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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

dimanche 25 septembre 2005

134. quand l'archéologue venge l'historien

Je n'ai rencontré John Boswell qu'une seule fois, et encore, pas d'une façon privée mais dans un petit groupe. Et je suis tombé amoureux dans la seconde. Le charme, l'intelligence, la passion, la ferveur, l'élégance, l'assurance, tout ce qu'on peut rêver chez un brillant historien de Yale. Son décès en 1994, la veille de Noel, a été pour moi un véritable choc. Je le savais atteint du sida, mais on croit toujours que ceux qu'on aime vont être épargnés... Du moins, je le croyais à l'époque... Aujourd'hui encore, j'ai sa photo chez moi, il reste mon ange et mon héros.

John Boswell est connu pour sa passion à rendre une Histoire à l'amour cathogay, notamment par deux livres (aujourd'hui traduits en français): Christianity, Social Tolerance and Homosexuality: Gay People in Western Europe from the Beginning of the Christian Era to the Fourteenth Century (publié en 1980) mais surtout l'incroyablement révolutionnaire Same-Sex Unions in Pre-Modern Europe (publié en 1994) et qui est, à mon avis, la justification de sa brève et fulgurante existence...

Il s'agit d'un livre ardu, un vrai travail d'historien, avec des notes en bas de page et des textes littéralement en grec et en latin. En fait, pour le commun des mortels, la lecture de l'introduction et de la conclusion suffit amplement. Le point central est la re-découverte des bénédictions données dans l'Eglise (à l'époque indivise) à des unions de deux personnes de même sexe. Les rituels de ces liturgies sont conservés dans quelques fameuses bibliothèques, dont celle du Vatican. On en trouve la traduction dans le livre de Boswell. De même que des textes sur certains couples fameux, comme les saints Serge et Bacchus, dont la Passion (le récit du martyre) sert à John Boswell pour montrer que l'on trouvait parfaitement normal que deux hommes s'aiment et se donnent l'un à l'autre totalement.

Dans le monde gay, la publication de ce livre a été un intense sujet de débats. Certains disant qu'il fallait regarder l'avenir et innover. D'autres, au contraire, se réjouissant que notre Histoire nous soit enfin rendue et que nous ayons la connaissance de nos "racines" et de nos "ancêtres". Car si l'on bénissait deux hommes qui s'aiment entre le 3ème et le 19ème siècle, on ne voit pas où serait le problème à le faire aujourd'hui. Il y a à peine un siècle et demi, raconte John Boswell, l'amour de deux hommes a été béni sous les yeux de nombreux témoins, et cela dans la banlieue romaine... Ce n'est tout de même pas loin, un siècle et demi, bon sang!

Par contre, la version catholique officielle (et beaucoup de cathogay ont adopté cette version), c'est que l'oeuvre de John Boswell pèche par anachronisme et reconstructivisme. En d'autres termes, il voudrait tellement défendre l'amour gay aujourd'hui qu'il en voit des traces partout dans l'Histoire. Or, comment peut-on sérieusement croire que l'Eglise Catholique ait pu au grand jamais bénir deux hommes qui s'aiment et qui baisent ensemble, c'est tout bonnement impensable... Ces unions de même sexe ne peuvent être que des "adoptions de frères": deux hommes du même âge qui s'adoptent mutuellement comme frères. Un peu comme des Sioux qui deviennent frères de sang en se taillant les veines et en liant leurs avant-bras ensanglantés...

Encore récemment, un cathogay me soutenait qu'il fallait oublier ce livre comme un joli rêve mais qu'il n'y avait rien de sérieux là dedans...

Tout de même... Je ne sais pas si vous avez la moindre idée de ce qu'est l'Université de Yale aux Etats-Unis et de l'énorme prestige dont elle jouit. Or, c'est là que John Boswell travaillait (pendant 20 ans), après avoir terminé ses propres études à Harvard. Comme ça à première vue, je serais assez prudent dans le fait d'écarter ce livre négligemment d'un revers de la main... Il suffit de googler "John Boswell" et vous trouverez une série de discussions entre historiens qui montrent bien sa postérité intellectuelle et le respect dans lequel on tenait ses livres et son travail.

Mais surtout, comme souvent, c'est l'archéologie qui permet de "venger" les théories d'un historien soupçonné de ne pas savoir de quoi il parle. En lisant l'article de Valerie Abrahamsen, j'ai été ravi d'apprendre qu'on avait découvert quantité de tombes de paires d'hommes ou de femmes dans le nord de la Grèce, des tombes qui remontent presque aux temps apostoliques (et notamment dans la région de Philippe, bien connue pour la fameuse Epître de Saint Paul aux Philippiens).

Bien sûr, Plutarque parlait déjà, dans la littérature antique, de la tombe d'Iolaus, l'amant du demi-dieu Hercule, tombe sur laquelle les couples gay de la Grèce Antique venaient se promettre fidélité près d'Athènes... Certains voudraient croire (et surtout nous faire croire) que tout ça a cessé avec la victoire de Constantin et le triomphe du christianisme...

Mais maintenant on sait que, dans les cimetières de l'époque byzantine, se trouvent des couples d'hommes et de femmes dont l'amour est célébré par les inscriptions sur la pierre.

Evidemment, l'argument "officiel catholique" est connu: comment savoir quelle était l'étendue de la relation émotionnelle, physique ou sexuelle de ces couples? Comment pouvez-vous dire qu'ils couchaient ensemble, qu'ils s'embrassaient et s'aimaient comme des amants? Pourquoi ne pas juste supposer qu'ils étaient les meilleurs amis du monde, d'inséparables colocataires y compris dans la chambre? Comment savons-nous qu'il ne s'agit pas de deux célibataires, partageant leur vie et même leur tombe en toute "innocence" et dans le service de l'église sous laquelle ils sont enterrés?

Justement, étant donné la haute estime que l'on avait à l'époque pour le célibat et la vie consacrée, on aurait inscrit sur leur tombe leurs "mérites"... De plus, à la même époque, on disait des couples hétéro qu'ils vivaient "dans la chasteté comme des frères et soeurs dans le Christ". Alors, on pourrait retourner la question: comment sait-on que les couples hétéro baisaient?

Au contraire, comme on peut le lire dans l'article, il est plus logique de supposer qu'à d'autres époques et sous d'autres cieux, l'Eglise ne voyait rien de mal à ces couples de même sexe et qu'elle les bénissait, voyant en eux un signe de la présence de l'Amour de Dieu dans le monde...

Il se peut même, parce que ces couples ont été enterrés dans des églises (d'où le fait que ces tombes soient conservées), que ces couples avaient des responsabilités importantes dans leurs communautés chrétiennes. Ce n'étaient donc pas des marginaux sur les vices desquels la communauté chrétienne fermait charitablement les yeux...

Alors je dis: rendez-nous notre héritage... Pourquoi les autorités de l'Eglise ne reviennent-elles pas à ce qu'elles faisaient à l'origine? Quant aux prêtres qui, aujourd'hui, bénissent certaines unions gay dans le secret et la clandestinité, qu'ils soient confortés en sachant qu'ils font ce que leurs prédécesseurs ont fait pendant près de 15 siècles, avant que l'homophobie du 19ème n'y mette un terme.

Posté par cathogay à 14:47 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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