dimanche 25 septembre 2005
134. quand l'archéologue venge l'historien
Je n'ai rencontré John Boswell
qu'une seule fois, et encore, pas d'une façon privée mais dans un petit
groupe. Et je suis tombé amoureux dans la seconde. Le charme,
l'intelligence, la passion, la ferveur, l'élégance, l'assurance, tout
ce qu'on peut rêver chez un brillant historien de Yale. Son décès en
1994, la veille de Noel, a été pour moi un véritable choc. Je le savais
atteint du sida, mais on croit toujours que ceux qu'on aime vont être
épargnés... Du moins, je le croyais à l'époque... Aujourd'hui encore,
j'ai sa photo chez moi, il reste mon ange et mon héros.

John Boswell est connu pour sa passion à rendre une Histoire à l'amour cathogay, notamment par deux livres (aujourd'hui traduits en français): Christianity, Social Tolerance and Homosexuality: Gay People in Western Europe from the Beginning of the Christian Era to the Fourteenth Century (publié en 1980) mais surtout l'incroyablement révolutionnaire Same-Sex Unions in Pre-Modern Europe (publié en 1994) et qui est, à mon avis, la justification de sa brève et fulgurante existence...
Il s'agit d'un livre ardu, un vrai travail d'historien, avec des notes en bas de page et des textes littéralement en grec et en latin. En fait, pour le commun des mortels, la lecture de l'introduction et de la conclusion suffit amplement. Le point central est la re-découverte des bénédictions données dans l'Eglise (à l'époque indivise) à des unions de deux personnes de même sexe. Les rituels de ces liturgies sont conservés dans quelques fameuses bibliothèques, dont celle du Vatican. On en trouve la traduction dans le livre de Boswell. De même que des textes sur certains couples fameux, comme les saints Serge et Bacchus, dont la Passion (le récit du martyre) sert à John Boswell pour montrer que l'on trouvait parfaitement normal que deux hommes s'aiment et se donnent l'un à l'autre totalement.
Dans le monde gay, la publication de ce livre a été un intense sujet de débats. Certains disant qu'il fallait regarder l'avenir et innover. D'autres, au contraire, se réjouissant que notre Histoire nous soit enfin rendue et que nous ayons la connaissance de nos "racines" et de nos "ancêtres". Car si l'on bénissait deux hommes qui s'aiment entre le 3ème et le 19ème siècle, on ne voit pas où serait le problème à le faire aujourd'hui. Il y a à peine un siècle et demi, raconte John Boswell, l'amour de deux hommes a été béni sous les yeux de nombreux témoins, et cela dans la banlieue romaine... Ce n'est tout de même pas loin, un siècle et demi, bon sang!
Par contre, la version catholique officielle (et beaucoup de cathogay ont adopté cette version), c'est que l'oeuvre de John Boswell pèche par anachronisme et reconstructivisme. En d'autres termes, il voudrait tellement défendre l'amour gay aujourd'hui qu'il en voit des traces partout dans l'Histoire. Or, comment peut-on sérieusement croire que l'Eglise Catholique ait pu au grand jamais bénir deux hommes qui s'aiment et qui baisent ensemble, c'est tout bonnement impensable... Ces unions de même sexe ne peuvent être que des "adoptions de frères": deux hommes du même âge qui s'adoptent mutuellement comme frères. Un peu comme des Sioux qui deviennent frères de sang en se taillant les veines et en liant leurs avant-bras ensanglantés...
Encore récemment, un cathogay me soutenait qu'il fallait oublier ce livre comme un joli rêve mais qu'il n'y avait rien de sérieux là dedans...
Tout de même... Je ne sais pas si vous avez la moindre idée de ce qu'est l'Université de Yale aux Etats-Unis et de l'énorme prestige dont elle jouit. Or, c'est là que John Boswell travaillait (pendant 20 ans), après avoir terminé ses propres études à Harvard. Comme ça à première vue, je serais assez prudent dans le fait d'écarter ce livre négligemment d'un revers de la main... Il suffit de googler "John Boswell" et vous trouverez une série de discussions entre historiens qui montrent bien sa postérité intellectuelle et le respect dans lequel on tenait ses livres et son travail.
Mais surtout, comme souvent, c'est l'archéologie qui permet de "venger" les théories d'un historien soupçonné de ne pas savoir de quoi il parle. En lisant l'article de Valerie Abrahamsen, j'ai été ravi d'apprendre qu'on avait découvert quantité de tombes de paires d'hommes ou de femmes dans le nord de la Grèce, des tombes qui remontent presque aux temps apostoliques (et notamment dans la région de Philippe, bien connue pour la fameuse Epître de Saint Paul aux Philippiens).
