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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

lundi 31 juillet 2006

309. les pro de la religion

Je suis tombé sur un article du Times (de Londres) qui fait le tour des quelques 50 pièces de théâtre ou spectacles actuellement à l'affiche en Grande-Bretagne sur le thème de la religion. En ce sens, le journaliste a raison: c'est un phénomène très intéressant à observer. Surtout qu'il s'agit d'un pays où la confrontation entre Christianisme (anglican, protestant et catholique), Islam (arabe, pakistanais ou autre), Hindouïsme, Bouddhisme et d'autres courants religieux est probablement une des plus intenses en Europe.

Et j'aime bien la disctinction qu'il fait entre, d'une part, la foi religieuse et Dieu et, d'autre part, les religions et les gens qui se posent en autorité parlant au nom de Dieu. Je me rends compte que, en tant que Catholiques, nous trouvons normal que quelqu'un dise qu'il a cette autorité pour parler au nom de tous les "fidèles", par exemple des évêques. Mais c'est bon de se rendre compte que c'est le cas dans d'autres religions aussi. Et il ne suffit pas de dire notre religion est la seule vraie pour justifier qu'on prétende parler au nom de Dieu. Il ne suffit pas d'avoir tout un arsenal sur l'infaillibilité du Magistère pour assurer que ce soit vrai. Après tout, les autres religions disposent du même arsenal vis-à-vis de leurs fidèles.

L'article fait la liste de toute une série de shows que j'aimerais voir. Notamment une comédien qui présente un spectacle intitulé You Don't Go To Hell For Eating Elephants, qui s'interroge sur la localisation exacte de l'enfer (bien entendu selon les différentes religions). L'acteur principal, sur le ton de la comédie, semble conclure en disant: C'est très simple, si tu entends une voix quelconque après ta mort, avant même de savoir qui c'est tu sais que tu es cuit. Est-ce que toutes les religions sont aujourd'hui basées sur la peur de la damnation? Je sens bien que le fait de croire qu'il faut "gagner" son Ciel (et que c'est loin d'être fait) anime encore bien des chrétiens, y compris des prêtres. Et ne parlons pas des cathogay!

L'autre remarque qui m'a fait réfléchir concerne le respect des religions: depuis qu'il y a une loi civile de protection de la foi religieuse (en Grand-Bretagne), il se pourrait bien que les religieux eux-mêmes soient en infraction à cause de ce qu'ils disent publiquement de la religion des autres... On sait d'ailleurs que, même dans certains secteurs de l'épiscopat catholique, on n'aime pas du tout l'idée de la liberté religieuse, parce que ça voudrait dire qu'on ne peut plus affirmer (n'importe comment) qu'on est meilleur que les autres et que les autres religions sont fausses voire mauvaises. Le cardinal Barbarin avait fait une remarque similaire à propos d'une loi qui condamnerait l'homophobie (une loi qu'il trouvait anti-religieuse).

Mais à l'inverse, on a parfois l'impression que les responsables religieux ne s'unissent que quand ils trouvent un bel ennemi commun... en l'occurence le pédé. Le dernier sujet qui unit les religions...

Un article du Jerusalem Post fait ainsi remarquer que la toute petite communauté gay de la ville (et son projet d'accueil de la World Pride) est arrivée à unir (contre elle) les responsables des principales religions comme personne auparavant. Quelque part, ça donne froid dans le dos... Après tout, les Juifs à une certaine époque étaient des gens très "utiles" pour unir des groupes (des peuples) très divisés. On sait ce que cela a produit.

L'article souligne qu'à l'inverse, quand il s'agit de sujets majeurs (comme la guerre, la mort, les bombardements, la paix), les représentants religieux n'arrivent pas à beaucoup de résultats concrets et montrent largement leurs divisions voire leurs oppositions. Et notamment, le journaliste reproche au Pape de ne pas avoir condamné officiellement les attaques du Hezbollah, du moins pas aussi fort que la réaction du gouvernement israélien au Liban.

Plusieurs, aux États-Unis par exemple, soulignent que les questions homo sont pour certains leaders religieux une manière de revenir au devant de la scène sans avoir à avouer leur inutilité dans plein d'autres domaines de la vie sociale (l'éducation, la santé, la paix, pour ne citer que quelques exemples). Est-ce qu'on verrait encore les évêques à la télé (aux USA, en France, au Canada, en Italie, etc) s'il n'y avait le combat contre le PACS ou le mariage gay dans les pays où la question a été récemment discutée? se demandent ces journalistes... Bonne question.

Un exemple: l'épiscopat catholique de l'État de Washington aux États-Unis vient de perdre une bataille légale devant la Cour Suprême locale sur l'interdiction complète du mariage homo. Or, c'est la première fois que l'épiscopat fait une telle démarche. Les évêques savaient pourtant qu'elle était perdue d'avance mais tenaient à marquer leur visibilité dans le débat, souligne le porte parole de l'archevêque de Seattle. Ma question est la suivante: dans la Sainte Église de Dieu, il n'y avait rien de plus urgent pour ces évêques que de se lancer publiquement dans cette bataille contre les homo qui s'aiment et qui veulent protéger leurs couples? Ou bien est-ce la seule question qui les ferait revenir à l'avant de l'actualité médiatique locale?

La réaction d'un journaliste local, Jerry Large, est pour moi la vraie réaction évangélique: Je suis un hétéro marié depuis 23 ans, dit-il, et de voir les homo qui sont empêchés de se marier, c'est comme participer à un grand banquet en voyant des gens dehors morts de faim et qui regardent par la fenêtre avec envie. En fait, ça coupe l'appétit.

J'aime beaucoup cette comparaison. Elle est non seulement très humaine mais aussi très évangélique, puisque elle reprend presque mot à mot des choses que Jésus aurait pu dire.

Oui, dit encore Jerry Large, pas de problème pour Michael Jackson ou Britney Spears de se marier comme ils veulent et autant qu'ils veulent. Dans le cas de la pratique désinvolte de l'adultère et du manque de respect des hétéro pour le mariage, où sont les protestations des évêques? Où sont leurs démarches publiques pour que la moitié des mariages ne se terminent pas en divorce?

Dernier petit clip, le maire de Madrid a célébré un mariage homo dans sa ville, alors qu'il appartient au Parti Populaire (qui s'y oppose farouchement) et que l'épiscopat le lui reproche. Les deux jeunes mariés sont d'ailleurs aussi des membres militants du PP. Mais, dit l'un d'entre eux: le maire est un ami et il voulait notre bonheur. Je suppose qu'à un certain moment, son coeur d'être humain a pris le pas sur ses principes politiques.

Si les pro de la politiques arrivent ainsi à évoluer sur la question des minorités sexuelles, pourvu que les pro de la religion (en particulier dans la foi chrétienne) ne soient pas les derniers à le faire.

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jeudi 27 juillet 2006

308. saleté d'espion, casse-toi

Il y a des flashes de la pensée qui m'arrivent pendant que je rigole d'un truc. Comme si, à un moment, je me rendais compte que ce que j'avais cru drôle pourrait devenir mauvais dans la vie de ceux qui le prennent trop au sérieux. Et c'était le cas hier quand je suis tombé sur le site d'un dessinateur plein de bonnes intentions. Il a intitulé ses pages "Jesus, With You Always". En gros, Jésus est proche de tout le monde, tout le temps, à nous aider et à nous encourager. Le dessinateur prend très au sérieux l'une des dernières paroles de Jésus "Je suis toujours avec vous" (par exemple en Matthieu 28).

En soi, je suis d'accord, c'est gentil et très chrétien, et notamment le fait de croire que Jésus est présent à toutes nos tâches quotidiennes, même les plus mineures. Il y a plein de spiritualités comme ça, par exemple de saint Mutien-Marie de Malonne.

Je trouve tout de même que l'imagination du sympathique dessinateur va parfois un peu dans tous les sens. Voici quelques exemples. D'abord, le très prévisible "Jésus avec le prédicateur":

Ceux d'entre vous qui sont prêtres ou animateurs paroissiaux apprécieront l'idée d'un Jésus qui se tient juste à côté du prédicateur et souffle (comme au théâtre). Brrr, ça fout les jetons.

Mais voici une série plus amusante. Comme "Jésus avec le poseur de tapis"

 

ou "Jésus avec la guichetière de banque"

 

 

ou encore "Jésus avec la dentiste". Ceci dit, il doit être avec le mien parce que j'ai le meilleur dentiste du monde.

 

 

ou bien encore "Jésus avec les culturistes"

 

Je vous fait grâce de Jésus en train de faire des sports plus animés, comme du foot, du rugby ou du surf. Ou encore Jésus sur un skate-board ou en patins à roulettes. Avec sa toge, ça fait tout de même un peu "vieille folle" au milieu des sportifs...

Et bien sûr, il y des dessins qu'on pourrait prendre avec un air plus réservé. Comme par exemple, "Jésus avec le soldat" ou "Jésus avec le Président". Ou tout simplement, comme "Jésus avec l'étudiante":

 

ou bien "Jésus avec le cadre d'entreprise"

 

 

et enfin, "Jésus avec le soudeur".

Globalement, même si je respecte les bonnes intentions, c'est bien un type de spiritualité auquel je suis absolument étranger. Au contraire, je préfère vivre comme si mes actions étaient les miennes. Inspirées certes par l'Esprit (quand je suis à son écoute). Inspiré, mais je ne suis pas "sous influence". L'idée d'un Jésus qui me tiendrait le coude en permanence (comme ici avec le soudeur) ou qui regarderait au-dessus de mon épaule a quelque chose d'assez énervant pour moi. C'est d'ailleurs le sens de ce "retournement d'image", que j'ai trouvé sur un autre site, bien sûr.

C'est une reprise de celle de la caissière de banque. Et je comprends qu'elle demande à Jésus d'arrêter de l'ennuyer et de l'empêcher de compter. Et bien sûr, elle lui dit de lui lâcher les basse-quètes et de se casser.

 

 

Vous vous souvenez du Livre de la Genèse, après qu'Adam et Ève aient mangé de ce stupide fruit, quand Dieu se promène dans le jardin? Et à un moment, Dieu dit "Adam, où es-tu?" En d'autres termes, Dieu ne sait pas où ils sont et il ne les pas mis sous surveillance permanente. Dieu n'est pas là à espionner l'homme et la femme, à tout savoir, y compris où ils se cachent et ce qu'ils font. Au contraire, il leur fout une paix royale. Ce n'est pas dans son style de toujours suivre l'homme ou la femme partout, à regarder par-dessus leur épaule ou à leur tenir le coude.

C'est un amour pervers que celui qui veut toujours tout savoir sur celui qu'il aime. L'amour espion, l'oeil qui me regarde en pemanence, sous prétexte qu'il m'aime. L'amour gendarme qui veut tout connaître de moi, qui me suit partout, sous prétexte que tout ce que je fais l'intéresse. Un amour comme ça, quelle plaie!

Bien sûr, j'ai moi aussi été comme ça un certain temps (jusqu'il y a 10 ans, je dirais). Et j'ai aussi vécu dans cette hantise que "Dieu m'a vu". Certains d'entre vous me l'ont dit ou écrit: ils vivent dans cette certitude que Dieu les voit partout où ils se sentent coupables. Dieu les voit quand ils baisent, quand ils se branlent, dans leurs lits, dans les buissons (n'est-ce pas, George Michael?), dans les cabines de sauna, dans la vapeur, dans les dark-rooms, et surtout devant l'ordi où ils s'exposent (dans l'oeil de la caméra, en fait).

Dieu devient la source même de ma culpabilité et de ma honte. Au début, c'est "Jésus est avec toi tout le temps parce qu'il t'aime" (Jesus is always with you because He loves you). Et ça devient "Tu as raison d'avoir honte, d'ailleurs Jésus t'a vu et il pleure".

Or, dans le plus grand récit que la Bible nous ait laissé sur le péché et la faute, Dieu n'espionne pas Adam et Ève. Au contraire, parce qu'il les aime absolument et parfaitement, il choisit de vivre dans l'ignorance et la distance. C'est la distance qui est un signe d'amour absolu, la distance du respect de la vie privée, et non pas la proximité envahissante et pompante. D'ailleurs, est-ce qu'un dieu qui ne respecterait pas ma vie privée peut prétendre à être un dieu parfait et aimant? Clairement, non.

Autant je crois que Jésus est proche de moi quand je l'appelle et qu'il accourt à mes côtés quand je souffre, autant je ne croirais pas à son amour pour moi s'il me tenait sans cesse le coude et regardait en permanence par-dessus mon épaule. Jésus dans mes draps, non merci. Jésus avec son petit carnet Moleskine ou sa petite caméra pour tout filmer de ma vie géniale, non merci. Je suis athée de ce Dieu-là.

Et surtout, Jésus qui sait à l'avance tout ce que je vais lui raconter dans la prière parce qu'il m'a espionné en permanence: absolument non, merci.

Non, "mon" Jésus, il m'écoute quand je lui raconte ma vie (y compris mes débâcles), et pas avec le style un peu faux-cul de celui qui connaît tous les détails à l'avance mais qui me laisse parler parce que ça me fait du bien. Non, je n'ai pas à craindre de tomber sur Jésus dans tous les recoins sombres de mon existence. Je sais qu'il viendra si je l'invite, mais je ne suppose pas qu'il s'impose ou, pire, qu'il s'infiltre comme un espion (avec sa caméra et son micro).

Et quand il m'arrive de me sentir coupable, ce n'est pas parce qu'il sait ce que j'ai fait de mal. Avec cet affreux sentiment du petit garçon pris en flagrand délit. Non, "mon" Jésus ne me reproche jamais rien quand on se voit. C'est moi qui me fait des reproches et lui, au contraire, qui me sort de ma culpabilité.

Même quand j'ai fait quelque chose de bien, il ne se l'attribue pas, comme si c'est lui qui m'avait tenu le coude. Du genre: "qu'est-ce que tu attends pour reconnaître mes mérites et me dire merci, avec tout ce que j'ai fait pour toi, espèce d'ingrat". Non, c'est moi qui choisit de vivre dans la louange et de lui rendre grâces. Lui me répondant toujours: "Mais de rien. Tu n'as pas à me remercier. C'était avec plaisir."

Alors, "Jesus With You Always"? Pas le Jésus que je connais... Et je ne suis pas sûr non plus que j'aimerais ça... Non, réflexion faite, je crois que s'il faisait ça, je le jetterais vite fait bien fait de ma vie...

Je sais qu'il y a des psaumes et des textes dans l'Ancien Testament (dans le Livre de Job, par exemple) qui invitent à voir Dieu comme ça. "Quand je me lève ou me couche, tu le sais. Tu lis toutes mes pensées." Mais heureusement que Jésus est aussi venu nous libérer de cette dérive voire de cette oppression. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant que ce genre de spiritualité du Dieu-Espion soit très vivant dans les milieux (surtout protestants) qui lisent très littéralement la Bible et surtout l'Ancien Testament.

Au contraire, le Jésus que j'ai rencontré est la discrétion la plus totale. On a une relation "entre adultes", pas comme la mère qui surveille sans cesse son môme. D'ailleurs, le plus souvent, je pourrais vivre totalement comme s'il n'existait pas. Il m'aime tellement qu'il respecte totalement ma vie privée, sans m'envahir ou s'imposer.

Et c'est pour ça que, moi aussi, je partage sa vie.

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mercredi 26 juillet 2006

307. pour l'amour de Boris

Une des choses que Mgr Desmond Tutu, ancien archevêque anglican du Cap (en Afrique du Sud) dit souvent, c’est que "l’une des manières de détruire un peuple, c’est de lui dire qu’il n’a aucune Histoire, aucune racines". Il parlait bien sûr le plus souvent de l'Apartheid, la politique de ségrégation raciale qui a causé tant de mal dans son pays. Mais récemment, on l’a entendu redire cette phrase dans un autre contexte, celui de l’homophobie, quand par exemple il déclare qu’il s’agit là d'un "mal aussi grave et aussi totalement injuste que l’Apartheid". Et assez curieusement, l’Afrique du Sud pourrait bien devenir bientôt le pays le plus homophile du monde, non seulement parce des lois protègent les droits des minorités sexuelles, mais surtout parce que les mentalités (y compris chez les responsables religieux et politiques) sont les plus ouvertes à l’absence de toute discrimination.

Voilà pourquoi je voudrais revenir aujourd’hui sur la fête de deux saints probablement peu connus. Le 24 juillet, on célèbre les saints frères Boris et Gleb, princes de Kiev (on disait la Rouss ou la Rus)) au 10ème siècle (fils de saint Vladimir de Kiev – on les voit tous les trois sur l’icône ci-dessous - et petits-fils de sainte Olga), les premiers saints officiellement canonisés par l’Eglise Russe (bien qu’à l’époque ce pays n’existait pas).

Ils sont morts par fratricide (Gleb devait avoir 20 ans et Boris quelques années de moins) dans des circonstances assez tragiques, leur frère aîné voulant s’accaparer l’ensemble de l’héritage. C’étaient des périodes assez sanglantes, où la notion de "famille" était probablement différente (la famille étant probablement l'endroit où l'on risquait le plus sa vie... bien que ce ne soit pas toujours différent aujourd'hui...). Quoique leur titre de gloire, selon les hagiographes de l’époque, c’est justement d’avoir refusé de se battre contre leur frère et de verser son sang. Ce qui a fait d'eux des imitateurs du Christ, d'où leurs droits à la canonisation.


 


Mon intérêt n’est pourtant pas là : il est plutôt dans le personnage d’un des serviteurs de saint Boris, un certain Georges le Hongrois. Car il se fait que Boris avait trois serviteurs qui étaient frères, des Hongrois (on dirait aujourd’hui des travailleurs exotiques). Mais Georges était particulier, disent les hagiographes : Boris l’aimait au-delà même du jamais vu, au point qu’il lui fit faire un collier d’or. On ne fait pas mystère, dans les textes, que Boris avait plus que de l’affection pour Georges, c’était clairement une passion.

Une passion réciproque, d’ailleurs, comme on peut le lire dans le récit du meurtre de Boris. Quand les envoyés de son frère entrèrent dans sa tente et poignardèrent Boris à mort plusieurs fois, Georges se jeta devant les assaillants, réclamant de partir avec lui et de ne pas être laissé en arrière, puisqu’on son corps bien-aimé allait maintenant disparaître dans la mort. Une façon aussi de dire sa foi en la Résurrection et leur réunion future dans l’autre vie.

La mort de Georges est particulièrement cruelle : l’arrachant au corps de son bien-aimé, les meurtriers veulent lui voler son collier d’or. Mais celui-ci n’avait pas été façonné pour être retiré (c’était un objet à porter pour la vie, mieux qu'une alliance...). Et donc, de rage, ils coupèrent la tête de Georges et la jetèrent très loin, de sorte que (toujours d’après les hagiographes) il ne fut pas possible de lui donner une sépulture décente.

Curieusement (mais pas tellement selon moi), Georges le Hongrois ne fut pas canonisé avec les deux frères assassinés Boris et Gleb. Certains disent que c’est à cause de son origine étrangère (la Hongrie avait une frontière commune et agitée avec la Rus ; il n’est pas exclu que les trois frères soient en fait des butins de guerre). Mais on a rétorqué que l’un des frères de Georges, qui a survécu au massacre, finira moine et sera bien canonisé sous le titre de saint Moïse le Hongrois.

De nos jours, les observateurs pensent surtout que l’homophobie des siècles ultérieurs (après le 13ème?) n’a pas regardé avec faveur un récit où l’on faisait clairement référence à une telle passion entre deux hommes et aux déploiements de douleur chez Georges au moment de la mort de "son" Boris. Les auteurs de ces légendes non seulement ne se souciaient visiblement pas de cacher cet amour entre hommes mais y ont sans doute ajouté une touche d'héroïsme tragique pour faire plaisir à leurs lecteurs de l'époque... Clairement une autre époque...

Dans la plupart des icônes orthodoxes, Georges n'est qu'un petit personnage secondaire, qu'on reconnaît sur les petits dessins du bord soit à son gros collier en or soit à sa tête tranchée qui vole au loin. Un oubli (volontaire ?) que le frère Robert Lenz, grand iconographe américain contemporain, a réparé en nous présentant l’icône ci-dessous. Un produit qui est disponible au Trinity Store, une maison où j'avais aussi trouvé les icônes des saints Serge et Bacchus, ainsi que des saints Néarque et Polyeucte.



Mais pour ceux d’entre vous qui voudraient retrouver les racines chrétiennes de l’amour homosexuel, je vous conseille un livre assez étonnant intitulé Passionate Holiness (paru en janvier 2005), qui remet en lumière les vies de toute une série de saints et de saintes qui se sont aimés de façon absolue et qui ont été canonisés à des périodes plus homophiles que celle que nous traversons. Une façon pour nous, chrétiens homo, de retrouver nos racines spirituelles en nous souvenant de la sainteté officiellement reconnue de ces couples d'hommes (avant qu'on ne décide pour nous que le seul chemin de sainteté qui nous reste soit la continence totale dans l'isolement affectif). Encore un de ces livres que j'aimerais voir traduit et publié en français... Peut-être qu'aux Editions du Papa de Bambi...




Que la prière de saint Boris de Kiev et de Georges le Hongrois nous accompagne et que leur amour maintenant éternel soit pour nous une référence et une force.

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jeudi 20 juillet 2006

306. tutti frutti du jeudi

Les nouvelles désolantes qui nous viennent du Proche et du Moyen Orient se succèdent à un rythme tel qu’on a du mal à les saisir toutes: les tragédies irakiennes, la récente escalade à Gaza et au Liban, les victimes d’attentats en Israël, les citoyens européens évacués de ces régions, etc. Un de mes amis, qui voyage beaucoup entre les États-Unis et le Proche-Orient, me disait ce matin à quel point il est dégoûté de tous ces conflits parce qu’ils ont le don de se faire oublier l’un l’autre: on oublie l’Irak le temps de se concentrer sur Gaza, on oublie la Palestine le temps de braquer les caméras sur le Liban, etc.

Pire encore: c’est dans des moments pareils que les anti-sémites, xénophobes et racistes de tout poil s’en donnent à cœur joie. Avec une bonne dose d’anti-américanisme primaire et de poujadisme bien senti contre tous ces gouvernements de pourris. Dans des moments comme ceux-ci, on risque même de se fâcher avec tous ses amis : on se fâche avec ses amis juifs parce qu’on trouve que "là, franchement Israël exagère!" et on se fâche avec ses amis musulmans parce qu’on s’exclame "ces milices islamistes financées par l’Iran, quelle plaie!" J’ai beaucoup d’admiration pour les organisations, comme la Croix-Rouge par exemple, qui sont nées du dépassement de la notion de "bon contre mauvais" pour garder d’abord sous les yeux la douleur du souffrant, même s’il s’agit d’un combattant.

Et puisqu’on parle de l’Iran, plusieurs d’entre vous pédéblogueurs se sont souvenus hier (le 19 juillet), qu’il y a tout juste un an, on pendait deux jeunes sur la place publique pour crime d’homosexualité (déguisé en viol de mineur). Certains pourraient dire : qu’est-ce que l’homophobie face à toute la douleur du monde ? M’en fous : tuer un pédé quelque part, ça me touche, voilà tout. Et sans manquer de respect à toutes les autres victimes de la barbarie humaine à toutes les époques et sous toutes les lattitudes, il n’y a aucune indécence à rappeler haut et fort : Arrêter d’assassiner les pédé ! Et j’en profite pour remercier ceux qui sont allés manifester hier devant l’ambassade d’Iran à Paris. C’est vrai qu’il y a d’autres manifestations urgentes à faire ces derniers jours, mais raison de plus pour ne pas laisser l’urgence faire oublier le quotidien de la souffrance.

Toute autre chose: Quelqu’un m’a envoyé un lien vers une association qui s’appelle Innocence en Danger (sous titrée : Mouvement Mondial de Protection des Enfants). Et particulièrement, je vous invite à lire et surtout à diffuser les pages sur la pédo-criminalité. C’est remarquablement expliqué et tous ceux qui, comme notre bon cardinal Cottier dont je vous parlais l’autre jour, confondent encore homosexualité avec pédophilie ou éphébophilie n’ont plus aucune excuse. La distinction est on ne peut plus affirmée entre l’orientation sexuelle d’une part et les pathologies de la préférence sexuelle d’autre part. Prendre des mesures contre les homosexuels dans l’Eglise (notamment sur l’accès au sacerdoce) ou s’opposer à l’homoparentalité en affirmant, pour se justifier, que l’on veut protéger les enfants ou les adolescents est, de l’avis même des spécialistes de la pédo-criminalité, une erreur totale. Ceci étant dit, au vu de ce qu’explique le texte de l’association Innocence en Danger, j’aimerais que les responsables de l’Eglise se bougent un peu pour venir en aide à ceux qui se découvrent pédophiles ou éphébophiles (particulièrement dans le clergé), parfois de manière brutale au moment d’un passage à l’acte. Devoir d’aide aux victimes, devoir d’aide aux criminels éventuels. L’Eglise devrait au minimum faire ce que fait la Croix-Rouge…

Enfin, je ne résiste pas au plaisir du conte de fées, en vous présentant ce délicieux couple (dans tous les sens du terme) de pédé-boulangers, le boulanger Olivier Hayet, son copain Loïk (et toute leur équipe), installés dans le Brabant Wallon (la région au sud de Bruxelles). Quel merveilleux métier ! Quelle splendide façon pour que des gens s’habituent à voir des homo dans leur village ! Et pour des Catholiques, la symbolique du pain est tellement riche !

Message final pour les "petits Belges" : bon Bal National ce soir à la place du Jeu de Balle, bonne soirée au Belgica (et dans les bars gay des alentours), bon défilé militaire aux homo dans l’armée, bonne fête au Parc et dans tout l'Îlot Sacré. Et avec un peu de chance, on évitera la pluie traditionnelle, la Drache Nationale puisqu’il pleut toujours, disent les Belges, un 21 juillet. Pour ceux que cela intéresse, voici la liste des festivités à Bruxelles.

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mercredi 19 juillet 2006

305. iconoclasme affectueux

Je suis issu du milieu du marketing. C'est ma base "profane", pourrait-on dire. Et donc la publicité est une chose qui me touche, tant elle est à la fois miroir d'une société mais aussi son fossoyeur. Le meilleur et le pire à la fois, en quelque sorte. Et je comprends que certaines associations (de femmes, de Juifs, d'Arabes, de Musulmans, de Catholiques,... d'homosexuels, etc.) hurlent d'indignation en voyant les images les plus chères à leur identité détournées à des fins publicitaires... Bien sûr, ça les touche et parfois ça les blesse.

Ainsi, par exemple, certains milieux catholiques se sont offensés (à tort à mon avis) du foin autour du Da Vinci Code. Finalement, comme on l'a vu, la baudruche s'est dégonflée toute seule. Tout le remue-ménage catholique aurait mieux fait de ne même pas commencer.

D'ailleurs, et c'est mon avis d'expert du marketing (mais attention: croyant mais pas pratiquant), il n'y a pas de mauvaise publicité. Qu'on dise du bien ou qu'on dise du mal, l'important c'est qu'on en parle. Mieux vaut être à l'avant de l'attention que dans l'obscurité de l'ignorance générale.

Une de mes "taupes" à l'Opus me disait d'ailleurs que, derrière l'indignation officielle et publique concernant le Code, les autorités de la prélature sont en fait ravies de toute cette pub négative. Ils n'ont jamais eu autant de visites sur leurs sites ouèbe ou bien dans leurs prieurés. L'Opus aurait payé (cher) une pub mondiale en sa faveur qu'elle ne serait jamais arrivée à générer en retour un tel intérêt positif.

D'où ma réaction très très miséricordieuse par rapport à sainte Capote de Toulouse. Une information trouvée chez l'excellent Ichtus de Paris.

Certains (l'Agrif) ont voulu attaquer l'association Aides pour sa campagne publicitaire. Deux condamnations, en première instance et en appel. Mais finalement, la cour de Cassation a tranché: ce n'est pas grave, dit-elle. Ayez un peu le sens de l'humour, que diable. Ce n'était pas bien méchant. Et d'ailleurs, la campagne ne va pas contre la liberté d'expression et la protection des sensibilités religieuses, conclut la Cour.

 

Je n'ai jamais fait mystère de mon affection pour les mouvements affectueusement iconoclastes comme les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence ou encore les Tapioles Radicales (Radical Faeries).

Moi-même, j'ai assez souvent prêté le flanc à la caricature (mes élèves, mes scouts, mes collègues, mes amis) pour que je m'en fasse une raison: il y a parfois de l'affection chez ceux qui vous pastichent. Il y a parfois du respect chez ceux qui se moquent de vous. Le tout est de sentir la différence.

