jeudi 30 mars 2006
254. le temps des prophètes gris
Dans les questions cathogay, je me demande si ce n'est pas aujourd'hui le temps des séniors. Peut-être même que c'est le cas pour un tas de questions dans l'Eglise Catholique Romaine: je suis en train de me demander si le salut et la nouvelle jeunesse de l'Eglise ne nous viendra pas d'un certain nombre de chrétiens âgés (prêtres et évêques surtout), qui se lèveront pour dire, dans des mots prophétiques, qu'il est temps de revenir à l'essentiel. Je pense à quelqu'un comme l'Abbé Pierre (largement sénior) ou aussi à Mgr Thomas Gumbleton (qui vient de prendre sa retraite d'active). De ces deux figures prophétiques, je vous ai déjà parlé (cliquer sur le lien pour les relire). Mon propos aujourd'hui est plutôt de vous faire découvrir des visages venus du Canada...
Selon la formule consacrée, nos correspondants locaux nous ont informés (je les embrasse en passant) de la récente position du bureau de la Conférence Religieuse Canadienne (la CRC). Deux choses pour comprendre: les évêques canadiens vont bientôt aller à Rome, pour la fameuse visite ad limina, littéralement, leur pélérinage pour passer les seuils (limina) des basiliques des saints apôtres Pierre et Paul et, accessoirement, rendre visite au pape et à tous les responsables des dicastères vaticans.
Bien sûr, au fil du temps, l'accessoire est devenu l'essentiel voire l'obligatoire. Les conférences épiscopales font cette visite ad limina tous les cinq ans. L'occasion aujourd'hui pour les évêques de partager leurs soucis, de raconter leurs travaux et leurs combats, de s'informer, d'être informés et, globalement, de renforcer le lien entre les Eglises Locales et le Siège Apostolique. Parfois, les évêques vont "au rapport" à Rome, pour se faire tancer ou bien pour rendre des comptes. Parfois, c'est une vraie rencontre fraternelle pleine d'encouragements. Et donc, on comprend que la CRC écrive un document pour les évêques, à la veille de leur voyage à Rome.
Deuxième remarque: comme en Belgique, comme en France, les religieux (hommes ou femmes) forment des communautés âgées pour la plupart (sans que cela ne préjuge ni de leur sainteté, ni de leur dynamisme, soyons clairs). Au Canada comme ailleurs en "Occident", les religieux sont plutôt un corps de séniors.
Et que dit la CRC dans son document? En fait, ça se résume en trois phrases qui se répètent: Nous reconnaissons... Nous regrettons... Nous souhaitons... Vous le trouverez ici en format PDF.
Une démarche magnifique: on y trouve tout ce qu'ils apprécient et ce en quoi ils croient, leur regard lucide sur des limites ou des manques dans l'Eglise (surtout au Canada, bien sûr), et l'expression de leurs désirs pour le meilleur. Et cela dans tous les domaines: la vie de l'Eglise, la liturgie, l'engagement social, etc. Avec, pour le sujet qui intéresse votre humble serviteur, les questions liées à la position de l'Eglise Catholique officielle sur la sexualité en général et les minorités sexuelles en particulier.
J'aime beaucoup ce texte. Je le trouve vrai, évangélique et très encourageant. Mais je vais jouer les oiseaux de malheur: ce texte et cette démarche sont certainement voués à l'échec. Et cela même avant de l'avoir lu. Dès sa publication. Dès la première ligne. Je ne suis d'ailleurs aucunement surpris de l'accueil glacial que l'épiscopat canadien lui a réservé.
Je m'explique: Tout d'abord, la première ligne du document de la CRC commence par "à nos frères évêques". Et là je dis: quelle erreur de se mettre sur ce terrain. Le peu que je sais des évêques me fait dire qu'ils ont plus que certainement été vexés de ce genre de familiarité. Autant les évêques aiment nous dire "mes biens chers frères et soeurs", autant ça les irrite qu'on leur rappelle qu'ils ne sont que des hommes comme les autres... Je suis prêt à vous parier que les évêques canadiens ont trouvé que la démarche de la CRC leur manque de respect.
Une autre erreur, plus fondamentale à mon sens, c'est que ce document suggère qu'il y a une meilleure (ou même tout simplement une autre) vision des besoins et de la réalité de l'Eglise que celle que les évêques ou le pape peuvent avoir. Une telle démarche est certainement vouée à l'échec. Il est absolument impossible, à mon sens, que le corps épiscopal et en particulier le Vatican acceptent qu'ils ne savent pas tout ce qu'il faut savoir de l'état de l'Eglise et de ce qu'il faut faire. Et là encore, je suis prêt à vous parier que les évêques canadiens et ceux du Vatican vont trouver que le document de la CRC est à tout le moins arrogant et présomptueux... et peut-être même qu'il frise la dissension ou, pire, la rébellion.
Mais je rends grâce à Dieu malgré tout. Merci, Seigneur, de ces prophètes aux cheveux grisonnants qui n'hésitent pas à témoigner de leur foi, de leurs désirs et de leurs projets pour ton Eglise.
Et là où les prêtres ou les cathogay plus jeunes n'osent pas se montrer en pleine lumière parce qu'ils ont peur (et j'avoue que je suis de ceux là), j'espère qu'un plus grand nombre de séniors se lèveront encore pour venir à notre secours.