Bien sûr, Plutarque parlait déjà, dans la littérature antique, de la tombe d'Iolaus, l'amant du demi-dieu Hercule, tombe sur laquelle les couples gay de la Grèce Antique venaient se promettre fidélité près d'Athènes... Certains voudraient croire (et surtout nous faire croire) que tout ça a cessé avec la victoire de Constantin et le triomphe du christianisme...
Mais maintenant on sait que, dans les cimetières de l'époque byzantine, se trouvent des couples d'hommes et de femmes dont l'amour est célébré par les inscriptions sur la pierre.
Evidemment, l'argument "officiel catholique" est connu: comment savoir quelle était l'étendue de la relation émotionnelle, physique ou sexuelle de ces couples? Comment pouvez-vous dire qu'ils couchaient ensemble, qu'ils s'embrassaient et s'aimaient comme des amants? Pourquoi ne pas juste supposer qu'ils étaient les meilleurs amis du monde, d'inséparables colocataires y compris dans la chambre? Comment savons-nous qu'il ne s'agit pas de deux célibataires, partageant leur vie et même leur tombe en toute "innocence" et dans le service de l'église sous laquelle ils sont enterrés?
Justement, étant donné la haute estime que l'on avait à l'époque pour le célibat et la vie consacrée, on aurait inscrit sur leur tombe leurs "mérites"... De plus, à la même époque, on disait des couples hétéro qu'ils vivaient "dans la chasteté comme des frères et soeurs dans le Christ". Alors, on pourrait retourner la question: comment sait-on que les couples hétéro baisaient?
Au contraire, comme on peut le lire dans l'article, il est plus logique de supposer qu'à d'autres époques et sous d'autres cieux, l'Eglise ne voyait rien de mal à ces couples de même sexe et qu'elle les bénissait, voyant en eux un signe de la présence de l'Amour de Dieu dans le monde...
Il se peut même, parce que ces couples ont été enterrés dans des églises (d'où le fait que ces tombes soient conservées), que ces couples avaient des responsabilités importantes dans leurs communautés chrétiennes. Ce n'étaient donc pas des marginaux sur les vices desquels la communauté chrétienne fermait charitablement les yeux...
Alors je dis: rendez-nous notre héritage... Pourquoi les autorités de l'Eglise ne reviennent-elles pas à ce qu'elles faisaient à l'origine? Quant aux prêtres qui, aujourd'hui, bénissent certaines unions gay dans le secret et la clandestinité, qu'ils soient confortés en sachant qu'ils font ce que leurs prédécesseurs ont fait pendant près de 15 siècles, avant que l'homophobie du 19ème n'y mette un terme.
samedi 10 septembre 2005
121. larmes au fond des placards
En parcourant le site du Monde, ce matin, je tombe sur le type d'article qui, à la fois, me donne envie de pleurer et de hurler à la face du Ciel. Il s'agit du calvaire que Guillaume a vécu entre l'enfance et l'adolescence.
On est au 21ème siècle!!! Et qu'un jeune de 17 ans dise qu'il s'est fait interner suite aux mauvais traitements qu'il a subis en tant que pédé, c'est tout simplement à hurler d'indignation.
On connaît les autorités morales dans nos pays: hommes politiques, responsables religieux, vedettes de l'art ou du sport, journalistes vedettes, stars des écrans petits ou grands, etc. Et vous connaissez mon avis sans doute: en matière de racisme, de sexisme, de xénophobie, d'anti-sémitisme, et donc aussi d'homophobie, ces autorités morales sont responsables du message qu'elles font passer.
Et en particulier pour les évêques catholiques, je les trouve plus que mous (et donc plus que laxistes) dans la condamnation de l'homophobie. Je dépose la souffrance et les pleurs de tous les Guillaume d'aujourd'hui devant leur porte.
Encore aujourd'hui même: il y a à Bruxelles une manifestation soi-disant "pour défendre la famille" contre le projet de loi sur l'adoption par des couples homosexuels mariés. Tout ce que le monde connaît d'associations homophobes a donné rendez-vous à ses militants. Et notamment des groupements musulmans (marginaux) ou d'extrême-droite dont l'homophobie verbale voire physique est notoire (c'est d'ailleurs leur fonds de commerce). Et vous savez quoi? Les évêques catholiques de Belgique trouvent normal de s'associer à ces gens et de s'associer à cette manifestation! Qu'au moins les catholiques aient la décence de tenir une manifestation séparée! Mais non: quand ils s'agit de s'opposer aux homosexuels, on ferait alliance avec le diable s'il le fallait! Je trouve ça indécent.