Je suis prêt à vous parier (un kilo de pralines de chez Marcolini, rue de Seine à Paris, ou au Grand Sablon à Bruxelles) que, le soir au feu de camp, certains des Apôtres imitaient Jésus devant lui et qu'il en était mort de rire. Je vois d'ici saint Jean ou son frère Jacques rejouant le soir des scènes vécues pendant la journée, en particulier les miracles. Quant à saint Pierre ou saint Paul, comment ne pas imaginer que, durant leurs voyages, ils ne se fassent brocarder par les plus jeunes des assemblées chrétiennes qu'ils visitaient. Il y a des fioretti du même tonneau sur François d'Assise ou Thérèse d'Avila.

Peut-on se moquer de tout? se demande souvent l'excellent Juan d'Oultremont (un Belge, sa grand-tante est une religieuse canonisée, d'où son iconoclasme). Oui, dit-il, mais il faut savoir que certains n'aiment pas rire. Et c'est probablement vrai: quand on crée un mouvement et qu'on l'intitule "l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (l'Agrif)", ça m'étonnerait qu'on ait le sens de l'humour.

Quant à l'association Aides, avec les excès qu'on lui connaît (tout comme d'ailleurs Act Up, qui ne fait pas toujours non plus dans la dentelle), qu'on lui foute la paix et qu'on la laisse travailler. Elle a autre chose à faire qu'à dépenser son (notre) argent en avocats pour se défendre contre des gens comme l'Agrif.

Et à part les institutions chrétiennes qui luttent contre le sida, genre Chrétiens & Sida, les autres feraient bien d'être plus discrets dans leurs éventuelles prises de position sur le sujet du sida. Tant dans le monde non-chrétien que dans le monde chrétien, notre société ne se marque pas par une telle mobilisation contre le sida que l'on puisse s'offrir le luxe de s'en prendre à ceux qui bossent, comme Aides ou les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence.

Je vous laisse avec quelques images de Jésus Riant, non seulement parce que c'est rare d'en voir, surtout dans nos églises. Mais aussi parce que je crois que, s'il était de notre époque, il y a plein de choses dans l'Eglise qui le feraient bien rigoler.

 

 

 

 

 

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mardi 18 juillet 2006

304. pas seulement une question de mots

On m'écrit que je caricature la position officielle de l'Eglise Catholique sur l'homosexualité parce que je la durcis (ou pire, que je n'aime pas l'Eglise ou le pape). Sous-entendu: si j'aimais l'Eglise, je serais beaucoup plus nuancé et moins tranchant. Alors, je vais vous montrer que je l'exprime au contraire très justement, cette position officielle, avec une totale connaissance des mots et des terminologies. Je trouve qu'il faut arrêter de se voiler la face, et que les Catholiques homosexuels sachent.

D'autre part, de deux choses l'une: ou bien Jean-Paul 2 était un idiot complet quand il a demandé pardon pour les fautes de l'Eglise Catholique (et il faut avoir le courage de ses opinions), ou bien il était prophète et savait ce qu'il faisait. Pour ma part, j'ai le plus grand respect pour ce que JP2 a fait, en tant que prophète. Et les gestes qu'il a posés durant le Jubilé de l'An 2000 sont tous à prendre avec le plus grand sérieux.

Alors, arrêtons de dire que l'Eglise est irréprochable et qu'il faut avaler tout cru ce que le Magistère dit à toutes les époques et sur tous les sujets. Oui, le Magistère est ignorant de certaines réalités scientifiques et humaines concernant l'homosexualité. Ce n'est pas lui manquer de respect que de le dire. Et oui, les hommes qui travaillent à élaborer ces textes sont certes de bonne volonté (je veux même bien admettre que ce sont des saints et moi je ne le suis pas) mais parfois ils sont dans la plus totale confusion (ou à la merci de leurs préjugés).

Autant je trouve qu'il faut avoir un a priori favorable quand on écoute quelqu'un parler (et particulièrement une personne d'autorité et de savoir), autant j'évite d'édulcorer quand ce n'est pas nécessaire. Le canon 212 est particulièrement clair dans ses trois paragraphes, et pas seulement dans le premier (beaucoup oublient de manière très commode - pourquoi? - le deuxième et le troisième). Comme j'aimerais que les homo Catholiques prennent à coeur le deuxième et le troisième paragraphe et ne se contentent pas du premier.

Excusez-moi déjà d'être long.

Partons, pour comprendre la position de l'Eglise, de l'autorité la plus autorisée: ni Anatrella, ni Navarro-Valls, ni l'Osservatore Romano, ni aucun mouvement christianiste particulièrement homophobe. Partons du cardinal Cottier, quand il était théologien de la Maison Pontificale, la voix la plus autorisée pour dire le Magistère quand il s'écrit (puisque, fort probablement, il tenait la plume quand ce texte a été composé). Et surtout cette interview où il se défend totalement d'homophobie.

Je soutiens trois choses: que pour le Magistère actuel, les homosexuels n'existent pas; que selon lui, pour un baptisé, l'homosexualité ne peut être lue autrement que comme une souffrance; que l'Eglise n'a absolument rien à recevoir de bon et au contraire ne peut être que blessée par l'existence de l'homosexualité. Sur ces trois points, il faut dire aux personnes qui écrivent les textes du Magistère qu'ils sont mal informés et qu'ils se trompent.

Sur le premier point, on lit facilement chez le cardinal Cottier que pour lui les homosexuels n'existent pas. Selon ses dires, il n'existe que quatre catégories d'hétérosexuels qui ont mal tournés: ceux qui ont une activité homosexuelle (les "pratiquants", en situation de péché mortel grave), ceux qui ont une tendance homosexuelle profonde (les "non-pratiquants", chastes mais irrécupérables), les épisodiques (ceux qui ont ou qui ont eu des phases) et enfin ceux qui ont des tendances légères à l'homosexualité.

On peut lire cette classification dans tous les sens, mais nulle part on n'admet l'existence des homosexuels et de l'orientation homosexuelle. Les bisexuels, bien sûr, n'existent pas non plus. Il n'existe, selon le cardinal, que des hétéro qui sont affectés soit d'une pathologie (et qu'on pourrait soigner, pense-t-il) ou d'un handicap irrémédiable (qu'il faut aider à soulager autant que possible), soit d'une maladie endémique (qui a des hauts et des bas mais qui doit rester sous contrôle).

La notion d'orientation sexuelle n'est pas scientifiquement connue du cardinal Cottier et donc de la Maison Ponitificale. Ou pour le dire autrement, il n'y a qu'une seule orientation sexuelle, celle voulue par Dieu depuis les origines de la Création: l'hétéro. Sur ce sujet bien précis, il est urgent que les résultats scientifiques les plus sûrs soient pris en compte: essentiellement que la sexualité humaine est composée de quatre éléments. Il s'agit du genre, de l'orientation, des préférences et de l'identité. Les deux premiers sont innés et permanents, les deux derniers proviennent de l'éducation, de la culture et de l'expérience personnelle. L'orientation homosexuelle n'est donc pas une préférence, ni une tendance.

Dieu a certes voulu la différentiation sexuelle aux origines de la Création. La doctrine officielle du Magistère a parfaitement raison sur ce point. C'est juste qu'elle ne l'a pas déployée totalement. Pourquoi limiter la puissance créatrice divine à la seule différentiation dans le genre masculin et féminin? Dieu est trop petit pour aussi différentier les orientations, les préférences, ou les identités? Drôle de petit Dieu qui manque d'imagination créatrice et qui ne sait créer que "logiquement" et "symétriquement"... Et si l'humanité n'était qu'au début de la découverte de l'immense variété de la richesse créatrice de Dieu?

Dans l'interview du cardinal Cottier, le fameux lobby gay est logiquement un ennemi mortel (mais historiquement récent selon lui), puisqu'il installe ses membres à croire qu'on peut s'affirmer homosexuel et être heureux. C'est comme si, pense le cardinal, des gens s'affirmaient haut et fort en tant qu'adultères, violeurs, assassins ou voleurs. Une erreur intellectuellement inacceptable, aux conséquences pastorales néfastes, pense le cardinal.

Deuxième point fondamental que je déplore: la seule voie de salut pour les personnes homosexuelles, toujours selon le cardinal Cottier, c'est de s'associer au Christ souffrant. D'une part, je suppose qu'il ne veut pas dire que ce n'est pas le cas des autres chrétiens car, à ce que je sache, nous devons tous nous associer au Christ en Croix. Même l'Immaculée Conception a été associée aux souffrances du Christ en croix, et combien. Donc, il me semble que suggérer de limiter cette union au Crucifié aux seuls homosexuels (ou aux seuls pécheurs) est abusive, à tout le moins. Si on tire des propos du cardinal Cottier que les homosexuels, en tant que tels, ont reçu comme vocation particulière la Croix et les souffrances qui l'accompagne, je pense qu'on l'a mal lu. Ce n'est pas le propre des homo d'avoir à s'associer à la Croix, comme une sorte de destin fatal ou de joug particulier à eux. Si même "celle qui est sans péché" est associée à la Croix, il est difficile de tenir que la Croix n'a que pour seul but de sauver quelqu'un du péché. Il me semble qu'il s'agit d'abord d'un sacrifice d'amour, d'une preuve de don total de soi.

La Croix est d'abord un sacrifice de Dieu, avant d'être un sacrifice à Dieu.

Pour faire simple: même les homo ont à se convertir, à opérer certains renoncements dans leurs modes de vie. Et je le prends comme la mission particulière que les homo chrétiens ont vis-à-vis de la communauté homosexuelle dans son ensemble. C'est une belle mission, je trouve: "être envoyé auprès des siens pour leur annoncer le Christ". Pas de quoi en être malheureux, au contraire. En gros: pas de messianisme de l'homo, tout comme dans le passé l'Eglise a lutté contre d'autres messianismes. Pas de messianisme féministe, ou africain, ou de la classe ouvrière, ou de telle ou telle nationalité.

