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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

mercredi 31 août 2005

115. le révérend père Robbie Williams

J'ai tout de suite été intrigué quand j'ai vu la photo de Robbie Williams (celle que j'ai postée dans l'avant-dernière note). Et non pas par son kilt noir très taille basse et très sexy, mais bien par son col clergyman (improprement appellé col romain dans le monde catho).

Et je me suis demandé: est-ce un déguisement ou est-il vraiment du clergé? En googlant un peu, j'ai alors découvert qu'il est bien "prêtre", et qu'on peut vraiment parler du révérend Robbie Williams.

Ça s'est passé comme ça: En mars 2002, Robbie était l'invité principal du mariage à Los Angeles de son meilleur pote Billy Morrison (le batteur du groupe The Cult) avec Jennifer Holliday (tellement meilleur pote que des rumeurs avaient circulé là dessus, si vous voyez ce que je veux dire). Et ce cher Robbie de se dire: je veux avoir un rôle central dans ce mariage et garçon d'honneur ne me suffit absolument pas. Mais oui, Robbie, on a tous compris...

Et je suppose qu'il a fait comme tout le monde: une bonne petite recherche sur internet. Et il a trouvé ce qu'il voulait: comment se faire ordonner prêtre online.

Au début, j'ai pensé qu'il avait trouvé un de ces milliers d'évêques indépendants qui existent de par le monde. De vrais évêques, valides et tout et tout, qui sont soit catholiques non-romains (comme les Vieux Catholiques ou les Gallicans, par exemple), ou bien des orthodoxes autocéphales (non rattachés au Patriarchat de Constantinople), ou encore des anglicans missionnaires (qui sont en dehors de la Communion Anglicane). Donc, des évêques qui ont bien le pouvoir sacramentel d'ordonner des prêtres. Il s'agit d'une véritable constellation comprenant des milliers d'évêques, et je n'aurais pas été étonné qu'il s'en trouve un assez frappé pour ordonner online.

Pour ceux que ce sujet intéresse, on trouve une explication des églises indépendantes sur le site américain Independant Churches Movement qui est une recension du clergé (évêques, prêtres, diacres) de la plupart des Églises ayant une succession apostolique valide. Les derniers en date sont évidemment les tradi issus du schisme de Mgr Lefèbvre, mais ceux-là sont de loin les moins intéressants à fréquenter. Beaucoup de ces Églises Autocéphales sont en fait ouvertes au mariage d'hommes mariés, certaines ordonnent même des femmes, et il y en a qui ont une ligne homophile très claire.

Pour la petite histoire, Sinead O'Connor a été ordonnée prêtre sous le nom de Mother Bernadette en 1999 par un de ces évêques catholiques rebelles.

Mais revenons au père Robbie Williams. Son ordination comme prêtre est plus complexe et plus simple à la fois. Il est tombé sur une dénomination américaine inclusive puisqu'elle est ouverte à toutes les religions du monde et se propose simplement de créer une sorte de clergé universaliste. Un site que vous pouvez retrouver à l'adresse Universal Ministries. Leur doctrine est simple : "Do what is right, live fruitful lives, be true to ourselves and the God each of us worship, while causing no harm to others, and accept the individual's right to worship as they see fit within the laws of their respective countries." Plus inclusif que ça, yapa.

De plus, l'ordination est gratuite et online. Et comme cette organisation est reconnue par le fisc américain comme religieuse, elle permet à chacun de lancer sa propre religion (et de récolter des fonds déductibles fiscalement). L'ordination donne aussi bien sûr le droit de célébrer des mariages, des bénédictions, des funérailles, etc.

Et c'est ainsi que Robbie Williams a célébré les noces de son pote. Une scène que le magazine Hello a immortalisée dans son numéro 706 et dont voici quelques extraits photo ci-dessous.

Toujours pour la petite histoire, Sharon Stone a été pour sa part ordonnée ministre mais dans une confession protestante en 2004, ce qui fait que, elle aussi, célèbre parfois les mariages de ses amis. Mais ça semble un peu plus sérieux comme engagement religieux...

Je suis un peu désolé que Robbie Williams ne soit pas un "catholique": vous vous doutez bien que j'aurais rejoint son église en masse. Et si le clergé catholique était aussi bon sur scène, je me dis que ses problèmes de recrutement seraient réglés depuis longtemps. Alors, le clergé catholique peuplé de rescapés de boys band? ça ne peut pas lui faire de tort...

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Le révérend Williams prend très sérieusement son rôle de ministre du mariage...


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Et le voici avec le document de Universal Ministries qui certifie son ordination comme prêtre...

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mardi 30 août 2005

114. les candidats aux séminaires

De divers fronts, j'ai reçu dimanche un lien vers un article paru dans le très britannique The Observer sur un n-ième projet de la Congrégation Romaine du Clergé (càd le ministère vatican des cadres catholiques) en ce qui concerne la politique d'admission des candidats à la prêtrise.

L'article rappelle que, depuis les scandales à répétition sur les viols de mineurs par des membres du clergé, des voix s'élèvent vers le Vatican réclamant une version modernisée et "ferme" sur l'admission des jeunes hommes dans les séminaires.

Le fond de l'affaire, c'est le fait qu'il y ait des pédé parmi les candidats au sacerdoce (jusqu'à 40%, dit-on dans certains pays, comme aux USA). Une situation absolument à proscrire, disent les promoteurs d'un texte qui, selon le journal anglais, serait déjà arrivé au stade vatican ultime, c'est à dire sur le bureau du pape soi-même...

Selon des vaticanistes "avertis" que j'ai consulté, le cardinal Ratzinger n'aimait pas les premières moutures de texte qui étaient déjà tombées entre ses mains quand il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine. Et, pour une fois, sa grande intelligence pourrait jouer en défaveur des homophobes de tous poils qui sévissent en ce moment. Car il semble que la raison pour laquelle on en est, paraît-il, à la troisième mouture et que certains n'aiment pas du tout l'idée d'un tel texte, c'est qu'il contient des incohérences par rapport à d'autres éléments de la doctrine chrétienne.

Premier élément: le lien entre homosexualité et viol de mineurs. En effet, s'il est clair que la toute grande majorité des victimes de prêtres sont des garçons, une partie seulement sont des enfants au sens technique du mot (des moins de 16 ans).

Alors, dire dans un texte officiel de l'Église qu'il s'agit tous de pédophiles est déjà exagéré en soi: ainsi, en Belgique, nous savons depuis le procès Dutroux que, d'après les psychiatres, un violeur de mineurs ou d'enfants n'est techniquement pas un pédophile mais juste un violeur. Pour faire simple, si j'ai bien compris, le modèle du pédophile typique, c'est un certain chanteur installé en Californie et dont le procès s'est terminé il y a quelques semaines...

Donc, certes un certain nombre de prêtres concernés par ces abus d'enfants sont des pédophiles, mais les autres sont juste des violeurs. Ce n'est donc pas un scandale de prêtres pédophiles mais de prêtres qui abusent de leur autorité pour violer. En soit, c'est plus grave, puisqu'ils ne peuvent pas prétendre qu'ils sont malades au niveau de leur préférence sexuelle (dire qu'ils sont tous pédophiles, c'est un peu diminuer leur responsabilité).

Quant au lien que ce document suggérerait implicitement entre homosexualité et pédophilie, c'est du pur préjugé. Les homo n'ont pas plus de tendance pédophilique que les hétéro, le pourcentage est pratiquement équivalent dans les deux populations.