Si demain, un autre Guillaume de 17 ans se fait interner par ses parents catholiques qui ne veulent que son bien ou qu'il se suicide parce qu'il n'arrive pas à parler à ses parents catholiques qui l'aiment pourtant passionnément, je soutiens que les évêques catholiques auront ce sang sur les mains.
Le discours officiel de la hiérarchie catholique, selon lequel l'amour homosexuel est un danger pour les couples hétérosexuels et les enfants, ainsi qu'une offense à Dieu (cfr le compendium du catéchisme catholique) est tout simplement inacceptable. De plus, parce qu'il est prononcé par des autorités morales qui ont accès aux média, ce discours justifie toutes les violences des croisés modernes, toutes les insultes, toutes les menaces. Ce discours est une agression homophobe verbale justifiant l'agression physique, la discrimination sur le lieu de travail, et même dans le monde médical comme on peut le lire dans l'article sur Guillaume.
Je n'arrive pas à comprendre que des cathogay
n'aient pas encore déposé plainte pour réclamer des dommages et
intérêts... Mais je suppose que la justice ne marche pas comme aux
Etats-Unis. N'empêche: il doit quand même bien y avoir une loi contre
l'insulte et la diffamation! Est-ce que quelqu'un pourrait dire "les
Beurs sont un danger pour la France" et ne pas se voir coller un procès
pour propos insultants?
Je rêve du jour où, comme ça s'est passé à la synagogue de Cologne durant les JMJ, le pape viendra dire (par exemple à un rassemblent eucharistique de cathogay) qu'il est inadmissible d'utiliser le titre de chrétien pour être homophobe, pour appeler à l'insulte et à la persécution des gay, et que chaque fois qu'un gay est agressé ou insulté, c'est Dieu lui même qui est attaqué et qu'alors son coeur paternel de pape pleure... Rêvons. Espérons.
D'un côté, je rejoins ceux qui disent "patience": Rome ne s'est pas faite en un jour, il faut laisser à la hiérarchie catholique le temps de digérer la Révolution Conservatrice qui vient de commencer, il faut lui laisser le temps de rattrapper la modernité, etc.
D'un autre côté, je me lève le matin, je prends ma tasse de café, je lis Le Monde et je tombe sur un témoignage à la Guillaume. Et je me dis qu'il est urgent d'agir. Je me dis que les jeunes gouines ou pédé cathogay n'entendent aucune Bonne Nouvelle qui les concerne. Ils risquent de mourir. Il y a urgence.
Et donc, l'autre jour j'ai écris une note pour dire "patience, vivons dans l'espérance" et aujourd'hui, j'écris une note pour dire "il faut se bouger".
Néanmoins, on n'agit pas en cathogay comme on agit en militant d'Act Up ou des Panthères Roses. Que font les cathogay? Ils font ce que les abeilles font quand elles sont agressées par l'ours qui veut leur miel: ils font nombre.
Si tu es gay et catholique, réfléchis à rejoindre d'autres cathogay pour la prière, l'eucharistie, l'écoute de la parole de Dieu, la solidarité...
Et plus encore si tu es un prêtre cathogay, il y a des Guillaumes là dehors qui attendent de te rencontrer et de s'entendre dire que Dieu les aime, qu'ils sont appelés à aimer passionnément comme le Christ. S'il te plaît, mets-toi au service d'une association cathogay locale.
Je crois beaucoup à la création de ces nouvelles catacombes pour gay catholiques. Soyons pratiques: pour la France, contactez par exemple Eric Louis qui peut te re-diriger vers un groupe cathogay local (et je signale que son livre est particulièrement exemplaire de ce que vivent de jeunes cathogay aujourd'hui). De même pour la Belgique: par exemple le père Hugues (et notamment pour son groupe de prière et/ou son groupe de partage). Les anglicans, les orthodoxes ou les protestants (tout comme aussi les différents catholiques non-romains, par exemple en France ou en Belgique) ont leur propre "ruche" à créer et je les y invite aussi. Allons-y, faisons-le, et à la grâce de Dieu.
Quant à ceux qui ne se sentent pas "religieux", il leur reste bien assez d'autorités morales autres que chrétiennes sur qui faire pression!!! Faire reculer l'homophobie, c'est sauver des vies. C'est donner la vie à des jeunes qui sont en danger de mort. Je sais que je ne fais pas dans la nuance. Mais c'est le monde qui est comme ça.
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mardi 6 septembre 2005
120. tout homme est un livre
Avant toute chose, un petit conseil télé: ce soir sur Arte à 22h45, le film israélien "Yossi & Jagger", dont je vous ai déjà parlé dans une note précédente. Une très belle histoire d'amour entre militaires en poste sur le Golan, en plein hiver. Et sinon, à vos enregistreurs video ou dvd... Honnêtement, il y a quelque chose dans l'armée israélienne qui rend les militaires vraiment très très "décoratifs"... Et des militaires amoureux jouant dans la neige, je ne vous dit que ça...
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Ceci étant dit, le sujet de ma note d'aujourd'hui, c'est une initiative d'une bibliothèque de Malmoe qui me fait dire, comme dans le pub, "ils sont fous ces Suédois".
Voilà
l'histoire: les bibliothécaires se sont dit que les gens n'ont pas
toujours le temps de lire, et surtout sur les sujets d'actualité un peu
compliqués. Alors, pourquoi ne pas leur faire rencontrer des "livres
vivants"? Et donc, certains week-ends, ils engagent des personnes qui
sont représentatives d'une situation particulière (souvent
conflictuelle). Et on peut les rencontrer pour leur poser des questions
et comprendre comment ils vivent.
Et parmi les "livres vivants" de
cette semaine: une lesbienne, un imam, un journaliste, une musulmane,
un gitan, un Danois et un défenseur des animaux. La rencontre est
limitée à 45 minutes et a lieu dans la cafètte de la bibliothèque. Les
"livres vivants" sont un peu payés pour leur présence et pour se
documenter. On peut même "lire" à plusieurs.
Il est vrai que Malmoe
est situé au sud de la Suède, une zone industrielle remplie
d'immigrants. Et à quelques kilomètres des côtes du Danemark, un pays
avec lequel ils ont été en guerre quelques fois au cours des siècles.
Je
trouve ça génial de chez génial. Imaginez si tous les gens qui ont des
préjugés ou simplement de l'ignorance sur un sujet pouvaient trouver un
endroit où, sur rendez-vous, ils posent des questions à des "livres
vivants" dont on est sûr qu'ils se sont documentés, qu'ils ne vont pas
se braquer, qu'ils vont écouter mes questions parfois stupides et
vraiment me répondre de manière à ce que je comprenne? C'est génial, je
vous dis.
Et imaginez qu'il y ait des homosexuels disposés à
rencontrer des jeunes ou des adultes sur rendez-vous dans une
bibliothèque et à répondre à toutes leurs questions, même les plus
biscornues?
Les promoteurs du projets suédois se sont dit que ce
système était idéal pour combattre les préjugés, notamment dans des
groupes sociaux où le livre n'est pas la référence pour la pensée.
Bon,
soyons clairs: j'ai déjà lu l'avis d'une série de rabats-joie dans la
pédéblogosphère. Du genre: et tu crois que des homophobes vont vouloir
rencontrer des pédé pour leur poser des questions et les écouter
répondre? Non, disent les sceptiques, les homophobes s'en tapent de
mieux connaître les gay. Au contraire, tous les préjugés négatifs leur suffisent amplement comme information.
Je
ne nie pas qu'il y a du vrai dans ce scepticisme. Néanmoins, je salue
l'initiative: faire se renconter des personnes, les faire dialoguer,
c'est bien. Et plus des gens rencontreront et parlent avec des pédé réels, moins ils en resteront figés au stéréotype du pédé imaginaire qu'ils ont dans leur tête.
Tiens, on devrait organiser ça pour les évêques: chacun rencontrerait un cathogay ou un groupe de cathogay
pour mieux les comprendre. Parce que vous croyez que tous les évêques
qui parlent sur l'homosexualité ont déjà rencontré et écouté des
homosexuels catholiques? Mon oeil...
lundi 5 septembre 2005
119. faites un don au Rainbow World Fund

Il y a des dizaines d'organisations qui viennent en
aide aux victimes de catastrophes naturelles ou de guerres, avec la
Croix-Rouge parmi les principales.
Je voudrais juste signaler, surtout pour ce qui est des Etats-Unis, le Rainbow World Fund. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une fondation qui récolte des fonds dans la communauté LGBT, particulièrement lors de grands événements (comme les Gay Pride), mais aussi qui organise des aides humanitaires.