Mais surtout, l'association au Christ souffrant, dans la tradition chrétienne, n'est que provisoire: elle vise à participer plus tard à la Résurrection du Christ. Devant les Apôtres réunis dans la peur au matin de Pâques, le Christ apparaît certes comme le Crucifié, mais il porte la marque de ses souffrances comme un titre de gloire. La croix n'est plus un objet de honte mais de triomphe. C'est le sens de la fête de l'Exaltation de la Croix.

Or, dans l'état actuel des choses, le cardinal Cottier ignore totalement que des hommes et des femmes sont déjà dans la louange et l'action de grâces pour leur homosexualité. Il n'en sait absolument rien. C'est comme un médecin qui ignore qu'il y a des gens en bonne santé vu qu'il ne rencontre jamais que des malades.

Autant j'ai la plus totale compassion pour les homosexuels qui souffrent de leur état, autant je les invite à suivre le Christ jusqu'au bout et non à moitié et arriver à se voir toujours homo après leur résurrection, quand ils arriveront dans le Royaume. C'est bien de pleurer avec le Christ à Gethsémani pour dire "éloigne de moi cette coupe". Mais à un certain moment, il est bon d'avancer vers la scène où Jésus est devant Thomas l'incrédule, le Crucifié dans toute sa gloire. Or, j'ai l'impression que le cardinal Cottier maintient les homo dans le jardin de Gethsémani à perpète. C'est plutôt une Nouvelle qui est franchement mauvaise, et pas Bonne du tout du tout.

Autre exemple: les homosexuels ne peuvent pas être autre chose que des êtres "immatures". C'est impossible, dit le cardinal. Les hétéro sont parfois immatures, et il faut le vérifier au cas par cas, sous-entend le cardinal. Mais les homo les sont par contre toujours. Il n'arrive pas à imaginer qu'un homosexuel soit en équilibre avec sa sexualité (ou unifié pour reprendre une expression plus spirituelle), qu'il sache se voir positivement. Ou qu'il en soit heureux et même qu'il remercie Dieu pour cette grâce.

Il me semble donc urgent de demander aux évêques et aux autorités romaines de rencontrer des Catholiques homosexuels en chair et en os, des vrais, pas juste les souffrants qui viennent leur demander de l'aide en pleurant. Et pas de rencontrer seulement ceux pour qui le fait d'être homo est encore une souffrance insupportable.

Que l'ensemble des homosexuels soient défini par ceux qui en souffrent est aussi intellectuellement pauvre que le fait, pour un médecin, de définir l'humanité uniquement à partir de ce qu'il sait des malades. Sommes-nous gouvernés par des Docteurs Knock?

Et je connais tel ou tel groupe d'homo catholiques qui mettent tellement en avant leur participation aux souffrances du Christ qu'on se demande s'il y a la moindre chance qu'un jour ils passent du Vendredi Saint au Matin de Pâques. J'en connais même qui admireront (envieront?) plus un homo souffrant dans la douleur plutôt qu'un autre qui vit dans la louange et le bonheur. Drôle d'attitude spirituelle...

Enfin troisième point, clairement, de la part du cardinal Cottier, l'Eglise n'a rien à recevoir de bon de la part des homosexuels. Ils ne sont qu'un danger, une menace à écarter avec fermeté (mais avec charité). On le voit dans le fait que des candidats homo au sacerdoce doivent absolument, selon lui, être écartés de manière certes douce et humaine, mais sans hésitation. C'est pour leur bien et pour le bien de toute l'Eglise.

Il est clair (et l'ignorer c'est intellectuellement se fermer les yeux), que la Maison Pontificale actuelle a une trouille majeure de la pédophilie et de l'éphébophilie. Et que ces deux phénomènes sont pour elle intrinsèquement liés à l'homosexualité. Elle le dit clairement dans la bouche du cardinal: On évitera, ensuite, des désastres comme on en a eus. Je voudrais ajouter une chose dont on parle beaucoup - trop peut-être, je ne sais pas - de la pédophilie et de l’homosexualité. Car il y a un mot qui ne vient jamais et qui est pourtant important - quand on voit le travail que font les prêtres - , c’est le mot « éphèbophilie ». Ce n’est pas la « pédophilie », qui s’en prend aux petits enfants, mais l’amour des adolescents. Or, c’est un âge très ambigu et décisif pour l’existence de chacun. Et je crois que c’est une forme assez répandue d’homosexualité [c'est moi qui souligne]. Je crois qu’on a raison de mettre en garde, parce que les familles confient à des prêtres des adolescents - scoutisme, patronages, colonies, pèlerinages -: là, ces jeunes gens doivent être absolument respectés.

Sur ce point également, il faut apprendre aux hommes qui travaillent pour le Magistère qu'ils se trompent: non, l'homosexualité n'est pas la porte ouverte à la pédophilie ou à l'éphèbophilie. Non, la pédophilie et l'éphébophilie ne sont pas des formes d'homosexualité, ni même des conséquences inévitables de l'homosexualité. Non, les homosexuels ne doivent pas être tous rejettés parce qu'une toute petite minorité d'entre eux (statistiquement dans la même proportion que les hétéro) sont attirés génitalement par les petits garçons ou les adolescents (tout comme certains hétéro bandent pour les petites filles ou les lolita adolescentes). Non, ce n'est pas ouvrir la Boîte de Pandore que de dire du bien des homosexuels et de ce qu'ils pourraient apporter au monde et à l'humanité.

Les propos du cardinal constituent bien de l'homophobie au sens technique du terme. Les autorités de l'Eglise ont bien sûr le droit et le devoir de prendre des mesures qu'ils jugent bonnes pour l'Eglise et pour les baptisés. Et merci à eux de le faire pour nous tous. Mais celles qui concernent les homosexuels sont homophobes.

Comprenez-moi bien: je n'ai pas de rancune. Je vois bien que le cardinal Cottier est un brave homme, qu'il est sincère et y croit de tout son coeur (et je ne le dirais pas de certains homophobes qui cherchent à faire carrière dans l'Eglise). Bien sûr que je vois qu'il a passionément à coeur les intérêts de l'Eglise Catholique et de tous les baptisés. Et clairement, c'est une évidence pour moi, il aime les homosexuels (tel qu'il les voit) avec une charité paternelle et toute évangélique. Hélas, il se plante totalement et il fait un tort immense aux homosexuels.

Il s'en défend, mais c'est un homophobe pour trois raisons: il n'écoute pas ce que les homosexuels ont à dire d'eux-mêmes (et notamment qu'ils existent autrement que comme des hétéro malades ou déficients), il n'entend pas qu'ils ont déjà rencontré le Christ Ressuscité (et pas seulement le Crucifié) et il ne sait pas tout le bien que les homo apportent, ont apporté et apporteront à l'Eglise (aux jeunes, aux enfants, aux familles, à tout le monde).

Pour vous montrer ce que j'aimerais à la place de l'attitude actuelle, revenons sur la lettre du père Timothy Radcliffe, ancien Maître Général des Dominicains (et théologien de renom, sans parler d'une connaissance rare de l'ensemble de l'Eglise). Il écrivait à quelques jours de distance du cardinal Cottier (en novembre 2005) et il a de la vocation sacerdotale une toute autre vision que le cardinal. C'est moi qui ai mis les caractères gras:

La vocation sacerdotale est un appel de Dieu. Il est vrai que cet appel, comme l’affirme le document [ndlr: romain sur les candidats au sacerdoce], « est reçu par l’Église, dans l’Église et pour le service de l’Église », mais c’est Dieu qui appelle. Ayant travaillé avec des évêques et des prêtres diocésains et religieux de par le monde, je n’ai aucun doute que Dieu appelle des homosexuels au sacrement de l’Ordre et il s’en trouve que je range parmi les prêtres les plus engagés et les plus impressionnants que j’aie connus. Ainsi, aucun prêtre convaincu de sa vocation ne devrait considérer que ce document le classifie comme anormal. Et nous pouvons présumer que Dieu continuera d’appeler des homosexuels aussi bien que des hétérosexuels à la prêtrise parce que l’Église a besoin des qualités des deux.

Voilà qui est intellectuellement plus satisfaisant ! Voilà une vraie Bonne Nouvelle, là où le cardinal Cottier n'exprimait qu'une Mauvaise Nouvelle.

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lundi 17 juillet 2006

303. ce qu'ils perdent sans le savoir

Le monde et l’Eglise perdent-ils quelque chose à ne pas autoriser le mariage homo ? C’est en tous cas l’avis d’Alison Luterman (sur la photo), ce 16 juillet, dans la colonne « Fashion & Style » du très célèbre et très respecté New-York Times. Elle décrit, à la New-Yorkaise (avec un humour un rien incisif) le mariage d’amis proches, Michael et Randy. Evidemment, il lui fallait bien enrober d’un peu de vitriol les larmes de bonheur. C'est son côté 'Juif New-Yorkais' qui veut ça, je suppose.

J’ai traduit comme je peux, mais ceux d’entre-vous qui lisent l’anglais seront mieux inspirés de lire l’original dans le texte.

Quoi qu’il en soit, il faudra que j’interroge mes amis prêtres pour organiser une soirée à composer un rituel d’union et d’alliance homo. Car à défaut de l’utiliser, ça nous ferait au moins passer de bons moments.

Modern Love

Married, but certainly not to Traditions

Published: July 16, 2006 in NYTimes.com

La mère du fiancé portait un ensemble en soie de couleur pêche, ainsi qu’une expression révélant un mélange de bonheur, d’appréhension et d’effarement. La mère de l’autre fiancé portant une robe d’un bleu de paon, et une expression du même genre, qui combinait l'opinion que « je n’arrive pas à croire que c’est en train de m'arriver » avec « quelle journée magnifique, quelle adorable chapelle, comme tous ces gens sont bien habillés, on dirait un vrai mariage ».

Le père de l’un des fiancés avait besoin de rester dehors à fumer intensivement. Le père de l’autre fiancé était décédé. Mais aussi des nièces en abondance, un bouquet d’adorables petites filles maigrichonnes, habillées en rose vif et gloussant d’excitation.

Pourtant, je n’avais pas beaucoup de temps pour observer les membres de la famille, étant de ceux qui devaient tenir la huppah à ce mariage chrétien, et notre prestation était très précisément chorégraphiée.

La huppah, dans la tradition juive, est un baldaquin, souvent réalisé à partir d’un châle de prière, dont les coins sont maintenus en hauteur par des perches soutenues par les quatre membres les plus proches du couple qui se marie. Mais ces fiancés, Randy et Michael, sont catholiques… super-catholiques, en fait. Michael a été séminariste, se préparant à devenir prêtre pour les Jésuites, et Randy a été moine bénédictin, profondément ancré dans la prière, la contemplation et le service.

Alors, pourquoi, comme mon très Brooklynien de père me l'a demandé clairement, ont-ils voulu une huppah ? Le fait est que, quand vous mettez « catholique » et « mariage gay » ensemble, la conclusion inévitable c’est qu’on va assister à une débauche de rituels.

(dessin David Chelsea pour le NY Times)

Et c’est bien sûr ce qui s’est passé. Nous avons commencé par former un cercle de 100 personnes, se tenant par la main, bénissant et remerciant la terre, le ciel et les quatre points cardinaux. Nous sommes alors passés à une sorte de danse chrétienne célébrant le pain rompu et le fait de se nourrir l’un l’autre. Et pendant que le reste de l’assemblée entrait dans la chapelle, portant des gerbes d’iris noués de rubans mauves et oranges, les trois Juifs et moi nous débattions dehors pour monter la huppah.

Lors d’un mariage juif classique, notre tâche aurait été simple : garder la huppah bien tendue, sans qu’elle s’affaisse sur la tête des fiancés, et ne pas éternuer pendant la cérémonie. Mais cette huppah-ci n’était pas une huppah ordinaire. D’abord, il s’agissait d’un patchwork, créé par les amis et les parents des fiancés, avec des carrés où l’on pouvait lire par exemple « Two Boys Dancing » ou encore « I can’t even know how to think straight. » Mais la huppah était destinée dans la cérémonie à devenir une sorte de blason (que nous devions transporter plié vers l’autel), où nous allions la dérouler pour qu’elle serve de décoration tombante. Plus tard, elle deviendrait une nappe d’autel, un ambon pour la Bible et finalement une robe.

Michael, un acteur et un metteur en scène consommé, a toute une vie d’amour avec le spectacle. Je l’ai rencontré il y a six ans, quand nous jouions ensemble dans une pièce pour enfants, et j’en suis vite venue à apprécier son esprit et sa finesse. Mais il était réservé sur sa vie privée, et donc nous n’avons pas eu les conversations habituelles sur les « ex » et sur les « actuels ».

Quant il a rencontré Randy, qui irradie d’une sorte de sincérité que je n’avais vue jusqu’ici que chez des Témoins de Jéhovah, quelque chose s’est délié chez Michael, et ici, à ce mariage, c’était visible pour tout le monde.

Ainsi, quand la partie « communion » devait commencer, le prêtre en Michael a repris le dessus : il a saisi le plateau rempli de pain et l’a tenu bien haut. « Du pain ! De quoi est-il fait, pensez-vous ? »

On a entendu des réponses ici ou là: « La Terre », « Les semences ».

« Nos corps ! », s’est écrié Michael.

Et c’est là que j’ai réalisé pourquoi les religieux peuvent être si sexy. Ce n’est pas seulement qu’ils vivent dans le refoulement des sentiments. C’est aussi ce sens du miracle à l’intérieur du corps, de la place du corps à l’intérieur du miracle. Et voyant Randy regarder Michael avec sur le visage la même idée que moi, j’ai rougi.

« Michael et Randy ne veulent pas que vous soyez juste des témoins de cette cérémonie », explique le célébrant, une toute petite lesbienne avec des cheveux en épis pointés de blanc. « Ils veulent que vous la concélébriez avec eux, et ils promettent, nous promettons, que si vous ouvrez vos cœurs entièrement à ce que vous allez vivre, vous en repartirez transformés. Le voulez-vous ? »

Clameur de « Oui ! » dans l’assemblée.

Comme toutes les filles, j’adore les transformations, et j’ai donc soutenu en l’air mon coin de la huppah pendant la première heure de la cérémonie. On a allumé une bougie d’unité, on a chanté des hymnes, et un moine avec une belle voix de baryton a interprété de la musique religieuse accompagné de sa guitare. Tout – la musique, la décoration, les vêtements des fiancés (pantalons noirs, chemises imprimées du motif d’une fleur sacrée hawaïenne) – avait été choisi avec un goût exquis.

J’ai été arrachée à ma rêverie quand la huppah a changé de rôle pour devenir la nappe d’autel avant la communion.

Je n’ai jamais été communier, par respect et aussi avec cette vague peur que, en tant que Juive, je serais certainement frappée par la foudre si je le faisais. Mais le célébrant, Michael et Randy ont bien expliqué que ce geste de communion était proposé à chacun, que l’on pouvait y mettre le sens que l’on voulait, et qu’après tout le pain était challah (ndt, un peu comme kasher). Et donc je me suis mise dans la file, j’ai trempé le pain dans le cidre, et j’ai reçu généreusement du célébrant une bonne dose de « bénédiction garantie sans Jésus ».

Le contraste entre cette cérémonie et ma sortie de la nuit précédente ne pouvait pas être plus profond. J’étais allée voir un documentaire de 1972, « Winter Soldier », qui présente des soldats récemment revenus du Vietnam et qui témoignent des atrocités qu’ils ont vues ou auxquelles ils ont participé. L’un après l’autre, ces jeunes garçons au visage d’ange, cigarette malmenée entre leurs doigts, se penchent vers le micro pour décrire des souvenirs de prisonniers liés et poussés hors d’un hélicoptère en vol, d’enfants de trois enfants lapidés avec des boîtes de conserve des rations alimentaires, de villages entiers brûlés par jeu. Leurs yeux étaient secs pendant qu’ils parlaient, leurs voix fermes. Ils avaient été bien entraînés à supprimer tout signe d’émotion, aussi horribles que soient leurs souvenirs. Je pense que beaucoup d’entre eux étaient en fait en état de choc.

Quand on leur demande pourquoi ils ont participé à de telles atrocités ou pourquoi ils se sont contentés de rester là sans bouger à regarder d’autres les commettre, l’un a répondu : « On n’est pas d’abord comme ça. On veut d’abord pleurer quand un ami se fait tuer. » Mais on ne peut pas, dit-il, parce qu’alors on donne l’impression d’être faible.

« C’est le fait d’être un vrai homme », dit un autre. « Plus tu as de morts à ton palmarès, plus tu es un homme. »

Mais dans cette chapelle, j’avais décidément devant moi une toute autre version de la masculinité et des émotions masculines. Les yeux de Randy et de Michael étaient tout mouillés quand ils se sont tournés l’un vers l’autre pour réciter leurs vœux de mariage. Je me tenais derrière eux, ressentant très fort cette belle énergie masculine qui rayonnait entre eux.

Ils promirent de se chérir, de lutter côte à côte pour la justice, et de dédier leur mariage à protéger la terre. Et puis, tout à coup, Michael a regardé Randy et lui a dit : « Randy, je pourrais mourir pour toi. »

J’ai essayé d’écarter quelques larmes noires de mascara. Le mariage implique toujours une sorte de mort à soi-même, comme je l’ai appris hélas à la dure. C’est tout ou rien. Pas moyen de ne pas être totalement présent à son mariage, ou alors il va s’écrouler quand l’hiver sera venu. Et il vient toujours. Quand j’étais mariée, il y a de ça des années, je n’étais pas vraiment prête. Ou en tous cas pas aussi prête que ces deux-là ne le semblaient.

« Michael, je pourrais mourir pour toi. », ajoute Randy. On échange les anneaux, et puis ils se tournent pour regarder leurs amis et leurs familles, un océan de visages de gens qui les aiment. Pas un œil sec dans la boutique. C’est alors que nous les avons enrobés dans la huppah, comme deux grands nounours enrobés de tous nos vœux de bonheur. Ce serait tellement bon de pouvoir les protéger de cette manière, de les protéger de la haine et de la peur de ceux qui pourraient trouver leur union répugnante, mais nous savons que ce n’est pas possible. En se liant l’un à l’autre solidement et visiblement, ils deviennent une cible deux fois plus grande, mais aussi une force plus grande.

L’histoire de mon propre mariage a commencé sur une note moins sublime. En tant que jeune fille, j’ai joué les dames d’honneur pour une amie. Ma robe était en taffetas rose, avec des manches bouffantes, une ceinture étroite et un large jupon. On aurait dit Glinda, la Gentille Sorcière [ndt : dans le Magicien d’Oz], la seule chose qui manquait étant la baguette magique. Le jour avant la cérémonie, j’étais arrivée à perdre la robe quelque part, et j’ai été punie par le fait de devoir porter la robe prévue pour la première dame d’honneur (une version lavande préparée pour la tante de la mariée). La robe était trop petite de plusieurs tailles, et j’ai dû endurer tout le mariage et la réception sans prendre une seule vraie respiration et sans m’asseoir.

Peut-être que c’est cette expérience… peut-être que c’est ma version personnelle du féminisme, qui fait que je déteste les formes traditionnelles du mariage. Et en particulier, je déteste toujours quand un célébrant ou un rabbin se tourne vers l’assemblée pour dire le traditionnel « et maintenant, je vous présente Monsieur et Madame Machin ». Juste à ce moment-là, j’ai l’impression qu’on a tout simplement arraché à la femme son identité.

Quand ce fut mon tour d’être une mariée – pieds nus, dans une robe jaune, pas de traîne, pas de voile – j’étais tellement revenues des traditions que nous n’avions même pas de rabbin, juste nos amis et nos familles, avec la poésie, la musique et leurs bénédictions. Nous avions la jeunesse, et l’optimisme, et la passion, et un amour fou l’un pour l’autre.