mercredi 29 mars 2006
253. femme tragique, femme martyre
Tous les 29 mars, je fais mémoire de Soeur Sourire, et notamment de son suicide en 1985, il y a plus de 20 ans. En fait, elle fait l'objet de ma cinquième note, comme vous pouvez le retrouver dans les archives de février 2005.
Il se fait qu'on reprend l'excellente pièce de Marie Destrait, que je vous conseille absolument d'aller voir. J'y étais allé l'an dernier avec les réticences de rigueur. Mais quelle magnifique expérience! Excellent texte, excellents acteurs, très belles scénographie: on en sort ému et très proche de Soeur Sourire, loin des clichés ou des excès. Je vous recommande aussi le livre que l'on vient de publier sur elle.
Aujourd'hui, sa chanson phare (Dominique, nique, nique) fait forcément rire. Mais il y a 30 ans, le mot niquer n'était pas encore entré dans le vocabulaire avec le sens de baiser. On oublie aussi que cette chanson a été connue dans le monde entier et qu'elle a été en tête des hit-parades américains pendant des semaines (à l'époque de l'Elvis Presley triomphant, pourtant).

l'affiche de la pièce
Quel destin extraordinaire que celui de Jeanine Deckers! Bruxelloise, elle rejoint les Dominicaines installées près de Waterloo (à Fichermont). Ses petites chansons simplettes (et surtout le Dominique) sont un formidable succès de l'édition musicale. Sous son nom, sont vendus littéralement des centaines de milliers de disques (vinyl).

soeur Luc-Gabrielle en novice
Hollywood crée une comédie musicale (The Singing Nun), avec Debbie Reynolds dans le rôle titre.
Plusieurs très grands chanteurs, dont Georges Brassens, admirent son talent, sa simplicité, sa lumière.
Lorqu'une grande librairie religieuse bruxelloise organise une signature de son petit livre (une rareté, si vous le trouvez, ne le lâchez pas), elle doit organiser deux jours de séance supplémentaire et la file s'allonge sur le trottoir sur plus de 100 mètres.
Ignorante totalement de ce succès planétaire, ignorant même l'existence du film, des nombreux articles sur elle, la Soeur Luc-Gabriel rêve de servir le Christ sous d'autres formes que la vie monastique assez cloîtrée des "grandes Dominicaines" et quitte le couvent pour vivre à l'extérieur en tertiaire dominicaine.
Et c'est là que la tragédie commence: le fisc belge lui réclame pratiquement 200 mille euros, pour des arriérés de droits sur des disques, des livres, des films. La pauvre tombe totalement des nues. Imaginez la somme que cela représente dans les années soixante...
Son ancien monastère, qui a perçu tous les revenus, refuse d'essuyer l'ardoise du fisc. Légalement, le fait que la religieuse ait quitté l'habit fait qu'elle perd tous ses droits sur ces revenus. La Mère Supérieure aurait pu faire un geste mais refuse. De plus, l'avocat du monastère (qui s'est littéralement construit des châteaux en Espagne avec l'argent de ses honoraires) a disparu dans la nature: pas de preuves, pas de traces de la destination de ses revenus. Pas moyen de mettre la main dessus dans ce paradis qu'était l'Espagne franquiste pour certains criminels enrichis.
Alors, Jeanine Deckers décide de monter sur scène pour gagner de quoi payer la note fiscale. Hélas, les Dominicaines lui interdisent d'utiliser le nom Soeur Sourire dont elles veulent garder les droits (et donc les revenus). Dès lors, son retour sur scène est un flop total: elle qui est une vedette mondialement connue doit se contenter de salles minables. Elle y perd même de l'argent.

Entre-temps, Jeanine s'installe avec une autre ancienne religieuse, Annie Pecher, sa meilleure amie depuis l'époque lointaine des études universitaires. Elles se lancent dans un projet de maison pour enfants orphelins ou caractériels.
Pour Jeanine, néanmoins, c'est la dépression, l'alcool, les médicaments. Le monde entier connaît son nom et sa chanson; pourtant elle vit dans la menace constante de la misère. Aucune de ses démarches n'aboutissent, ni dans le monde religieux, ni auprès des maisons de disques qui disposent des sommes versées au titre de droits d'auteur.

Jeanine Deckers et Annie Pêcher
Autre déchéance: Le monde catholique la rejette complètement parce que Jeanine, en apprenant l'invention de la pillule, créé une chanson de bonheur pour acclamer cette avancée pour la vie de toutes les femmes (Pilule d'Or). Quelques semaines plus tard, la condamnation vaticane tombe contre la piluet et, du coup, fait de la chanson de Jeanine un geste qualifié de rebelle par les autorités catholiques. L'ancienne religieuse devient une sorte de pestiférée.
Un jour de 1985, le fisc se fait pressant: il va saisir l'orphelinat, il faut donc replacer tous les enfants et tout perdre.
Les deux femmes quittent alors l'état de tertiaire, elles reconnaissent leur amour l'une pour l'autre... et décident de mettre fin à leurs jours un 29 mars. On les retrouve mortes, l'une à côté de l'autre. Comme il s'agit d'un suicide, de nombreuses églises refusent d'accueillir les funérailles. Dans la plus grande discrétion, les Bénédictins de Clerlande accueillent la cérémonie, très simple.
Quelques jours plus tard arrivent plusieurs lettres dans le courrier: le fisc prononce une amnistie pour les sommes dues et la maison de disques verse finalement les sommes qu'elle doit... Mais c'est trop tard...

J'ai beaucoup d'affection pour cette femme complètement oubliée. D'abord parce que c'est une grande tragédie: comme quelqu'un qui a passé sa vie à chanter l'amour, et notamment l'amour de Dieu, peut-elle finir aussi tristement? Et puis j'ai l'impression d'un véritable martyre et d'un terrible gâchis: aujourd'hui encore, l'attitude d'une série de vampires est proprement scandaleuse. La pièce n'épargne pas la dureté de sa mère, de son ancienne supérieure, de ses anciens avocats et hommes d'affaires, du fisc ensuite.
Oui, quel gâchis. Mais aujourd'hui, que sa lumière brille dans le Coeur de Dieu et que sa vie soit bénie éternellement, là où il n'y a plus ni pleurs, ni larmes.
S'il vous arrive de passer par Wavre, en Belgique, prenez le temps d'une petite visite au cimetière (la pierre tombale est un cadeau récent de la ville, sinon elles seraient encore dans du "provisoire"). Et s'il vous arrive d'entendre cette mélodie un peu idiote (Dominique, nique, nique), ayez une petite pensée pour cette femme de rien du tout qui l'avait composée.

lundi 27 mars 2006
252. ces fameux noeuds
Vous savez que je suis très inspiré par la spiritualité, la théologie et la lecture biblique de James Alison. Je vous ai notamment décrit certaines de ses lectures tout à fait inspirantes de l'Évangile, notamment celle de la scène où Pierre se rend chez le centurion Corneille (dans la note Arrêt Sur Image). Une pensée très proche du frère Timothy Radcliffe, op (ancien Maître Général des Frères Prêcheurs), sans parler de leur proximité personnelle. Une tournure d'esprit qui, alors que je la découvre à peine, a déjà profondément changé ma vie.
Récemment, James Alison a été invité à donner une conférence à San Francisco, conférence qu'il a intitulée "Is It Ethical To Be Catholic? - A Queer Perspective". Ici, le mot éthique n'est pas à comprendre dans le sens où il s'agirait de différencier le bien et le mal (comme si on demandait, par exemple, l'avortement est-il éthique). Mais plutôt une question du genre: pour un homosexuel chrétien aujourd'hui, et pour un chrétien tout court d'ailleurs, est-ce la meilleure chose à faire que d'être ou de devenir Catholique? Est-ce qu'il n'y aurait pas une route meilleure pour un homosexuel qui veut être chrétien? Ou tout simplement, n'est-ce pas du masochisme que d'être catholique en appartenant à une minorité sexuelle?
Il faut savoir que James Alison vient d'une autre tradition chrétienne et qu'il a rejoint la communauté catholique vers l'âge de 18 ans. Du coup, les avantages qu'il voit à être catholique, malgré tout ce que l'Église a d'actuellement homophobe, prend plus de sens et de saveur. Je suis sûr que ceux d'entre vous qui sont nés dans le catholicisme vont découvrir dans ses réflexions des aspects auxquels ils n'avaient pas pensé.
Je retiendrais juste un détail: sa mention de la dévotion à Notre-Dame qui Défait les Noeuds. Bon, d'accord, un googlage
rapide vous montrera qu'il s'agit d'une dévotion kitschissime, très
17ème, avec des relents de baroque bavarois avec crème fraîche et tout
et tout. Rien que la lecture de la fameuse neuvaine infaillible à Notre Dame qui Défait les Noeuds vaut son pesant de "retour vers le futur" (si vous voyez où mon regard se dirige...).
Mais pour James Alison (qui a découvert ce tableau lors d'un voyage au Brésil), cette dévotion mariale est particulièrement utile pour les cathogays parce qu'ils ont été pris (plus que les autres catholiques?) dans des noeuds particulièrement difficiles et mortels. Par exemple, le lien entre nature et grâce, le lien entre péché et liberté, entre grâce et désir. Et j'y ajouterais entre désir et engagement, ce qui était le thème de la réunion de notre groupe de cathogay affilié à Devenir Un En Christ.
Et c'est fou ce que les gay catholiques ont été pris dans des choix cornéliens, ne fut-ce que le très basique "être catholique ou être homosexuel"... Des choix qui les ont parfois conduits à se nier voire à se détester eux-mêmes, ou encore à s'éloigner de la foi ou de l'eucharistie...
Or, souligne James Alison à sa manière, c'est normalement le propre de la foi chrétienne de défaire des noeuds que l'on croyait impossible à dénouer jusque là: Juif ou Grec? Homme ou Femme? Esclave ou Homme Libre? pour ne citer que quelques exemples...
Moi le premier, mais je suis sûr que je rejoins l'expérience de beaucoup d'entre vous, j'ai vécu cette période où il fallait choisir entre le beurre et l'argent du beurre: être moral et chrétien d'un côté, et être homosexuel de l'autre, par exemple. Tout en noir et blanc, sans nuances.
Et puis un jour, avec l'aide du Seigneur, on défait le noeud: j'aurai le beurre et l'argent du beurre (et le... sourire du crémier en plus).
Je me fais l'effet d'être le petit personnage en bas du tableau, celui qui est guidé par un bel ange. Un ange qui me conduit là où tous mes noeuds trouvent enfin un dénouement!
Quant à l'Église Catholique, pour le moment, j'ai comme l'impression qu'il y a une tendance à en refaire, justement, des noeuds. Par exemple: mettre la défense de la famille et de l'enfance d'un côté, avec la promotion des droits des minorités sexuelles de l'autre. Comme si c'était une évidence que les deux s'excluaient et que les Catholiques doivent choisir leur camp. Et pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas avoir les deux?
Je vais peut-être la faire, tiens, cette neuvaine infaillible... Au fond, qu'est-ce que je risque...
vendredi 24 mars 2006
251. des modèles, des héros et des idoles
L'autre jour, quelqu'un me disait qu'un an après leur mariage, un couple gay de ses amis avait demandé le divorce. Quelque part, j'ai été un peu surpris, parce je savais que ce couple avait vécu plus de 10 ans ensemble, avec maison, chien, barbecue, et tous les accessoires du couple sans histoire. Et puis je me suis dit: si les mariages hétéro ont des statistiques de presqu'un divorce pour deux unions, pourquoi faudrait-il que celles pour les mariages homo soient meilleures... Parce qu'ils tiennent plus au mariage que les hétéro? Parce que les couples homo ont dû faire face à plus de difficultés pour se construire? Non, il est probable que, dans la banalité la plus totale, les mariages homo soient tout simplement des mariages normaux, ni meilleurs ni pires que les autres.
Je me suis rappelé un article que j'avais lu dans The Advocate (du temps lointain où j'avais assez de pognon pour m'abonner) où un célèbre couple gay (qui était passé à la télé chez Oprah et qui faisait l'orgueil de la communauté gay bourgeoise) a finalement admis qu'ils allaient se séparer pour une banale affaire d'adultère. Voilà que les idoles tombaient de leur piédestal. Mais le journaliste concluait fort justement: pourquoi voudrions-nous que les héros gay soient moins humains et plus infaillibles que les autres?
Même réflexion en apprenant que le premier évêque gay épiscopalien, Mgr Gene Robinson (sur la photo) du New Hampshire, avait publiquement annoncé qu'il prenait quelques semaines pour suivre une cure de désintoxication. Il semble qu'il soit devenu dépendant à l'alcool. Outre qu'il n'est pas le premier prêtre ou évêque à être accro à l'alcool, les fidèles de son diocèse ne s'y sont pas trompés: ils l'ont félicité pour avoir donné l'exemple à d'autres qui pourraient être dans la même situation de dépendance. Aujourd'hui, Mgr Robinson a repris ses activités.
Et voilà que cet homme, que l'on prenait pour un héros de l'avancement des gay,
se révèle un être humain comme les autres, avec les mêmes fragilités et
les mêmes faiblesses. Mais, à mon sens, ce qui fait de lui le vrai
"évêque chrétien", c'est comment il a pris en compte sa fragilité et sa
faiblesse: avec responsabilité et sans chercher à se cacher. Suivez mon
regard...
Dans le même ordre d'idée, un célèbre baisodrome gay de Waterloo (en Angleterre, pas en Belgique) a été félicité par la police locale,
parce que tout le staff s'est mobilisé pour mettre fin aux agissements
d'un violeur dans l'établissement. Et quelque part, je me suis dit:
comment est-ce possible qu'il y ait des homo violeurs? Et puis, là
encore: nous ne sommes ni meilleurs ni pire que les autres (quoi qu'on
dise), nous sommes juste humains.
mardi 21 mars 2006
250. l'étrange à côté de toi
Je me rends compte que ce n'est pas parce qu'on veut défendre les droits d'une minorité (même sexuelle), qu'on n'est pas soi-même tenu de s'ouvrir à des réalités "exotiques". On n'échappe pas toujours à ses propres défis, et parfois à ses propres intolérances.
Un exemple: je lis régulièrement le blogue de Furyo, un garçon dont le moins qu'on puisse dire c'est que la passion est son quotidien. Et voilà qu'en déroulant la fenêtre (jusqu'en bas de la colonne à droite), je tombe sur Le Manifeste Français des Bisexuelles et des Bisexuels. J'avais déjà vu ce texte (on peut le lire sur le site de l'association Bi'cause), mais ce n'est qu'aujourd'hui qu'il fait tilt dans son questionnement et sa revendication de prise en compte de la dignité particulière des bisexuelles.
J'ai déjà écrit une note sur la bisexualité ("choisir les mots pour se dire"),
du moins simplement pour admettre qu'elle existe (elle n'est pas une
simple zone intermédiaire entre l'homo et l'hétéro) et que l'unicité de
ce terme cache le fait qu'il y a des bisexualités et non pas une bisexualité. Ce sont les premiers points énoncés par ce texte et ils ne me font pas difficulté du tout. C'est un préjugé fréquent parmi les homo et les homophiles de dire qu'il n'y a pas d'hétéro et d'homo à 100% mais tout un "dégradé" entre les deux. Les bisexuels sont là pour nous rappeler à quel point ce préjugé nie leur spécificité et leur particularité.
Ce Manifeste nous interpelle de différentes manières. Par exemple (je copie-colle):
"Nous refusons également la nouvelle normativité gaie et lesbienne, qui voudrait réduire la sexualité aux deux seules catégories hétérosexuelle et homosexuelle.
Nous sommes pour une bisexualité qui permette à chacune et à chacun de vivre ses désirs sans être stigmatisé(e)."
