couple. Pratiquement quatre décennies de peur et de clandestinité. À vivre dans la crainte de se faire arrêter ou interner, de tout perdre...

 

Aujourd'hui, dit-il, au soir de sa vie, il pleure des larmes de joie quand il voit dans les rues de Madrid un jeune couple de garçons qui se tiennent tendrement par la main. Quant à l'annonce du mariage gay, elle est venue comme un miracle, dit-il, une chose impossible réalisée contre toute attente.

 

Il le compare au passage de la Mer Rouge. Moïse qui ouvre les flots et les anciens esclaves traversent pour aller vers la Terre Promise, alors que les chars de Pharaon sont pris au piège et sont engloutis par le retour des flots.

 

Cette émission m'a fait beaucoup réfléchir....

 

Tout d'abord, une hiérarchie catholique aussi clairement et activement homophobe depuis au moins 50 ans peut-elle encore avoir le moindre crédit quand elle s'exprime sur l'homosexualité? Je crois qu'il lui faut encore du temps pour la désintoxication... Peut-être deux ou trois évêques qui n'ont connu ni le franquisme ni la période d'avant Vatican II sont-ils nécessaire pour que cette désintoxication ait lieu. Et à l'échelle de l'Eglise Universelle, peut-être faut-il attendre le premier pape qui aura été séminariste après la clôture du concile. Même la génération du cardinal Barbarin de Lyon est encore trop jeune, à mon sens...

 

Pour ce qui est de rêver l'impossible, je comprend que ce septuagénaire espagnol n'ait jamais osé le faire. À sa place, je me serais enfermé dans un placard tellement profond que je ne toucherais même pas la porte.

 

Mais nous? Osons-nous rêver du jour où nous verrons nos fils et nos filles entrer dans les églises pour faire bénir leur mariage gay? Mon coloc a 27 ans et il est probablement trop tard pour qu'il voit cela tant qu'il est jeune... Mais pour ces petits enfants d'aujourd'hui qui vont être adultes dans 15 ou 20 ans...

Une parenthèse: en Floride, le père d'un enfant de 3 ans a admis avoir battu à mort son fils et l'avoir tué parce qu'il trouvait qu'il avait des comportements de pédale (sissy) et qu'il avait peur que son petit garçon soit gay... Son avocat plaide l'acte irrépressible: "comment voulez-vous que la violence ne se déchaîne pas quand un père découvre que son fils pourrait être gay?" On appelle ça the gay panic... C'est monstrueux, fermons la parenthèse.

Revenons au sujet: Je nous invite à retrouver la puissance du rêve et des désirs. Ce qu'on appelle l'espérance en langage chrétien. D'abord parce que, comme dit saint Paul, espérer c'est déjà goûter ce qu'on espère. Mais aussi, ajoute-t-il, espérer c'est hâter la venue de ce qu'on espère.

 

Puissance de l'espérance, qui est un avant-goût d'un impossible futur et qui le fait advenir plus vite.

 

Seigneur, aujourd'hui je rêve du jour où les évêques diront "l'amour gay est un don de Dieu et une bénédiction pour l'Eglise". J'espère ce jour où j'assisterai à la première bénédiction publique de l'union d'un couple gay. Aujourd'hui, je veux vivre dans l'éspérance, car elle est un signe de ta présence dans nos coeurs. Et puisque c'est toi qui nous donne la force d'espérer, même l'impossible, donne-nous aussi la force d'aider à la réalisation de nos rêves. Amen.

Pour la détente, je vous conseille ce week-end une loufoquerie anglo-irlandaise imaginée et dirigée par un réalisateur chinois: Nine Dead Gay Guys. Attention, le DVD est difficile à trouver en France: il n'est pas sorti parce que la critique hétéro de Cannes l'a trouvé lamentale de mauvais goût. Moi je trouve que c'est dans la veine des Marx Brothers, Monty Pythons et, donc, c'est de fait lourd et peu subtil. C'est bien de la loufoquerie intégrale.

 

L'action est absolument déjantée: un Irlandais sans le sou arrive à Londres pour retrouver un pote qu'il croit plein de pognon. Il se rend vite compte qu'en fait le pote occupe un squatt pouilleux et qu'il rend des services privés à de vieux messieurs friqués. Par hasard, une grande figure du milieu gay londonien connue comme The Queen (logique...) est assassinée... Nos deux paddy se demandent ce qui a bien pu arriver à son trésor de sterlingues, de bijoux et de perles. Ils mènent donc leur enquête.

 

Mais d'autres sont sur la piste, d'où la série des neufs morts (un clin d'oeil à la grande Agatha). Bien sûr, il n'y a rien de sérieux et tout le monde en prend pour son grade: les Irlandais, les lesbiennes, les nains, les blacks, les vieux pédé,... une vraie galerie de monstrueux dignes d'une scène de bar dans Starwars. C'est tout sauf respectueux de qui que ce soit. Moi ça me fait rire beaucoup, d'autres trouvent ça débile. Et attendez que je vous raconte un jour L'Attaque de la Moussaka Géante...

