mardi 31 janvier 2006
214. que ce qui est central soit central
Les Italiens vont bientôt voter pour leurs législatives. Il y a beaucoup à dire sur le règne de Berlusconi, qui a fait régresser l'Italie (entre autres choses) sur le plan de la liberté d'expression et d'information. De plus, l'actuel premier ministre italien a décidé de naviguer sur la vague de la Révolution Conservatrice tant dans sa version catholique que dans la version de Georges W. Bush. Enfin, mes racines antifascistes ne sont pas remises de sa collaboration avec les deux autres partis de son gouvernement, la Ligue du Nord et la droite dé-mussolinifiée (bien que quelque part ceux-ci pourraient être les plus fréquentables des trois partis de la majorité mais c'est un autre débat).
Ce qui est nouveau, c'est la position de l'Église Catholique italienne. Mais n'allez pas penser qu'il y aurait la moindre nuance politique entre tous les évêques catholiques italiens. Non, bien sûr. Il est absolument évident, n'est-ce pas, qu'il n'y a qu'une seule voix dans l'Église Catholique Romaine: celle du sommet. Encore plus qu'ailleurs, il faut au Vatican un gouvernement italien qui corresponde à son éthique du moment. D'où l'entrée en force du cardinal Camillo Ruini (la photo), vicaire pour Rome (parce que normalement c'est le pape qui est évêque de Rome mais il n'a pas que ça à faire) et président de la conférence épiscopale italienne (parce qu'on ne va pas élire le pape, mais son vicaire est un minimum).

Camillo cardinal Ruini
Et que dit-il ce cher cardinal? En gros (et là c'est un progrès par rapport aux temps anciens): on ne va pas vous préciser pour qui voter ou pour quel parti, on va juste attirer votre attention sur quelques questions importantes pour le pays. Je dis: très bien, excellent, bonne attitude, ne prenons plus les électeurs pour des moutons, fini le stalinisme.
Alors, question: quelles sont les sujets brûlants qui devraient mobiliser l'électeur italien? Laissez-moi deviner... L'emploi et le chômage? La lutte contre la pauvreté? Les questions des migrants et des réfugiés? La lutte contre le racisme? Les soins de santé? L'écologie? L'aide aux pays pauvres? La lutte contre la maladie et les épidémies? L'amélioration de l'instruction ou de l'éducation? La promotion de la recherche sur les maladies ou les épidémies? La paix dans le monde et la fin des conflits?
Faut-il lutter pour les droits de l'homme et la liberté de la presse? Faut-il inviter l'électeur à penser aux générations futures dans les questions d'énergie? Faut-il lutter contre la criminalité organisée et les maffia? Faut-il promouvoir un accès de tous au logement?
Non, non, non. Vous n'y êtes pas du tout, dit le cardinal Ruini. Il y a deux dangers majeurs qui guettent l'Italie, tout comme d'ailleurs toutes les véritables civilisations humaines (sous entendu: celles de l'ancienne Chrétienté). Deux maux suprêmes, majeurs et absolus. Deux valeurs sur lesquelles il est absolument impossible d'accepter un compromis. Deux sujets qui cristallisent l'ensemble de la décision de l'électeur italien. Au moment du vote, chaque électeur italien doit prendre sa décision de choisir un candidat et un parti sur deux questions: s'oppose-t-il à l'avortement? et s'oppose-t-il à toute forme d'union homosexuelle?
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour ma part je suis assez énervé de voir que les deux sont mis dans le même sac. Quelle que soit l'opinion qu'on peut avoir sur l'avortement lui-même (perso, je ne suis pas vraiment favorable) ou sur la légalisation de l'avortement (dont on peut discuter que c'est un moindre mal), je trouve honteux d'y assimiler la reconnaissance de droits pour les couples homosexuels.
Mais surtout, de tous les sujets dont un pays comme l'Italie devrait se soucier, l'opposition à un éventuel PACS à l'italienne serait un sujet majeur et déterminant pour l'électeur? Le pays est dans un tel état de danger que toute (et je dis bien toute) l'attention de l'électeur doit se porter sur ces deux questions? Et il faudrait que les partis de la majorité berslusconienne reviennent au pouvoir parce que eux vont s'opposer au PACS?
Ceci dit, je n'en veux pas particulièrement au cardinal Ruini: début janvier, le pape a pratiquement utilisé les mêmes mots en s'adressant aux autorités italiennes lors de la réception de Nouvel An au Vatican.
Mais je voudrais tout de même qu'on m'explique dans quelle catastrophe majeure, dans quel désastre absolu, dans quel armageddon de sang et de feu sont tombés les pays qui ont reconnus des droits aux couples homosexuels!
Où sont les dangers évidents (comme le dit le cardinal) pour le pays et pour la société en cas de reconnaissance de droits pour les couples homosexuels? Est-ce que les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique, le Canada, le Royaume-Uni vont moins bien depuis qu'ils ont donné des droits aux couples homosexuels?
Je suis vraiment curieux de savoir sur quelle base le bon cardinal Ruini ose centrer toute l'attention de l'électeur sur deux sujets uniquement, dont le PACS (un sujet tout de même relativement mineur).
Et comme dirait cette chère Reine Gertrude (que les shakespeariens parmi vous retrouvent la référence): "Je trouve qu'elle en fait un peu trop pour être honnête." La maman d'Hamlet avait certainement le nez fin, elle-même étant un animal politique redoutable.
Dans le cas des autorités vaticanes, que cache cette volonté de mettre la lutte contre l'amour gay au premier plan? Quel danger y voient-elles pour elles-mêmes? Si l'amour gay reçoit des droits, en quoi cela remettrait-il les autorités vaticanes en cause?
Mais, me suggère l'humoriste: et si le mariage gay était le plus grand danger existant pour les vocations à la prêtrise? Alors, le cardinal qui veut protéger son recrutement? Que voilà de l'humour qui pourrait toucher près du but. Se non è vero...
Je vais vous refiler une image que j'ai déjà utilisée parce qu'elle sert particulièrement bien aujourd'hui.

