samedi 27 mai 2006
286. dans la joie et la louange
Le temps s'annonce assez misérable pour la Gay Pride de Bruxelles. Pluie, vent, froid. L'appel de la couette et du home, sweet home n'est jamais si fort que dans des moments pareils.
Mais la Belgique est une terre de Carnaval, et normalement ils se déroulent pendant le Carême, quand l'hiver et le printemps bataillent et que le méchant hiver a encore quelques fameuses pièces d'artillerie à décocher. Je souhaite de tout coeur qu'il y ait du monde au village diverCity, mais particulièrement à la célébration eucharistique de 11h, et puis bien sûr à la parade.
Tout comme le disait le 15 mai dernier Ben de Bruxelles dans son blogue, ces derniers temps il ne fait pas toujours bon être gay en milieu catho. Beaucoup de Catholiques vivent et voient leur homosexualité comme une croix (et pas seulement à cause de la discrimination qu'ils subissent) et le seul chemin qu'ils (se) proposent, c'est une forme ou une autre de mutilation de leur sexualité. Mais je voudrais juste rappeler que nous sommes d'abord créés pour la louange et la joie, pour la résurrection, pas pour la croix. Et je bénis le Ciel que de plus en plus, dans le monde entier, le mot gay devienne plus familier que le mot homosexuel.
Je regrette souvent d'entendre dire, sur un ton un peu exaspéré (snob?) ou même avec une totale condamnation, "je suis homo mais pas comme ces gay-là". Et surtout cette curieuse référence à une obéissance au Magistère de l'Eglise Catholique qui ferait qu'être fidèle à l'Eglise, c'est qu'on se déteste soi-même et qu'on méprise le don que Dieu nous fait. Il n'y a rien de plus triste et de plus mortifère, que l'homophobie des homosexuels eux-mêmes, particulièrement en milieu catholique. C'est tout de même malheureux de trouver des homo qui ne soient pas... gai.
Pour ma part, je vois plus d'obéissance à l'Eglise dans le fait de vivre toute ma vie dans l'action de grâce et la louange. Il n'y a pas de discours sérieux sur l'homosexualité s'il ne commence pas dans la louange et l'émerveillement pour les grâces reçues de Dieu au travers de l'homosexualité et grâce aux homosexuels. Tout simplement parce que Dieu est heureux de ce que nous sommes et fier de nous. Oui, Dieu aime les homosexuels. Il se réjouit de nous voir. Il se délecte de toutes les belles choses que cette forme particulière de sexualité a apporté à l'humanité.
Merci, Seigneur, pour ma masculinité homosexuelle. C'est une grâce que je n'ai pas choisie et qui comporte sa part de croix (comme toute humanité), mais merci quand même. Aujourd'hui, je ne voudrais pas être autre chose qu'un homosexuel.
Mais particulièrement en ce jour de la gay pride, j'ai en mémoire les paroles de Martin Luther King, Jr. qui disait: On ne peut pas combattre les discriminations en pratiquant soi-même des discriminations.
Et j'ai une pensée spéciale en ce jour pour les folles. Car je sais qu'il est de bon ton de mépriser les folles, de s'offusquer toutes plumes dehors que les média vont, cette année encore, mettre en avant les folles dans les cortèges et les soirées de cette fête de la gay pride... qu'une fois encore il n'y en aura que pour elles dans les journaux télé... et qu'on va encore renforcer le préjugé que tous les homo sont des tapioles... et bla bla bla. Et quelle horreur!
J'ai un excellent copain, un septuagénaire très digne et très militant, qui chaque année réclame du comité organisateur que les folles ne soient pas mises en avant dans le cortège de la gay pride bruxelloise et qu'on les invite d'ailleurs à ne pas participer du tout. Et ce copain ne comprend pas en quoi les paroles qui sortent de sa bouche sont particulièrement odieuses et contredisent toute sa vie de lutte pour les droits des homo.
Au contraire, je suis profondément convaincu que l'acceptation des folles a quelque chose d'emblématique tant pour les sociétés que pour les individus: tant qu'une société sera trop machiste pour accepter des hommes efféminés, elle n'acceptera jamais les homosexuels (quels qu'ils soient, même les plus virils). Et, de la même manière, je sais au fond de moi que si la honte d'être homo, c'est d'être assimilé aux folles, il y a encore une part de moi qui fait de la discrimination sexiste.
Sans parler de ce que la communauté homosexuelle doit aux folles de tous les siècles et de tous les pays! Que ce soit les très symboliques émeutes devant le Stonewall Inn, quand les folles se sont levées contre l'arbitraire policier pour crier Y'en a marre de se faire tabasser. (Fallait voir la râclée que ces dames ont flanquées aux pandores.) Jusqu'à ces véritables personnages qui, comme la Begum Ali au Pakistan, sont une des forces des plus efficaces de contre-culture et de contre-pouvoir face à la dictature et à l'homophobie. Comme par hasard, d'ailleurs, on constate que le sort des folles est un sujet qui inquiète particulièrement les associations humanitaires dans le Nouvel Iraq. Partout dans le monde, elles sont les premières à recevoir les coups, les insultes, les tortures, quand toute une série d'autres homo au contraire sont plutôt fiers d'avoir tout à fait l'air hétéro et tout heureux d'échapper à la violence en passant inaperçus.
Les folles ont été au premier rang pour venir en aide aux malades du sida. Et pas seulement pour organiser des soirées de gala, mais aussi pour nettoyer les corps et les maisons de toute la saleté que la maladie traîne derrière elle.
Je sais que je vais faire hurler de rage et s'étrangler d'indignation une série de Catholiques bon-tein, (qui tirent à boulets rouges sur cette parodie du catholicisme) mais je voudrais rappeler le travail remarquable fait par les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence et qui vaut la peine d'être salué chapeau bas, outre qu'elles ont un fameux talent de spectacle. Depuis 1979 déjà, elles vont dans les endroits les plus invraisemblables pour débusquer le malade honteux et changer les comportements (sans prêchi-prêcha).
Car vous connaissez déjà mon avis: contrairement à ce que disent les jupiters vaticans, les homo sont une vraie (et non une pseudo) communauté et on le voit au fait qu'ils s'occupent de leurs malades, de leurs séniors, de leurs pauvres, de leurs violés, de leurs prisonniers. Sans parler de s'occuper de ceux des autres...

Je voudrais aussi souligner le rôle assez obscur mais important des Tapioles Radicales dans la lutte pour une redécouverte de l'identité et des droits civiques des homo. Réveiller la tapiole qui dort en chacun de nous (homo ou hétéro) et lui donner la place qu'elle mérite.
C'est un peu le même combat que les Soeurs mais au lieu de questions de santé physique et de maladie du corps, les Radical Faeries traitent plutôt de santé mentale, de culpabilité, de répression psychologique de l'identité ou d'une partie de celle-ci.
Au total, au lieu de trouver que toutes ces folles sont pitoyables et lamentables, un triste exemple de perversion des genres (ce qui est le discours catho officiel, même chez certains homo), je suis fier d'elles. Elles ne me font pas honte, au contraire. Et je suis honoré de celles qui me font la grâce de leur amitié.
Je n'ai pas (jamais eu) d'attraction sexuelle pour les folles, mais elles font partie de mon monde et de ma communauté, de ma famille humaine. Aujourd'hui (si le temps n'est pas trop mauvais), je les regarderai défiler avec bonheur.
Vivre dans la louange, la joie et la fierté. Pour moi, pour chacun de ces pédé qui sont mes frères. Au nom de tous les miens.
mercredi 24 mai 2006
285. on ne peut plus faire confiance aux cigognes
Mon Toulousain favori (que j'embrasse tout plein) m'a envoyé ce lien vers une histoire de cigognes homosexuelles, mâles et femelles. Et c'est vrai que c'est amusant de se dire que les cigognes, animal symboliquement hétéro s'il en fut (puisqu'ils sont concernés par la question des bébés), sont tout aussi homo... que n'importe quel autre animal.

Evidemment, le fond de l'affaire, c'est l'homoparentalité de ces cigognes. Il y a quelques spéculations sur la manière dont ces cigognes homo ont eu leurs petits... Les mâles ont-ils chassé une femelle de ses oeufs fécondés? Les lesbiennes ont-elles été tout de même montées par un mâle?
Je ne sais pas pour vous, mais ces histoires d'homosexualité chez les animaux me passionnent. Non pas pour les idées qui vous viennent à l'esprit, bande de pervers, mais parce que l'existence même de ces animaux homo remet largement à leurs places les questions sur le caractère naturel ou non de l'homosexualité, ou celles sur l'existence de couples homo durables, sans parler de l'instinct parental chez les homo.
En fait, ce qu'il nous faudrait, c'est un nouveau François d'Assise, qui nous compose une belle ode aux animaux homo... François, au moins, arrivait à chanter qu'il s'agissait de créatures de Dieu...
mardi 23 mai 2006
284. super héros en pagaille
Il y a quelques semaines, je regardais le deuxième épisode des aventures des X-Men à la télé. Ce sont des mutants qui sont nés dans la race humaine mais qui ont beaucoup de mal à se faire accepter, y compris dans leur propre famille. Souvent même, ils sont persécutés parce qu'ils sont considérés comme des rebuts de l'humanité ou des monstres. Du coup, il y a deux courants parmi ces mutants: ceux qui sentent que leurs super-pouvoirs les obligent à se mettre au service de l'humanité, et notamment de la justice et du droit, et puis ceux qui pensent au contraire que la "vieille" humanité ne mérite pas de survivre après toutes les souffrances qu'ils ont endurées à cause de leur "différence".
Quand j'ai entendu la réplique de la mère d'un de ces jeunes mutants: "mais, tu as déjà essayé... d'être... enfin... pas comme eux...", je me suis dit ça sent la métaphore à plein nez.
Et comme de juste, je ne suis pas le premier à me faire la réflexion, comme on peut le lire aussi chez Cossaw, Grand Spécialiste en Rien. Quoi de plus normal qu'on dise que des générations de jeunes homo ont lu les aventures des X-Men comme une parabole de leur propre destinée. Et quoi de plus normal aussi que les mouvements homophobes américains suggèrent à cor et à cri de boycotter les magasines qui publient les aventures de ces super-héros mutants.
Dans les films (deux déjà sortis et l'un qui est presque là), la parabole gay est d'autant plus facile à détecter que le chef des "bons" est campé par Patrick Stewart (qui a toujours proclamé que c'est un compliment que de suggérer qu'il soit gay) et l'archi-méchant est Ian McKellen (qui promène ses conquêtes masculines à toutes les cérémonies d'Oscar et autres).

l'acteur Patrick Stewart
Même le sérieux Wikipedia
rappelle le fait que les X-Men ont souvent servi à décrire les
homosexuels. Pour des raisons semblables, c'est aussi la série qui a eu
les premiers super-héros féminins et afro-américains.

l'acteur Ian McKellen
Et c'est facile de faire tous ces rapports: les dons des X-Men se révèlent à la puberté. Et tant qu'ils ne les montrent pas en public (ou qu'ils ne sortent pas leurs super costumes), le commun des mortels ne voit aucune différence entre un mutant et un autre. En plus, ça ne se soigne pas et les autorités hésitent entre les interdire ou les accepter.
J'ai presqu'envie de dire que chaque jeune homo, dans son parcours d'acceptation et d'estime de soi, devrait lire ces histoires et se choisir l'un de ces X-Men comme figure. Il faut dire d'ailleurs que la grande majorité de ces mutants ont des physiques assez, disons, décoratifs. Et en ce qui me concerne, j'ai toujours eu un faible pour le Cyclope, d'autant plus depuis que James Marsden joue le rôle.
Je crois d'ailleurs que c'est lui qui, dans le troisième épisode (qui va sortir bientôt chez nous, cette semaine aux USA), aura cette réplique: "nous guérir? mais nous guérir de quoi? Nous sommes parfaitement heureux d'être ce que nous sommes. Nous en sommes même fiers." Et ne parlons pas de l'arrivée du personnage de Angel, joué par Ben Foster (que j'avais découvert dans le Laramie Project, le film lié à l'histoire de Matthew Shephard).
Oui, décidément, une bien belle parabole. Elle n'aurait pas été meilleure si on l'avait écrite nous même...

l'acteur Ben Foster

vendredi 19 mai 2006
283. mon beau légionnaire
On n'est pas là pour dire du mal, ni pour se réjouir de la débâcle des autres, même de nos ennemis... N'empêche...
Quand j'ai appris aujourd'hui même par la très sérieuse agence de presse catholique Zenit, que le Saint-Père avait demandé à l'ancien supérieur général et fondateur des Légionnaires du Christ (une congrégation récente et réactionnaire à feu et à sang), le père Marcial Maciel Degollado de se retirer dans une vie réservée à la pénitence et à la prière à l'écart de tout ministère public parce qu'on ne pouvait plus écarter les accusations de pédophilie qui fleurissent depuis des décennies (depuis les années '50 paraît-il)... Et bien je me suis dit que je n'étais pas étonné que ce zèle majeur ne serve en fait qu'à couvrir un tombereau d'hypocrisie et une fameuse destruction de personnes. On peut lire le texte officiel en cliquant ici.
Même le très peu comique et américain National Catholique Reporter avait publié en novembre 2004 des éléments plus qu'accablants contre le père Maciel. Et vous savez le plus comique? c'est qu'on dit que c'est la Légion elle-même qui contrôle l'agence Zénit!
Je ne vais pas m'acharner sur le père Maciel (85 ans) qui non seulement a subi pas mal de pressions du Vatican pour se retirer de la tâche de fondateur-à-vie mais même de celle de conseiller de son successeur. Mais je trouve qu'il pourrait avoir une attitude peut-être moins héroïque mais plus évangélique.