Leur
domaine d'activité est la fourniture d'eau potable, la lutte contre les
mines anti-personnels, la famine et le sida. Leurs actions se déroulent
en Afrique, notamment au Niger, au Cambodge (pour les mines
anti-personnels), dans les Caraïbes, mais aussi aux Etats-Unis, par
exemple pour le programme Hunger.
Leur slogan est "our compassion in action - LGBT people responding to world need", et leurs actions sont clairement expliquées sur le site. L'un de leurs mobiles c'est de changer la manière dont le monde voit les gay et les lesbiennes. Et il est vrai que la générosité financière ou humanitaire de beaucoup de gay est tout à fait inconnue du grand public, qui ne voit en nous que des noceurs queutards, des facheune victimes ou des hédonistes.
Si vous avez une carte de crédit, c'est très facile de faire un don. Quelques dollars peuvent faire la différence (il n'y a pas de minimum requis).

118. des gay chez les Juifs
Un visiteur suisse a attiré mon attention sur la création à Genève d'un groupe judéo-LGBT au sein de la synagogue libérale. L'occasion de me rappeler également que la coordination juive gay naissait en France en 1977, par la création de Beit Haverim mais aussi du congrès mondial des associations juives gay et lesbiennes.
Et c'est vrai que j'observe souvent l'évolution des gay dans le monde juif, notamment parce qu'en tant que cathogay, j'aime bien savoir ce qu'ils disent d'une éventuelle opinion de la Bible sur l'homosexualité. C'est édifiant, et ça remet fameusement à leur place ceux qui brandissent la Parole de Dieu pour appeler à la condamnation des homo. Je trouve que certains chrétiens conservateurs ne connaissent rien à la Bible, alors qu'ils citent abondamment tous les passages qui leur permettent de juger les autres, de les haïr, de les persécuter.
Bien sûr, les milieux juifs sont loin d'accepter l'homosexualité et de donner aux juifs gay une place à la table du shabbat. Néanmoins, il y a une recherche biblique et intellectuelle dans les milieux rabbiniques qui fait que l'idée de l'homosexualité est étudiée sérieusement et avance d'une façon plus qu'encourageante.
De plus, j'ai été ému de la prise de position du maire de Jérusalem, et des associations juives de victimes du nazisme, quand ils ont déclaré qu'il n'y avait pas de raison d'exclure les homosexuels des célébrations sur la libération des camps de concentration. Toutes les victimes sont honorables, ont-ils insisté.
Et pour ceux qui s'intéressent au sujet, je recommande un excellent film documentaire sur la vie des homosexuels dans le judaïsme, y compris dans le monde hassidique (les juifs les plus orthodoxes). Il s'agit de Trembling before G-D (les juifs ne disent pas le nom de Dieu, même en langue étrangère).
Ce film m'a appris plusieurs choses: les juifs gay ne peuvent pas renoncer à être juif ET à être gay sans vivre l'enfer. Leurs familles sont en train de s'en rendre compte (en particulier leurs mères) et la compassion joue un rôle important dans l'acceptation de l'homosexualité par le judaïsme. Cet écartèlement est plus douloureux que celui que vivent ceux qui, comme les chrétiens par exemple, ont tout simplement abandonné leur religion. En effet, on sait que le judaïsme est loin de n'être qu'une affaire de religion: il y a toute la question de la famille, du tissu social, des origines, de la destinée personnelle et collective, etc.
J'en suis sorti convaincu que le fait de devoir renoncer à une partie de moi (ma foi chrétienne) parce que je suis gay ou bien à renoncer à mon homosexualité parce que je suis catholique était une voie sans issue. J'ai déjà écrit sur le fait qu'il m'est impossible d'imaginer de renoncer à l'une ou à l'autre.
Et je mesure la difficulté (et elle n'est pas petite) à être catho dans le milieu gay, ou bien à être gay dans le milieu catho. Cette position de bâtard ou de métis est très inconfortable, c'est vrai, mais c'est celle où vivent tous les cathogay. Et je suppose que je vais encore passer des années entre ceux qui disent Comment peux-tu te dire catholique et être en désaccord avec l'enseignement de notre Eglise et puis l'autre question Comment peux-tu rester chez ces catholiques qui nous haïssent et disent toutes ces horreurs sur nous les gay. Les gay sont parfois intolérants vis-à-vis de ceux qui cherchent à rester fidèle à une religion qui est officiellement homophobe...
Autre apport de ce film, la notion de nature. Non pas celle qui nous est arrivée via la pensée grecque, puis saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, et finalement la corruption via une mauvaise compréhension de JJ Rousseau. Mais l'idée biblique de la nature: ma nature, c'est ce que Dieu me pousse à faire. Probablement l'ancêtre de la notion contemporaine de l'inspiration ou même de la vocation humaine.
Par exemple, le fait de fonder une famille et d'avoir des enfants est pratiquement un dogme dans le judaïsme. Et donc, les juifs gay se doivent de suivre cette nature. La question qui se pose, c'est qu'ils ne le font pas comme les juifs hétéro, par la procréation. D'où la place importante des associations juives gay dans le débat sur le mariage gay et l'homoparentalité.
Enfin, la place de la prière et de l'étude de la Bible: il y a une très grande ferveur dans l'étude biblique chez les Juifs. Et je suis heureux de voir que les juifs gay arrivent à se ré-approprier ce livre qui a pourtant servi à les persécuter. Plus encore, ils ont fait de ce livre le centre de leur vie d'hommes et de femmes homosexuels...
C'est pourquoi j'invite, en cette rentrée scolaire et professionnelles, tous les cathogay à se poser la question de leur prière et de leur vie de foi. Et aussi de leur appartenance à un groupe de gay catholiques... Finie la schizophrénie, il est temps de construire l'unité de ce qui était séparé: la vie chrétienne et la vie homosexuelle.
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samedi 3 septembre 2005
117. n'est pas Eliott Ness qui veut
La nouvelle commence à dater, mais une parution récente (27 août) dans Le Monde m'a incité à partager quelques réflexions sur la démission de Mgr Juan Carlos Maccarone (64 ans), évêque de Santiago del Estero en Argentine. Le Vatican a accepté sa demande le jour même, après avoir visionné une vidéo où on voit l'évêque ayant des relations sexuelles avec un jeune homme de 23 ans. Une vidéo que toute la presse argentine avait reçu le même jour.
Pourtant, Mgr Maccarone était une figure très populaire et très respectée en Argentine. En annonçant la nouvelle, l'archevêque de Buenos Aires a rappelé que Mgr Maccarone avait été "très engagé dans la réalité de la province" la plus pauvre du pays et qui avait été surnommée "la province de la terreur". Sans parler de ses publications théologiques assez connues en Amérique Latine.
Mgr Maccarone avait joué un rôle décisif, en 2004, dans la destitution et l'arrestation de l'ancien gouverneur Carlos Juarez, de sa femme, et des caudillos péronistes qui avaient gouverné d'une main de fer pendant cinquante ans Santiago del Estero, et qui étaient accusés de corruption mais aussi d'être mêlés à des crimes sordides.
Parmi eux, celui de l'ancien gouverneur, en 1991, qui avait tenté de rompre avec les Juarez et qui a été assassiné. Le prédécesseur de Mgr Maccarone, Mgr Gerardo Sueldo, devenu un symbole de la résistance aux Juarez, est mort un matin de septembre 1998 dans un douteux accident de voiture.
Mais ce qui a fait bouger les masses puis le gouvernement argentin, c'est l'horreur de l'assassinat de deux jeunes filles, dont les corps avaient été retrouvés en février 2002. Au cours d'une orgie combinant sexe et drogue, organisée par les fils des caciques locaux, elles avaient été tuées, puis découpées et leurs restes servis aux animaux d'un zoo privé.
Le président péroniste Nestor Kirchner avait placé la province sous tutelle fédérale. Les enquêtes avaient permis le démantèlement d'une police secrète, baptisée "la Gestapo des Juarez", qui espionnait les opposants de la dictature provinciale.
Plusieurs courriels me sont arrivés ces derniers jours pour envoyer un message de soutien à cet évêque. Je ne sais pas encore si je vais le faire, j'hésite... Voici aussi son adresse postale si ça vous chante: Mgr Juan Carlos Maccarone, obispo emérito de Santiago del Estero, Av. Belgrano (Sud) 450, G4200AAR SANTIAGO DEL ESTERO, Argentina
Néanmoins, toute cette affaire m'inspire différentes réflexions, et comme elles vont dans tous les sens, je vous les présente comme ça, sans mettre de l'ordre...
Quand Jésus dit: "soyez purs comme la colombe et rusés comme le serpent", il savait sans aucun doute de quoi il parlait. On ne prend pas la défense des victimes de l'injustice sans se cuirasser un peu. Heureusement que ce scandale est arrivé après la victoire contre les corrompus. Mais imaginez si, à cause de cette vidéo, les salauds n'avaient pas été destitués et étaient encore en place... On ne s'attaque pas au méchant sans devenir Eliott Ness, l'incorruptible total. Il me semble que cet évêque, plein de bonnes intentions et de zèle, a un peu joué avec le feu. Croire que les méchants ne vont pas se venger, c'est tout de même un peu naïf...
La seconde chose, c'est que cet homme a été piégé par de vrais pro. Pour que son jeune amant le filme, il faut tout de même une vache de technologie qui ne coûte pas rien à installer et à opérer. Sans parler du montage et de la diffusion de la vidéo à toute la presse et jusqu'à Rome: Quelle organisation! C'est vraiment puant, dans le genre vengeance...
Mais aussi qu'un jeune homosexuel ait accepté d'être payé pour se venger d'un autre homme homosexuel, et quel homme, c'est assez triste... Nous vivons, nous les pédé, dans l'illusion que notre "communauté" est protégée par une sorte de loi du silence selon laquelle un pédé ne trahira jamais un autre pédé à des hétéro. Et, à ma constante surprise, cette loi fonctionne plutôt bien, grâce à Dieu: combien de fois ne me suis-je pas retrouvé en public devant d'anciens amants occasionnels et nous avons fait parfaitement semblant d'être de parfaits inconnus. Néanmoins, il y a des exceptions et je me rends compte qu'elles font mal. J'aimais bien vivre dans l'idée qu'un pédé ne trahit jamais... Je sais, c'est un peu romantique et naïf, et alors?
Puis, il y a le fait qu'un sexagénaire ait une aventure avec un jeune homme de 23 ans. Les mauvaises langues suggéreront toujours qu'il a payé. Certains seront dégoûtés à l'idée de la scène. Honnêtement, pour ça je suis comme les hétéro: si un homme de 60 ans vient se vanter qu'il a tombé une jeune femme qui a 40 ans de moins que lui, tous les autres hommes vont l'envier voire le féliciter (ou le haïr). D'ailleurs, quelques sexagénaires habitués à la presse pipole ont de tous temps défrayé la chronique pour leurs goûts des jeunettes ou leurs paternités très tardives. Pourquoi serait-ce différent avec les pédé? Si un mec peut lever un jeune (sans le payer), où est le scandale? L'âgisme est un mal qui guette beaucoup d'homo, dans un milieu où la beauté et la forme physiques sont souvent mis en avant comme critère principal pour juger quelqu'un. En l'occurence, la vue sur la vidéo d'un sexagénaire physiquement quelconque et bigleux avec un bel étalon argentin musclé a certainement participé au choc éprouvé par certains. C'est peut-être un peu dommage. Moi même, je me frappe la poitrine et je me repens.... ;)
Autre réflexion, qu'il s'agisse d'un homo ou d'un hétéro, un évêque dont on a filmé les ébats sexuels est éjecté à la vitesse de l'éclair. Ou, soyons honnête: sa démission est acceptée dans l'heure. Et s'il avait été convaincu d'autres faits graves (alcoolisme, violence, détournements de fonds, complicité dans un crime, collaboration avec des nazi, avoir couvert un violeur ou un pédophile, etc.), est-ce qu'on l'aurait démis aussi vite? Probablement qu'il se serait passé quelques semaines au moins. Il y a quelque chose que je remarque toujours dans le rapport entre christianisme et sexe: les fautes sexuelles font réagir les autorités au quart de tour.
Honnêtement, si je devais mettre dans la balance un évêque qui a couvert des viols de mineurs par d'autres prêtres ou bien qui a été filmé en train de baiser, je ne suis pas sûr que je dirais que le second devrait démissionner plus vite que le premier. Et pour la masse du grand public, la foule immense des fidèles, quel est le scandale le plus grand: savoir qu'un évêque baise ou qu'il n'est qu'un lâche qui a couvert des viols de mineurs pendant 15 ans? Or, que vois-je, les évêques qui ont couvert ces viols de mineurs sont toujours là, et certains sont même promus... Est-ce juste? La population de son diocèse ne s'y est pas trompée, puisqu'elle a manifesté pour le garder... Et dans un pays macho et homophobe comme l'Argentine, ça en dit long sur le respect qu'on a pour cet évêque...
Enfin, et c'est mon point majeur: qu'est devenue la sainte vertu chrétienne du pardon? Un homme commet une faute grave (si tant est que...), il l'admet publiquement, il demande pardon... et tout ce qu'il a fait de bien dans le passé compte pour rien?
Personnellement, si j'étais responsable de l'Eglise Catholique, je lui aurais fait entendre l'engueulade de sa vie, avec quelques bonnes phrases bien senties, et en public pourquoi pas. Je lui aurais flanqué une bonne raclée, avec une pénitence pas piquée des vers, genre aller à genoux de Buenos Aires à Mexico. Et puis, la pénitence faite, je lui aurais dit: "Maintenant, tu te remets au boulot, voilà un autre poste et tiens-toi à carreau." Au lieu de ça, il a été placé "en résidence" dans un monastère à l'étranger... Autant dire qu'on a tiré la chasse sur cet homme. C'est tout de même un peu ingrat, me dis-je.
Se priver de cet évêque juste parce qu'il a fait quelques galipettes les soirs où ça le grattait trop? Je trouve que les autorités catholiques cultivent tellement le culte du héros et du saint qu'elle n'arrive même plus à pardonner.
Au Moyen-Âge, au contraire, là on avait le sens de la vrai pénitence... mais aussi du pardon qui suivait. Une Eglise qui ne pardonnerait plus? Et qui aussi, du coup, ne demanderait jamais pardon pour ses propres fautes? Mwouais... pas très réjouissant tout ça...
Les deux versions d'Eliott Ness, d'abord celle en noir et blanc, de la série télé:

et puis la version cinéma avec Kevin Costner (qui n'est jamais si beau que quand il ne bouge pas et surtout qu'il ne parle pas)

et enfin, ce pauvre Mgr Juan Carlos Maccarone

jeudi 1 septembre 2005
116. la vengeance divine frappe la Louisiane
Il fallait s'y attendre: chaque fois qu'il y a une catastrophe naturelle impliquant de nombreux morts, il se trouve des timbrés (hélas aussi dans le monde chrétien et même catholique) qui veulent y voir la volonté de Dieu de punir des coupables.
En lisant la dernière note de Bad Catholic, j'ai vu qu'elle a reçu un paquet de commentaires vengeurs de quelqu'un qui est persuadé que Dieu a lancé la fureur des éléments sur la Louisiane et sur les milliers d'innocents que le cyclone Katarina a mis sur les routes. Et bien sûr, disent ces messagers de la colère divine, Dieu se venge de tous ces pécheurs abominables qui l'ont gravement offensé, depuis les tueurs-de-bébés (les avorteurs) jusqu'aux homosexuels, en passant par les drogués, les joueurs (au casino, aux poker,...) et les buveurs d'alcool.
C'est tout de même drôle que les gens oublient de mentionner la colère de Dieu contre l'adultère, alors que c'est l'un des seuls péchés graves mentionnés par le Christ lui même. Dans un pays comme les États-Unis où il y a tellement de divorcés, y compris parmi les soi-disant chrétiens conservateurs, ils devraient balayer d'abord devant cette porte là...
Mais le plus affreux, c'est qu'en voyant la misère de ces millions d'exilés, il y a des gens assez méchants et cruels pour chercher les boucs émissaires. Est-ce que leur coeur ne devrait pas contenir 100% de compassion au lieu de partager leurs sentiments avec la rancune et la vengeance?
J'ai assisté une fois à une scène qui m'a profondément marqué: quelqu'un vient de se faire agresser, il est blessé, il saigne,... et pourtant les témoins sont plus soucieux de taper sur son agresseur plutôt que de venir en aide à la victime. La découverte et la punition du coupable passait avant l'aide à la victime. La victime pouvait crever, il fallait d'abord se venger du coupable.
C'est indécent, quand on y réfléchit.
Je n'exclus pas qu'il y ait parfois un ton de ce type dans le monde catholique, et même chez certains évêques. Quand on dit par exemple que les malheurs ne peuvent que s'abattre sur un pays qui authorise le mariage gay... Suivez mon regard vers l'Espagne et le Canada...
Dans mon esprit, dire que Dieu est en colère et frappe des innocents pour punir des coupables présumés est tout simplement insultant pour Dieu. C'est blasphématoire. Dire que ce qui intéresse d'abord Dieu, c'est d'exercer sa vengeance sur les pécheurs, c'est contraire à la foi de Jésus Christ et c'est tout simplement non chrétien.
Et si quelqu'un me dit que son Dieu serait ainsi vengeur et rancunier, je me déclare totalement athée de ce Dieu-là... tout comme Jésus l'a fait d'ailleurs avant moi...
Mon Dieu à moi, il est au contraire du côté de ces milliers de travailleurs qui sont en train de venir en aide aux victimes. Il est du côté de tous ceux qui, malgré leurs malheurs, s'entraident et prennent en charge les plus faibles qu'eux. Et mon Dieu, il est dans le coeur de tous ceux qui vont se lancer dans des campagnes de récolte de fonds.