De plus, l'étude de la situation américaine (déjà en 2002) montre bien que les prêtres responsables de ces actes de maltraitance sexuelle ont pris ce qui leur tombait sous la main, parfois des garçons et parfois des filles. Mais il est clair qu'il arrive beaucoup plus souvent que des parents confient leurs garçons à ces hommes, plutôt que leurs filles... De plus, ces violeurs comptent sur le fait que les jeunes garçons auront tellement honte qu'ils préféreront taire leur misère (même à leurs parents) plutôt que ça se sache.

En gros, les prêtres gay ne sont d'aucune manière responsables de cet énorme scandale. Pourtant, le préjugé existe et, pour mettre fin au scandale, certains proposent tout simplement d'écarter tous les candidats gay au sacerdoce. Certes, on ne parle pas encore d'exclure les prêtres gay mais juste les candidats à la prêtrise. Néanmoins, on peut se demander "où s'arrêtera-t-on", car les homophobes se contenteront-ils d'une seule victoire?

D'après ce que j'ai compris, le cardinal Ratzinger lui-même avait pointé du doigt, vers 2002-2003, quelques incohérences de ce projet (quand il avait été consulté par la congrégation du clergé):

D'une part, si des hommes font promesse de célibat en vue du sacerdoce, il n'y a pas de raison théologique de traiter différemment les homo et les hétéro. Le Compendium du Catéchisme Catholique vient encore de rappeler que ce n'est pas l'homosexualité qui est un péché, mais bien les actes homosexuels. Donc, tant qu'un séminariste est chaste et continent, on ne voit pas bien sur quoi on baserait la discrimination entre homo et hetero. À la limite, tant qu'ils vivent dans la chasteté, l'orientation sexuelle des candidats au sacerdoce ne devrait concerner personne. Exit, donc, la première mouture du texte...

D'autre part, on ne peut pas affirmer raisonnablement dans un document  qu'automatiquement, les prêtres gay ne respecteront jamais la continence sexuelle qui leur est demandée. Qu'un certain nombre d'entre eux aient parfois succombé à la tentation, soit. Mais qu'ils soient tous incapables a priori de vivre la chasteté, c'est incohérent du point de vue logique.

En effet, l'Eglise ne peut pas, d'un côté, dire aux homosexuels que leur chemin de salut c'est l'abstinence sexuelle totale, et de l'autre côté, déclarer que de toute façon les homo en sont incapables. Ce serait alors pour l'Eglise admettre qu'elle demande l'impossible, et donc qu'elle n'est pas porteuse de Bonne Nouvelle. Elle perdrait complètement toute crédibilité à être enseignante de la "bonne" voie morale. Or, il y a quelques mois, j'ai encore entendu un éminent Jésuite dire à la télévision belge qu'il comprenait qu'on interdise les séminaires aux homo puisque, n'est-ce pas, ON sait bien qu'il leur est impossible de renoncer à toute vie sexuelle. Sur ce qu'on peut penser de ce ON, lire le toujours excellent et sexy-en-pareo Strange Little Boy. En tous cas, donc, exit la deuxième mouture du texte...

Mais que contient donc la troisième mouture qui, toujours selon The Observer, se trouve sur le bureau de B16 qui aurait bien préféré qu'on ne lui refile pas cette patate chaude?

C'est tout simple: il faut exclure les candidats gay au sacerdoce pour leur bien. Je le redis tellement c'est énorme: c'est mieux pour les homo qu'on ne les accepte jamais au sacerdoce. Quid? Commodo? C'est très simple, que je vous dis: comme il est beaucoup plus dur pour un homo de rester chaste au séminaire (à cause de ce milieu exclusivement masculin et de tous ces beaux jeunes hommes qui ont la vocation), il faut leur éviter toute souffrance. Et donc, pour éviter cette souffrance aux homo, cette tentation permanente qui les ferait suer la nuit et ne leur apporterait que distraction pendant les prières à la chapelle, interdisons-leur tout simplement le séminaire. C'est l'apartheid all over again : vous les noirs, on vous exclut des zones blanches pour votre bien, pour qu'à voir le mode de vie des blancs vous ne soyez pas malheureux d'être plus pauvres que les blancs.

Et là je dis: c'est très très très fort! Arriver à opérer une discrimination en disant que c'est pour le bien de ceux qu'on veut exclure, c'est vraiment du tout grand art. Pire, il faudrait que les victimes de cette discrimination disent merci!

Et c'est même plus fort que l'apartheid, puisqu'il n'y a pas trace de la suggéstion de créer des séminaires "100% gay". Au moins, en Afrique du Sud, il y avait la politique de création de bantoustan.

Ici encore, l'article de The Observer suggère que Benoît 16 n'aime pas beaucoup cette proposition de mesure. Son intelligence en est probablement offensée, mais il n'est pas dit qu'il pourra résister à la pression de ses propres "supporters", les promoteurs de la Révolution Conservatrice. Il se murmure qu'il laisserait le document être publié par un cardinal préfet, mais sans sa signature. Si cette rumeur se vérifie, c'est tout de même un fameux désaveu de la part du pape! Qui vivra, verra.

Quant à parier que le fait de sacquer les pédé des grands séminaires va attirer un surcroît de vocations sacerdotales de bons hétéro pur jus,... je laisse vos commentaires dire ce qu'il y a à en penser.

Bon, trêve de pessimisme. Je vous invite à découvrir, si vous l'ignorez, un calendrier que j'achète chaque année: il calendario romano. Le photographe italien Piero Pazzi a une passion pour les gondoliers de Venise et les jeunes prêtres (on se demande bien pourquoi, d'ailleurs...). Voici donc quelques photos de séminaristes ou de jeunes prêtres (tous authentiques, ce ne sont pas des modèles). Et vous comprendrez pourquoi j'achète ce calendrier chaque année depuis sa première parution...

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samedi 27 août 2005

113. femmes en pantalons et hommes en jupes

Je viens de recevoir un livre que j'avais aperçu au Victoria & Albert Museum de Londres (un endroit que j'adore), mais que je n'avais pas voulu m'offrir à ce moment-là.

Il s'agit d'un ouvrage accompagnant une expo temporaire de 2003 sur les hommes en robe ou en jupe: Men In Skirts d'Andrew Bolton. Et il est vrai qu'il y a une véritable renaissance du kilt (surtout le kilt taille basse) en Angleterre, ce qui nous offre quelques magnifiques eye candies, comme on dit. Et ce n'est pas la pub pour une certaine marque de ouiski qui va me démentir (celle préférée de Sharon Stone)...

Par hasard, je tombe en arrêt sur la première phrase de l'introduction: une citation de la Bible, de Deutéronome 22,5 pour être précis. Et qui dit ceci (version de la TOB):  Une femme ne portera pas des vêtements d'homme ; un homme ne s'habillera pas avec un manteau de femme, car quiconque agit ainsi est une abomination pour le SEIGNEUR ton Dieu.

Si je comprends bien, toutes ces femmes en pantalons sont une abomination aux yeux de Dieu? Il y a quelques soi-disant chrétiennes conservatrices qui tomberaient de honte si on le leur rappellait. Et que dire de tous ces hommes d'Église à costume, qui sont les derniers à oser se promener en robe dans les rues? Tous abominables aux yeux de Dieu?

Bien sûr, c'est pour rire. Mais ce qui m'amuse moins, c'est que ce mot abomination est le même qui est utilisé pour l'homme qui couche avec un autre homme en Lévitique 18,22. Et là par contre, parce qu'il s'agit de pédé, on en fait tout un foin?

Renseignement pris, c'est le même mot: selon la Bible, il n'est pas plus abominable pour Dieu de voir des femmes en pantalon que de voir deux hommes qui couchent ensemble.

Et pourquoi alors cela fait-il un problème aux hommes d'Eglise et autres neo-Con? (c'est l'expression anglaise: néo-conservateurs, mais je trouve que ça sonne super bien en français aussi...)

Aujourd'hui, je fais donc un appel solennel (tadaaaa) au Vatican et à toutes les autorités religieuses: "femmes en pantalon" et "mecs qui baisent ensemble", pas de discrimination!!! Il faut que les évêques organisent de grandes manifestations dans les rues contre les femmes en pantalons tout comme ils l'ont fait contre le mariage gay!!!

Ou alors,... qu'on décide une fois pour toutes que l'existence du sexe gay n'a pas beaucoup plus d'incidence religieuse aujourd'hui que le fait de voir des femmes en pantalon ou des hommes en soutane...

À vous de voir...

PS - Pour ceux que le renouveau de la mode en kilt intéresse, il y a une superbe maison de couture écossaise qui fait des choses tout à fait remarquables: La 21st Century Kilt (TFCK), qui habille notamment Robbie Williams (et qu'est-ce que le kilt lui va bien...). On peut commander en ligne.

Et surtout, je vous recommande LE site mondial des mecs en kilt...

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Le livre d'Andrew Bolton "Men In Skirts", V&A ed., octobre 2003:

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Et Robbie Williams (à droite) habillé par Geoffrey de TFCK (à gauche):

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vendredi 26 août 2005

112. Starbucks déteste les enfants... !?!

J'aime bien la chaîne de coffeeshops Starbucks. Il y a un "shot in the dark macchiato" qui est encore aujourd'hui mon favori. C'est un peu costaud pour le coeur, c'est vrai: un espresso ajouté à un café normal puis le coup de vapeur qui fait la mousse, le tout couvert d'une belle poudreuse de chocolat noir. Bonjour les palpitations...

En fait, il y avait un Starbucks à West Hollywood qui était pratiquement mon QG lors de mon époque californienne. Et j'en garde un souvenir attendri. C'était un vrai lieu de rencontre, parfois un peu bohême, souvent rempli de gens qui lisent des magazines voire même des livres. Toujours un bon endroit pour une bonne conversation... et plus si affinité... (alors que dans le milieu, la conversation était rare est presque toujours après). Sans parler du fait que les bars sont trop enfumés pour moi et qu'un bar à 10h, ça fait tout de même mauvais genre.

Je finis de lire que certains conservateurs chrétiens américains viennent de lancer une attaque mondiale contre Starbucks parce que, dixit la très hystérique Concerned Women Of America Association, ces coffeeshops détestent les enfants.

En soi, je ne m'inquiéterais pas trop. Comme disait Sacha Guitry (mais peut-être qu'on ne prête qu'aux riches), "ceux qui détestent les chiens et les enfants ne peuvent pas être foncièrement mauvais"...

Non, ce qui m'agace, c'est que l'ire de l'égérie de ces Concerned Women tire son appel au boycott de Starbucks parce qu'ils font la promotion de l'homosexualité. En gros, le signe qu'ils détestent les enfants, c'est qu'ils ne détestent pas les pédé. Pire, ils les aiment.

D'où vient le drame? D'une habitude, ma foi, sympathique de la firme de mettre des textes littéraires sur les gobelets en carton pour le café. En règle générale, ce n'est pas plus mal que les buveurs de café apprennent les noms de quelques bons auteurs: ça les changent des lectures idiotes sur les paquets de cornflakes. Mais le numéro 43 a apparemment brûlé la langue de certains conservateurs chrétiens, car dans le cas d'espèce, il s'agit d'une citation d'Armistead Maupin, auteur notamment des excellents Tales Of The City.

En voici une traduction sauvage:

« Mon seul regret à être gay, c'est de l'avoir réprimé tellement longtemps en moi. J'ai abandonné ma jeunesse à des gens que je craignais alors que j'aurais pu vivre à l'air libre, et aimer quelqu'un. Ne fais pas toi-même cette erreur. Cette foutue vie est bien trop courte. »

Un conseil inacceptable!!! Un scandale sans nom!!! Quoi? Inciter ces sales pédé à sortir de leurs placards quand ils sont encore jeunes et à vivre leur honteuse vie de pervers??? Protégeons nos enfants!!! Boycottons Starbucks!!!

Même si Starbucks écrit en petit et en bas de ses gobelets que ces textes ne reflètent pas nécessairement l'opinion de la firme mais sont juste des contributions à la discussion autour d'une bonne tasse de café...

Il y a des jours où je ne regrette pas d'avoir quitté les Etats-Unis, bien que j'y ai vécu les meilleurs moments de mon existence et rencontré des gens formidables. Je ne pourrais jamais vivre avec de tels dingues homophobes dans mon voisinage sans devenir dingue moi-même... Et qu'ils se prétendent chrétiens, en plus, rien que d'y penser, je m'énerve déjà...

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jeudi 25 août 2005

111. Kanye West sur MTV contre l'homophobie

 

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Ces derniers temps, mon attention a surtout été attirée par l'impact de l'information scientifique sur l'évolution des mentalités en matière d'homosexualité, et notamment dans les milieux religieux, ou ceux qui discutent d'éthique et de politique.

Mais aujourd'hui, je me rends compte aussi qu'il faut compter (autant? plus?) sur les attitude dans le monde culturel, en particulier chez tous ces acteurs, chanteurs, musiciens qui façonnent les idées que reprennent les jeunes.

En France notamment, j'ai suivi (de loin je l'avoue) le débat sur ce chanteur jamaïcain aux textes clairement homophobes et l'annulation de sa tournée dans l'Hexagone. Mon opinion, c'est que l'homophobie est une opinion inacceptable en public, tout comme le racisme, le sexisme, l'anti-sémitisme ou la xénophobie.

Mais je me rends compte aussi qu'on ne se fait pas suffisamment l'écho de tous ces hétéro homophiles qui disent publiquement le bien qu'ils pensent de leurs amis ou parents gay, ou tout simplement qui sont du côté des gay contre leurs collègues artistes homophobes.

Ainsi, un peu pour réparer cela, je vous parle aujourd'hui d'un jeune (27 ans) chanteur de hip-hop qui est revenu sur le devant de la scène: Kanye West (sur la photo) pour son duo avec Jamie "Ray Charles" Foxx (un autre jeune artiste plus que prometteur). Voici un article sur ce duo assez inattendu...

Il faut dire que le hip-hop, comme de nombreux genres musicaux, a la réputation d'être encore souvent sexiste et assez ouvertement homophobe. Je me souviens des déboires d'Eminem par exemple...

De nombreux média ont rapporté récemment l'interview 'phare' de Kanye West où il explique où il en est dans son parcours par rapport aux homosexuels. Et il confirme notamment que, dans le milieu de la hip-hop, l'insulte gay et surtout pédé est 'basique'. À un point tel, dit-il, que le mot gay semble représenter l'antithèse complète de toutes les idées véhiculées dans la hip-hop. Mais en même temps, KW suggère qu'on ne parle pas d'homosexuels réels (en chair et en os) mais d'abord de concepts et de préjugés. Et il explique qu'il voudrait contribuer à ce que les idées évoluent. Lors d’une émission spéciale enregistrée pour MTV, il explique notamment que le mot pédé (faggot, en anglais) est une insulte de base dès l'enfance.

« Quand j’étais jeune, on me traitait de chouchou à sa maman. L'effet c'est que je suis devenu homophobe car je me questionnais ensuite sur moi-même. Tout a changé quand j’ai appris qu’un de mes cousins était gay. Je me suis dit que c’était mon cousin et que je l’aimais et qu’en même temps, je discriminais les gays », a-t-il expliqué. Une fois de plus, la rencontre du gay "réel" a complètement changé le préjugé qu'on a d'un gay "imaginaire". C'est le Sacrifice d'Isaac all over again...

Ici encore, je vois tout le rapport entre orientation sexuelle et identité sexuelle (qui, avec le genre et la préférence sont les quatre axes de toute sexualité humaine). Beaucoup de jeunes pensent que l'idéal masculin (son identité de vrai mâle) passe par un certain nombre d'attitudes "correctes" à adopter: les vrais hommes ne pleurent pas, les vrais hommes ne sont pas des efféminés, les vrais hommes se font respecter par la force, etc. Et pour déstabiliser quelqu'un dans son identité sexuelle de jeune adolescent qui se construit une personnalité, on l'insulte aussi sur une éventuelle orientation sexuelle qui, elle, ne se choisit pas (contrairement à l'identité sexuelle qui est le fruit de la culture, de l'éducation et des choix personnels).

Et au point où il en est de sa réflexion personnelle, KW explique que « L’objectif du hip-hop est de dire ce que l’on pense et d’abattre les barrières, pourtant tout le monde dans le business dénigre les gays. Et finalement, en bout de ligne, ce n’est pas que le hip-hop qui discrimine les gay, mais toute l’Amérique. Et c'est pourquoi j'ai pris la décision de venir à la télé pour dire à mes rappeurs, à mes amis, de tout arrêter », a-t-il ajouté.

Belle attitude, qui rappelle celle de Dean "superman" Cain qui a joué plusieurs rôles de gay (Best Men, Broken Hearts Club,...) en hommage à son tonton militaire héros et médaillé de guerre mais chassé de l'armée comme un malpropre parce que pédé.

Je ne dis pas que les artistes pro-gay sont meilleurs que les autres en tant qu'artistes. Mais ce serait dommage qu'ils aient moins la parole dans les média parce qu'ils n'ont pas de préjugés vis-à-vis des homosexuels.

Alors, aujourd'hui, petit coup de chapeau à ces hétéro artistes (acteurs, chanteurs, auteurs, etc.) qui nous aiment et nous aident par leurs attitudes et leurs petites phrases d'encouragement. Je me souviens par exemple du choc que j'ai eu à entendre il y a 20 ans la chanson de Charles Aznavour... Et si vous en connaissez d'autres encore, laissez-moi un mot en commentaire, que je ne meure pas idiot...

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mercredi 24 août 2005

110. le fiancé parfait

Pourquoi l'homme idéal est-il toujours déjà marié quand je le trouve? Bien sûr, ça pourrait être une question à la Ally McBeal. J'en ajouterais une autre: Pourquoi l'homme idéal habite-t-il toujours à l'autre bout de la planète?

En fait, un peu par hasard et grâce à Mattoo aka "Curiosity Killed The Cat... But Not Right Away", qui a un véritable don pour trouver des perles dans les coins les plus inexplorés (je vais lire son blogue religieusement tous les jours, sans blagues), j'ai moi aussi découvert l'extraordinaire et absolument délicieux Jason.

Cela fait quelques semaines maintenant que je le suis, le Jason, et ce garçon est un régal absolu de romantisme (du vrai romantisme, pas celui qui rend diabétique). Du genre qui fait soupirer d'aise à la fin. Du genre qui vous ferait pleurer d'envie.

Jason est dans une relation de 7 ans maintenant avec son boyfriend (je traduis plus loin par "fiancé" parce qu'après 7 ans, dire petit ami fait un peu rikiki). Et voici un texte qu'il écrivait le 22 août. La traduction est de votre indigne serviteur mais rien ne vaut l'original...

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22 août 2005 - Mon bisou matinal

      

Off2workChaque matin, je suis réveillé par son bisou.

Parfois sur la joue...

Parfois sur le front...

Ça fait partie du rituel matinal.

Vous voyez, mon  fiancé se paie un trajet gratiné pour aller au boulot et il se lève au moins une heure avant le moment où je devrais me lever. --- Et donc, tous les matins, juste avant qu'il ne passe la porte, il me donne mon premier bisou... ce qui à la fois m'avertit qu'il est temps de sortir du lit et que... et bien... j'ai la chance de sortir du sommeil de la façon la plus magnifique qu'on puisse rêver.  :-)

Le trajet en voiture vers le boulot est, pour mon fiancé, à tout le moins... une horreur.  En fait, certains jours, il passe 3 ou 4 heures [dans les autoroutes de Los Angeles]. --- Et bien sûr je fais tout mon possible pour que cette longue navette quotidienne en vaille la peine.--- Puisque je reviens à la maison beaucoup plus tôt que lui, je fais en sorte que le ménage soit fait, je fais les courses, la cuisine, etc., ainsi il a un petit peu moins à se soucier quand il arrive chez nous, à West Hollywood.

Récemment, j'ai même dû faire un peu plus que d'habitude. Le boulot de mon fiancé a été particulièrement stressant. Des complications à son bureau ont exigé qu'il y reste tard, et à cause de la mauvaise santé de sa grand-mère, il a décidé de lui rendre visite tous les jours à l'hopital.

La semaine dernière, il en était d'ailleurs devenu un peu distant... ce que je comprends parfaitement.  (Je serais devenu distant moi aussi dans les mêmes circonstances). J'essaie en général de ne pas être "exigeant," mais... il me manquait. Le temps passé avec lui me manquait.--- Oh, j'avais bien sûr toujours son bisou matinal au moment du départ au boulot,... mais je voulais plus de fiancé.

Et puis, le week-end dernier, il m'a vraiment gâté.

Samedi après-midi, il m'a préparé mon cocktail favori et m'a dit de bien m'habiller. Puis il m'a emmené pour un dîner romantique au  Courtyard, un repas suivi par des cookies tout frais sortis du four et un café (arrosé de Bailey's, évidemment) dans un restaurant qui s'appelle the Arclight's et enfin, les meilleurs places pour voir le film The 40 Year-Old Virgin dans le très historique Cinerama Dome.

Dimanche, il m'a emmené pour ma toute première visite dans le parc des Universal Studios Hollywood, où nous avons couru partout comme deux gamins. Il a même fait deux fois avec moi l'attraction de Jurassic Park (et uniquement parce qu'il sait que c'est ma préférée), s'est fait un point d'honneur de m'amener (Excusez-moi si je verse une petite larme ici) à la *foutue* boutique des Superhéros Marvel, et il ne s'est même pas offusqué à mon oeillade tout à fait déplacée en direction du garçon déguisé en Spiderman. *heheh*

Non, je vous écris tout ça sur notre week-end parce que...

Mon fiancé est parti ce matin pour un voyage d'affaires et il ne revient que dans 4 jours,...

Et après pratiquement sept ans ensemble,...

... J'aurais donné tout ce qu'on a fait de super ce week-end...

... pour ne pas avoir à me coucher le soir dans mon lit vide sans lui,...

... sachant que, demain,...

... il faudra que je me réveille...

... sans son bisou.

(Mon fiancé me manque!---T'as pas encore imprimé? *soupir*)

   
 

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mardi 23 août 2005

109. éliminer les béliers

Que ceux qui sont du signe astrologique Bélier se rassurent, je ne suis pas en train de proposer qu'on les fasse disparaître. Je suis d'ailleurs sûr que ça n'arrangerait rien à nos histoires...

Non, je continue en fait ma réflexion d'hier sur les origines de l'homosexualité. Et bien sûr, pour réagir à certains commentaires postés par des visiteurs, beaucoup de gens (une majorité?) ne voient pas d'intérêt à savoir comment cela se fait qu'il y ait des homosexuels. Ils sont là, donc il faut leur faire une place, point final. J'aime beaucoup ce genre d'attitude simple et pragmatique.

Mais on oublie souvent qu'il arrive d'entendre l'inverse: des pédé n'ont pas le droit d'exister ou de faire ce qu'ils font, il faut qu'ils disparaissent. Et c'est là que l'information scientifique a son rôle à jouer: pour expliquer.

Ainsi, quelques exemples d'information scientifique qui, à lire certains commentaires, n'est pas encore assez diffusée:

L'homosexualité est-elle une affaire de goût? Non. Ce sont les préférences sexuelles qui sont une affaire de goût (et encore!), mais pas l'orientation qui, elle, est fixée très très tôt in utero.

L'homosexualité est-elle comme un handicap (la surdité, les trisomiques, etc.)? Non, parce que le nombre de handicapés est statistiquement irrégulier (et si possible en diminution dans des pays modernes) alors que le nombre d'homosexuels ou celui des gauchers restent stables (ce qui montre que ce nombre ne dépend ni de la culture, ni de l'éducation, ni du niveau général de santé). Ce sont donc des données de base de l'espèce humaine.

Est-on homosexuel s'il arrive qu'on soit attiré par des gens de son sexe? Non, il faudra d'ailleurs que je consacre une note aux bisexuels et à toutes les confusions intellectuelles que leur simple présence a provoqué chez beaucoup de gens. Et ne parlons pas du transgénérisme...

Les pédé ne sont-ils jamais attirés sexuellement par des femmes? Rien à voir. L'orientation sexuelle n'est pas avant tout une affaire d'attirance. C'est le fait de tomber amoureux d'abord puis d'aimer (et Dieu sait si ces deux choses sont différentes!!!), de vouloir être aimé en retour, d'avoir envie ou pas de former un couple, de s'engager, etc... qui fait l'orientation de quelqu'un. Même s'il arrive qu'il y ait des attirances qui ne correspondent pas toujours à son orientation de base. Et ça me rappelle qu'il faudrait aussi que j'écrive une note sur les asexués...

Ceci étant rappelé, il est important de connaître les origines de l'homosexualité parce que, dans nos pays et dans nos cultures, nos discussions morales (c'est bien, c'est mal) et nos discussions sociales (faut-il reconnaître les droits de telle ou telle personne) se basent TOUJOURS sur l'idée que l'on a de l'origine.

Et comme on peut le voir aux Etats-Unis, une écrasante majorité de la jeunesse est très décontractée par rapport à l'homosexualité, à l'opposé de leurs parents et surtout de leurs grands-parents. Ce qui fait dire à certains que la virulence des combats contre l'homosexualité et l'hystérie anti-gay (dans la droite conservatrice, dans la hiérarchie catholique, etc.) est peut-être le signe que ces homophobes sentent confusément que le combat est en train d'être perdu chez leurs enfants et leurs petits-enfants.

Perso, je ne partage que modérément ce bel enthousiasme: il faut être (ou avoir été) enseignant dans le secondaire pour savoir à quel point les ado sont manipulables, y compris par les idéologies les plus monstrueuses. Le jour où je dirai que nos jeunes sont certainement toujours plus ouverts que leurs aînés n'est pas pour demain! Les ado peuvent être d'une intolérance supérieure à celle des plus âgés.

Mais revenons aux béliers: Je disais hier qu'il fallait financer des recherches scientifiques sur l'homosexualité. Et notamment parce que le fait d'informer les gens était un bon moyen de faire reculer les préjugés homophobes.

Et encore une fois (hélas?), c'est le monde du business qui précède celui de la morale ou de la culture. Voilà l'histoire: Les centres américains d'élevage du mouton en en marre super-marre car un très grand nombre de leurs béliers reproducteurs leur sont rapportés par les éleveurs parce qu'ils sont pédé et qu'ils refusent de monter des brebis. Et aussi un certains nombre ne sont pas du tout intéressés par le sexe (me rappeler ma future note sur les asexués)...

Perte financière énorme. Inadmissible. Il faut faire quelque chose.

Et là je rigole. Si ces hommes d'affaires avaient lu l'excellente compilation de Bruce Bagemihl sur l'homosexualité animale, ils auraient su que les mâles ovins sont tellement pédé que, dans beaucoup d'espèces (y compris les espèces sauvages), les femelles doivent se travestir pour se faire monter: elles imitent le cri et les mouvements de hanche des mâles. Et dans le noir ou quand le pédé a abusé de l'herbe, on sait que toutes les femelles ont leur chance... (dans le livre voir p.405 et suivantes, y compris les images).

Bien sûr, les recherches qui ont été financées sur ces béliers par l'industrie de l'élevage avaient pour but d'éliminer les mâles homosexuels. Et dit comme ça, ce n'est pas très réjouissant. Mais je voudrais surtout m'attacher au fait que ces études ont bel et bien abouti à des résultats concluants: il y aurait une méthode pour voir dans le cerveau du bélier pédé qu'il est différent du bélier hétéro et donc de ne pas le vendre aux éleveurs de moutons.

Pour faire simple, les résultats portent sur la très grande différence au niveau de l'avant de l'hypothalamus et aussi de l'aromatase (une enzyme qui convertit la testosterone). Notons qu'on voit les différences entre mâles homo et hétéro mais qu'on ne dit pas d'où ça vient.

Mon attention a aussi été attirée par les sommes dépensées pour ces recherches scientifiques: 800 mille dollars en 2001 et 2 millions en 2004. Ce sont des sommes importantes, mais à l'échelle des budgets de recherche, c'est relativement normal. Ce qui veut dire que la recherche sur l'homosexualité est chère mais pas hors de prix. Avis aux politiques et aux universitaires...

Pour conclure, j'ai aussi remarqué le déchaînement d'articles des groupes anti-gay sur ces découvertes scientiques (un signe de leur importance?). Un petit googlage sur "homosexual rams" vous en donnera une idée. Or, ce sont des publications scientifiques qui ne datent que du 10 ou 15 août pour la plupart! Vous vous rendez compte avec quelle vitesse stupéfiante les anti-gay ont écrit pour démolir des résultats qui ont pris des années à être établis? Ceux d'entre vous qui sont scientifiques doivent rire jaune...

Photo du Gazette Times - Une chercheure de l'University Of Oregon ramène quatre béliers homosexuels vers leur troupeau après les tests de mercredi dernier.

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lundi 22 août 2005

108. une histoire de jumeaux

Le Boston Globe est un magazine pris très au sérieux. Je suppose que ça tient au fait que l'élite universitaire américaine est en grande partie originaire de cette région. Mais aussi, on s'en doute, à la compétence de ses journalistes. D'ailleurs, il suffit qu'un sujet soit abordé dans ce magazine (version papier ou internet) pour qu'on sache qu'il s'agit d'un sujet brûlant (actuellement ou dans un proche avenir).

Alors, la publication d'un très long article sur les recherches portant sur l'origine de l'homosexualité a forcémment attiré les blogueurs du monde entier, et pas seulement des pédéblogueurs.

Et cet article, intitulé What makes people gay?, (en version printer friendly) explique également pourquoi le débat sur l'origine de l'homosexualité devient brûlant. Aux Etats-Unis, dans l'Eglise Catholique et ailleurs, les questions éthiques et légales sur les gay sont toujours très disputées et il est peut-être temps, pense le très sérieux Globe, de remettre un peu d'information dans un océan de préjugés.

C'est qu'on peut être très très mal informé, constate l'article. Il y a d'abord ceux qui pensent qu'il s'agit d'une affaire de goût ou d'un choix personnel (tout comme on choisirait de tromper sa femme, de mentir, de tricher ou de tuer) à ceux qui estiment qu'il s'agit d'une déviation de la préférence sexuelle (comme la pédophilie ou même la bestialité). C'est souvent parmi eux qu'on trouve les plus farouches homophobes, à la limite de l'appel à "punir" les homo.

Puis il y a des positions plus modérées sans être beaucoup moins homophobes, notamment dans le monde catholique vatican, qui voit dans l'homosexualité une blessure subie durant l'enfance ou l'adolescence. Selon des nuances propres à chacun, ces homophobes "modérés" diront que l'homosexualité est soit un handicap soit une maladie. Un handicap à assumer ou une maladie à soigner.

Néanmoins, explique l'article, rien de sérieux n'a été publié dans les 20 dernières années pour étayer ces thèses. Et bien que des publications récentes reprennent ces hypothèses (voir par exemple dans le Compendium du catéchisme catholique), elles sont clairement dépassées. Une éthique ou des propositions législatives basées sur une de ces notions équivaudrait à baser les lois aériennes sur le fait que le soleil tourne autour de la terre. Bien qu'il ne fait aucun doute que cette attitude trouverait des partisans aujourd'hui encore...

À l'opposé du spectre des hypothèses sur l'origine de l'homosexualité, la thèse du gène gay est de plus en plus abandonnée. Elle a connu son heure de gloire dans les années '80 mais l'absence de confirmation (et ce n'est pas faute d'avoir cherché) fait qu'elle perd de plus en plus de son crédit.

Et dans l'absence de confirmation, il y a notamment les résultats des études sur les vrais jumeaux (qui partagent le même patrimoine génétique). Il n'y a aucun élément statistique qui permettrait de dire que si l'un des jumeaux est gay, l'autre le serait également.

Pourtant, l'orientation sexuelle est bien d'origine utérine, disent les chercheurs. Ainsi, expliquent-ils, si la fixation de l'orientation sexuelle précède la séparation de cellules initiales en deux jumeaux, alors les deux enfants seront soit gay, soit hétéro, soit... Par contre, si cette fixation se fait après la séparation, il arrive que l'un des jumeaux soit hétéro et l'autre non.

Il y a donc bien un ensemble de facteurs (et non pas un facteur unique) qui déterminent l'orientation sexuelle, mais il s'agit de facteurs naturels. La thèse d'une quelconque influence de l'éducation ou des choix personnels est largement écartée, dit l'article. Un ensemble de facteurs qui se manifestent extrêmement tôt dans la formation de l'embryon, mais pas à un moment fixe pour tout le monde. Mais tellement tôt qu'il précède parfois la séparation des cellules fécondées initiales en plusieurs jumeaux.

Sur le plan éthique et politique, je crois qu'il ne faut pas minimiser l'impact que ces résultats scientifiques pourraient avoir sur le débat entre homophiles et homophobes, et notamment dans le monde catholique. Voici d'ailleurs ce que dit l'article (la traduc est de votre indigne serviteur):

  • "L'accumulation de preuves scientifiques, combinée avec le fait qu'il y en a d'autres qui se pointent à l'horizon, a déjà produit son effet. Le mois dernier, le Révérend Rob Schenck, une figure éminente du mouvement Évangélique et basé à Washington DC, s'est adressé à un large rassemblement de jeunes Évangéliques en affirmant qu'il croit que l'homosexualité n'est pas un choix mais plutôt une prédisposition, quelque chose de profondément enraciné en quelqu'un. Schenck m'expliqua plus tard [écrit le journaliste] que sa conversion provient de longues conversations qu'il a eues avec des chercheurs en génétique et des psychologues. Il se demande maintenant si les Évangéliques doivent poursuivre leur opposition au comportement homosexuel, mais il admet que beaucoup d'Évangéliques vivent dans une sorte d'état de déni sur l'avancement de ces discussions. Et son message est le suivant: S'il devient inévitable que ce type de preuves scientifiques soit produit dans l'avenir, il faut nous préparer à donner une réponse [aux homosexuels] en terme d'amour. Car si nous ne réagissons pas de cette manière là, nous risquons de perdre toute crédibilité."

Je partage entièrement l'analyse du Révérend Schenck: Dans la mesure où le monde scientifique et médical produit de plus en plus d'éléments explicatifs sur l'homosexualité (son origine mais aussi ses conséquences), le discours moral des Églises, et de l'Église Catholique en particulier, tient de moins en moins la route. Et ne parlons pas de la référence biblique: autant condamner de nouveau Galilée parce qu'il affirme que la terre tourne autour du soleil, contrairement à ce que dit la Genèse.

Pour l'évolution du débat éthique, il est donc important que des recherches soient financées (et Dieu sait si ça coûte un pont) mais surtout largement publiées. Dans les débats politiques et budgétaires (que ce soit à l'échelle nationale ou dans les universités), il ne fait pas de doute qu'il y a des décisions à prendre.

Mais rêvons un peu: pourquoi l'Église Catholique, qui dispose d'un nombre incroyable d'universités et de centres de recherche de par le monde, ne lancerait-elle pas elle-même une série de recherches et de publications qui permettent d'asseoir le discours éthique sur des hypothèses récentes? Depuis le pape Paul 6 et son De la Personne Humaine en 1975, il n'y a pas grand'chose qui est sorti des recherches universitaires catholiques sur l'homosexualité. Faut-il en déduire que le débat est clos depuis '75? Manifestement, certains se contenteraient bien d'en rester là....

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(Photo du Boston Globe) À droite, Alan Sanders est l'un des chercheurs qui a parcouru les réunions de clubs de jumeaux pour mener l'étude sur l'origine de l'homosexualité.

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dimanche 21 août 2005

107. lutter contre la Théorie de la Gravité

J'ai lu avec la consternation qui s'impose les aventures de Cossaw au Pays des Nouveaux Scientifiques Chrétiens. Nous ne sommes pas trop menacés en Europe, mais aux Etats-Unis, il est plus que fréquent d'entendre ces "nouveaux scientifiques" (comme ils se nomment eux-mêmes) mettre en cause les lois de la physique ou de la cosmologie qui ne seraient pas conformes avec la Bible. Beaucoup de ces soi-disant scientiques croyants veulent d'ailleurs obtenir des autorités que leurs "théories scientifiques alternatives" soient enseignées dans les écoles, au même titre que les théories incroyantes.

 

On pourrait croire qu'il s'agisse d'un phénomène uniquement limité à la nébuleuse protestante "évangélique" (qui n'est que faiblement rattachée à l'une des grandes dénominations protestantes, disons, plus sérieuses).

 

Néanmoins, il arrive qu'il y ait aussi quelques dérives catholiques. Ainsi, le Jésuite George Coyne, professeur à l'Université de l'Arizona et surtout chef astronome à l'Observatoire du Vatican (situé au sommet du palais pontifical de Castelgandolfo), a tout de même dû remettre "à sa place" le cardinal viennois Christoph Schönborn (encore un proche de B16 et un ex-papable) qui s'était permis de se poser en juge contre les théories darwiniennes de l'évolution des espèces. Et rien de moins qu'une réplique dans le très sérieux The Tablet, une référence en matière scientifique. Vous pouvez en lire un extrait dans l'excellent blogue Bad Catholic.

 

Mais, comme le disait d'ailleurs Cossaw lui-même, il est souvent impossible de discuter avec de soi-disant croyants qui veulent que leur foi soit tout sauf de la foi, c'est à dire que ce soit aussi une certitude scientifique. Il y a tout de même quelque chose de comique à ce que des gens veuillent à la fois croire et être scientifiquement certains. On pourrait croire qu'ils savent qu'ils vont devoir choisir. Mais non, ils veulent le beurre, l'argent du beurre et le lit du crémier.
 

 

Et comme le rire est la meilleure arme contre les idiots, et en particulier les idiots zélés, je vous traduis (en amateur) un article paru sur l'excellent site intitulé The Onion, une publication qui fait dans l'humour caustique et que je trouve, comme son nom l'indique, à pleurer de rire. Voici un article issu de leur édition de cette semaine. Et bien sûr, ce n'est pas à prendre au premier degré.

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Les Scientifiques Evangéliques réfutent la Théorie de la Gravité avec une nouvelle Théorie de la Chute Intelligente

   

KANSAS CITY, KS (édition du 17 août 2005) — Au moment où le débat sur l'enseignement de la Théorie de l'Évolution dans les écoles s'intensifie, une nouvelle controverse sur les cours de science est apparue lundi dernier dans les états du Midwest. En effet, les scientifiques du Centre Evangélique de la Pensée Scientifique basée sur la Foi (Evangelical Center For Faith-Based Reasoning, ECFR) affirment désormais que la "théorie de la gravité", longtemps considérée comme fondamentale, est en fait pleine de "failles". Et ils entendent lui répondre avec la Théorie de la Chute Intelligente. "Les choses ne tombent pas simplement parce qu'elles subissent une quelconque force gravitationnelle, mais parce qu'une intelligence supérieure, appelons-là Dieu pour faire simple, la pousse vers le bas", nous explique Gabriel Burdett, qui détient des maîtrises en éducation, en Écritures Saintes appliquées et en physique à la Oral Roberts University. Le professeur Burdett ajoute: "La Gravité - qui est pourtant enseignée à nos enfants comme une loi scientifique - est en fait basée sur de nombreuses lacunes dans le raisonnement. Ainsi, la loi de la gravité prévoit qu'il y a une force qui s'exerce entre tous les corps disposant d'une masse, mais elle n'explique pas cette force. Isaac Newton lui-même disait: Je devine que mes théories pourraient toutes dépendre d'une force dont les philosophes ont tous cherché la nature en vain. En bien sûr, il faisait allusion à une puissance supérieure."

   

Fondé en 1987, l'ECFR est une autorité mondiale dans la recherche de pointe sur la physique évangélique, une branche de la physique basée sur une interprétation littérale de la Bible.

   

Et selon un article publié cette semaine par l'ECFR (simultanément dans l'International Journal Of Science et un magazine pour adolescents God's Word For Teens ou "Parole de Dieu pour Ado"), il y a beaucoup de phénomènes qui ne peuvent pas être expliqués par la théorie incroyante de la gravité, y compris des mystères comme le vol des anges, la façon dont Jésus est monté au Ciel, ou encore comment Satan est tombé lorsqu'il a été chassé du Paradis.

   

L'ECFR, en accord avec la Christian Coalition et d'autres groupes actifs parmi les chrétiens conservateurs, en appelle à des programmes scolaires publics qui offrent un temps égal à l'enseignement de la Théorie de la Chute Intelligente. Les scientifiques évangéliques insistent néanmoins pour dire qu'ils ne demandent pas que la théorie de la gravité (selon Newton) soit bannie des écoles, mais bien que les étudiants aient l'occasion d'entendre les deux positions dans cette discussion "pour qu'ils puissent prendre une décision bien informée".

   

"Nous demandons juste la meilleure éducation possible pour nos enfants du Kansas", explique Burdett.

   

Les promoteurs de la Chute Intelligente affirment que les différentes théories utilisées par des physiciens incroyants pour expliquer la gravité ne sont pas cohérentes. Même des critiques de la Chute Intelligente admettent que les idées d'Einstein sur la gravité sont mathématiquement irréconciliables avec la mécanique quantique. Ce fait, disent les promoteurs de la Chute Intelligente, prouve que la gravité est une théorie en crise.

   

Et "donnons un coup d'oeil aux preuves", dit le doyen de l'ECFR, Gregory Lunsden. "En Matthieu 15:14, Jésus dit 'Et si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont sûrement tous les deux dans le fossé'. Jésus ne dit rien d'une quelconque gravité qui les ferait tomber. Il dit juste qu'ils vont sûrement tomber. De même, en Job 5:7, nous pouvons lire que 'L'humanité est née pour souffrir, aussi sûrement que les étincelles montent vers le haut.' Si la gravité attire tout vers le bas, comment les étincelles peuvent-elles voler vers le haut avec autant d'assurance? Ceci indique clairement qu'il y a une intelligence consciente qui gouverne chaque chute."

   

Les critiques de la Chute Intelligente font remarquer que la gravité est une loi vérifiable, basée sur des observations empiriques de phénomènes naturels. Néanmoins, les physiciens évangéliques insistent qu'il n'y a pas de conflit entre les mathématiques newtoniennes et la Sainte Écriture.

   

"Les gravicistes bornés n'arrivent pas à trouver un moyen pour faire que la relativité générale d'Einstein soit conforme avec le monde quantique subatomique", déclare le docteur Ellen Carson, une figure de proue de la Chute Intelligente et bien connue pour son apostolat auprès de la jeunesse du Kansas. "Ils ont pourtant cherché à le faire depuis plus d'un siècle maintenant, et malgré toutes leurs observations empiriques et leur compilations précises de résultats, ils ne savent toujours pas comment ça marche."

   

"Les scientifiques traditionnels admettent qu'ils n'arrivent toujours pas à expliquer comment la gravitation est supposée fonctionner", dit Carson. "Les propagandistes gravicistes devraient admettre que ce qu'ils nomment 'vagues gravitationnelles' et 'gravitons' sont en fait des mots d'incroyants pour dire 'Dieu peut faire tout ce qu'Il veut'.

   

Certains physiciens évangéliques expliquent même que la Chute Intelligente offrira une solution élégante au problème central de la physique moderne.

   

"Les physiciens newtoniens ont bâti des théories pendant des décennies sur des 'forces électromagnétiques', une 'force nucléaire faible', une 'force nucléaire forte', et une soi-disant 'force de gravité'," dit Burdett. "Et leurs résultats tendent à réunir toutes ces forces dans une force unique. Mais les lecteurs de la Bible savent déjà depuis des millénaires que cette force unique a un nom, et son Nom est Jésus."

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(photo) Le Rév. Burdett explique la Théorie de la Chute Intelligente, The Onion

 

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samedi 20 août 2005

106. la malédiction des sorcières de Salem

Je comprends et je partage l'inquiétude de ceux qui trouvent que la Révolution Conservatrice Chrétienne est dans sa phase montante et qu'il ne fait pas bon être novateur ces derniers temps... Dans certains pays, on a même vu la droite nationaliste se proclamer inspirée par Dieu lui-même pour défendre ce qu'il y a de plus sacré pour l'humanité. Quel beau renversement de situation!

 

Et les fondamentalistes chrétiens sont même tellement virulents et présents dans le débat civil et politique que même les conservateurs commencent à s'inquiéter. Regardez ce cher George Bush, jr. par exemple: même lui se demande de plus en plus s'il n'est pas un peu débordé par la droite.

Pourtant, on aurait pu croire que, depuis Noé et la fin du Déluge, le respect pour la diversité humaine et le signe de l'Arc En Ciel seraient restés comme un phare pour l'humanité. On s'attendrait à ce que soient les plus belles pages de la Bible que l'on cite le plus, et pourtant ce sont peut-être les plus noires qui reviennent à la surface, celles où il est question de "mettre à mort les abominations présentes sur ta terre".

Il est clair que, pour les chrétiens qui se font une idée plus joyeuse et plus positive de leur religion, il faudrait quelques beaux effets spéciaux hollywoodiens (éclairs, tremblements de terre, etc) pour qu'ils retrouvent un peu d'enthousiasme. L'espérance est une bonne chose, mais ce n'est pas ça qui fait rigoler tous les jours...