"Pauvre Earl. Tellement traditionnaliste. Il pense que le mariage gay va provoquer une réduction du nombre de prêtres."
samedi 28 janvier 2006
213. un tout petit monument
Au lendemain de la Journée Mondiale de Souvenir de la Shoah, j'ai lu quelques articles qui relaient la question de savoir pourquoi l'ONU a créé cette journée mondiale alors que les victimes du nazisme se limitent à quelques pays européens. Dans ces articles, chacun à sa manière, le journaliste rappelle qu'on a une dette de souvenir vis-à-vis des Juifs du monde entier, partout où ils habitent. Mais aussi que c'est toute l'humanité qui est frappée d'horreur par ce souvenir, l'humanité de tous les pays et de toutes les époques.
De la même manière, je me réjouis que le souvenir des victimes homosexuelles du nazisme soit également honoré. Plus de soixante ans plus tard, des années de lobbying et d'efforts plus tard, ces sales pédé sont eux aussi associés aux autres victimes de la barbarie nazie, et notamment aux sales Juifs.
Bien sûr, devant les 6 millions de Juifs morts dans les camps et aux quelques autres millions abattus ailleurs, les 15 mille homo exécutés dans l'enfer concentrationnaire nazi et les quelques 50 mille exécutés ailleurs représentent un tout petit nombre. Mais comme disait l'an dernier le maire de Jérusalem: les victimes du nazisme forment une seule et même famille, et en oublier une seule serait injuste.
De plus, pour nous, homosexuels du monde entier (comme pour les Juifs d'ailleurs), le souvenir de l'Holocauste est surtout le rappel douloureux que ça pourrait recommencer quelque part. L'énorme nombre des victimes juives leur donne simplement, toujours selon le maire de Jérusalem, une responsabilité beaucoup plus grande dans le devoir de mémoire.
Raison pour laquelle j'ai aimé apprendre que le jury choisi par la ville de Berlin a pris sa décision sur les artistes qui vont construire le monument aux victimes homosexuelles du nazisme à l'intérieur du grand mémorial inauguré l'an dernier près du parlement fédéral, en face du mémorial aux Juifs victimes du nazisme et que l'on doit à l'architecte Peter Eisenman. Un monument dont le coût est estimé à 450 mille € (environ 500 mille $, une belle somme qui dit ce qu'elle veut dire).

Pour ce monument aux victimes homo, on a choisi Michael Elmgreen et Ingar Dragset, un Danois et un Norvégien, déjà connus mondialement pour leurs sculptures paradoxales et leurs installations tout à fait surprenantes. Voici deux de mes favorites, et surtout celle-ci: Wishing Well (1998)


Il a semblé juste au jury berlinois que les différents monuments aux victimes du nazisme soient édifiés par des artistes "concernés", en l'occurence ici des artistes qui sont homosexuels, même si ce n'est pas ainsi qu'ils se définissent. Tout comme je suppose qu'il doit être assez émouvant pour un Juif artiste d'imaginer et de réaliser une oeuvre en mémoire des victimes juives.

Voici l'idée de Michael Elmgreen et Ingar Dragset: une fenêtre de granit gris s'ouvrant sur une scène de vie, une scène banale qui se passe dans un apartement ordinaire et quelconque où deux hommes s'embrassent à l'infini (d'où l'usage de la vidéo).
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j'aime bien l'idée. Un geste si simple et si beau: juste deux hommes qui s'embrassent. Et pourtant quel déchaînement de haine et de mépris devant une scène de ce genre. Il suffit de voir ce qui s'est passé à Paris, dans le métro. Je ne sais plus lequel d'entre vous avait commencé une collection de photos d'hommes qui s'embrassent mais j'aimais bien l'idée.
Il y a quelques années, j'étais à Londres et je rendais visite à mes copains (mes neveux) Thierry (un Belge) et Matt (un Américain). Même pas 50 ans à eux deux... Dans le métro londonien, je dis à Thierry que je voudrais prendre une photo d'eux. D'une façon magnifiquement spontanée, Thierry fait se retourner Matt, ils s'embrassent tendrement sur la bouche et je réalise une des plus belles photos de ma vie. Pas à cause de la qualité (je suis nul en photo) mais pour le sujet.
Bien sûr, à l'anglaise, non seulement personne ne s'est retourné mais Thierry me disait qu'ils n'étaient pas à leur premier bisou en public (un geste naturel pour eux) et que les Londoniens dans leur toute grande majorité s'en tapent absolument. Que Dieu les bénisse.
Alors, un monument aux victimes de la barbarie nazie qui soit un éternel bisou entre deux hommes? C'est à la fois dérisoire et grandiose. C'est tellement magnifique comme idée que j'en pleurerais. Tiens, voilà, c'est fait.
vendredi 27 janvier 2006
212. l'ombre d'un géant est aussi un géant
Le lundi 16 janvier dernier, les Américains célébraient le Martin Luther King, Jr. Day, en hommage à ce géant de la lutte pour les droits civiques, mais aussi un extraordinaire visionnaire chrétien. On ne saura sans doute jamais toute l'étendue de l'influence de cet homme, et notamment de son discours "I have a dream" prononcé lors de la Grande Marche sur Washington le 28 août 1963.
-