À l’époque, ça m’avait semblé suffisant. Mais le mariage est malin : tu avances, séduite par un idéalisme tout sucré et tu peux te retrouver un matin face au pire monstre dans le miroir. Un bon mariage pourrait être comme la prise de terre qui contrôle tout le chaos explosant de deux personnes se donnant totalement l’un à l’autre. Une communauté d’intimité et d’honnêteté est essentielle. Et l’humilité de demander de l’aide à Dieu ou à l’Esprit ou à ce que vous voulez. Quand je me suis mariée, je ne savais même pas qu’il était possible de faire tout ça.

Je n’avais jamais entendu Dieu être appelé si ouvertement, sans aucune honte, avec un tel bonheur extatique et aussi souvent que durant le mariage de Michael et de Randy. Et les murs de cette petite chapelle étaient toujours debout à la fin de la cérémonie, et la foudre n’est tombée sur personne, et finalement tout à coup, c’était la fin, et les mères des jeunes mariés n’avaient plus cet air effaré ou anxieux, juste le bonheur et les larmes. Et les nièces et les neveux qui étaient restés assis avec patience tiraient sur les bras de Randy et de Michael pour être soulevés et lancés en l’air quand la musique a commencé.

Ensemble, ils ont tous marché vers l’extérieur et la pleine lumière. Mais aussi vers les filets de poulet en sauce d’abricot : que ce soit les gay Catholiques, les Juifs en titre et hétéro, les familles du Midwest qui ont parcouru une grande distance (et de plus d’une manière), sans parler de toute la collection de païens, d’anciens prêtres, de Bouddhistes, d’acteurs et de chanteurs, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont absorbé cette cérémonie.

Ce n’est pas un mariage légalement reconnu. Et j’en suis même venue à penser que la Loi a raison de craindre les mariages homosexuels. Il y a une telle puissance dans ce pur amour, une telle bravoure, qu’il pourrait en faire tomber les murs de Jéricho.

Alison Luterman, qui vit à Oakland, en Californie, est l’auteure de “The Largest Possible Life” (Cleveland State University).

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samedi 15 juillet 2006

302. remue-méninges au soleil

C'est décidé, l'an prochain j'irai moi aussi aux Universités d'Été Euroméditerranéennes des Homosexualités, les UEEH 2007. Pour l'édition 2006, du 17 au 24 juillet, à Marseille de nouveau, c'est évidemment trop tard pour m'inscrire. Mais au vu du programme (et pas seulement parce que le cher Will en est), je crois que je vais m'y mettre pour l'été prochain. À titre d'incitant, voici une version PDF du programme: il y en a vraiment pour tous les intérêts.

Sinon, à part ça, j'ai bien sûr félicité hier mes copains français pour leur fête nationale, bien que ce cher Mercure m'ait rappelé que certains ne fêtent absolument pas la prise de la Bastille, au contraire...

Pour vous faire sourire, voici une photo qui représente bien la façon dont on se représente le Français idéal à l'étranger... Et bien sûr, je sais qu'en France vous êtes tous comme ça...

 

 

Ce garçon est certainement un argument de vente à l'étranger...

Je n'ose imaginer ce qu'on pourrait trouver, la semaine prochaine quand ce sera la fête nationale belge (le 21 juillet), pour illuster le Belge idéal... J'en tremble déjà...

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vendredi 14 juillet 2006

301. quand le bourreau se pose (encore) en victime

Les Chrétiens les plus spirituels ont tendance à éviter d'exprimer trop de préjugés et disent même souvent qu'ils comprennent la dureté des groupes moins ouverts. C'est la raison pour laquelle ils restent assis là, en silence, quand les choses les plus haineuses sont dites au nom de la foi chrétienne. Ainsi, au cours des siècles, sur l'esclavage, sur les Juifs, ou plus récemment contre les droits de la femme ou des homosexuels. Et pour une raison curieuse, ce silence est souvent présenté comme une sorte d'ouverture d'esprit. Laisser parler les intolérants et se taire soi-même, dira-t-on, n'est-ce pas la plus grande forme de charité?

Il y a un siècle et demi, des Chrétiens trouvaient encore normal d'être propriétaire d'esclaves. Le jour vint finalement où l'esclavage fut officiellement compris comme une offense à l'Évangile même. Idem à propos de la peine de mort ou du racisme. Est-ce qu'il n'est pas temps qu'on dise que l'homophobie est aussi une offense à l'Évangile?

J'ai assisté, il y a quelques années, aux obsèques d'un homme battu à mort par haine pour son homosexualité. Tant que l'on n'a pas vu la violence et la mort en face, on ne mesure pas toujours le danger dans lequel se trouvent quotidiennement bien des homo, des lesbiennes, des bisexuels ou des transgenres à cause du climat culturel et religieux dans lequel ils doivent vivre. Les homo, parfois, vivent dans l'insouciance totale des dangers qu'ils courent. J'ai aussi vu des homo afficher des opinions proches de l'extrême-droite, notamment en France ou en Flandre, comme si ce courant de pensée était sans danger pour leur vie même.

La même semaine après ces funérailles, j'entendais un représentant officiel du Vatican, un éminent cardinal, dire à l'antenne que le fait d'accorder des droits aux homosexuels, en particulier le mariage ou l'adoption d'enfants, ne pouvait qu'entraîner le pays dans de graves dérives et qu'il ne faudrait pas s'étonner que tout l'édifice social en soit détruit (en gros, si tout va mal, c'est la faute du lobby gay et si on le laisse faire, ça ira encore plus mal). Ce jour-là, il ne m'a pas fallu plus d'une minute pour faire le lien entre ce discours empourpré et les funérailles de l'homme battu à mort.

Un lien que je continue à faire aujourd'hui.

Je sais que les critiques catholiques de l'homosexualité ne se considèrent pas eux-mêmes comme haineux (ne sont-ils pas des modèles de douceur?). Il utilisent un paquet de justifications du genre "il faut aimer le pécheur et détester le péché". On ira jusqu'à dire que c'est l'attitude du Christ lui-même...

Néanmoins, si ces critiques faisaient l'expérience de l'autre côté du bâton, si c'étaient leurs familles qu'on attaquait, leurs enfants dont on disait qu'ils sont des traumatisés et qu'ils devraient leur être retirés, leurs couples dont on disait qu'il s'agit d'une caricature d'amour, etc. je crois qu'ils sentiraient le parfum de la haine.

S'ils voyaient que tous leurs efforts pour construire un couple ou une famille reconnue par la loi sont, sans cesse et avec virulence, combattus par les plus hautes autorités de l'Eglise, je pense qu'ils diraient qu'on les hait effectivement.

Ce n'est plus de la critique de l'homosexualité, c'est de la haine de l'homosexuel. Et ça, c'est contraire à ce que le Christ ferait s'il était parmi nous. Il faut, je pense, avoir le courage de le dire. Et toute la douceur des propos anti-gay n'y changera rien.

Je vis tous les jours avec des catho-bourgeois qui estiment que chaque fois que la société ou des gens prennent des positions contraires à la doctrine de l'Eglise, c'est eux qui sont attaqués et que la liberté religieuse est mise à mal. Autoriser le divorce? Une attaque contre les Catholiques. Permettre l'avortement? Une attaque contre les Catholiques. Autoriser le mariage gay? Une attaque contre les Catholiques. Que ces mesures aient une autre raison d'être que l'attaque contre la foi catholique, ou qu'elles visent à venir en aide à des personnes en situation de problème ou de manque ne les effleure même pas.

Et le fait que, dans leur attitude religieuse, il y ait des attaques virulentes et haineuses contre les homosexuels ne semble pas les perturber. Clairement, comme on peut le voir dans les discours tenu à Valence lors du congrès sur la famille, la position officielle catholique consiste à dire que c'est la liberté religieuse qui est attaquée chaque fois qu'on donne de la place aux homosexuels dans la société. En d'autres termes, le droit d'insulter les homo, d'attaquer leurs couples et leurs familles, d'insulter leurs enfants et leur amour parental, tout cela fait partie de la liberté religieuse. Donc, le droit à la haine de l'homosexuel devrait être sacro-saint.

D'ailleurs, le simple fait de dire qu'il existe des homosexuels est une atteinte au droit de l'Eglise Catholique à affirmer sa doctrine, puisqu'elle ne reconnaît que l'existence de personnes ayant des tendances homosexuelles. En gros, elle admet que certains hétéro ont une tendance homo (les pauvres, il faut les aider), mais les homosexuels n'existent pas. Ou alors ce sont des hétéro qui manquent de volonté. C'est le lobby gay qui a inventé l'existence des homosexuels!!

Même le fait d'éduquer (dans les écoles) des enfants à ne pas insulter des homosexuels ou à ne pas s'attaquer à eux est une intrusion inadmissible dans l'enseignement et jamais une école catholique ne devrait faire un chose pareille. Quelle horreur!

Pourtant, dans l'Evangile, Jésus a eu des mots assez durs contre les préjugés tirés d'interprétations littérales de l'Ecriture. Il me semble que le préjugé érigé en doctrine religieuse est une des hypocrisies les plus dangereuses. Ce que les gens de l'époque de Jésus entendaient faire à la femme prise en flagrant délit d'adultère avait certainement, pour eux, comme but de protéger la sainteté du mariage et de la famille. Toujours selon eux, si Jésus avait pris l'Ecriture sérieusement, il devait exclure et lapider cette femme (la tuer, littéralement). Refuser de lapider cette femme, c'était le motif que les ennemis de Jésus cherchaient pour dire qu'il n'était pas un vrai Juif et qu'il fallait l'exclure.