-

Posté par cathogay à 18:24 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 15 juillet 2005

90. le prince des voleurs est-il une folle sylvestre?

Pour aujourd'hui, un peu de culture: mon excellent ami Jay Spears habite Los Angeles (West Hollywood pour être exact). C'est un acteur qui a eu son moment de gloire au tout début de la série "The Young & The Restless" (je crois que c'est "Les Feux de l'Amour" en français mais je ne garantis pas).

 

Ceci dit, c'est un formidable danseur de country et un chanteur qui fait son chemin (voir photo), avec une sympathique vidéo de son titre "I Like Mike" que je trouve tout à fait appétissant (je parle de Mike). Et, pardon, vous devrez supporter un peu de pub avant la vidéo de Jay Spears. Quand vous l'aurez vue, vous comprendrez pourquoi il était mon meilleur copain il y a 15 ans... Pour la petite histoire, il n'a jamais réussi à m'apprendre ce country dancing.

-

 

 

Mais là n'est pas la question !

 

Le fait est que Jay m'a rappelé récemment ma contribution à son site de Gay Heroes, un site déjà ancien où il présente une série de figures gay majeures des siècles passés. Et justement, je me suis souvenu de cette étude dont parlait le Times de Londres (11 juillet 1999) sur la bande d'homo qui vivaient dans la forêt de Sherwood au 13ème siècle et dont la principale figure était un certain Robin, avec ses "copains" Will le Rouge (Will Scarlet) et Petit Jean (Little John).

 

Abandonnez les clichés présentés par Kevin Costner et Errol Flynn (sauf que Errol était gay): le véritable amour de Robin n'a jamais été Lady Marian (un personnage ajouté des siècles plus tard pour diminuer le côté homo-érotique des légendes de Robin) mais bien Petit Jean.

 

Toutes les idées reçus sur Robin des Bois ont été balayées par une étude des Balades de Robin, datant du 14ème, les premières connues. Celles où il est question de la bande de "Robin et de ses joyeux garçons" (Robin and his merrie men).

 

On doit cette étude à Stephen Knight, professeur de littérature anglaise à l'université de Cardiff. Pour lui, ce sont ces balades qui caractérisent vraiment Robin des Bois, et non les histoires ultérieures. Des histoires qui comportent, selon lui, des allusions clairement homo-érotiques.

 

Avec par exemple ce couplet: "à l'âge de 20 ans, Robin des Bois rencontra par hasard Petit Jean. Un homme à la lame joyeuse et rapide, toujours prête à l'emploi, car il était un jeune homme toujours chaud." (When Robin Hood was about 20 years old, he happened to meet Little Johh, a jolly brisk blade right fit for the trade, for he was a lusty young man). Que celui qui a des oreilles pour entendre...

 

Barry Dobson, professeur d'histoire médiévale à l'université de Cambridge, se déclare d'accord avec Knight. Selon lui, la relation entre Robin et Jean est à tout les moins ambigüe.

 

Il rappelle notamment que le 13ème a vu la naissance d'un puissant mouvement anti-gay, alors qu'au 12ème, l'homosexualité était acceptée. C'est à partir du 13ème que les homosexuels ont été amenés à une vie clandestine, notamment dans les forêts comme celle de Sherwood.

 

En fait, Robin n'était pas d'abord populaire parce qu'il volait les riches pour donner aux pauvres (une re-lecture ultérieure des légendes), mais surtout parce qu'il narguait les autorités civiles et religieuses par son mode de vie rebelle.

 

Ceci dit, j'ai toujours pensé qu'il y avait quelque chose de pas net dans cette bande de mecs en collants... Et pour ceux qui aiment le genre, disons, "explicite", voici une bande dessinée des aventures de Robin AVEC Will qui s'intitule "Robin Hoog, prince of Shamewood" (attention, c'est d'un érotisme très très très détaillé, ne pas regarder au bureau). Le texte est en anglais, mais ça m'étonnerait que vous lisiez le texte, bande de dégoûtants. Pour vous mettre en haleine, voici la planche numéro 6, une des rares planches où ils sont encore habillés...

 

Posté par cathogay à 18:16 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 14 juillet 2005

89. c'est l'ignorance qui nous tue

Ce matin, je me souviens de l'histoire de Zach, je l'avais racontée vers la mi-juin: un garçon de 16 ans (absolument quelconque, pas du tout une célébrité ou un cas social) a une grande discussion avec ses parents dans la salle de séjour.

 

Ses parents, qui l'aiment et qui sont de vrais bons chrétiens, soupçonnent que Zach soit sur le chemin de choisir le mode de vie homosexuel [litt. on the path of choosing the homosexual lifestyle]. Zach admet qu'il est gay. Ses parents, attérés mais fidèles à leur devoir de bons parents, l'inscrivent à une session de soi-disant thérapie réparative basée sur la prière, l'isolation psychologique et surtout le déni et la haine de soi. Beaucoup d'entre vous connaissent ces groupes quasi sectaires de soi-disant ex-gay.