Même si, en 2001, le cardinal Ratzinger a enquêté sur lui et trouvé qu'il y avait matière à faire un procès canonique, le bon pape Benoît 16 a par contre finalement décidé qu'à 85 ans et avec sa pauvre santé fragile, le père Maciel serait assez puni s'il était privé de l'oeuvre de sa vie et devait se retirer dans la prière et la pénitence. Ce n'est certes pas une condamnation au sens strict du terme (comme le souligne sa Légion), mais il faut être aveugle pour ne pas la voir.
Et quand le Saint-Père dit: Indépendamment de la personne du Fondateur, l’on reconnaît avec gratitude l’apostolat de grand mérite des Légionnaires du Christ, il faut bien sûr comprendre ceci: votre fondateur est pour nous clairement un criminel mais on ne va pas vous punir tous à cause de lui. N'importe quel vaticaniste va lire entre les lignes et clairemement comprendre que le Vatican ne sortirait pas ce dossier contre un des chouchoux de Jean-Paul 2 s'il n'y avait pas un paquet de cadavres dans les placards.
Et vous croyez que le père Maciel va demander pardon? Non, bien sûr, il se dit juste prêt à accepter cette croix que le Seigneur lui envoie et dont il va certainement sortir quelque chose de super bon pour lui et sa Légion. Encore, Seigneur, encore.
Pas un mot pour les victimes. Pas une parole de remord pour les jeunes séminaristes de sa congrégation dont il a abusé.
Je ne m'acharne pas, mais je dis que c'est écœurant et indigne.
Car après tout, selon le droit canon, ses crimes méritent l'excommunication, ni plus ni moins, comme l'explique l'article du Figaro mentionné plus haut: un prêtre qui utilise ses "pouvoirs" de confesseur pour faire taire ses victimes ou pour calmer leur conscience est un prêtre indigne et mérite l'excommunication, dit le droit canon.
Et si sa congrégation ne présente pas d'excuses (mais au contraire l'encense et lui renouvelle toute son admiration pour sa conscience tranquille), je dis que c'est une nouvelle gifle à la figure des victimes. Donc, d'un côté on dit qu'on sert le pape avec fidélité et dévotion, et de l'autre on dit au même pape qu'il se trompe et qu'il fait fausse route.
Si c'est ça leur fidélité au pape, et bien c'est simple: j'ai la même.
jeudi 18 mai 2006
282. nos jeunes aussi
L'indignation que j'éprouve parfois devant l'homophobie, y compris dans les milieux catholiques, ne concerne pas d'abord la façon dont elle m'affecte moi personnellement ou d'autres adultes. Mais la tragédie de l'homophobie, c'est ce qu'elle produit chez des jeunes. Et notamment chez les garçons et les filles qui se font insulter, frapper, torturer, violer, à cause de leur différence. Aucun jeune, enfant ou adolescent, ne devrait avoir à entendre, par exemple, le discours officiel de l'Eglise Catholique sur eux.
Les jeunes homo sont nos jeunes. Et ils ne méritent pas d'être traités de la manière dont ils le sont.
Au lendemain de l'IDAHO (International Day Against Homophobia), voici un hommage à ces jeunes... Cliquez sur le bouton "play" en bas à gauche de l'image pour démarrer cette petite vidéo.
mercredi 17 mai 2006
281. célébration de l'IDAHO 2006
C'est le 17 mai 1990 que l'Organisation Mondiale de la Santé sortait l'homosexualité de la liste des maladies et pathologies mentales. Date choisie pour la Journée Internationale contre l'Homophobie (International Day Against Homophobia, IDAHO).
Vous pourrez trouver beaucoup de choses sur le sujet, et en particulier sur l'urgence de combattre l'homophobie.
Et, en tant qu'humble contribution contre
l'homophobie catholique actuelle, je voudrais juste rappeler que ça
fait tout de même plus de 15 ans qu'un certain nombre de notions
scientifiques sont maintenant établies à l'échelle mondiale (et pas
seulement dans quelques universités américaines ou européennes).
Laissez-moi vous les rappeler, surtout à l'usage de la hiérarchie
catholique et des nombreux homophobes dans le bon peuple des fidèles (y
compris, hélas, chez certains cathogay).
L'homosexualité n'est pas une maladie.
Ce n'est pas un handicap mental ou physique.
Ce n'est pas un trouble de la personnalité.
Ce n'est pas un état inachevé de la sexualité humaine.
Ce n'est pas un traumatisme de l'enfance ou de l'adolescence.
Elle ne s'attrape pas.
Elle ne se transmet pas.
Elle ne se guérit ni ne se soigne.
L'homosexualité, en dehors de l'orientation,
ne change rien à la psychologie ou au physique d'une personne.
Elle ne rend pas incomplet ou immature.
Elle ne rend pas les gens prédisposés
à telle ou telle préférence sexuelle.
Elle ne rend pas pédophile ou pédéraste.
Elle n'empêche pas de tomber amoureux,
de construire un couple, de fonder une famille,
de désirer devenir parent.