C'est déjà une chose qui nous pose question: nous, les homo, est-ce que nous acceptons l'existence des bi ou bien disons-nous (comme je l'ai entendu parfois) qu'ils ne sont que des homo qui s'ignorent (ou ne s'assument pas) ou qu'ils ne sont qu'une variété entre l'homo et l'hétéro...
Autre question (je cite toujours):
"Nous exigeons (...) de pouvoir fonder la famille de notre choix (célibat, couple, multipartenariat) et dans tous les cas de voir reconnu notre rôle éventuel de parent (...)"
Là, intellectuellement, beaucoup d'homo vont avoir du mal: renoncer au couple comme modèle de relation affective et sexuelle? me joindre à un combat des bi qui demanderait que la société reconnaisse un modèle où des adultes s'unissent dans une famille à plus que deux à la fois? Pour le coup, on va vraiment hurler (chez les homophobes, par exemple) que le projet des minorités sexuelles est de rétablier la polygamie ("bon, soit, discutons") ou même d'introduire la polyandrie ("beurk, quelle horreur") ou des variantes?
Je souris en écrivant ces lignes, parce que j'ai l'impression de me retrouver un peu dans la peau de certains homophobes modérés que je stigmatise mais, cette fois, du côté de la biphobie modérée... Et c'est une expérience que je n'avais plus faite depuis longtemps...
Comme disent certains, je n'ai rien contre les bi, d'ailleurs certains de mes meilleurs amis sont bi, mais il n'y a pas de doute que je doive progresser encore pour arriver à faire miens tous les points de ce Manifeste, avec essentiellement (et uniquement, en fait) cette question de multipartenariat qui m'est tout à fait étrangère, je l'avoue, et dont les difficultés pratiques et affectives me semblent insurmontables...
Je dois dire que je n'ai jamais rencontré de familles de ce type (bien que je connaisse des trio d'homo, mais c'est plus des trucs de domination ou bien des solutions éphémères). Et donc je suis au plus pur stade du préjugé.
<soupir> Quel bonheur de savoir qu'on a encore quelques défis devant soit et qu'on peut encore progresser...
lundi 20 mars 2006
249. scènes de la banalité
Je tchatte beaucoup, ce n'est un secret pour personne. Et je discutais l'autre jour de l'utilité d'avoir un blogue qui parle de la vie quotidienne des cathogay ou des homo en général, surtout quand il s'agit d'un couple. Des blogues simples dans leur banalité: la vie normale, familiale. Des photos du chien, de l'anniversaire de la belle-soeur. Toutes des choses qui feraient que les homo et leurs familles apparaissent comme tous les autres humains. Ni meilleurs ni pires. Juste frères en humanité.
Simples... et donc sublimes !
Bien sûr qu'il y a une utilité à écrire dans ces blogues (sur ses émotions, son vécu). Mais plus que tout, j'aimerais aussi qu'on puisse y voir l'album photo dans toute sa banalité: fêtes de famille, simples moments, jardins en hiver, joies saisies dans l'instant et digitalisées...
Voici un exemple de ce que je rêverais de regarder tous les jours: il s'agit d'un diaporama de tableaux. Je l'ai trouvé par hasard dans le forum "video" de Google. Bon, d'accord, c'est de l'art (beaucoup de Steve Walker) et donc pas de la vie quotidienne...
Quoique... Avec le fond manifestement très californien des artistes qui sont repris dans le diaporama, j'ai retrouvé des scènes toutes authentiques, selon moi. Bon, d'accord, tout n'est pas du vécu (on n'est pas la pour se vanter, tout de même) et les hommes représentés sont particulièrement... californiens. Mais il y a des scènes que je vous assure d'avoir vues, surtout celles de rues ou de terrasses.
Et en plus, la bande son est l'excellente version de Ev'ry Time You Say Goodbye que nous devons à Annie Lennox.
Sans plus attendre, regardez-moi ça.
Et à titre d'hommage, voici trois images tirées de la magnifique collection de Steve Walker, surtout la troisième qui me fait pleurer chaque fois que je la regarde.



dimanche 19 mars 2006
248. brouter son trèfle
J'ai pris goût à la fête de Saint-Patrick (le 17 mars) quand j'étais aux Etats-Unis: rien de tel que des émigrés loin de chez eux pour transformer leurs origines et leurs racines en ce qu'il y a de plus kitsch au monde. Et je ne vous raconte pas les parades organisées par les Italo-Américains, les Grecs ou les Chinois vivant là-bas.

De plus, surtout à New-York je suppose, la parade de Saint-Patrick est l'occasion de sortir tout ce qu'il y a de catholique dans ce pays, et de bien montrer de quel bord religieux et social on est. Ma paroisse, comme les autres, avait un groupe qui défilait à la Saint Patrick, et il y avait l'un ou l'autre "garçons sensibles" que je trouvais "important" d'aider dans la préparation de son costume ou du repas... Si vous voyez ce que je veux dire...
Je ne suis pas outre mesure étonné que, pour la 16ème année consécutive, le comité organisateur de la parade de New-York n'autorise pas les Irish Gays & Lesbians à défiler. C'est un combat difficile, surtout quand on sait à quel point les épiscopats catholiques sont derrière les organisateurs de cette Saint-Patrick américaine. Et ne parlons pas de la difficulté, par exemple, des Afro-Américains homo à défiler lors des grands rassemblement blacks.
Heureusement, ce n'est pas le cas dans toutes les villes américaines, ni d'ailleurs en Irlande même, où les gay défilent avec les autres, que ce soit à Dublin, à Cork ou à Limerick.