-
Et justement, plus de 40 ans après cet événement symbolique majeur de la lutte pour l'égalité, des voix s'élèvent (notamment au sein des Églises Afro-Américaines) pour faire remarquer à quel point l'exclusion des homosexuels est un contre-témoignage. Le Révérend Al Sharpton (sur la photo), pour ne citer que lui, mène une véritable croisade contre la main-mise de la droite conservatrice sur les Églises Afro-Américaines, leur faisant oublier leurs racines, et les traînant vers des comportements contre-nature (selon lui), comme l'homophobie et l'exclusion des gay.
-

-
Parmi ses phrases chocs, je retiens: Comment avons-nous l'audace d'opprimer d'autres alors que nous mêmes avons été opprimés? Des paroles courageuses en ces temps de Révolution Conservatrice.
Et quelle est la source de la passion du Révérend Sharpton? Tout d'abord, la présence de sa soeur, une lesbienne. Une Noire, une femme, une homosexuelle, une chrétienne... Et là je dis: alléluia parce que ça fait des mois que j'essaie de retrouver qui avait écrit cet article sur les différents placards auxquels on peut appartenir, et maintenant je vois qu'il s'agit de la soeur du Révérend.
Mais la deuxième source d'inspiration d'Al Sharpton est arrivée pour moi comme une découverte totale: Bayard Rustin, l'organisateur de cette fameuse grande marche sur Washington de 1963, le bras droit de Martin Luther King, Jr. (sur la photo) et, rappelle Al Sharpton, qui était gay. C'est lui qui est l'inspirateur de la non-violence de Martin Luther King, une sorte de relais entre l'Inde de Gandhi et les ghetto afro-américains. Sa contribution déterminante ayant été l'organisation de la campagne de boycott des bus autour de Rosa Parks. Vous voyez un peu l'importance de cet homme de l'ombre?
-

-
Et là, je comprend mieux l'indignation du cher Révérend (qui pourtant est rarement décoiffé): comment être homophobe dans un mouvement qui doit tellement à des homosexuels et notamment à Bayard Rustin?
Je suis particulièrement heureux qu'un film sorte sur la vie de cet homme tout à fait oublié, l'ombre du géant, mais qui était un géant lui-même.
Ce n'est pas par hasard que la figure de Bayard Rustin revienne à l'avant-plan. En effet, une polémique s'est depuis plusieurs années cristallisée autour des institutions qui portent son nom, surtout les lycées et les maisons de jeunes. Des parents concernés se sont rendus compte qu'il avait été un objecteur de conscience (et donc anti-patriote dans le langage actuel) et homosexuel: deux taches ineffaçables sur sa figure de héros. Et donc, régulièrement, on entend dire que tel ou tel lycée Bayard Rustin reçoit une plainte et qu'il est invité à dé-baptiser son nom. Une polémique qui a repris de la vigueur depuis le 11 Septembre.
Dans la panaghia des homosexuels qui ont apporté une contribution majeure, je vais donc ajouter Bayard Rustin à la date du 24 août (l'anniversaire de son décès). Et désormais j'associerai son souvenir à celui de Martin Luther King, Jr.
-

jeudi 26 janvier 2006
211. l'horloge de l'Histoire
Il arrive souvent que je regrette que la littérature cathogay, tellement abondance et riche dans le monde anglophone, ne soit pas plus souvent traduite en français. Il est vrai que, contrairement au monde anglophone, les maisons d'éditions francophones ont tendance à se spécialiser.
Et comme les éditeurs religieux francophones sont souvent des congrégations religieuses, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il y ait une forme d'auto-censure... Ce n'est pas un reproche, c'est juste logique: comment voulez-vous être présent sur les tables des libraires religieux si vous êtes taxé d'éditeur publiant la dissidence? Il faut bien que ces éditeurs survivent et donc qu'ils vendent. D'où le dégâts causé par un quelconque opprobre venant d'en haut. Et je ne vais pas commencer à donner des leçons de courage et de bravoure, moi qui suis le plus trouillard du monde...
C'est donc avec bonheur que je salue la sortie de la traduction française du livre de Daniel Helminiak, Ce que la Bible dit vraiment de l'homosexualité. Largement un best-seller dans le monde anglophone, il fera du bien à ceux qui voudraient se réconcilier avec la Parole de Dieu. On a tellement utilisé l'Écriture Sainte contre les homo qu'on en oublie que, comme disent les Italiens, "traduttore, traditore" (litt. traduire, c'est trahir): il arrive souvent que l'homophobie des traducteurs ou d'une époque l'emporte sur le sens littéral.
-

-
Avec un livre comme celui-là, on devrait espérer que l'utilisation de la Bible pour incriminer les homo soit définitivement une chose du passé.

-
Mon autre réflexion du jour (mais en fait c'est la même) vient des législatives canadiennes, qui a vu la défaite des libéraux (qui a entraîné la victoire des conservateurs, car on sait que ce n'est pas tellement Stephen Harper qui a gagné mais bien plutôt ses adversaires qui ont perdu).
La question se pose donc de la remise en cause du mariage gay, une quasi promesse électorale, côté conservateur. Et à ce propos, voici la réflexion d'une journaliste du London Free Press (le London du Canada évidemment) qui pense qu'on ne fait pas revenir en arrière les horloges de l'Histoire sur la question gay.
Nicole Langlois (la photo plus bas) sort d'une projection de Brokeback Mountain et, comme beaucoup de femmes, elle en a été émue profondément. D'où sa réflexion que les artistes sont les législateurs de notre époque: quand bien même un président ou un premier ministre croit détenir les rênes du pouvoir, l'artiste (poète, cinéaste, chanteur,...) est celui qui en fin de compte fera qu'une époque passe ou non.
-

Pour reprendre ses termes (je traduis comme je peux): La bataille pour les gays se déroule d'abord dans les salles de cinéma, sur scène, dans la littérature. Lentement mais sûrement (avec des films comme Brokeback Mountain, et les autres qui vont certainement suivre), nous voyons l'amour gay dans toute la beauté et la complexité que nous sommes habitués d'attendre de l'amour hétéro.
Bel optimisme. Chapeau.
mercredi 25 janvier 2006
210. sur un plateau
Je vais vous raconter une histoire... Je vais essayer de la rendre la plus anonyme possible, mais les Belges parmi vous vont reconnaître bien des éléments. Soyez donc prudents dans vos commentaires, pour ne pas torpiller mon humble essai à être discret.
C'est l'histoire d'un professeur de religion dans un collège catholique de la capitale belge. Parmi ses élèves de 14 ans, il y a le rejeton d'une femme qui préside un puissant parti aux origines cathobourgeoises profondes et qui s'est illustrée dans toutes une série de combats contre l'avancement du droit des homo (dont l'homoparentalité qui est en ce moment chez les sénateurs).
Cette femme est furieuse (et c'est peu dire) du cours de religion de mon ami. Et notamment qu'il n'ait pas condamné l'homosexualité dans des termes fermes. C'est bien simple: il n'aurait même pas dû mentionner le sujet devant des enfants aussi jeunes. Quelle agression contre ces pauvres petits!
Elle ameute les autres parents. Courriers à la direction. Menaces de prendre des mesures, par exemple d'en appeler à l'inspection scolaire. Elle veut sa tête et ses couilles sur un plateau.
Vu le niveau social et culturel des parents impliqués, la direction est très ennuyée. Lundi dernier, nombreuses rencontres et discussions. Finalement, il est décidé que le professeur va interrompre son cours sur la sexualité (qui en est à la moitié) et la partie vue est retirée du programme de cette année. Une lettre est envoyée aux parents.
Entretemps, le professeur n'a jamais été contacté personnellement, ni par les élèves ni par les parents. Il n'a pas eu l'occasion de présenter son point de vue. Ni même de vérifier quels sont les propos qu'on lui prête. Tout se base sur ce que les élèves ont raconté à leurs parents et sur les notes qu'ils ont pu prendre au vol pendant les cours.
Depuis lors, le professeur de religion vit dans l'inquiétude et la hantise...
samedi 21 janvier 2006
208. fécondité et transmission
Je ne fais pas souvent un retour en arrière dans mes notes. Mais il arrive parfois que l'actualité me pousse à réfléchir un peu plus loin. Et dans le mot actualité, je mets aussi certains de vos commentaires ou des échanges via la tchatche ou le courriel. Quelle bonheur que cette aventure du blogue!
Ainsi, par exemple, j'apprécie beaucoup la contribution de Charles (de Bruxelles) à la note sur la fécondité de lundi dernier. Et il a raison: on voit qu'en termes chrétiens (depuis Jésus, en passant par saint Paul, et les autorités catholiques d'aujourd'hui ne le renierait pas), ce qui fait la fécondité, c'est la transmission. S'il n'y avait que le simple don de la vie biologique via la procréation, ce ne serait que de la fertilité. Beaucoup de gens se contentent d'ailleurs de ça, et déclarent haut et fort que eux au moins sont féconds, et non pas comme ces pédé qui ne contribuent en rien à la fécondité de l'humanité à cause de leurs relations stériles et bla bla bla. Non, ils ne sont pas féconds, ceux-là qui s'en vantent, mais juste fertiles.
Au contraire, d'autres personnes transmettent la vie, la force de vivre, la joie de vivre, des raisons de vivre, etc. Alors qu'à la base ils n'ont peut-être même pas posé un acte biologiquement fertile.
Et bien je trouve également que c'est là qu'il y a la fécondité véritable. Que l'on soit célibataire (et spécialement dans le cas de ceux consacrés dans la religion) ou bien un couple (homo comme hétéro), la transmission de la vie, de la foi en la vie et en soi-même, sans parler de la transmission de la mémoire et des valeurs, est le critère décisif d'une vraie fécondité.
Merci, Charles, de cette précision qui nous fait avancer.
Dans le même ordre d'idée, il faut peut-être aussi se reposer la question de la paternité. On dit parfois que les homo, s'ils vont jusqu'au bout de leur homosexualité, ne seront jamais vraiment père ou mère. Outre que c'est encore confondre fertilité et fécondité, ce genre de réflexion m'inspire de citer un chapelet de proverbes du genre: à quelque chose malheur est bon ou bien nécessité fait loi et de la loi faire vertu ou encore le très américain (que j'adore) tirer de la limonade de tous les citrons. En d'autres termes: et si la véritable fécondité c'était aussi de renoncer à la paternité?
Si je prends l'exemple de Jésus (et spécialement le sien), sa fécondité ne vient pas du fait qu'il s'est posé comme un père (même spirituel)... Au contraire, me semble-t-il, il est sorti de la structure patriarcale instituée depuis Abraham...
Et justement, que penser de ces gens qui (notamment dans l'Église, et suivez mon regard vers un certain pseudo psychanalyste) reviennent sans cesse avec la ré-affirmation de la nécessaire place du père, en particulier dans la figure sacerdotale du prêtre?
Je vous invite à la lecture d'un article du fameux Oulala.net... C'est paru hier et ça s'intitule Mon Père, ce héros. Je suis très loin d'être d'accord avec tout ce qu'ils écrivent, en premier parce que ça manque parfois de nuances. Mais l'avantage des gens qui écrivent sans nuances, c'est souvent qu'il font bondir la réflexion de l'endroit où elle stagnait (outre que l'impertinence est drôle, quand elle est bien faite).
Et dans cet article sur l'Instruction Romaine concernant les candidats au sacerdoce qui auraient des tendances homosexuelles, qui auraient des pratiques homosexuelles ou qui seraient ancrés dans la culture gay, je trouve une sérieuse question: si le modèle de l'homme réussi est un père (au civil comme au religieux), qu'est-ce que ça dit sur l'idée que l'on a de la fécondité... En d'autres termes, si ma fécondité vient du fait que je me suis fait des enfants (qu'ils soient physiques ou spirituels), qu'est-ce que ça dit de mon goût pour l'autorité ou la supériorité? Il me semble au contraire que Jésus s'est d'abord fait des frères et que, si on pousse la spiritualité plus loin, il se fait l'époux de son Église.
Personnellement, je verrais mieux ma fécondité dans ma capacité à me faire époux et/ou frère que dans ma capacité à être père. En ce qui me concerne, je n'ai d'ailleurs aucun mal à dire que je renonce volontiers à être père (physiquement ou spirituellement) et que "à quelque chose malheur est bon" puisque mon renoncement pourrait aller vers le meilleur.
Je sais que tout ça manque de nuances et part dans tous les sens, excusez-moi. Mais j'ai comme l'impression que, tant dans la question de l'accès à la prêtrise que dans la question de la fécondité des homo, il y a un sous-entendu du type devenez des pères et qu'il est possible que cela ne soit pas la seule option (ni même la meilleure) pour être fécond.
Pour les mêmes raisons, je suis un peu agacé par des positions comme celles du pseudo psychiatre (mais vrai militant catho très anti-gay) Joseph Nicolosi et je vomis (ou presque) à la lecture des commentaires que les gens font à chacun de ses articles. Lisez pour tout exemple ce qui était publié hier dans le Catholic World News et faites l'effort de parcourir les commentaires. Préparez tout de même un seau...
Voici un résumé pour ceux qui ne veulent pas polluer leur vie par ces horreurs: en gros, le terme catholique et gay est une contradiction en soi. Toute personne qui se dirait à la fois homosexuelle et catholique ment et insulte l'Église à laquelle il prétend appartenir. Il l'insulte en disant qu'elle se trompe et qu'elle est dans l'erreur au sujet de l'homosexualité. Il l'insulte en refusant d'adhérer à ce qu'elle dit et donc en refusant de se convertir.
Respirez.
Deuxième affirmation claire: les prêtres homosexuels sont des menteurs. Ou bien ils sont prêtres, ou bien ils sont homosexuels. S'ils sont homosexuels, qu'ils ne viennent pas prétendre qu'ils sont prêtres. Pour reprendre le texte: because of his convictions, a gay priest cannot die in the same Church in which the martyrs died. C'est clair: les prêtres homosexuels sont des excommuniés de fait (ipso facto).
Respirez de nouveau.
Et s'il y en a encore un qui vient me dire que les homosexuels ne sont pas persécutés dans l'Église Catholique (j'ai laissé ces commentaires comme un témoignage muet à la postérité), qu'il relise ce texte du Catholic World News.
Je ne voudrais pas me vanter, mais quelle est la fécondité de ceux qui écrivent ces choses? Ou en quoi participent-ils à la fécondité du Christ?
Au contraire, dans un genre qui n'a rien a voir (mais alors là pas du tout) mais que je trouve très fécond, j'aime bien l'invitation de la soirée Guys&Dolls dont j'avais déjà entendu parler. Et je ne résiste pas à la tentation de citer cet article:
"Guys&Dolls fête ses trois ans. Ce n'est pas beaucoup et c'est énorme en même temps. Trois ans, c'est un peu l'âge de raison des soirées, mais pour tout vous avouer, on n'a pas envie d'être très sage pour fêter ça. On ne l'avait jamais vraiment dit comme ça, mais pour cet anniversaire on a envie de rappeler juste un truc : Guys&Dolls, c'est une soirée gay. Et si on ne l'avait jamais dit, c'est que pour nous c'est tellement évident, que par moments on est presque ailleurs. Alors parfois c'est bien de le redire. Mais soyons clairs, la star de cet anniversaire ça sera Guys&Dolls, c'est à dire vous. Et quand on dit ça, ce n'est pas du marketing. On veut juste que vous soyez des stars pour ce que vous aurez réussi à faire de cette soirée: la soirée où on a envie de danser tous ensemble. Pédés, straights, goudous, alter-folles, hétéro-folles, cousines de province, transgenres, branchouilles ou ordinaires. Pour nous c'est important. À l'heure où la tentation du repli sur sa tribu est forte, on se dit qu'aujourd'hui, plus que jamais, on a besoin d'espaces collectifs pour se regarder, pour échanger, se toucher et surtout s'aimer.
Ça, c'est notre façon à nous d'être Pédé."
Mais que voilà un beau projet! Amusez-vous bien et bon anniversaire.
-