Elle ne change rien aux choix professionnels
ou citoyens des personnes.
Plus encore:
elle n'empêche pas de croire au Christ, d'être Catholique,
de prier, de vivre des sacrements de l'Eglise,
de participer à la vie de sa communauté chrétienne,
d'entendre la vocation que le Seigneur lance à chaque chrétien
(parfois à devenir prêtre ou à donner sa vie dans le martyre).
Elle ne rend pas immoral ni pécheur.
Voilà, c'est dit. Quant à ceux qui pensent autre chose, qu'ils sachent une bonne fois pour toutes qu'ils défendent une thèse qui est, au mieux, scientifiquement très minoritaire, et au pire, un pur préjugé anachronique.
mardi 16 mai 2006
280. ceux qui font tache
Je viens de lire une citation qui m'a fait réfléchir: "La logique derrière tous les mouvements qui prônent la pureté est toujours d'exclure." Une observation qui date de 1922 et qui, dans l'article que j'étais en train de lire, s'applique à la situation difficile de l'anglicanisme actuel, surtout face à la question de l'homosexualité.
Maintenant que j'y réfléchis, je devrais dans l'avenir être beaucoup plus attentif quand j'entend quelqu'un proposer de revenir aux "vraies" valeurs, ou à un quelconque "essentiel", surtout quand il s'agit de foi chrétienne. Dans le même ordre d'idée, j'ai maintenant un mot pour désigner le mouvement actuel dans l'Eglise Catholique, qui lutte contre toute forme de relativisme, ou de dilution du message,... Purification. Et ce n'est pas un mot qui rassure.
Effectivement, les fondamentalistes, surtout quand ils se déguisent en conservateurs (parce que je n'ai pas une hostilité de principe contre les conservateurs) ou, pire, en intégristes, ont toujours comme motif caché de faire le ménage et de pratiquer quelques bonnes exclusions purificatrices et salvatrices. Le salut de l'ensemble par l'amputation des membres malades. Redevenir un groupe de purs et d'immaculés en éliminant tous ceux qui sont impurs ou qui font tache.
Je me demande aussi si cette attitude serait celle du Christ, lui qui a fustigé les hypocrisies pharisiennes (litt. les Purs). Quant on voit comment il traite la Samaritaine, Zachée, Matthieu,... Quand on lit la parabole du Bon Samaritain, celle du Fils Prodigue... Et je sais bien qu'on pourrait argumenter à partir de la scène où il chasse les vendeurs du Temple. Mais justement, eux ne faisaient rien d'illégal selon la loi de leur temps. Par contre, pour ce qui est de l'esprit de la loi, ils étaient insupportables aux yeux de Jésus. L'Eglise est-elle revenue aux mains des Pharisiens? N'est-ce pas au contraire l'inclusion qui devrait caractériser le fidèle du Christ?
Au fond, l'attitude de base de tous les cathogay est de se dire: "le Jésus que je connais dans la prière et dans ma pratique des sacrements m'aime et m'apprécie, et il ne me traite pas comme l'Eglise le fait actuellement; donc, je choisis de vivre dans l'espérance que l'Eglise s'aligne un jour sur son Seigneur". Du moins, c'est l'attitude de base de ceux qui sont restés...
Autre exemple, je viens d'apprendre une histoire ancienne mais qui fait du bruit depuis qu'on la connaît: que le cardinal-primat (catholique) d'Angleterre a sacqué l'un de ses portes-parole quand le "partenaire" de cet employé est venu lui rendre visite au bureau et qu'il est devenu alors public que l'employé en question était un homo pratiquant. Une attitude logique, si l'on veut. Et c'est comme ça que beaucoup l'expliquent. Je sais que ça s'est déjà fait dans le passé quand l'employé ou l'employée était un divorcé remarié, ou qu'elle avait eu recours à des méthodes "immorales" pour avoir un enfant. On justifie le fait par la divergence entre la vie de l'employé et les valeurs de l'Eglise.
N'empêche: je sais qu'on a gardé des fascistes ou des sexistes dans les employés catholiques. Ou que certains pédophiles sont passés entre les mailles du filet. Sans parler du fait que, pas plus tard que la semaine dernière, le même cardinal-primat écrivait dans le Times: De manière constante, l'Eglise Catholique s'est opposée à toute discrimination envers les personnes homosexuelles et continuera à le faire. Mouais: pas de discrimination, sauf quand ils aiment et agissent en fonction de ce qu'il sont...