Honnêtement, je m'en tapais un peu. D'autant plus que je sais que ça n'empêchait pas un très grand nombre de gay d'être présents à ces manifestations. Ainsi, pour prendre un exemple historique: le prêtre franciscain Mychal Judge, ancien aumônier des pompiers et homosexuel. Celui-là même qui est la première victime (chronologique) des attentats du 11 septembre.
Mais là où cette année est spéciale, c'est que, pour la première fois, le très catholique président du comité organisateur de la parade, John Dunleavy, s'est cru autorisé à franchir une étape: celle de l'insulte et de la diabolisation. Pourquoi ne pas permettre aux Irish Gays & Lesbians de défiler? C'est très simple. Je traduis:
"Est-ce que les Israéliens laisseraient un groupe de nazi défiler à Jérusalem? Est-ce que les Afro-Américains permettraient à une section du Klu Klux Klan de défiler avec eux dans Harlem? Ou faudrait-il permettre que les Irish Whores (prostituées) soient autorisées à défiler simplement parce qu'elles se disent d'origine irlandaise?"
Qu'en 2006, un habitant de New-York et un Catholique
de premier plan se permette de tenir en public ce genre de propos en
dit long. Et que personne ne l'ait sanctionné (dans son comité ou chez
les évêques américains) en dit long aussi. On lui ferait bien brouter
son trèfle à cet idiot.

Je reviens avec une de mes thèses favorites: une petite homophobie au sommet de la pyramide provoque des morts en bas de la pyramide. Les évêques tiennent un discours homophobe modéré (ils nient d'ailleurs être homophobes) et qu'est-ce que ça donne sur le terrain ou en bas de l'échelle? Des insultes, des assimilations des gay aux nazis, aux klanistes ou bien aux putes...
C'est l'effet d'avalanche... Comme je voudrais que les évêques provoquent, pour une fois, un effet d'avalanche positif !!!
Ces gay d'origine irlandaise qui veulent défiler ne sont-ils pas les fils, les filles, les frères ou les soeurs, les parents ou les amis des autres participants à la fête? Quel besoin de les exclure? Et surtout quel besoin de les insulter?
Je lis souvent le blogue d'un New Yorkais, Proceed At Your Own Risk, et j'avoue que c'est en grande partie pour sa collection de photos. Mais il a une façon de raconter son expérience de cette dernière parade de Saint Patrick qui donne froid dans le dos... Si c'est ça qui nous attend de la part de ces bons jeunes catholiques...

Mais je vais vous laisser avec une devinette amusante: traditionnellement, les participants aux parades de la Saint Patrick se collent (ou peignent) un trèfle bien vert à l'endroit où ils veulent recevoir les bises. Sur la joue... ou ailleurs... Vous avez trouvé où? Et aujourd'hui, je vois que la mode des bracelets de couleur a aussi frappé... et on ne les mets pas toujours au poignet ou à la cheville... si vous devinez où je veux dire...

samedi 18 mars 2006
247. je crois
Le mot credo évoque souvent des textes anciens et fixes. Des formules de la foi chrétienne qui ont été décidés par des pères augustes et conciliaires, dont le souvenir nous reste sous la forme de tableaux grandioses avec des rangées d'empourprés, de violettisés et de toute la grande smala typique des religions à costumes.
Par contre, je suis plutôt de ceux qui pensent que l'affirmation de la foi, la profession de foi (pour reprendre le terme technique), est une activité quotidienne. Dire qui est Dieu pour moi, dire que c'est le Christ qui est le centre de ma vie, etc. Les reprises quotidiennes (ou au moins fréquentes) sont nécessaires pour garder une fois vivante. Sinon, hélas, on en vient à confondre l'acte de croire avec l'adhésion à un ensemble de titres, de définitions, dont certains sont clairement archaïques.
C'est un article du Monde (et surtout son titre) qui m'a amené à réfléchir sur ce sujet et à rendre grâce aujourd'hui. Pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu:
Sur Internet, credos de chrétiens gays
LE MONDE | 04.03.06
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L'article ne parle que de trois pédéblogueurs chrétiens, Aelred, Jean-Marc GayAnglican (tous les deux à Paris) et Eric Louis (les beaux yeux verts) à Lyon. Mais il est clair que le nombre de ces chrétiens qui écrivent (et ré-écrivent) leur credo tous les jours ne cesse d'augmenter. Merci, Seigneur.
Il est clair aussi que ces credo varient selon les jours: parfois très lyriques, parfois au contraire plein d'indignation ou de reproches (surtout à propos de l'Église). Ils ne sont pas non plus toujours très nuancés, que ce soit pour dire l'amour ou bien au contraire la désapprobation. Et, je le dis parce que je suis le premier concerné, on a tous à relire la fameuse histoire où il est question de paille et de poutre: c'est fou comme on apprend sur soi en lisant les errances ou les exagérations chez les autres.
Je ne saurais trop vous encourager, que vous soyez chrétiens ou éloignés de la foi, à vous exprimer sur ce que vous croyez ou tout simplement (ce n'est pas moins riche) sur ce que vous ne croyez pas. Toutes les professions de foi (ou d'athéisme), si elles sont personnelles et vraies, respectueuses des autres et profondes, sont une richesse pour l'humanité et pour l'Église.