vendredi 20 janvier 2006
207. entre fiction et réalité
Le débat sur le rapport entre fiction et réalité est très ancien, en particulier quand il s'agit du cinéma. Peut-on autoriser la caricature de telle ou telle catégorie de personnes (les Noirs, les Juifs, etc.)? Peut-on permettre que tel comportement soit au contraire vu sous un jour positif alors qu'il est éthiquement mauvais (la drogue, la violence, etc.)?
Dans le domaine catho spécialement, on se souvient des débats autour de la mise à l'écran de La Dernière Tentation du Christ. Et je viens de lire que certains responsables de l'Opus Dei ont réfléchi à la manière de réagir à la sortie prochaine du film Da Vinci Code. Selon l'article de l'agence Zenit (cherchez les archives du 15 janvier en bas de page) reprenant Newsweek, la réponse sera "modérée": pas de déclaration de guerre, on peut faire de la limonade avec tous les citrons. Et l'Opus Dei n'exclut pas qu'à terme cette publicité négative leur fasse même plutôt du bien.
Néanmoins, le responsable presse de l'Opus Dei se demande si ce ne serait pas une bonne chose que le film soit interdit aux mineurs, pour cause de déformation de la vérité, plus insidieuse et donc plus dangereuse que s'il s'agissait de voir sur les écrans du sexe ou de la violence...
Le débat n'est pas mince, entre d'une part le fait de laisser la liberté au monde du cinéma et du roman (et donc il peut arriver qu'ils déforment ma vision de ma réalité) et d'autre part le fait que des groupes humains, religieux ou nationaux protègent leur image et leur réputation.
En sens inverse: que dire du tollé provoqué dans certains milieux chrétiens conservateurs ou catholibans à propos du film Brokeback Mountain? Je n'ai jamais fait mystère que je n'aime pas les grandes histoires d'amour triste (je suis trop Pretty Woman pour ça, ou alors La Tentation d'Aaron). Là par contre, les associations anti-gay (et j'y place aussi certaines conférences épiscopales catholiques) trouvent que c'est insupportable de diffuser un film qui montre l'amour entre deux hommes sous une lumière trop positive. Surtout si, techniquement, les images sont belles, les acteurs excellents et le scénario bien fait. Comme si le film à thème gay devait être cantonné aux images miteuses, aux acteurs misérables et aux scénario pourris...
Et je demande: deux poids, deux mesures? On n'a pas le droit de faire un film ou un roman pour dire du mal de l'Église ou de la religion mais il faudrait que dans les films on ne dise que du mal des pédé? J'ai comme l'impression qu'il y en a qui confonde un peu beaucoup art et propagande... sans parler de ceux qui confondent aussi journalisme et propagande, notamment dans le monde catho, mais c'est un autre débat.
-

-
Au contraire, je me réjouis d'un commentaire paru dans un lieu non suspecto puisqu'il s'agit du magazine économique LesEchos.fr et où la journaliste dit simplement: c'est un film qui pourrait émouvoir tous les publics. C'est simple, c'est bien dit et c'est probablement plus proche de la vérité. On ne dit pas que ce film est une apologie de l'homosexualité et donc un danger pour qui le regarde.
Enfin, j'ai lu quelques annonces de la future encyclique de Benoît 16. D'après certains articles, il semble que le pape trouve urgent d'écrire au plus haut niveau au sujet de l'amour: d'une part le mauvais, le sexuel, le désir, l'éros avec les poils, et d'autre part le vrai, le beau, le pur, l'agapè, la charité... Pourquoi, me dis-je, ai-je comme l'intuition qu'il y aura dans cette lettre des munitions pour ceux qui veulent dire du mal des homosexuels??? J'arrête, sinon on va encore dire que c'est de la paranoïa...
Mais la bonne nouvelle vient d'Italie, pays catho s'il en fut, et qui le devient même de plus en plus (8% de hausse en 15 ans). Si l'on en croit un sondage, près de 70% des Catholiques sont en désaccord avec l'enseignement officiel de l'Église sur plein de sujets, y compris la famille. Comme si la masse catholique savait que, sur certains sujets de la vie réelle, la hiérarchie catholique n'y connaît pas grand-chose (et que c'est comme ça depuis les deux mille ans que le pape est à Rome). Ou plus simplement: que dans le concret, les Catholiques acceptent la pluralité éthique alors que ses dirigeants sont totalement intransigeants.
Quoi qu'il en soit, si l'Italie vote le Pacs, on pourrait presque dire que les législations pro-gay avancent plus vite en terres catholiques qu'ailleurs... Heureux paradoxe...
mercredi 18 janvier 2006
206. les dangers de la blogosphère
Malgré qu'il soit au Japon et nous divertisse de ses aventures, le Gus n'en cesse pas pour autant de s'intéresser à ce qui se passe en métropole. C'est ainsi qu'il s'est indigné (lui et d'autres blogueurs) du traitement fait par le quotidien Libération au blogue de Garfieldd. L'inestimable Matoo a lui aussi écrit son indignation, d'autant plus, fait-il remarquer très justement, que chacun d'entre nous est trouvé par les moteurs de recherche (par exemple Google) sur la base de requête parfois absolument insensées... Si je vous disais quelles sont les googlages qui ont amenés certains visiteurs sur mon site, vous seriez morts de rire...
Entretemps, le quotidien s'est rétracté mais ça en dit long sur la facilité avec laquelle on peut être exposé et condamné. Ceci dit, Libé admet avoir commis une erreur; pourtant, ça ne les émeut pas au point de faire des excuses. Qu'un journaliste incompétent se permette de jeter le discrédit sur une personne, il semble que ça ne génère même pas une phrase de regrets ou d'excuses. Je trouve ça bas.
En attendant, il s'agit maintenant d'un pédéblogueur sanctionné et réduit au RMI. Vous pouvez lire dans l'Express.fr ou sur TF1.fr que Michel Collet (48ans), ce proviseur d'un lycée de Mende a été révoqué pour avoir tenu un blogue dans lequel il parlait de sa vie homosexuelle, une sorte de journal extime comme disent certains d'entres vous (salut, Will). Bien qu'ayant tenté d'être le plus discret possible, il a été reconnu par des collègues professeurs qui voulaient débusquer des blogues d'élèves (ce qui en dit long déjà sur l'ambiance).
Dénoncé injustement pour textes et images à caractère pornographiques, il perd tout le mérite acquis durant ses 12 années de carrière. Clairement, pour les fonctionnaires du ministère de l'enseignement, parler simplement de sa vie d'homosexuel ordinaire est incompatible avec le métier de proviseur. Je vous laisse juge par vous-mêmes: une rapide lecture des archives du blogue m'a montré que ce pédéblogueurs était à tout le moins véniel sinon tout à fait innocent.
Honnêtement, au-delà de mon indignation, cette affaire me fout les jetons... Et que m'arriverait-il si quelqu'un du monde catho où je travaille découvrait qui je suis et me balançait? J'ai bien conscience que je laisse trop d'indices pour qui veut être malveillant même si j'essaie d'être prudent...
lundi 16 janvier 2006
205. fertilité et fécondité
Réunion hier de notre groupe de cathogay affilié à l'association Devenir Un En Christ. Une réunion très riche, plus que la précédente qui était fortement marquée par le coup dur de la fameuse Instruction Romaine. Thème du jour: la fécondité. Un thème pour lequel, globalement, les idées se sont appuyées les unes sur les autres pour vraiment avancer.
Et c'est vrai qu'indépendamment des commentaires homophobes qu'on entend sur la stérilité de l'amour homosexuel et de l'homosexualité en général, la question de la fécondité se pose à beaucoup de couples homo. C'est la question du projet de vie à deux, en dehors du simple arrangement à deux. Parmi les réflexions venant des uns et des autres, voici ce que j'ai retenu.
Bien sûr, la première fécondité d'un couple, c'est que les deux partenaires sont plus heureux ensemble que séparément. On pourrait dire que c'est un peu élémentaire comme réflexion, mais je constate qu'elle n'est pas souvent faite quand on parle des couples homosexuels. Comme s'il fallait toujours chercher la fécondité à l'extérieur du couple.
-

-
Néanmoins, pour ma part, je voudrais aussi souligner la nécessaire fécondité de chacun pris séparément, même des célibataires. Car à moins de faire comme si fécondité était un synonyme de fertilité, j'insisterais pour dire que tout homme et toute femme, fussent-ils célibataires, peut rendre sa vie féconde. Il ne manque pas d'exemples dans l'Histoire de ces célibataires à la fécondité incroyable. Jésus, pour ne citer que cet exemple-là.
Evidemment, dans un couple de parents, la fécondité va souvent prendre le chemin de l'éducation des enfants. Mais même dans ce cas-là, réduire la fécondité du couple à cela, c'est peut-être un peu dommage. D'ailleurs, on a tous rencontré de ces couples avec enfants qui en devenaient ennuyeux comme la pluie parce que toute leur existence (y compris le fait de nous avoir invité) était centré sur leurs petits trésors.
Plus largement, le monde associatif, le bénévolat, le monde des artistes ou des sportifs sont truffés de personnes qui ont donné à leur vie une magnifique fécondité. Qu'elle soit personnelle ou qu'elle s'enracine dans le couple dont elles font partie.
Et pour ce qui est des homosexuels, justement, il ne fait pas de doute que le monde est rempli de gay et de lesbiennes qui ont apporté à l'humanité des choses merveilleuses dans de nombreux domaines. Sans parler du fait qu'un grand nombre d'entre eux sont aussi de merveilleux parents.
Dans le monde chrétien, et en particulier dans le monde catholique, il n'est pas rare d'ailleurs de rencontrer des hommes et des femmes qui ont renoncé à la fertilité pour une plus grande fécondité. Bien sûr, c'est une vocation ou un appel de Dieu, mais tout de même: pas moyen de rester dans la vie religieuse ou sacerdotale si l'on n'y voit pas une certaine fécondité à sa vie ou si, au moins, l'on ne croit pas en cette fécondité.
Enfin, comme faisait remarquer plusieurs intervenants hier, attention à ne pas confondre fécondité et réussite: beaucoup d'entre nous (homo ou hétéro) savent que le chemin vers soi peut passer par une série de détours, voire de vrais désastres. Et tant que l'histoire n'est pas terminée... elle n'est pas terminée. Quant à cette foutue culpabilité mal placée qui nous fait confondre vie chrétienne et réussite sur tous les plans, il n'y a pas assez de mots pour la pourfendre.
-