Et donc, est-ce que je vais dire qu'il s'agit d'une attitude hypocrite ou d'un double langage, comme le fait la presse gay britannique? Je ne sais pas... Mais je vais donner un conseil à tous les cathogay qui bossent dans le milieu catho: placard, placard, placard. On vit un temps de purification et les homo sont sur les listes de ceux qui font tache. Si vous voulez servir l'Eglise par votre travail et votre temps, sachez qu'il y a en vous quelque chose qui lui déplaît: vous n'aimez pas comme il faut.
dimanche 14 mai 2006
279. comment prier
Suite à la note d'hier sur le 20ème anniversaire de la pastorale des lesbi-gay dans l'archidiocèse de Los Angeles, j'ai retrouvé deux prières qu'ils avaient écrites dès le début, je crois en 1986. L'une est proposée aux jeunes homosexuels (qui clairement vivent encore avec leurs parents), et l'autre aux parents eux-mêmes. La première se base sur le psaume 23 "Tu es mon berger" et sur le thème du "Bon Berger" que Jésus a développé pour parler de lui-même (Jean 10). Et je trouve ça particulièrement approprié que le rôle assumé en premier lieu par l'Eglise et ses responsables soit d'aider les fidèles homosexuels à aimer le Christ, à lui rendre grâce et à se rapprocher de son Eglise.
Prière proposée aux jeunes gay et lesbiennes
par la pastorale lesbi-gay
dans l'archidiocèse de Los Angeles
(orig. anglais de 1986, traduction de votre serviteur)
Seigneur, tu es mon berger,
celui qui connait le son de ma voix,
qui me reconnaît,
qui m'appelle par mon nom.
Tu me ramasses quand je suis à terre,
tu me tiens tout contre toi,
tu me nourris de ta propre main.
Tu me rends fort quand je suis faible,
tu me guéris quand je suis malade,
tu soignes toutes mes blessures.
Oui, Seigneur, tu es mon berger,
tu réchauffes mon âme,
tu m'invites à ta table,
je suis le bienvenu pour demeurer dans ta maison.
Je suis ton enfant homosexuel,
baptisé au sein de ton troupeau,
toi mon Seigneur.
Ma famille et moi te supplions
de nous donner des bergers terrestres,
dans notre Eglise et dans nos communautés,
qui, comme toi, nous nourrissent,
prennent soin de nous
et nous invitent à ta table.
Amen.
Prière proposée aux parents d'homosexuels
Merci, Seigneur, les uns pour les autres.
Soutiens-nous, donne nous de comprendre
et aussi de goûter où nous mène ce chemin où nous marchons.
Donne-nous la sérénité de comprendre
ces êtres précieux que tu nous as donnés
et l'appel que tu leur lances.
Transforme l'obscurité autour de nous en lumière.
Seigneur, ouvre les coeurs et les yeux
des parents qui ont abandonné leurs enfants
et ramène à la maison ces enfants d'exception
qui ont quitté ton Eglise.
Aide les responsables de ton Eglise
à excercer la compassion dans leur ministère.
Dieu Tout-Aimant,
nous plaçons dans tes mains
toutes nos préoccupations et nos doutes,
nos préjugés et nos points de vues,
nos projets et notre confusion.
Mène-nous par tes sentiers.
Car c'est partageant ta volonté
que nous trouverons la paix.
Amen.
samedi 13 mai 2006
278. le prix Lumen Christi 2006
Une nouvelle qui est vraiment bonne. Et je ne suis pas peu fier que ça se passe dans une paroisse où j'ai un peu vécu. La traduction de l'article est de moi, avec l'amateurisme qu'on devine. Imaginez-vous, ne fut-ce qu'une petite seconde, en train de participer à l'eucharistie des 20 ans de la pastorale des cathogay dans votre diocèse... Imaginez d'assister à la remise de prix annuels qui récompensent les cathogay qui ont le plus contribué à soutenir la foi des leurs et la vie de l'Eglise... ça fait rêver, non?
La pastorale lesbi-gay
célèbre son 20ème anniversaire
dans l'archdiocèse de Los Angeles
orig. en anglais de R. W. Dellinger
(la traduction est de votre indigne serviteur)
En février 1986, après 40 heures de prière à l'église du Saint-Sacrement à Hollywood (Blessed Sacrament Church, sur Sunset Boulevard), le cardinal-archevêque de Los Angeles, Roger Mahony (sur la photo) annonçait la création d'une pastorale pour et avec les Catholiques lesbiennes et gay, basée sur la structure paroissiale et baptisée Communidad, en anglais Ministry with Lesbian and Gay Catholics (MLGC).
Le cardinal expliquait que le but de cette nouvelle pastorale était de "promouvoir un esprit de communauté et de fraternité entre gay Catholiques, de sorte qu'ils puissent offrir et recevoir un soutien mutuel pour faire grandir leur vie de foi dans l'Église".