D'où ma décision de publier plus largement certains de vos commentaires ou de vos messages. Surtout si vous avez pris le temps d'écrire des choses sensées ou bien réfléchies. Je trouve que si j'ai été l'heureux bénéficiaire de tel ou tel credo (court ou long), c'est le moins que je puisse faire que de le passer à d'autres.
Alors, aujourd'hui, je commence avec Charles de Bruxelles, qui m'a en vitesse commenté ce matin sa vision du film Brokeback Mountain et les effets que ça produit encore the days after.
Bonjour Lorenzo. Rapidement avant de repartir... Je reviens des courses, ce matin et je suis encore sous l'émotion de Brokeback Moutain! Quelque chose qui s'accroche et (suis-je un "garçon trop sensible"?) qui taraude.
Il a été question, sur ton blogue, de gays qui avaient un malaise ou disons plutôt un "mal-être" après avoir vu le film. Je les rejoindrais assez sur ce terrain.
Et je comprendrais assez qu'il y ait comme un relation d'une expérience "universelle" dans BM qui fait que nombre de personnes qui l'on vu l'ont apprécié au-delà de la question "particulière" homosexuelle (hormis le gros dos et le poil hérissé de certaines institutions catho, dont on peut d'ailleurs se demander en quoi elles ont pu voir dans ce film un apologie de l'homosexualité).
Un peu comme une nouvelle histoire de Roméo et Juliette?
Mais, est-ce la magie du film, du réalisateur, des acteurs, de tout? de la nouvelliste au départ de tout? j'ai été "touché" comme par une flèche de Cupidon... mais, j'espère passer cette phase, c'est un peu comme un acide qui ronge peu à peu: je n'ai pas de pensées suicidaires, mais il y a comme un vide, vertigineux qui dépasse la singularité de l'expérience relatée (les conditions spécifiques de lieu et de temps) qui rejoint probablement tous les impossibles à vivre dans mon Eglise et dans le monde, au vu et au su de tous, une véritable histoire d'amour.
Désolé de t'inonder de ce spleen; j'avais envie de partager cela avant de repartir au "boulot"...
Et encore merci, Charles. Et si ce film (ou la nouvelle qui lui a servi de base) est comme notre Romeo et Juliette, ce n'est de fait pas toujours mauvais de pleurer...
vendredi 17 mars 2006
246. bouts de ficelle
J'ai créé un répertoire "sujets en attente" (dans mes "Favoris") où je mets des liens vers des articles ou des documents qui ont attiré mon attention. Je me dis qu'un jour où l'autre, je reprendrais bien ces petits bouts de ficelle. Hélas (ou tant mieux, selon le point de vue), j'ai trop souvent beaucoup plus de matière que de temps disponible pour la traiter.
Alors, je me suis dit que je mettrais bien quelques bouts de ficelles ensemble, histoire de faire un peu de place pour les suivants. Après tout, j'ai vu que les miscellanées sont à la mode dans les cercles littéraires branchés. Pourquoi ne pas surfer sur la vague, puisqu'on y est? Voici donc une note avec un peu de tout.
Première réflexion, je lis dans cet article l'arrivée en force des mouvements homo religieux dans le choeur des associations de promotions des droits des minorités sexuelles. Aux États-Unis, le combat pour la sortie de l'homosexualité de la liste des maladies mentales est acquis largement (sauf chez quelques obtus qui veulent la guérir par des pseudo thérapies passablement illégales). De même, la sortie de l'homosexualité de l'illégalité est quasiment assurée dans ce pays (reste encore quelques lois contre la sodomie).
Mais on observe, là comme ailleurs, qu'il y a un front qui ne faiblit pas: celui qui considère l'homosexualité comme immorale ou comme un péché. Or, c'est peut-être sur ce front-là qu'il faudrait agir pour un vrai changement global de mentalités.
Alors, quand je regarde l'éventail associatif homo (en Amérique du Nord comme en Europe), je vois beaucoup d'associations de détente ou de soutien mutuel, beaucoup autour de la santé, de plus en plus de politique, un peu d'éducatif et de culture... et très peu de religieux ou de spirituel. Probablement à la mesure de la place du religieux dans la société en général...
Mais tout comme certains voient un retour nécessaire du religieux dans la construction des sociétés et des communautés humaines, peut-être qu'il faut revoir la place des homo "religieux" dans l'ensemble de la nébuleuse homo.
Deuxième réflexion: le déchaînement d'homophobie en Afrique occidentale, non seulement au Nigéria (avec un primat anglican particulièrement enragé), mais aussi au Cameroun voisin. Le site du magazine Jeune Afrique a raison de dénoncer une presse racoleuse et avide d'argent qui n'hésite pas à publier des listes d'homo présumés, à en faire la source de tous les maux et de toutes les corruptions du pays, et à déclarer qu'il faut d'urgence refaire des "charettes" et faire rouler quelques têtes sur les places publiques. Ces gens qui se présentent comme des journalistes sont indignes de ce titre.
Je souhaite que l'écoeurement des lecteurs et de la population soit tel qu'il provoque l'effet inverse: une vague d'homophilie. Et que les associations homosexuelles du reste de l'Afrique noire aient autant de droits que celle d'Afrique du Sud.