-
Comme disait Ben, je crois: de toute façon, pour la plupart d'entre nous, notre fécondité se réalise à notre insu. Heureusement, d'ailleurs, déjà qu'on est tous spontanément modestes...
Soyez féconds, dit Dieu dans la Genèse. Et ça m'étonnerait qu'il veuille juste dire copulez et faites des enfants. Non, c'est un appel lancé à chacun d'entre nous, l'équivalent tout simple au faire de dire soyez heureux. Et ça, je le souhaite à chacun d'entre vous.
vendredi 13 janvier 2006
203. choisir les mots pour se dire
Je viens de découvrir un nouveau mot: il s'agit de allosexuel. Il semble que le terme soit en train de (lentement) se répandre, un signe étant sa présence dans la Wikipedia, même à titre d'ébaûche. Une bien meilleure alternative à l'anglais queer.
Le terme allosexuel (qui est né au Québec) a été préféré à altersexuel pour des raisons purement sémantiques: la racine sexuel étant grecque, il est plus logique d'utilise allo que alter (qui est latine). C'est du moins l'avis des experts qui, justement, cherchaient un mot français pour remplacer queer. Pour ma part, n'y connaissant rien, je veux bien croire tout ce qu'on me dit.
Par ailleurs, la formation de communautés de plus en plus nombreuses de minorités sexuelles fait qu'à un certain moment, les sigles ou les abréviation deviennent intenables. Quant j'étais aux États-Unis, j'étais déjà étonné de voir qu'on parlait de LGBT pour Lesbiennes, Gay, Bisexuels et Transsexuels. Mais d'autres communautés ou d'autres appellations se sont ajoutées: les bi préfèrent de plus en plus qu'on dise pansexuel ou encore omnisexuel (mais ce dernier terme est aussi un hybride de latin et de grec, et donc pas très logique). Et puis la communauté transgenre demande à être distinguée des transexuels. Tout comme les intersexuels qui préfèrent ce terme à androgyne ou hermaphrodite. Et je ne vous parle pas de tous ceux qui vivent dans la confusion ou la curiosité.
-

le "drapeau" des bi- ou pansexuels
-
Et donc, tous comptes faits, j'aime bien ce terme d'allosexuel. Il est une meilleure alternative à l'interminable LGBTTI et il est plus court que le terme de minorités sexuelles.
Ceci dit, mes googlages m'ont permis de dire que, grosso modo, ces minorités devraient tout de même représenter de 20 à 30 % de la population, selon que l'on est large ou prudent dans ses estimations. Ce n'est pas rien. Et on ne parle pas ici des préférences sexuelles minoritaires et "transversales", comme par exemple les SM ou les nounours (qui existent aussi bien chez les hétéro que chez les allo).
Tout ça pour faire remarquer que, quand on se situe dans un groupe qui représente un quart voire un tiers de la population, on se sent moins seul. Bien sûr, les solutions à apporter aux problèmes de toutes ces minorités sexuelles ne sont pas identiques. Mais qu'à tout le moins on obtienne que le fait d'être allosexuel ne soit pas une source de discrimination et de haine.
-

un des logo transgenre
-
Quant à savoir si ces minorités sexuelles se respectent entre elles, c'est un autre débat. J'ai vu des bars gay ne pas accepter des transgenres quand il s'agissait de travestis masculins. Tout comme c'est fréquent de voir des homo gênés par certains d'entre eux qui ont des identités sexuelles très efféminées. Même chose du côté pansexuel où les bi ont parfois été accusés de ne pas se ranger plus visiblement du côté de la défense des droits homo.
Je me souviens que, dans la paroisse où j'allais à Los Angeles, le curé avait l'habitude de dire: Certains jours, j'ai l'impression de me retrouver dans une scène de bar de "La Guerre des Étoiles". Et c'est vrai que la paroisse était à tout le moins colorée. Rien que les sacristains: on avait le choix entre Dove, une très grande drag-queen à hauts talons qui régnait sur les arrangements floraux et le choix des vêtements liturgiques (un vrai dictateur en mascara, selon les prêtres), et Kima, une Philippine modèle camionneuse qui terrorisait les enfants de choeur. Sans parler de la chorale, où (toujours selon le même curé) ça naviguait (litt. cruise) à voile, à vapeur, à l'essence, au diesel, au solaire et au nucléaire...
Maintenant que j'y pense, cette époque me manque...
Peut-être que, du côté catholique ou tout simplement chrétien, il faudrait réfléchir à lancer une sorte de fédération allosexuelle, avec un jour de prière commun... Plus que jamais, l'arc-en-ciel est le signe donné par Dieu pour que l'humanité survive et cesse de s'entre-tuer (cfr l'histoire de Noé et du déluge). C'est à creuser.
J'en profite pour vous partager cette belle peinture de Tom Asad Man Wrapped In Gay Flag. Comme quoi, un rien habille...