Samedi dernier, en soirée, quelques 500 de ces Catholiques gay et lesbiennes, avec leurs parents, leurs familles et leurs amis, on célébré le 20ème anniversaire du MLGC dans le lieu où est né ce projet, Blessed Sacrament à Hollywood.
"L'archidiocèse de Los Angeles est béni de tant de manières merveilleuses par le travail et l'énergie de ceux qui sont associés à cette pastorale tellement importante," a dit le père Brian Doran (de la paroisse des Saints-Anges des Sourds, Holy Angels of the Deaf), qui présidait l'eucharistie de 90 minutes durant laquelle il a lu ce message du cardinal Mahony.
"Votre engagement à vivre pleinement votre vocation de baptisés à être des disciples du Christ est une inspiration pour nous tous. Et au nom de nous tous, dont les vies ont été touchées par votre pastorale, j'offre ma plus profonde gratitude."
Le père Carlos Alarcon, Oblat de Marie Immaculée et curé de l'église de Santa Rosa dans San Fernando Street, le père jésuite Mike Mandala, curé de Blessed Sacrament, étaient les concélébrants principaux parmi un groupe d'une douzaine de prêtres. La procession d'entrée avait commencé par l'arrivée de danseurs suivis par le choeur et des fidèles avec des bannières et qui chantaient le très énergisant Somos El Cuerpo de Cristo ("Nous sommes le Corps du Christ"). Puis les participants de cette procession d'entrée ont placé les différentes bannières arc-en-ciel derrière l'autel principal.

Durant son homélie, le père Alarcon a expliqué que les cathogays de l'archidiocèse sont devenus plus forts dans leur foi durant les deux dernières décennies, et cela grâce à leur fierté d'appartenir à l'Eglise. Il a parlé des défis que les parents rencontrent à découvrir et à accepter un enfant homosexuel.
"L'histoire de cette pastorale est une histoire de courage," a-t-il dit. "Durant ces 20 ans, des gens ont donné leurs vies pour apporter foi et espoir à des hommes et des femmes qui étaient en danger de perdre leur foi ou de faire l'expérience du désespoir.
"Nous tous, homo ou hétéro, parents ou enfants, proches et amis, nous qui avons cette chance d'être appelés à servir (chacun à sa manière) dans la pastorale des Catholiques gay et lesbiennes, nous avons conscience d'être l'Eglise, et de l'être d'une manière importante, d'avoir une place dans l'Eglise au nom de notre baptême.
"Nous tous, nous avons ressenti l'appel à rester dans l'Eglise," a-t-il souligné, "y rester avec dignité, en y prenant des responsabilités, en nous y engageant, dans la foi et, plus que tout, dans l'amour."
Après l'Eucharistie, le père Mandala (sur la photo) a expliqué qu'il était fier de la pastorale lesbi-gay à Blessed Sacrament, une des huit paroisses de l'archidiocèse qui ont un programme visant à rejoindre la vie des cathogay. Le curé a fait remarquer qu'il était facile de dire de belles paroles, mais quand l'Esprit vraiment à l'oeuvre et travaille les coeurs, on voit ses fruits dans l'action.

"Les personnes qui travaillent dans le MLGC ici à Hollywood s'investissent dans toutes les pastorales de la communauté de Blessed Sacrament," explique-til. "Ils s'investissent non seulement dans leurs activités propres, mais aussi dans la fête paroissiale (litt. in the carnival). Ils s'engagent comme lecteurs, comme ministres de l'Eucharistie, ou encore comme suisses (litt. ushers).
"Ils sont engagés dans toutes les facettes de la vie paroissiale. Voilà qui en dit long sur la présence de l'esprit dans ce groupe et dans l'ensemble de la paroisse."
Les prix Lumen Christi (Lumière du Christ) 2006 ont été offerts à huit personnes pour leur remarquable service au sein du MLGC (sur la photo).

Tenant les trophées 2006 du prix Lumen Christi, reçus à la fin de la célébration du 6 mai dernier, (à partir de la gauche) Carolyn et Robert Aldapa, Armida et Louis Cisneros, Brad Fuller, David Kennedy, Lucille Sevigny et Fran Ruth.
Fran Ruth, qui coordonne le Ministry with Lesbian and Gay Catholics, déclare que la présence de cette pastorale a grandi fortement ces 20 dernières années mais qu'il s'agit encore d'un des services les plus méconnus de l'archidiocèse (litt. one of the "best kept secrets" in the archdiocese). Et beaucoup de gens sont surpris de voir notre stand lors des rencontres annuelles de l'éducation catholigue (Religious Education Congress).
"Ce qui changerait les choses encore plus, c'est que plus de gens se lèvent et n'ait pas peur de dire: 'Salut, je suis gay. Je suis catholique." (Hey, I'm gay. I'm Catholic.) Ou, plus exactement, qu'ils disent: 'Salut, je suis catholique. Et puis je suis aussi gay' (Hey, I'm Catholic. And I also happen to be gay.)