Pourtant, me dis-je, avec tous ces pélerins qui se rassemblent à Cologne, je devrais me souvenir de la destinée d'autres Pélerins (The Pilgrims, in ze ingliche) dont la destinée, une fois de plus, pourrait faire basculer l'Histoire.

Si vous voulez un signe, pour ainsi dire un miracle, en voici un pour que les incrédules et les durs de la feuille parmi vous/nous retrouvent le sourire: le 4 juillet (date symbolique s'il en est), le synode général de l'Eglise Unie du Christ a approuvé le mariage gay. Et pas un petit vote de vierge effarouchée, s'il vous plaît: plus de trois quart des délégués ont voté en faveur de la motion. Du positif, du vrai.

La United Church of Christ (UCC pour les intimes), une petite Église numériquement parlant (quelques millions à l'échelle mondiale) mais une donnée clef de l'histoire religieuse des deux ou trois derniers siècles.

Avez-vous la moindre idée de qui sont ces gens? de qui ils sont les héritiers? Si je vous dit Thanksgiving, ou Sorcières de Salem, ça vous met sur la piste? Dinde et chapeaux noirs? Mayflower?

Le vote de l'UCC montre que les religions ne sont pas immunisées contre une des lois de base de l'Histoire: tout change. Elles ne sont pas immuables, ni dans un sens conservateur, ni dans un sens libéral.

L'Église Unie du Christ est justement l'union d'une serie de groupes protestants de la première heure, des groupes que l'on connaissait au 17ème siècle comme les Puritains ou les Pélerins (selon qu'on était de leur côté ou pas). Des groupes venus d'Europe et qui ont peuplé la Nouvelle-Angleterre, à commencer par le Massachussett.

Ce sont eux qui portaient ce chapeau noir à large bord que l'on utilise encore pour couper la dinde lors de la fête de Thanksgiving. Et c'est d'eux dont l'Amérique entière se souvient comme des fondateurs de leur nation et de leur premier succès de colonisation.

Bien sûr, aujourd'hui, on met les héritiers du bateau Mayflower parmi les pères fondateurs de la démocratie américaine et les grands promoteurs de la liberté de religion (qu'ils n'avaient pas en quittant l'Europe, disaient-ils).

Mais il faut tout de même un peu rétablir la vérité historique, notamment à propos de leur notion de liberté, justement. Parce qu'en terme de liberté sexuelle par exemple, autant dire qu'ils n'y croyaient absolument pas. Je pense même qu'ils étaient opposés au sexe en général. La danse en public (mixte, inter-générationnelle) était une chose tellement obscène qu'elle a été bannie de Nouvelle Angleterre pendant des décennies.

En fait, sur à peu près tous les sujets, les Pélerins et les Puritains n'avaient qu'une tolérance limitée... pour la tolérance. Venus chercher une liberté que, soi-disant, l'Europe leur refusait, ils se sont vite dépêchés de la refuser dans leur nouvel établissement d'Amérique du Nord. Une intolérance telle que des groupes dissidents se sont formés, l'un dans le Rhode Island et l'autre dans le Connecticut. Mais avec tout de même un élément important en commun: le droit de vote était strictement réservé aux "véritables saints", à l'exclusion de tous les autres "papistes, quakers, juifs ou athées".

Et comme on peut se l'imaginer, dans une culture ou même la danse mixte est une abomination, l'homosexualité était tout simplement punie de la peine de mort. Dans le Massachussetts, il n'y avait même pas un semblant de procès: on appliquait la Bible telle qu'elle est écrite. Tu vois un homme qui couche avec un autre homme? Tu le tues sur le champ, point final.

Il y avait pourtant une procédure de jugement contre les sorcières, bien qu'elles finissaient tout de même par être mises à mort. Mais les pédé étaient eux sommairement expédiés, la sainte fureur du croyant étant à la fois juge, procureur, témoin et bourreau.

Et pourtant, ce sont les descendants de ces gens qui, le 4 juillet, ont voté massivement pour accepter en leur sein les homosexuels qui s'aiment. Pour installer à leur table l'amour gay. Rétrospectivement, la malediction des sorcières de Salem se transforme donc en bénédiction pour les descendants de ces Puritains et ces Pélerins: ils en sont arrivés à bénir même ce qu'ils abhorraient le plus.

Et que dit la Déclaration votée le 4 juillet: "Nos ancêtres lisaient la Bible d'une manière, et nous d'une autre. Et pour ce qui est de la bénédiction de l'union conjugale, nous croyons que les hommes et les femmes ont été créés égaux en tant que créatures de Dieu, indépendamment de toute orientation sexuelle."

C'est pas beau ça, comme évolution d'une religion???

Mais ce n'est pas le seul exemple, bien sûr. Ainsi par exemple, le catholicisme contemporain tient pour acquise la suprématie quasi-impériale du pape de Rome et le fait qu'il nomme toute la hiérarchie (évêques, cardinaux, etc). Pourtant, ce principe n'est pas ancien et pourrait lui aussi être revu. Et qui aurait pu croire qu'en 2000, un pape demande publiquement pardon au monde entier pour toutes les fautes commises au nom de l'Eglise Catholique? Une liste loin d'être courte d'ailleurs.

Quelques petits exemples pour montrer que la leçon de l'histoire, c'est que même les religions changent. Et avec l'exemple de l'UCC, on voit que le changement peut d'ailleurs être radical. Pour l'instant, les fondamentalistes semblent pousser dans le dos les conservateurs, ces derniers apparaissant sur la voie ascendante. George Bush, Benoît 16,... bientôt la CDU en Allemagne (avec sa présidente ouvertement homophobe)?

Mais tout peut changer: après tout, ce sont des pays avec des catholicismes historiquement forts qui sont à la base du mariage gay (Hollande, Belgique, Canada, etc).

Comme disait ce bon vieil Ecclésiaste: Toute chose a sa propre saison, et il y a un temps pour tout sous le Ciel.

Bon, arrêtons-là avec toutes ces pensées sérieuses, et voici mon caramel DVD du jour: Kiss Me, Guido. Une des comédies les plus oubliables et les plus inconséquentes de l'histoire du cinéma.

Pour résumer: Le très très décoratif pizzaiolo new-yorkais Frankie (Nick Scotti, sur la photo) surprend son grand frère en train de se faire sa petite amie sur la table de la cuisine. Ecoeuré, il veut tout plaquer, et poursuivre son rêve de devenir acteur. Il cherche alors une colocation dans un quartier "branché" et tombe sur l'annonce publiée par Warren. Quiproquo: il était écrit "cherche un GWM" et Frankie comprend "guy with money" au lieu de "gay white male". En plus, Warren est l'un des acteurs favoris de Frankie, pour son rôle inoubliable dans... "Mafia Kickboxer 3" (pas vraiment un film pour les tapettes). Ce que j'aime bien (outre que le rital en moi s'amuse toujours beaucoup des fims pizza), c'est l'amitié un peu hystérique mais aussi un peu tendre qui se noue entre Frankie et Warren, l'un et l'autre ayant du chemin à faire.

Pas de prise de tête: un film à manger avec une pizza, bien sûr, et un verre de bière (en Italie, c'est de la bière qu'on sert avec la pizza, pas du vin, bande d'ignorants).

Evidemment, comme alternative, on peut aussi rester dans le thème de Salem et se faire le tout aussi oubliable Hocus Pocus, aves les trois sorcières les plus déjantées de l'histoire du cinéma:  Bette Midler, Sarah Jessica Parker, et Kathy Najimy (excusez du peu).

 

Posté par cathogay à 20:14 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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