 

Ce qui me fait réagir aujourd'hui, c'est l'interview accordée par le père de Zach à une chaîne de télé financée par des fonds chrétiens conservateurs globalement anti-gay. Vous pouvez trouver le texte de l'article en anglais ici.

 

Au-delà de la rhétorique habituelle sur le refus des gay à accepter de changer et de guérir, il y a une phrase qui m'a rendu très triste. Je vous la traduit à la volée:

 

"Cela nous plaît beaucoup que Zach soit allé dans ce centre... pour y voir par lui même à quel point [être homosexuel] est un choix de vie destructeur, ce qu'il aurait à faire face dans le futur [s'il reste homosexuel], et lui donner des alternatives qui la société ne lui donne pas aujourd'hui" et il ajoute: "Savoir que notre fils <et ici j'imagine l'émotion>... quand on voit les statistiques qui disent qu'à l'âge de 30 ans il sera presque certainement soit sidéen soit mort..."

 

C'est justement ça qui me dévaste de nouveau: TANT d'amour complètement perverti par TANT d'ignorance et de propagande anti-gay.

 

Comment est-il possible qu'on laisse des gens diffuser des informations telles que celles que ce papa a entendues et, visiblement, crues? Je n'arrive pas vraiment à lui en vouloir, à ce brave père de famille. Comment voulez-vous qu'il ne réagisse pas comme il l'a fait quand il fait confiance à des autorités religieuses qui lui ont dit que des statistiques prévoient que son gamin qu'il aime et qu'il adore risque d'être mort à 30 ans ou moribond à cause du sida?

 

Ma sainte colère d'aujourd'hui va vers les autorités religieuses homophobes. Je sais que certains visiteurs n'aiment pas quand je dis ça, mais il faut se rendre à l'évidence: les autorités morales (et en particulier les autorités religieuses) qui répandent des idées fausses et négatives sur les gay sont responsables des morts, des suicides, des tortures et des agressions dont les homosexuels sont victimes.

 

Il y a 30 ans, j'aurais mis tout cela sur le compte de l'ignorance de ces évêques ou pasteurs. Mais aujourd'hui, quand on voit la littérature scientifique disponible largement, il n'y a aucune excuse morale à diffuser des informations comme celles que le père de Zach a entendue.

 

Quand des évêques disent que l'amour gay est un danger pour les familles hétéro, ils portent une grave responsabilité. Ils SONT responsables des jeunes homo qui se suicident parce que leurs parents (fervents catholiques) réagissent de manière désastreuse ou tout simplement parce que les jeunes homo n'arrivent pas à leur parler.

 

Ils SONT responsables des illuminés (allumés?) qui organisent des séances de soi-disant guérison qui sont de véritables sessions de torture mentale, d'auto-destruction... Ils sont responsables de ce que des chrétiens de base font et disent dans leurs familles contre leurs enfants gay. Ils sont responsables de la résistance que les médecins, les professeurs, les travailleurs sociaux (les professionnels de l'éducation et de la santé) inspirés par ces idées homophobes mettent à soutenir un véritable respect pour les gay.

 

Et Dieu sait si les catholiques ont une place importante dans le monde de la santé et de l'éducation. Une place bien plus grande que celle qu'ils ont dans la population en général...

 

D'un autre côté, je lance aussi un appel à tous les gay eux-mêmes: de grâce, parlez aux hétéro que vous connaissez et qui vous aiment. Ne les laissez pas dans l'ignorance de ce que vous êtes et qu'ils ne comprennent probablement pas du tout.

 

Si vous êtes heureux dans un couple, montrez votre bonheur autour de vous. Si vous êtes un sénior, faites savoir qu'un gay qui vieillit n'est pas une épave de l'humanité, une vieille tapiole qui ne peut que dériver dans l'alcool et l'amertume, voire la pédophilie.

 

Quand aux parents et aux amis de gay, je leur lance un autre appel: ne laissez pas le champ libre aux ignorants. Quand vous entendez des ignorants dire du mal des pédé, s'il vous plaît, démentez ces informations (que ce soit dans votre quartier ou sur votre lieu de travail). Si vous rencontrez des évêques, dites-leur clairement: "ce que vous dites sur mon fils gay, ma fille lesbienne, n'est pas exact et leur fait du tort".

 

Je ne sais pas si c'est le signe que je vieillis, mais l'histoire de Zach (un garçon parmi des milliers, des dizaines de milliers d'autres) me touche beaucoup. Bien sûr que je me réjouis que les choses aille mieux depuis 30 ans pour un très grand nombre de jeunes gay, surtout dans nos pays. Je trouve seulement qu'il y a trop d'idées fausses encore en circulation pour que mon inquiétude soit calmée.

 

Voici une photo de Zach et le lien vers son blogue...

-

Posté par cathogay à 18:09 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »