samedi 30 septembre 2006
337. petits baisers en altitude
Le week-end étant souvent l'occasion de mettre de l'ordre, voici quelques petites choses que j'ai trouvées ici ou là.
Tout d'abord, un site italien gay qui reprend toutes sortes de nouvelles. Certes, Hottest.it a un ton assez acide contre les interventions vaticanes, mais vous savez à quel point la politique italienne et le Vatican sont liés. Difficile de faire toujours dans la nuance à propos du pape, chez les Italiens. Pour ceux qui ne comprennent pas, revoyez le premier Don Camillo, et vous aurez tout compris. Par ailleurs, le site se veut ouvert à tous les groupes placardisés, comme les militaires ou les policiers homo.
J'aime beaucoup la campagne lancée, en Grande-Bretagne, par la section "jeunes" des Libéraux-Démocrates. Il s'agit d'épinglettes portant la mention "L'homophobie, c'est tellement gay" (Homophobia is Gay), une façon subtile de suggérer qu'on peut se poser des questions sur quelqu'un quand il devient un homophobe militant. Et c'est vrai que j'ai déjà lu, chez des gens très sérieux, que le sexisme ou l'homophobie sont généralement le signe d'une insécurité quand à sa propre identité sexuelle. J'avais vu à Paris une affiche disant: "Un raciste n'est pas un vrai Français". Ou encore la campagne d'Amnesty l'an dernier: "Un vrai homme ne bat pas sa femme." On devrait publier des affiches indiquant: "Un vrai hétéro n'est pas homophobe."
Dans la rubrique: "où l'homophobie va-t-elle encore se nicher?", voici un article qui relate les péripéties d'un couple gay dans un vol à destination de New-York. Il s'agit de la compagnie American Airlines (et je vous suggère de faire attention quand vous prendrez l'avion avec eux). Le couple, assis bien gentiment dans son coin, se tenait par la main et, comme beaucoup de couples dans les avions, se faisait des commentaires gentils pendant le vol. En fait, ils étaient pratiquement en lune de miel puisqu'ils avaient emménagé ensemble depuis seulement quatre mois. Et à un moment, l'un des deux s'endort et met sa tête sur l'époule de son fiancé. Voilà qu'une hôtesse arrive et leur demande de cesser immédiatement de s'embrasser ou de se toucher parce qu'il s'agit d'une attitude indécente durant un vol. Quand le couple a demandé si quelqu'un s'était plaint ou de parler à un responsable, la menace est tombée: si vous ne cessez pas, on détourne l'avion et vous devrez payer financièrement et judiciairement. Même le capitaine est sorti du poste de pilotage pour exiger que tout cela cesse. Et que le vol parte de Roissy a encore quelque chose de plus piquant. Si deux pédé ne peuvent pas se tenir par la main entre Paris et New-York... Et quoi? On met sur le même pied un couple d'homo avec de dangereux terroristes internationaux? Les homophobes sont vraiment cinglés...
L'Angleterre est choquée par un troisième meurtre homophobe en moins d'un an. Malcolm Bryan (sur la photo) avait 67 ans et était très connu de la communauté gay de Portsmouth pour être un bénévole de premier plan quand il s'agissait d'organiser des événements et des récoltes de fonds en faveur de la cause gay. Quelques jours avant sa mort, tout le monde avait pu le voir lors d'une soirée particulièrement réussie et qui avait permis de récolter une somme très importante à la mémoire d'une autre victime de l'homophobie. Malcolm avait épousé Martin, son compagnon de plusieurs décennies, il y a un mois à peine. Aujourd'hui, Martin a été obligé d'abandonner son travail pour prendre soin de la maman de Malcolm, une dame de 98 ans qui nécessite une attention constante. Et à propos de son époux, Martin écrit: "Mon Malcolm était une vraie légende. Il s'affichait publiquement comme homo à une époque où il risquait d'être emprisonné pour ça." Le monde des artistes de cabarets songe, depuis l'annonce de l'événement, à sortir une chanson de type Band Aid pour s'opposer publiquement à l'homophobie.

Une nouvelle étude est lancée pour étudier la possibilité de l'existence du gène gay. Un centre d'étude américain recruite des gay ayant un autre frère gay dans leur fratrie afin de déterminer si l'homosexualité a une base génétique. Et de nouveau, le débat fait rage parmi les homo, et avec raison. Entre ceux qui, d'un côté, se disent qu'il est important de donner une base scientifique à la compréhension de l'homosexualité (et ainsi mettre un terme aux opinions selon lesquelles il s'agit d'un choix ou même simplement d'un traumatisme) et ceux qui, de l'autre côté, craignent que les résultats de ces études ne poussent les homophobes à financer une autre recherche, celle de la "cure" contre l'homosexualité. Sans parler des craintes que les résultats de ces recherches ne permettent un jour d'avorter les embryons de petits homo. Le débat n'est pas simple, et j'avoue passer d'un camp à l'autre très régulièrement.
jeudi 28 septembre 2006
336. simples héros de notre temps
Quand j'ai lu cet article, je n'ai pas résisté à l'envie de vous le traduire... Et ça m'a pris quelques jours...
Kidnappé en Irak: Le placard ou la Mort
Le militant pacifiste James Loney savait qu'il serait tué par ses ravisseurs irakiens s'ils découvraient qu'il est gay. Son compagnon le savait aussi, lui qui était resté au Canada. Et donc, il a été obligé de retourner dans le placard.
Publié en anglais dans le magazine The Advocate, 29 Août 2006. Michael Rowe
La nuit précédant le départ du militant pacifiste canadien James Loney de Toronto vers Bagdad, son compagnon Dan Hunt, avec qui il vivait depuis longtemps, l'a tenu serré très fort contre lui dans l'obscurité de leur chambre. "James s'est retourné pour me dire: Que ferais-tu si c'était notre dernière nuit ensemble?" Dan se souvient très bien. Plus tôt dans la soirée, ils avaient écouté la chanson "500 Miles" des Proclaimers, et ils avaient dansé ensemble. Ils ont toujours considéré cette chanson comme "leur" chanson, et le lendemain, ils l'ont encore écoutée dans la voiture, en allant vers l'aéroport.

"J'ai réalisé que le présent est tout ce que nous aurions jamais", explique Dan, "et qu'il était magnifique." James effectuait son troisième voyage en Irak, dans le cadre des Christian Peacemaker Team, une organisation oecuménique opposée à la violence et dédiée à la propagation de la paix. Les deux hommes avaient parfois discuté de la possibilité pour James de mourir en mission. "Mais," explique Dan, "je lui répondait: Mon pire cauchemar serait de te savoir enlevé et de voir des images de toi à la télévision."
Le 26 novembre 2005, James tombait dans un embuscade près de la mosquée de Umm al-Qura, à l'ouest de Bagdad, et était enlevé avec trois de ses collègues. Leurs ravisseurs, un groupe d'insurgés totalement inconnu et se nommant la Brigade des Épées de la Justice, demande alors la libération de tous les prisonniers irakiens détenus par les forces alliées. Sinon, disent-ils, ils tueront les otages.
À la maison, Dan s'est retrouvé forcé lui aussi à une sorte de captivité. Car si l'orientation sexuelle de James était connue par ses ravisseurs, il serait certainement exécuté. Il fallait la cacher absolument. Les officiels chargés du dossier, y compris au département canadien des affaires étrangères, ont demandé à Dan de ne pas se montrer. Une photo de James, largement diffusée par la presse, a en fait été retravaillée pour retirer Dan de l'image.
Il n'a pu dire à personne à quel point il se sentait misérable. En dehors d'un petit cercle d'amis, il ne pouvait pas bénéficier de la sympathie médiatique qui soutenait les épouses et les familles des autres otages.
"J'ai appelé Dan immédiatement quand j'ai vu les nouvelles", raconte Matt, le frère de James, un météorologiste de Vancouver et qui était à ce moment-là en voyage en Equateur. "Je savais que Dan serait très profondément affecté par ce qui se passait."
Le passé de James comme activiste remonte loin. Renonçant aux aspirations traditionnelles à la richesse et au succès, James avait vécu une vie quasi-monastique, travaillant pour les enfants en difficulté, les pauvres, les sans-abris et les malades. "Vivre en chrétien, c'est vivre avec l'imagination de Dieu lui-même", a l'habitude de dire James. "La limite, pour les chrétiens, c'est la limite de l'amour, du don de soi."
Dan et James se sont rencontrés quand ils avaient 16 ans, à l'époque où ils travaillaient comme animateurs dans des camps pour jeunes défavorisés à Orilla, au Canada. Dan est tombé amoureux de James quand ils étaient à l'université. Mais James était concentré sur sa contribution à la vie de son église, et sur son désir d'aider les autres. Pensant souvent au sacerdoce, James découvre à l'époque le Catholic Worker Movement (CWM) quand son ami William Payne l'invite à visiter une "hospitalité". Fondé en 1933, le CWM est basé sur un choix de pauvreté volontaire et de vie commune dans des maisons de l'association.
Mais la vie communautaire n'allait pas sans stress pour James et Dan. Ce dernier finit pas quitter le foyer de la CWM mais s'installe tout près. Déjà, à ce moment-là, les deux jeunes hommes formaient un couple.
"Ces commandements qui étaient la règle de vie commune dans les foyers, sont aussi les valeurs à la base de notre relation", expliquait James quand il racontait son expérience du CWM. "Je pourrais le décrire comme un ancrage pour nous deux."
Joindre les Christian Peacemaker Teams (CPT) en 2000 était une étape logique pour James. Tout comme les CWM, les CPT sont une organisation pacifiste, fondée sur la notion qu'aucun Chrétien ne devrait participer à des actes de guerre. Son voyage en Irak en 2005 devait constituer une visite de 10 jours pour rassembler des données factuelles. Toujours méfiant vis-à-vis des média, James cherchait ses propres réponses.
"Le but était d'essayer de comprendre le conflit d'un point de vue le plus proche possible de la réalité des gens, et de ramener cette information à la maison", explique-t-il. Quatre jours après son arrivée, James Loney et ses trois collègues terminaient une rencontre avec l'Association des Docteurs Musulmans, (ndt: docteurs dans le sens de théologiens) quand leur véhicule a pratiquement été harponné par une voiture blanche. Quatre hommes armés en sont sortis, et sont montés dans le véhicule des Peacemakers. Ils ont ensuite roulé pendant 20 minutes pour arriver à un enclos entouré d'un mur très élevé.
"Nous avons été emmenés un par un dans le living-room de la maison et nous avons été fouillés. Ils ont pris nos caméra, nos cellulaires, nos carnets de note, l'argent, les passeports, ma ceinture et celles de autres. Nous avons ensuite été menottés, les mains dans le dos."
Et alors qu'aucun des Peacemakers ne parle arabe, ils arrivent à tenir une conversation minimale avec l'un des ravisseurs qui connaît quelques mots d'anglais. Ils surnomment cet homme "Number One."
"Nous avions avec nous ce papier, que nous appelions entre nous "la feuille magique" sur laquelle se trouvait une explication en arabe et en anglais de ce que nous étions venus faire", explique James. Il donne alors la feuille à Number One, qui apparaît frustré par ce qu'il y lit. Pour James, cette réaction pouvait signifier qu'ils s'étaient trompés d'otages. "Il me dit alors: 'Vous êtes un homme pacifique, et j'aime les pacifiques, mais cela ne change rien", se souvient James. "Car nous devons combattre les Américains qui ont envahi notre pays", ajoute l'homme.
Le lendemain, James commence à craindre que son orientation sexuelle ne soit découverte. En effet, les ravisseurs ont expliqué qu'ils feraient des recherches sur l'origine des otages afin de vérifier s'ils étaient vraiment des pacifistes. James se souvient alors des articles qu'il a écrit sur sa vie en tant que gay et prend peur que son compagnon ne soit "déplacardisé" par les média. "C'était pour moi une crainte majeure pendant les deux premières semaines", explique-t-il, "vraiment forte."
Au Canada, les amis de James et sa famille, y compris Dan, avaient anticipé la chose. Ils avaient réussi à retirer ces articles des sites internet sur lesquels ils étaient disponibles, et le mur de silence sur l'homosexualité de James s'est révélé efficace, même si, pour Dan, c'était une douleur supplémentaire.
De plus, par malchance, Dan et James n'avaient aucun partenariat reconnu, ce qui a empêché Dan d'être tenu au courant par les autorités. "Dan et moi sommes restés en contact par cellulaire", explique Matt, qui a servi de porte-parole de la famille pour les média.
Il y a aussi eu des tensions avec la famille de James à propos de leur relation. "Mes parents sont d'une autre génération, intensément catholiques et très conservateurs.", explique Matt, "Et ils ne sont jamais arrivés à mettre la sexualité de mon frère dans une juste perspective. Il leur a fallu, tout à coup, faire face à la réalité et réaliser que Dan avait une part bien plus grande dans la vie de James que ce qu'ils avaient voulu croire."
Pendant ce temps, Dan ruminait la possibilité que son compagnon pourrait ne jamais revenir à la maison. "Les premières 24 heures, nous nous déplacions dans la maison comme des limaces", dit-il. "La deuxième semaine, je restais couché au lit la plupart du temps, en pensant à l'organisation de funérailles pour Jim. J'ai commencé à réfléchir à ce que je dirais pendant l'eulogie. Et puis, pour faire simple, je passais le reste de la journée à pleurer."
Plusieurs semaines se passent, et James remarque que ses ravisseurs semblent ne pas savoir grand chose sur lui. Ils lui posent encore des questions sur sa vie. Ce qui l'amène à penser que son secret est sauf. "Je pensais souvent à Dan et je me demandais ce qui lui arrivait et comment il vivait cette affaire," se souvient James. "Je m'interrogeais aussi pour toute ma famille. J'éprouvais un profond sentiment de gratitude, et puis, graduellement... j'ai arrêté de le faire. Le désir de penser à ceux que j'avais laissé au pays s'est tout simplement évaporé."
Et alors que les mois se succèdent, une sorte de routine s'installe dans cette maison de Bagdad. James prie, utilisant ses doigts pour compter les dizaines du rosaire. La nuit, les otages dorment menottés les uns aux autres, et ils restent menottés individuellement durant la journée, sauf pour aller aux toilettes. Trois fois par jours, ils reçoivent une sorte de pain pita avec un peu de fromage et quelques frites. James finit par perdre une vingtaine de kilo. Les otages partagent les histoires de leurs vies, et James raconte comment il a lutté douloureusement avec son homosexualité.
En ce qui le concerne, James essaie de rester humain avec ses ravisseurs, et même dans cette situation de vulnérabilité, il tente de s'adresser à eux de la manière discrète, sans prosélytisme, qu'il usait avec les sans-abris quand il vivait avec les CW. "Je les traitais avec respect et une certaine forme d'attention", dit-il. "Une part de cette attitude vient de cette idée évangélique de l'amour des ennemis", et James s'est particulièrement adressé à un des ravisseurs, qu'ils avaient surnommés Junior, et qui avait perdu ses deux parents, sa soeur, son meilleur ami et sa fiancée dans un bombardement par les forces coalisées.
À l'approche de Noël, le jeune homme confie à James qu'il songe à devenir une bombe humaine pour venger sa famille. "Comment atteindre quelqu'un qui pense à utiliser son corps comme d'une arme parce qu'il est dévoré par la haine et le désespoir?" réfléchissait James. "Je ne savais pas quoi faire, mais ça me perturbait beaucoup. Je voulais prier pour lui. Mais je voulais qu'il s'agisse d'une prière que le jeune homme puisse ressentir dans son corps d'une façon physique. Alors je me suis dit: Et si je lui proposais un massage?"
Un matin, James le lui propose et Junior accepte. "J'ai l'impression qu'on ne l'avait jamais touché de cette manière auparavant", explique James. Et tout en mesurant le danger qu'il y avait à ce que ce jeune homme apprenne qu'il a été massé par un homo, James était décidé à l'atteindre, à guérir un peu de la douleur qui l'habitait et lui apporter une mesure de paix. Plus tard, dans son anglais chahuté, Junior lui explique qu'il a renoncé à être une bombe humaine. "Nous en avons parlé, et il m'a demandé mon avis. Je lui dit alors: 'Non, non, non. Ce n'est pas bien.' Lors de notre dernière conversation, il finit par me dire: 'Moi pas bombe humaine.'"
Le 12 février, l'un des otages, Tom Fox, le seul Américain du groupe, est emmené dans une autre maison. Des semaines plus tard, selon James, les ravisseurs expliquent aux otages qu'ils vont bientôt annoncer que Fox est mort mais qu'il ne s'agit que d'une manoeuvre pour augmenter la pression sur les gouvernements canadiens et britanniques. En effet, expliquent-ils, le gouvernement américain ne s'inquiète pas pour lui. Le corps ligoté de Tom Fox a été plus tard découvert à l'ouest de Bagdad, le 10 mars, par les forces américaines. Il avait été abattu d'une balle dans la tête et d'une autre dans la poitrine.
"Après le meurtre de Tom et la découverte de son cadavre, j'étais sûr que Jim serait le suivant," déclare Dan. "Nous ne sommes pas arrivés à communiquer avec les ravisseurs. Pas de communication, et puis un meurtre. Notre réponse, qui était de rester ouverts, disponibles pour eux, tout ce que nous avions fait, avait complètement échoué. Ils avaient tué Tom."
Le matin du 23 mars, James et les autres otages entendent des bruits d'un tank, de verre brisé et de bottes sur le sol. Un contingent de soldats britanniques, américains, canadiens et irakiens prend d'assaut la maison et libère les otages. L'un des soldats pousse et malmène un homme tout sale les yeux bandés. Quand il s'approche, James voit que c'est celui qu'ils avaient surnommé Medicine Man. "Je suppose qu'ils l'avaient capturé. Il a sans doute été détenu lui aussi et il a fini par amener les soldats vers la maison."
James, marchant vers la porte, remarque Medecine Man avec ses yeux bandés, seul devant tous les soldats. Et James lui touche l'épaule dans un geste de compassion et d'empathie. L'homme sursaute. "Maintenant, je regrette de ne pas lui avoir dit mon nom à ce moment-là, et j'aurais aimé le connaître en tant que personne, et que lui me connaisse aussi."
James atterrit à Toronto le 26 mars 2006, un dimanche. Il y retrouve sa famille, venue avec Dan. Peut-être échaudé par ce "placard provisoire" dans lequel il a vécu, Dan demande à James s'il est prêt à révéler à la presse leur relation. Et James de répondre simplement: "Dan, plus de prison, c'est fini. Nous avons souffert assez."
Des mois plus tard, James et Dan sont assis dans le living-room de leur maison communautaire située dans une petite rue près du Lac Ontario. Habillé d'un vieux jeans et d'un t-shirt, James a l'air bronzé et reposé. Il a regagné une bonne partie du poids qu'il avait perdu pendant les quatre mois de sa réclusion. Et même s'il ne garde qu'une vague ressemblance avec le captif émacié, aux yeux hagards, dont la photo remplissait les journaux télévisés d'Al Jazera, son épreuve ne s'éloigne jamais de sa pensée.
Il redit que la guerre en Irak a été basée sur le mensonge, et alors qu'il voit bien l'ironie d'être un pacifiste libéré par des soldats, James ré-affirme sa résolution et la fermeté de ses opinions.
"Nos ravisseurs nous disaient, quand le temps semblait durer des éternités: 'soyez patients, quand vous serez libres, nous serons libres'. Je ne sais pas si j'en aurais eu le courage, et peut-être qu'avec la grâce de Dieu je l'aurais trouvé, mais j'aurais donné ma vie si ça pouvait arrêter la violence."

Pour Dan aussi, les blessures sont lentes à guérir. "Pour les gens, je suis un inconnu", dit-il, "J'étais assis dans la salle de presse avec d'autres gens qui écoutaient les nouvelles de la captivité de James. Pas des amis proches, juste des relations. Ils s'adressaient à la famille de Jim pour demander ce qui se passait, à quel point il devait leur manquer. Mais personne ne m'a demandé à moi: Et comment le vivez-vous? Comment arrivez-vous à porter ça? Seuls les autres homo ont ressenti ce que je vivais. C'est là qu'on voit la force du mythe du placard, à quel point il crée des blessures profondes. Le placard est un lieu d'humiliation, on se sent diminué, on suffoque. On ne peut pas y rester en vie. Pendant la prise d'otages, j'ai ressenti toutes les formes d'homophobie qu'il existe, y compris celle qui se trouve au fond de nous même."
Michael Rowe est un journaliste basé à Toronto et qui a déjà reçu de nombreuses récompenses. Il est l'auteur d'une collection d'essais intitulés "Looking for Brothers".




dimanche 24 septembre 2006
335. la maison des témoins
Pour cause de guerre au Liban, l'une des seules choses qui sont restées du programme de la World Pride prévue à Jérusalem était la rencontre gay inter-religieuse. Je suis particulièrement heureux d'apprendre que, dans ces circonstances, ce sont les hommes et les femmes de foi qui ont maintenu leur rencontre. Que Dieu les bénisse.
Parmi eux, James Alison, dont j'ai déjà dit tout le bien que je pensais mais que je vais répéter sans problème. Je suis très en retard dans la lecture de ses oeuvres, tellement je les trouve riches. Comme introduction, on peut lire une interview récente intitulée Violence Undone.
Pour en revenir à la rencontre de Jérusalem, voici le témoignage d'une participante américaine, elle-même ministre ordonné et femme de foi. Elle habite Concord, dans le Massachussett, et publie cet article dans la gazette locale en ligne. La traduction est de votre indigne serviteur (qui est tout de même heureux de voir qu'il traduit mieux que le moteur de Google). Les liens vers d'autres sites ont été aujouté par moi.
Publication du 23 Septembre 2006
Chercheurs de Paix, de Justice, d'Amitié
La première conférence religieuse multi-confessionnelle gay et lesbienne a été une expérience qui ouvre les yeux
Un article de Leanne M. Tigert, pour le Concord Monitor
Une nuit d'août, un temps de fournaise à Jérusalem-Ouest. Je suis assise dans un restaurant gay-friendly, pressée autour d'une table avec 15 autres gay, lesbiennes, bisexuelles. À première vue, on dirait un de ces clubs ouverts le samedi soir, mais la conversation suggère qu'il s'agit d'une rencontre unique.
De l'autre côté de la table, une jeune femme dans les 25 ans. Elle se présente elle-même comme une bisexuelle "out", mais qui est toujours "dans le placard" en tant que chrétienne. "J'ai émigré de Sibérie vers Israel", raconte-t-elle, "M'affirmer lesbienne était impossible en Sibérie, mais pour obtenir un statut légal en Israel, il faut être Juive, et donc je le suis devenue."
Et à côté de moi, un couple lesbien Orthodoxe, habillé dans la tenue traditionnelle, jeune et amoureux, heureux d'être en compagnie de gay et de lesbiennes qui sont aussi des gens de foi. (people of faith).
De l'autre côté, un Afro-Américain, ouvertement gay, un pasteur Pentecôtiste progressiste de Harlem.
Il n'y avait pas de Musulmans parmi nous ce soir là - avec la guerre, ils le sentent encore moins que d'habitude de s'aventurer dans la très Juive Jérusalem-Ouest.
La moitié d'entre nous sont des ministres ou rabbins des États-Unis et d'Angleterre. Nous sommes à Jérusalem pour participer à la première conférence inter-religieuse des gay, lesbiennes, bisexuels et transgenres. Les autres sont reliés à la Jerusalem Open House, un centre gay et lesbien qui fait la promotion d'une série de conférences et de veillées.
Cette soirée - et le voyage - ont été arrangés pour nous aider à chercher des réponses à une question que nous avons en commun: Nos expériences d'oppression et d'exil, de libération et d'espérance, pourraient elles créer une ouverture vers le dialogue au-delà des fronts de la politique, de la religion, de la race et de la famille, un dialogue qui serait même instructif pour l'ensemble de la communauté humaine?
Comme une ville-fantôme
Plus tôt dans la journée, pendant que les membres Juifs de notre délégation observaient le Sabbat, les Chrétiens ont visité Bethléem. Notre première expérience du mur de séparation. Construit par le gouvernement après la deuxième intifada et la vague d'attentats suicides dans Jérusalem, le mur est une barrière physique qui divise les zones Chrétiennes et Musulmanes des zones Juives.
Le but officiel est de limiter la possibilité d'attentats suicides et de diminuer la violence dans la ville, ce qui semble un objectif atteint. Néanmoins, cela a un prix: les gens qui vivent de l'autre côté du mur (Musulmans et Chrétiens) ont perdu l'accès au travail, aux terres agricoles, aux soins de santé, aux écoles, aux aires de loisirs et plus généralement à la liberté de mouvement. En tant que Chrétiens, il y a quelque chose de surréaliste à devoir montrer ses papiers d'identité pour aller visiter le lieu de naissance de Jésus.
De mon précédent voyage en 1979, je me souvenais de Bethléem comme une ville grouillante d'activité, pleine de touristes, de boutiques et d'habitants. Durant ce voyage, au contraire, j'ai eu l'impression d'arriver dans une ville-fantôme. Les boutiques pour touristes étaient fermées, les places publiques très calmes. Nous avons déjeûné avec notre guide Chrétien et un pacifiste Musulman. Et nous avons écouté les nouvelles perturbantes sur les effets de la politique gouvernementale sur leurs vies, tout comme les histoires pleines d'espoir sur le travail de la résistance non-violente et l'éducation à la paix dans leurs communautés.
Le père James Alison, un théologien gay Catholique venant d'Angleterre, avait un rendez-vous avec un jeune Chrétien gay "dans le placard". Le jeune homme avait lu un livre de ses livres, Catholic and Gay, l'avait contacté par internet et n'arrivait pas à croire à sa chance que James Alison était à Jérusalem et prêt à le rencontrer.
Ce jeune homme avait habité Jérusalem toute sa vie, et avait l'habitude de se déplacer librement dans la ville. Maintenant, il habite en dehors du mur. Et alors qu'il lui faudrait normalement 20 minutes pour faire le trajet, il prévoit plutôt qu'il faudra quatre heures. En fait, personne ne sait jamais à l'avance combien le passage aux points de contrôle va prendre. Il raconta à James Alison qu'il lui est arrivé de se présenter avec ses documents, que le garde les a examinés puis lui a dit de s'asseoir, et qu'il est revenu trois heures et demi plus tard pour lui dire qu'il pouvait passer.
J'espère que ce n'est pas ma maison
Les jeudi à Jérusalem-Est, un groupe de Chrétiens se rassemble pour prier et déjeûner. Quelques-uns d'entre nous les ont rejoint ce jeudi-là. Ce fut une expérience rare d'avoir des Chrétiens et des Juifs célébrant ensemble et discutant de ce que l'Écriture pourrait nous dire du conflit israélo-palestinien.
Une Palestinienne Chrétienne, Joyce, se tourne un moment vers Jared, un Juif originaire de Concord et qui a déménagé à Jérusalem dans les années 90. Elle lui demande: "Dans quel quartier vis-tu?"
Quand il explique l'endroit, elle ajoute: "J'espère que tu n'habites pas dans ma maison!"
Elle lui raconte alors qu'elle était enfant en 1948 dans ce quartier, au moment où sa famille a été chassée de sa maison pour que les familles juives qui arrivaient puissent être logée. Jared en est resté muet. Plus tard, il explique pourquoi il est plein de gratitude pour avoir entendu cette histoire.
"Ce n'est pas ma réalité, dit-il, et il faut que j'en prenne conscience. Je préfèrerais vivre dans un quartier où se rencontrent Juifs, Musulmans et Chrétiens, mais qu'est-ce que je peux faire? Chaque fois que j'entrerai dans ma maison, j'aurai un souvenir pour la famille qui a été forcée de partir pour que moi je puisse y vivre."
Une de nos dernières visites a été consacrée à l'assocation Rabbis For Human Rights, qui aide les Palestiniens et les Israéliens à vivre en paix. L'un de leurs efforts majeurs est d'empêcher le gouvernement de détruire des foyers et quartiers Musulmans. Le directeur de l'association nous a emmené visiter une famille musulmane dont ils avaient en vain tenté de sauver la maison (car elle a été démolie), mais qu'ils ont reconstruite. Nous avons pris le thé ensemble: 20 activistes gay et lesbiennes avec un rabbin chez une famille musulmane, reconnaissant notre souci commun pour la paix, la justice et l'amitié.
Je suis allée à Jérusalem avec un group inter-religieux de responsables gay et lesbiennes cherchant la réponse à une question précise: Nous qui sommes des exilés dans nos communautés de croyants, pouvons-nous devenir ensemble des pélerins marchant ensemble dans ce combat pour une paix juste?
J'ai trouvé la réponse en allant prier à Saint-George, une centre anglican avec une église et une maison de retraite, situés à Jérusalem-Est. Après nous être présentés à l'un des responsables, elle ajouta immédiatement: "Dieu merci que vous soyez ici. C'est une telle honte que la seule chose sur laquelle les trois grandes religions présentes ici, ce soient des propositions homophobes. Votre présence est un témoignage que l'amour triomphe et que la justice est possible."
Voici ma prière pour la paix à Jérusalem et pour tous ceux qui sont touchés par l'Islam, le Judaïsme ou le Christianisme: que nous puissions transformer nos lieux de division, de souffrance et de peur en sources de relation, de guérison, d'espérance et de paix.
Salaam. Shalom. Paix.

Le Rev. Dr. Leanne McCall Tigert est un ministre ordonné de l'Eglise Unie du Christ. Elle préside la New Hampshire Association of Licensed Pastoral Psychotherapists et travaille comme professeur adjoint à la Andover Newton Theological School in Massachusetts. Elle a également un cabinet privé de psychothérapeute à Concord. Cet article lui permet d'introduire une conférence qu'elle pronconcera aujourd'hui en ville.
Elle a écrit (ou co-écrit) notamment:
en 2004, Transgendering Faith: Identity, Sexuality, And Spirituality ,
en 2001, Coming Out Young And Faithful,
en 1999, Coming Out Through Fire: Surviving The Trauma Of Homophobia,
samedi 23 septembre 2006
334. l'anniversaire de la pomme
Selon les calculs littéraux de la Bible, il y a aujourd'hui quelques 5.767 ans que Dieu créait la terre, et donc nous sommes à quelques heures du moment anniversaire où Adam a croqué la pomme. Plus sérieusement, bonne année à tous ceux qui célèbrent le Nouvel An Juif. L Shona Tovah! Selon la tradition, que le miel représente les prémices d'une année douce et que les pommes vous montrent que Dieu bénit la terre et la fait fructifier.

Quoiqu'il est bon de souligner qu'il y a un tas de chrétiens qui sont persuadés que les choses se sont vraiment passées comme la Bible le conte....
Le samedi est un bon jour pour vider ma boîte à lettres et de faire le tri parmi tous les articles que je voudrais partager sur ce blogue. Voici un rapide résultat du tri d'aujourd'hui.
Pour discuter de l'homoparentalité, il arrive qu'on dise n'importe quoi sur les homosexuels. Un article de Znet permet de tordre le cou à certaines affirmations sans fondement scientifique. Comme par exemple celles-ci:
(1) Les enfants pourraient courir plus de risque d'être maltraités par des parents gay que par des parents hétéro. (2) Puisque les gay auraient plus de problèmes psychologique que les hétéro et qu'ils forment des couples moins durables, l'adoption d'enfants par des couples gay ne peut que nuire à l'enfant. (3) Les enfants se portent mieux quand ils sont adoptés par un couple hétéro de gens mariés.
Des affirmations qu'on entend souvent (y compris dans le camp catholique des opposants à l'homoparentalité) et dont l'article montre qu'elles n'ont aucun fondement scientifique ou statistique sérieux.
Par contre, l'article fait état de résultats statistiques sur l'éducation des enfants dans les milieux conservateurs "christianistes". Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les résultats sont assez désastreux. Je trouve que ceux qui prétendent protéger les enfants contre ces horribles parents homosexuels feraient bien de d'abord balayer devant leur porte...
C'est d'ailleurs ce que j'ai dit à une dame qui me faisait part de sa militance contre l'homoparentalité (au sein d'un joli parti cathobourgeois) mais qui est elle-même un désastre comme mère et comme épouse. Le jour où il suffira d'être hétéro pour être de bons parents et de bons époux...
Plus encore, le jour où l'Église fera autant pour combattre l'adultère et le divorce (et leurs effets désastreux sur les familles et leurs enfants) que pour combattre le mariage gay et l'homoparentalité, on saura qu'elle a compris où étaient les vrais dangers pour la sainteté de l'institution divine du mariage.
Un deuxième article provient de militants gay italiens pour la création d'une sorte de PACS à l'italienne. Un article qui explique tout d'abord la place inhabituellement grande du Vatican dans la politique italienne. Je crois que si les autres épiscopats intervenaient autant dans la politique que celui d'Italie, les démocrates de pays comme la France ou la Belgique seraient totalement choqués. C'est clair qu'il y a de bonnes explications à cela, mais il faut le comprendre pour se rendre compte à quel point les militants homosexuels italiens utilisent souvent des termes très durs pour condamner le pape et l'Église Catholique. On les comprend: à être si près du soleil, ça chauffe plus.
Ainsi, pour le cas de l'union civile ouverte aux homo, le Vatican a déclaré, rapporte l'article: que c'est une chose de tolérer le mal, et c'en est une autre de l'autoriser. Sous-entendu, on peut tolérer qu'il y ait des couples homo, mais si l'Église avait le pouvoir d'installer son éthique sur la vie sociale italienne, on interdirait totalement ces homo qui s'aiment, parce que ce qu'ils font est mal.
Dieu nous préserve à tout jamais d'une théocratie quelconque, y compris d'une théocratie catholique. Qu'arriverait-il à ces homo qui s'aiment et qui vivent en couple si les évêques disposaient du pouvoir politique? Je n'ose l'imaginer...
D'ailleurs, heureusement que nous vivons dans des régimes qui font la différence entre le légal et le moral. Une disctinction qui pourrait bien tomber, si l'on écoute le désir de certains de nos hiérarques ou bien des promoteurs du Bushistan.
Mais l'article m'a rappelé ce que je ressentais à propos du mariage gay. Certes, les pays pourraient l'un après l'autre voter un attirail de lois pour protéger les couples homo, notamment en matière de biens, d'héritage, etc. C'est le minimum que l'Italie puisse faire, dit l'article.
Néanmoins, souligne l'intervenante de l'article, ce que les homo veulent, c'est aussi la reconnaissance d'une cérémonie. Ils ne veulent pas seulement les avantages ou la protection du mariage, ils veulent sa consécration civile.
De l'importance des cérémonies... De la symbolique du geste et de l'engagement... Du caractère sacré de l'amour donné dans le couple... Les Catholiques devraient comprendre ça.
D'ailleurs, comment peut-on imaginer que des homo qui se marient ne voudraient pas une "vraie" célébration de leur mariage !!!
Blague à part, j'aimerais un jour me mettre à table avec quelques autres cathogay et composer les grandes lignes d'une cérémonie d'union homo... Un bon exercice de style.
Un autre article m'apprend que les cardinaux de Los Angeles et de Mexico (peut-être parmi les plus puissants d'Amérique du Nord) sont poursuivis pour avoir permis (volontairement ou par négligence) le passage d'un prêtre inculpé de pédophilie des Etats-Unis vers le Mexique, et donc d'avoir échappé à la justice. Un dossier à suivre, ne fut-ce que parce que c'est une première.
Et pour terminer sur une note d'humour, voici quelques uns des vêtements pour enfant que les parents hétéro ont trouvé ces derniers temps... Et je suis d'accord qu'il faudrait d'urgence protéger ces enfants, les pauvres.



vendredi 22 septembre 2006
333. sous le choc
J'ai d'abord été sous le choc à la lecture des résultats publiés par le très sérieux American College Of Physicians (c'est à dire, pour faire simple, l'équivalent de l'ordre des médecins mais sans l'aspect légal qu'il aurait en Europe). Il s'agit d'une étude réalisée à New-York sur la différence qu'il existe entre les pratiques sexuelles des hommes (entre eux, s'entend) et ce qu'ils disent de leur orientation sexuelle. Le but étant de voir si cela a des implications sur la propagation de MST, dont le sida.
Selon l'étude, parmi les hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes (y compris le sexe oral, et c'est important de le souligner), il existe pratiquement un nombre équivalent d'hommes qui se disent homo et d'hommes qui se disent hétéro, ceux-ci ayant souvent une relation conjugale de longue durée (70% d'entre eux).
Or, toujours selon cette étude, ce sont les hétéro qui baisent avec des hommes qui sont largement moins protégés dans leurs relations sexuelles et qui seraient un facteur plus important de propagation des MST. Un résultat important pour ceux qui doivent organiser des campagnes de prévention...
Comparés à des hommes qui s'identifient comme homo, les hétéro sont moins enclins à se protéger lors de relations sexuelles, comme par exemple à utiliser des préservatifs. Comme si, me dis-je, l'usage du préservatif les "marquait" comme faisant partie du "groupe à risque" homo...
Plus loin dans la page, on lit qu'environ 10% de ceux qui se déclarent hétéro ont régulièrement des relations sexuelles avec d'autres hommes. Alors qu'on estime qu'il y a environ 12% d'hommes qui se disent homo dans la ville. Je trouve ça choquant comme chiffre: un hétéro sur dix aurait des relations sexuelles avec d'autres mecs? Et l'étude dit bien que, parmi ces hétéro, il y en a 70% qui sont mariés...
Est-ce qu'il ne s'agit pas tout simplement d'homo ou bien de bi "placardisés"? ou tout simplement d'hommes qui sont dans des "phases" ou en pleine confusion sur leur orientation? Parce que, pris sérieusement, il faudrait comprendre qu'un hétéro sur dix a des préférences sexuelles qui ne correspondent pas à son orientation.
Les chercheurs font remarquer que la plupart de ces hétéro qui baisent des homo (mais qui sont souvent dans une relation conjugale) proviennent de milieux ethniquement marqués, ou moins éduqués, ou moins fortunés... des milieux réputés comme plus homophobes. D'où, dans la conclusion, une question évidente: ont-ils répondu qu'ils sont hétéro parce qu'ils détestent l'idée d'être associé d'une manière quelconque avec des saletés de pédales? Pour ma part, je n'en serais pas surpris: on sait que dans certains milieux, on affirme haut et fort qu'il n'y aurait pas d'homo chez eux, ou peut-être quelques bi (et encore à la rigueur).
D'ailleurs, l'étude n'exclut pas que certains de ces "soi disant" (littéralement) hétéro n'ont de relations sexuelles qu'avec d'autres hommes et jamais avec des femmes... Suspect tout ça.
Donc, au bout du compte, je me remets du choc: les choses sont plus ou moins telles que je les imaginait. C'est-à-dire qu'il y a un paquet d'homo mariés (à des femmes) ou célibataires et qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes. Parfois ils s'agit d'hommes vraiment hétéro (et ne baisent d'autres mecs que pour le génital), et parfois ils sont bi ou homo placardisés (et alors il y a des possibilités de sentiments amoureux ou même de relation).
Ce genre d'étude médicale me conduit à penser qu'il reste encore beaucoup de malentendus sur l'homosexualité, notamment dans le grand public catholique. Non, un homme qui baise avec un autre homme n'est pas nécessairement homo. Tout comme un homme marié avec une femme ou continent pourrait malgré tout être homo.
C'est pourquoi des termes utilisés par la morale catholique officielle (comme les "personnes ayant des tendances homosexuelle") n'ont plus beaucoup de sens et montrent que, scientifiquement, ils datent. De même, s'adresser à tous les hommes qui baisent des hommes en ignorant que certains sont homo, certains bi, certains hétéro et d'autres en pleine confusion, ne peut entraîner que des simplifications abusives.
De plus, vaut-il mieux contribuer à changer les mentalités de sorte que les "placardisés" puissent se reconnaïtre gay ou bien faut-il renforcer encore les interdits de sorte qu'ils "disparaissent" dans l'anonymat hétéro et cessent de former une "soi-disant culture"? Pour ma part, je pense à l'épouse qui court des risques de contamination, aux enfants, etc. Et je serais plutôt en faveur d'aider les hommes à voir clair dans leur sexualité. Après tout, ça ne ferait pas de tort à la sainteté de l'engagement chrétien dans le mariage... Sans parler du fait de sauver des vies, ce qui est le but premier de l'article.
Et si le sida se propage parce que certains n'arrivent pas à s'assumer homo et à se protéger, ceux qui contribuent (notamment chez les catholiques) à une image négative de l'homosexualité portent une grave responsabilité. Littéralement, c'est une question de vie ou de mort. Dans ce cas-ci également, l'homophobie est mortelle et tue des gens.
En effet, qu'est-ce qu'il y a de commun entre, d'une part, un homo qui cherche l'homme de sa vie et a une vie sexuelle marquée d'affectivité et, d'autre part, un hétéro qui baise avec d'autres hommes parce qu'il trouve que certaines choses sont mieux faites (selon lui) avec des hommes qu'avec sa femme?
Je serais moraliste, je ferais un effort pour écrire des conseils différents pour ces deux catégories de personnes, ne fut-ce que pour reconnaître que les homo existent et ont des problématiques différentes. Dans un cas, il s'agit d'une véritable "orientation" sexuelle, dans l'autre, c'est simplement une "préférence". Moralement, je trouve qu'il y a une grande distance entre les deux situations...
Je laisse aux statisticiens parmi vous le soin de voir clair dans tous ces résultats. J'avoue que certaines terminologies me dépassent un peu. Mais je pense que cette étude pourrait apporter un peu de lumière dans beaucoup de débats.
Pour terminer sur une note légère, ça m'est arrivé souvent de repérer un homo aux goûts immodérés qu'il pourrait avoir pour certaines chanteuses sulfureuses. Les fameuses gay diva... Et voici une image d'un de ces fans...

Quant aux hétéro à la situation plus que douteuse, du genre Tom Cruise, John Travolta, Keanu Reeves et quelques autres, on peut y ajouter Ricky Martin, qui passe des vacances à la plage avec son meilleur pote... Une façon très virile de secouer ensemble le sable du drap de plage... pour deux...

jeudi 21 septembre 2006
332. en dommages et intérêts
Le plus adorable des sorbonnards m'a transmis cette info selon laquelle l'évêque de Meaux, Mgr Albert-Marie de Monléon, op, s'est porté partie civile dans un procès contre un prêtre inculpé de pédophilie. Une première, puisque on avait plutôt tendance à voir jusqu'ici les évêques du côté des accusés pour non-assistance à mineur en danger, voire même pour complicité...

Par exemple, dans nos régions, on se souvient que le cardinal de Malines-Bruxelles, Mgr Godfried Danneels, et son auxiliaire, Mgr Paul Lanneau, avaient à répondre de leur éventuelle connaissance des agissements d'un prêtre bruxellois (entre-temps condamné). En France, Mgr Jacques Gaillot, évêque d'Évreux à l'époque, était blâmé pour avoir accueilli sans discernement un prêtre canadien violeur de mineurs, déjà condamné (et emprisonné) dans son pays et qui a récidivé dans son nouveau diocèse. En son temps même, Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux, a été condamné à trois mois avec sursis pour son manque d'action contre un de ses prêtres qui a abusé de mineurs (alors qu'il "savait").
Les esprits grincheux pourraient se demander qu'est-ce qui peut fonder la position de Mgr de Monléon et suspecter le coup médiatique. En effet, sur quel base va-t-il demander des "dommages et intérêts" pour son diocèse? Surtout si le diocèse est supposé être le "patron" des prêtres qu'il mandate et à qui il confie une portion du Peuple de Dieu. Le commentaire du Nouvel Obs semble suggérer que le statut de victime sera sans doute réservé à ceux qui ont été violés.
De plus, le rôle des parties civiles, c'est tout de même d'accuser l'inculpé. Va-t-on voir l'évêque accuser ce prêtre?
Et c'est vrai que cette attitude de l'évêque n'exclut pas que des victimes ne demandent son inculpation (cette fois comme personne morale) ou celle de son prédécesseur (si les faits se sont passés à son époque) parce que "on savait, mais on a laissé faire".
Le pitoyable exemple américain montre qu'il peut y avoir des sommes énormes en jeu, dans le cas où le diocèse du prêtre condamné est jugé en partie responsable (même si non couplable), et donc doit participer à la réparation des dommages causés. On sait que plusieurs diocèses importants, comme l'archidiocèse de Portland dans l'Oregon (dont le cardinal Levada était le pasteur) et récemment le diocèse de Davenport dans l'Iowa (qui doit débourser un total dépassant les 10 millions de $), sont au bord de la faillite financière. Certains diocèses ont vendu des bâtiments (et même des églises) et réduit toutes leurs oeuvres, hélas aussi les oeuvres caritatives.
Donc, c'est vrai, on pourrait soupçonner le hiérarque de Meaux d'y avoir pensé. Ce n'est pas mon analyse. Je crois au contraire que c'est une attitude courageuse de sa part (car pour le tribunal il ne viendra pas seulement comme témoin mais comme plaignant) et qui vise à démontrer que l'Eglise est profondément endommagée par les attitudes de certains prêtres (on les estime à 2,5% du total, mais je n'ai rien trouvé d'autre que des conjectures sur le sujet).
Néanmoins, j'espère qu'il sera prudent et qu'il réussira (je ne l'envie pas) à montrer qu'il est totalement du côté des victimes. C'est semble-t-il son intention en ce portant partie civile, un message envoyé aux victimes pour dire "je suis à vos côtés". Une attitude qui n'était pas tout à fait claire dans le chef de Mgr Pican (avec quelques maladresses dans ses réactions), ni chez d'autres évêques (qui semblent parfois plus désireux d'éviter la dégelée financière que de soutenir les victimes).
Mais surtout, je voudrais bien que ce procès ne dérive pas vers l'homophobie. Et si des détails paraissent dans la presse sur ce que ce prêtre a fait, qu'on évite l'amalgame. Je partage la honte, voire la fureur, que les homo éprouvent à être accusés de pédophilie. Dans le cas des prêtres homo, c'est encore plus insupportable et injuste pour eux. Hélas, il est arrivé que les avocats des parties civiles tirent sur cette ficelle pour obtenir la faveur des jurés... Sans parler de ceux qui, notamment dans le monde catholique, vont suggérer que tout ça n'arriverait pas si on avait bien fait le tri des homo au séminaire.
J'invite ceux d'entre vous qui connaissent cet évêque (notamment parmi mes "hommes en blanc" favoris) à éclairer ma lanterne, et surtout à suivre ce procès qui commence le 24 octobre à Melun.
mardi 19 septembre 2006
331. nouvel apport à la masculinité


J'ai "acheté" un article paru aujourd'hui dans le quotidien bruxellois Le Soir. Il s'agit d'une interview de Christine Castelain-Meunier, et notamment de son nouveau livre sur l'évolution de la masculinité.
Ma lecture a été particulièrement attirée par ses propos sur l'apport des homosexuels à une évolution (positive) de la notion de masculinité ces dernières décennies.