En fait, Jésus invite ses auditeurs à laisser tomber leur pierre à lapider. La faute la plus grande n'est pas celle de cette femme mais celle de ses juges. Porter un jugement d'exclusion et de lapidation est une faute plus grande que l'adultère (et on sait que Jésus a eu des mots très durs contre l'adultère, même de la seule pensée).

Ce n'est pas contenu dans l'enseignement du Christ que Dieu est offensé quand des pays votent des lois qui protègent les couples et les familles homosexuelles. Au contraire, ceux qui nous jugent avec autant de haine sont eux-mêmes déjà jugés. Et à leur propos, Jésus a eu des mots très durs: des loups déguisés en agneaux. En entendant certains combattants anti-homosexualité, ces termes du Christ lui-même sont particulièrement adaptés, je trouve.

J'ai presqu'envie de reprendre ce que quelqu'un me disait à propos de la lutte contre l'avortement: quand je vois comment on combat l'avortement dans l'Eglise Catholique, on se demande si le Christ ne se sentirait pas plus à l'aise dans l'autre camp.

Il y aura toujours des homo Catholiques, qu'on le veuille ou non et que ça plaise ou pas. Depuis des siècles, et dans les siècles à venir, il y aura toujours des gens qui viendront au Christ dans la foi catholique tout en étant homosexuels. Et ces gens aimeront, tomberont amoureux, formeront des couples et voudront donner leur vie à leurs enfants. Toute l'énergie dépensée par les cardinaux pour l'empêcher est absolument inutile. C'est déjà le combat des désespérés qui sentent que les sociétés humaines et les pays le comprennent les uns après les autres. La Hollande, la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Canada, et d'autres ont une forme de reconnaissance des couples et des familles issues de l'homosexualité. De plus en plus, l'homophobie devient un délit.

Et non: interdire l'homophobie n'est pas une attaque contre la liberté religieuse. La liberté religieuse ne permet pas de dire que les homo sont un danger pour la société et qu'il faut les combattre. Ce n'est d'ailleurs même pas une position évangélique. Je vois comme une sorte d'attitude orwellienne dans la hiérarchie catholique aujourd'hui.

C'est le même débat que celui sur l'extrême droite: faut-il tolérer l'intolérance? Mon sentiment, c'est que la tolérance (silencieuse) de l'intolérance est une attitude difficellement conciliable avec l'Evangile. Si même ceux qui voulaient lapider la femme adultère sont condamnés dans le regard de Jésus, que dire de ceux qui aujourd'hui activement luttent contre les homosexuels? Et quand on se souvient que même Pierre a été qualifié d'obstacle à la mission de Jésus avec son fameux "Passe derrière moi, Satan"...

La lutte contre l'homosexualité n'est pas affaire d'opinion (même religieuse), c'est une agression contre les homosexuels. Bien sûr qu'on a le droit de penser que l'homosexualité est un péché ou un désordre. Mais travailler à ce que les homosexuels n'aient aucune existence légale en tant que personne, en tant que couple ou en tant que famille, ça c'est de l'homophobie. C'est de la haine.

Tout comme on a le droit de penser que la femme adultère est une pécheresse, mais la lapider est anti-évangélique. Même la dénoncer publiquement est anti-évangélique.

Comme j'aimerais tellement que les Catholiques disent à leurs évêques d'arrêter de parler en leur nom pour promouvoir la haine des homosexuels. Je lisais un article qui disait que 72% des Espagnols ne s'opposaient pas au mariage gay (même s'ils ne l'approuvent qu'à 57%). Combien de Catholiques parmi eux et surtout combien de Catholiques silencieux?

Comme le rappelait Ichtus (le 5 juillet) en citant un texte paru dans le magazine La Vie, les évêques espagnols (ou canadiens, ou ailleurs) ne se sont pas mobilisés contre la guerre en Irak autant qu'ils l'ont fait contre le mariage gay. Est-ce que les homo qui s'aiment sont plus dangereux pour la planète que le désastre irakien? Drôle de sens des priorités...

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jeudi 13 juillet 2006

300. un saint en rodage

Comme toujours, quand je n'ai pas blogué depuis longtemps, je me retrouve avec des dizaines d'articles, de liens, de textes, d'emails à lire et je n'arrive pas à faire le tri. Or, comme je le disais au beau Strasbourgeois, j'adore commenter.

Alors, ce matin, encore une macédoine...

Tout d'abord, l'annonce du fait qu'en Belgique les modèles de procès-verbaux à la disposition des policiers vont avoir une case à cocher de plus, avec la mention "homophobie". J'ai ainsi appris à cette occasion que, pour aider les policiers sur le terrain, les procès-verbaux ne sont pas de simple pages blanches, mais une série de questions-types à poser aux éventuelles victimes ou aux témoins. Avec la case homophobie (à cocher ou non selon les cas), les pandores auront l'attention attirée... Si j'ai bien compris, il y a d'autres cases du genre "violence familiale", "racisme", etc... C'est simple, c'est efficace. Et ça éduque les policiers. Donc, pourquoi pas.

Et puis, mon admiration sans bornes pour Cristiano Ronaldo (et pas que pour son physique de Perle de Madère) ne me fait pas oublier qu'il y a encore pas mal de machisme primaire dans ce pays. Je viens de lire qu'une bande de 15 jeunes vivant dans une institution catholique pour jeunes en difficulté ont (en février dernier) battu et lapidé pendant des jours une transexuelle brésilienne semi-clocharde qu'ils avaient trouvée sur le banc où elle passait ses journées. Puis ils l'ont jetée vivante dans un bassin d'eau pour la noyer jusqu'à ce qu'elle en crève sous leurs yeux. La transphobie meurtrière et bestiale par des jeunes dont la plupart avaient entre 13 et 15 ans.

Outre mon horreur et ma sympathie pour cette victime, je ne sais pas ce qui m'énerve le plus: l'échec de l'éducation catholique (quoi? pas même un tout petit vernis? du genre "tu ne tueras pas"?), le phénomène des bandes, la méchanceté (dans sa durée, son imagination, sa minutie)... Et on dit que ce sont les homo qui sont des pervers et des malades??? Et on dit que ce sont les minorités sexuelles qui sont un danger pour la société???

Je suis aussi un peu déçu de voir que la manifestation organisée à Porto le 8 juillet contre ce crime n'a attiré que 200 personnes... Je veux bien que c'est en plein Mondial, mais tout de même... Quant à la réaction de la justice, je n'ose même pas la commenter de peur de dire des horreurs...

Priez pour Gisberta Salce (sur la photo), n'oubliez pas ce nom trop vite. Et surtout priez pour ces milliers de jeunes qui, à travers l'Europe, peuvent décider sur un caprice de torturer les pédé ou les tapioles. Ou tout simplement les clochards.

gisberta

Toute autre chose, dans un genre plus léger: les producteurs du nouveau Superman s'inquiètent que les magazines homo aiment trop le nouveau film, et en particulier le nouvel acteur qui incarne le dernier kriptonien... Il a fallu que le réalisateur (Bryan Singer, pourtant pédé jusqu'à la moelle) répète clairement que le super héros était absolument et irréversiblement hétéro.

M'enfin! Il faut vraiment être hétéro pour croire que ce type en collants et avec une cape (et je ne vous parle pas de l'arrangement des couleurs) est homo!

De toute façon, mon expérience, c'est que le chouchou des homo, c'est plutôt Clark Kent... surtout quand il part en courant tout en déchirant ses vêtements... Sans parler du fait qu'il n'y a aucune chance de voir Superman sortir de la douche. Tandis que Clark... Donnez-nous un vrai mari idéal, ça c'est le vrai super-héros!

Par ailleurs, puisqu'on parle de Super-Héros, voire d'Avatars Divins dans ce cas-ci, un des chroniqueurs du Monde se demande quelle insulte a fait réagir violemment le Zidane. Et j'ai trouvé son commentaire assez curieux: ça ne peut pas être "pédé" parce qu'il n'y a plus qu'en Italie que c'est insultant... Comme c'est curieux...

Et donc, il voudrait me faire croire, ce cher môssieur du Monde, qu'en Douceuh Fronceuh un footballeur professionnel prendrait très calmement de se faire traiter de pédé alors qu'en Italie il en viendrait aux mains? Tout le monde n'est pas Robbie Williams (un autre Avatar) qui dit qu'il est flatté quand on suggère qu'il est homo... Je crois qu'en France comme ailleurs, on se ramasse encore un pain dans la tronche quand on traite un hétéro de pédé, même au sommet de l'olympe du foot.

Ceci dit, si l'enquête révèle que le Zidane s'est énervé parce qu'on le traitait de pédé, je suis curieux de voir ce que va nous écrire la presse...

Enfin, il se confirme qu'une des plus belles figures de sainteté de ces dernières années, le père Mychal Judge, un franciscain mort aux premières heures des attentats du 11 septembre (et qui était un vrai super-héros cathogay, perd doucement du terrain dans le monde catholique (même américain) parce qu'il ne faisait pas mystère qu'il était homo.

L'article que j'ai lu porte sur l'un des films qui est sorti et qui illustre la vie du père Mychal Judge (un film pas mal, semble-t-il). Mais surtout, il décrit la place que le combat pour les droits des homo (catholiques et irlandais, à New-York bien sûr) avait pris dans la vie de notre héros. De l'avis de l'auteur de l'article, qui cite Mychal Judge lui-même, c'est parce que il était homo qu'il a trouvé en lui de répondre à l'appel du Christ. Et non pas malgré, comme le dit encore aujourd'hui la thèse officielle catholique.

Et puisque ce cher père Mychal n'a pas encore fait les miracles qui vont lui permettre d'être canonisé, je voudrais lui en suggérer tout une liste. Elle est d'ailleurs toute prête. Vous aussi, d'ailleurs, profitez-en: un saint tout neuf, qui n'a pas encore beaucoup travaillé, pratiquement en rodage...

 

Posté par cathogay à 17:03 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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