Troisième réflexion: suite de la saga de l'Agence Catholique d'Adoption à Boston. Je vous expliquais comment, suite à l'avis de ses experts de l'adoption et de la famille, l'Agence confiait parfois des enfants difficiles (les trash kids) à des couples homosexuels et que tout se passait très bien. Et surtout comment, vu la réaction négative des homophobes, les évêques du Massachussett trouvaient qu'il était impossible que ces experts sachent de quoi ils parlent puisque le Vatican dit que l'homoparentalité est une violence faite à l'enfant. Je répète la position vaticane pour que les mots soient clairement dits: des parents homosexuels font violence aux enfants qu'ils élèvent, une violence que l'Église se doit de combattre avec la dernière énergie.
Mais du coup, effet boule de neige, d'autres agences d'adoption, dans d'autres diocèses, ont reçu une lettre du Vatican les obligeant à cesser de confier des enfants à des couples homosexuels: en gros, ça dit que le Vatican s'en tape de décennies d'expérience des agents de terrain, s'en tape de ce que vont penser toutes ces familles homoparentales qui ont adopté des enfants via ces agences, et surtout s'en tape de l'effet que cela va produire sur ces enfants eux-mêmes. Les principes passent avant les personnes. Les peurs et les ignorances passent avant les faits.
Le plus piquant, c'est qu'il y a, parmi ces diocèses, quelques gros morceaux: l'archidiocèse de Los Angeles, dont l'agence d'adoption confie des enfants à des couples homo depuis des décennies (j'ai vu un homme de 43 ans qui était un des premiers adoptés), et surtout celui de San Francisco dont l'archevêque était le futur cardinal Levada, actuel préfet de la congrégation de la doctrine. Je trouve justement piquant que l'archevêque de San Francisco n'ait pas vu de problème à confier des enfants à des couples homosexuels, mais qu'arrivé à Rome, il signe une lettre où il dit que c'est inadmissible et qu'il faut cesser immédiatement. Amnésique, le bon cardinal? Il a oublié tous ses souvenirs et ses expériences en arrivant dans les murs du Vatican?
En tout cas, le maire de San Francisco trouve que le futur cardinal est un hypocrite. Il a donc décidé de ne pas se rendre à la cérémonie d'acceuil des nouveaux cardinaux au prochain Consistoire de Rome. Et de le faire savoir haut et fort. Homophile convaincu (il avait célébré des mariages homo à la grande fureur de l'Amérique homophobe), Catholique pratiquant (en voie d'exclusion de la communion eucharistique pour ses options politiques contraires à la doctrine officielle), Gavin Newson (sur la photo) n'en est pas à sa première prise de bec avec son Église.
Mais j'ai juste ce sentiment un peu triste que les cardinaux s'en foutent absolument.

Je termine avec une réflexion plus amusante. Ceux qui vont à Paris dans le Marais connaissent peut-être la boulangerie de Victor Legay, baptisée récemment "Legay Choc". Et il y a quelques spécialités boulangères et pâtissières interdites aux moins de 18 ans qui donnent l'eau à la bouche (si l'on ose dire). Peut-être à éviter en Carême...
mardi 14 mars 2006
245. encouragements venus du Nord
Je l'avoue à ma plus grande honte: en dehors de l'espace culturel francophone et anglophone, je ne fais pas beaucoup d'effort pour savoir ce qui se passe. Et donc je suis particulièrement ravi de ce petit courriel belgo-nordique envoyé par Ludo, du blogue Kat-Hoo qui, vous l'aurez deviné, traite de questions catho+gay mais dans la langue de Vondel, comprenez le néerlandais.
Et je suis sûr qu'il se passe plein de choses passionnantes chez les catho+gay de bien des pays, dans le monde hispanophone, italophone ou autre, dont j'ignore totalement l'existence. N'hésitez pas à me le faire savoir: les signes d'espérance sont de tout petits réverbères (comme je l'ai déjà dit dans ma note sur le Magritte) mais on en a bien besoin par les temps obscurs qui nous traversons.
Car que nous annonce Ludo, comme bonne nouvelle? Qu'en Flandre, le Conseil Pastoral Interdiocésain, un organisme catholique officiel de discussion et de coordination sur les différentes pastorales des cinq diocèses néerlandophones de Belgique, a mis sur pied depuis un an un groupe de travail "Foi et Homosexualité" dont l'aboutissement a été le forum organisé samedi dernier.
Et voici le plan général de cette journée:
- introduction générale: les présupposés à la discussion (loi naturelle, tradition, développements scientifiques);
- deux témoignages: un gay et une lesbienne;
- exposé sur l' actuelle doctrine de l'Église Catholique (en gros, une application de la théorie du "moindre mal");
-
l'angle sociologique était présent avec une présentation en
avant-première des premièrs résultats de l'enquête 'Zzzip' organisé par
l' Université à Gand (plus de 3000 réponses!). Le rapport de cette
enquête sera transmis au Gouvernement Flamand à la fin de l'année.
Pourvu qu'ils aient la bonne idée de la traduire...
- et enfin, l'angle théologique avec une relecture de la Genèse par le frère Bernard de Cock
(dominicain) qui prépare un doctorat en théologie (à la K.U. Leuven)
sur des thèmes liés à la théologie, au corps, à l'homosexualité.
On peut déjà se faire une idée de la pensée du frère Bernard de Cock dans l'article 'Homosexuality and Sexual Difference: An introduction to the Thought of Xavier Lacroix' (décembre 2005, 30 pages). Disponible en format PDF en cliquant ici. En espérant que ce cher Ichtus (qui sait toujours tout sur ce que publient les Dominicains) nous trouve une traduction française.