"Je pense qui si de plus en plus de personnes avaient le courage de faire cela, le mouvement pourrait encore grandir. Et, esprérons-le, un jour nous n'aurons plus besoin d'une pastorale spéciale pour les cathogay. Un jour, c'est notre espoir, nous serons juste une communauté comme les autres dans l'ensemble de la vie des paroisses et de l'archidiocèse."

vendredi 12 mai 2006
277. au travail et pas seulement au lit
On réduit souvent l'homosexualité à ce que les homo font (ou non) dans leur lit quand ils baisent. Il suffit de voir tout le (pseudo) débat sur la question de la nature et de la contre-nature. Mais, pour ma part, je rejoins la position des scientifiques qui soulignent qu'être homosexuel, ce n'est pas d'abord une affaire de sexe, mais bien de sexualité, et donc surtout d'affectivité, de sensibilité, de personnalité, et (au fond du fond) d'amour. Je suis donc particulièrement content de découvrir qu'il y a une facette que je connaissais peu: celle des homo sur leur lieu de travail (tant il est vrai que, pour la plupart des gay que je connais, le boulot est l'un des endroits où l'homophobie fait le plus mal).
J'ai été sensibilisé à cette question un peu par hasard, en découvrant le site du Flag! Et, non, ce ne sont pas des photos de flagrants délits. Il s'agit de l'association des policiers gay et lesbiens.

Arrêtez de phantasmer sur tout ce qui pourrait se passer au sein de cette association! Je vous vois d'ici! C'est indécent! N'empêche... l'affiche de leur soirée uniformes offre beaucoup à l'imagination.
Le plus important, bien sûr, c'est que ces hommes et ces femmes de l'ordre s'assurent non seulement des conditions de travail qui leur permettent d'exercer leur métier, mais aussi une certaine forme de présence de la sensibilité homo au sein de la police.
L'association Flag! rejoint ainsi toute une série d'autres (que j'ai découvertes par la même occasion) au sein d'un collectif intitulé Homoboulot. Avec des associations dont les noms sont aussi tout un programme: 3HVP (pour le personnel de la Ville de Paris), EnerGay (dans les industries électriques et gazières), Homobus (pour le personnel de la RATP), Comin-G (pour le ministère de l'industrie, des finances et de l'industrie), Gare! (pour la SNCF), Rainbhôpital (pour les hôpitaux publics de Paris), Embrayage (pour le groupe PSA Peugeot Citroën), le SNEG (le syndicat national des entreprises gay), Personn'Ailes (pour Air France), l'association des médecins gay ou encore les juristes gay.
J'entend d'ici certains sceptiques: quoi? encore des ghetto gay? On ferait mieux de militer dans les associations professionnelles existantes au lieu d'en créer d'autres! C'est ce qu'on avait déjà répondu aux femmes, aux Africains, aux Arabes, et... aux Catholiques qui désiraient créer des associations spécifiques.
Selon moi, puisque tout le monde a le droit de créer une association sur son lieu de travail ou ailleurs, pourquoi pas les homo? S'ils éprouvent le besoin de se rencontrer, de s'entraider, et même, dans certains cas, de revendiquer des droits qui leur sont propres, pourquoi pas? Sans parler de la visibilité que cela assure vis-à-vis des collègues et du grand public: oui, il y a des homo partout, et certains vous rendent des services remarquables dans leur vie professionnelle. Et dans le cas des policiers (ou des militaires), il faut tout de même rappeler régulièrement qu'il y a aussi des homo qui risquent leur vie (et même qui se font tuer) pour la protection de la population.
J'ajoute un élément (et je m'en fous si on dit encore que je reste toujours dans le même sujet) : à quand une "vraie" association des prêtres, religieux gay et lesbiens? Pour l'instant, il n'existe que des forum (comme le précurseur +Venerabilis+) ou des tentatives de sous-sections dans des associations existantes comme DJ, DUEC ou la CCL. Mais il est vrai que, pour cette catégorie professionnelle spécifique, il y a un niveau tel de paranoïa qu'on se demande comment même ils arrivent à tout simplement vivre ou respirer.
D'ailleurs, une telle association de prêtre et religieux cathogay recevrait un niet immédiat des évêques locaux, sans parler de la foudre qui tomberait de Rome. Quoique, me répondront certains d'entre vous, pas besoin que les évêques l'interdise : les prêtres sont peut-être ceux qui, dans le monde catholique, ont le plus de mal à se rencontrer et à travailler ensemble. Alors, les chances pour qu'une association de prêtres et religieux homo existe vraiment...
C'est tout de même dommage que, dans ce domaine-là encore, la société civile soit en avance sur l'Eglise...