« Des femmes exigeantes sur tous les plans »
L’invitée du lundi : Christine Castelain-Meunier
(questions de Dominique BERNS)
Le Soir : édition du 18/09/2006 | page 18
Plus d'un quart de siècle après la libération de la femme et la mise au rancart des modèles sociaux traditionnels, l'homme semble toujours se chercher. On a annoncé la mort du machisme ; mais celui-ci persiste, ouvertement dans certains milieux, et implicitement le plus souvent quand des hommes entre eux parlent des « nanas ».
On a loué l'authenticité des nouveaux rapports entre hommes et femmes, une fois l'amour libéré de la gangue des conventions sociales ; mais le couple moderne s'est révélé particulièrement instable et, parfois, le lieu d'un regain de violence conjugale.
On a trouvé naturel que l'homme prenne soin de lui-même ; mais beaucoup portent un regard mi-amusé, mi-moqueur sur le développement du marché des produits de soin et d'esthétique masculins.
L'homme, à dire vrai, n'est pas toujours très à l'aise dans le nouveau costume que lui a taillé la société post-soixante-huitarde. Entretien avec la sociologue Christine Castelain-Meunier, qui livre, dans Les métamorphoses du masculin (PUF), la substance d'enquêtes et de recherches qu'elle mène depuis vingt-cinq ans.
Être un homme aujourd'hui, ce n'est plus aussi simple qu'il y a cinquante ans. Les modèles et les rôles traditionnels se sont décomposés, hommes et femmes doivent imaginer à neuf leurs places, au sein de la famille comme dans le milieu professionnel ou social. Avez-vous, dans vos interviews, mis à jour les faiblesses du « sexe fort » ?
Il y a une fracture socioculturelle par rapport au modèle traditionnel du patriarcat rural et, ensuite, industriel. Dans le patriarcat rural, l'homme incarne la force physique dans un monde où l'important est la domination de la terre ; il est sur un piédestal. Avec le patriarcat industriel, le modèle évolue. L'homme n'est plus d'emblée sur un piédestal, mais reste le chef de famille, celui qui gagne l'argent. Si l'importance de la supériorité physique diminue, l'homme est celui qui a la capacité à utiliser la technologie.
Aujourd'hui, la force physique ne joue plus le même rôle. Mais le rapport que l'homme entretient avec son corps devient un moyen de signifier qu'il est masculin et de lever des ambiguïtés qui naissent du fait que ses comportements et ses rôles ne sont plus très différents de ceux des femmes. L'homme réhabilite son corps ; il affirme la capacité de se déployer dans l'ordre émotionnel, de faire preuve de sensibilité ; il l'entretient également, notamment par la musculation. Mais la maîtrise du corps ne se justifie plus par les besoins d'un rôle : aller à l'armée, travailler la terre. L'objectif, c'est d'être soi.
Pour être beau ? Il ne s'agirait donc que de mimer le modèle hédoniste mis en scène par la publicité. . .
Pas seulement. On assiste à une recomposition du rôle masculin, que l'on ne perçoit pas si l'on ne voit que le côté marchand et la « mise en scène » encouragée par la publicité. Cette recomposition passe par un nouveau rapport au corps. Ainsi, les problèmes de santé des hommes sont pris en considération, alors que l'homme, avant, n'avait pas le droit d'avoir mal au dos, de dire qu'il avait froid, qu'il était fatigué - comme s'il devait « écraser » son corps, son être.
Cette tendance, même si elle semble superficielle, hédoniste, consumériste, pointe vers plus d'humanité et d'altérité. Elle s'accompagne de l'émergence d'une culture intimiste masculine. L'homme peut parler de lui-même, des difficultés qu'il rencontre dans sa vie sentimentale et dans sa vie privée. Avant, cela n'avait pas d'importance, puisque les rôles étaient définis ; on ne se posait pas de questions.
Est-ce que l'acceptation de l'homosexualité a changé la manière dont les hommes se perçoivent eux-mêmes ?
Certainement. Il y a eu une diffusion de la culture homosexuelle, qui a été récupérée par la sphère marchande et par la publicité, notamment pour des produits de soins masculins. Toute allusion à l'homosexualité est bien sûr évacuée, mais ce sont bien les homosexuels qui ont ouvert le feu dans les années 60 en refusant de s'affirmer, en tant qu'homme, uniquement selon les critères et rôles traditionnels : la fonction, le statut social, l'argent. Ils ont revendiqué la possibilité pour l'homme de s'occuper de lui-même, puisqu'il est en situation de séduction, de conquête. Et ils ont donné un autre sens à la conquête : la rencontre de deux identités qui s'affirment en dehors des sentiers battus. Les homosexuels ont contribué à humaniser les rapports entre hommes et, partant, les rapports entre hommes et femmes, par la recherche d'une convivialité qui ne passait plus par les archaïsmes du patriarcat traditionnel. Ils ont contribué à l'émergence d'une société qui cultive le sujet, sa dignité, ses droits. Et les rôles antérieurs, qui, enfermant les individus dans des carcans, ne leur permettaient pas de revendiquer leurs droits, ont perdu leur légitimité.
Mais l'homme, du coup, n'est-il pas plus incertain de sa masculinité ?
Bien sûr. Puisque les rôles et les places ne sont plus définis, qu'il n'y a plus de hiérarchie entre le masculin et le féminin, l'homme ne peut plus se référer automatiquement à une position de dominant. Il n'est plus le seul à rapporter un salaire, à mener une carrière, à chercher à satisfaire ses désirs dans une liberté plus grande que celle de la femme ; il n'est plus le seul à s'affirmer dans la sphère publique et politique, à jouer un rôle social. Le changement est récent : disons 1970, avec le féminisme et l'affirmation, par les femmes, de leurs droits civiques et sociaux. Mais le bouleversement est bien plus profond pour les hommes de 25 à 35 ans, qui appartiennent à la seconde génération du féminisme. Après 1968, les femmes ont revendiqué, souvent avec fracas, le droit de s'affirmer socialement ; un partage des rôles dans la famille ; etc. Mais elles avaient à conquérir la sphère publique. Aujourd'hui, elles l'ont conquise ; et ce n'est plus contesté, ni contestable.
Du roman de Michel Houellebecq « Les Particules élémentaires », vous dites : « Il dit tout haut ce que de nombreux hommes pensent, à savoir qu'ils acceptent mal la libération sexuelle des femmes ». . .
Sur le plan sexuel, les hommes cherchent à satisfaire leur partenaire et, bien sûr, à se satisfaire eux-mêmes ; ils veulent entretenir des relations sexuelles harmonieuses. En ce sens, on peut parler d'une humanisation de la condition masculine. Mais ils ressentent le poids de l'impératif de la bonne sexualité : nombre de rapports hebdomadaires, durée des préliminaires. . . Il faut être dans la norme. Dans les entretiens que j'ai menés, j'ai été frappée de constater à quel point les jeunes hommes n'osaient pas dire que l'affirmation de la femme les gêne.
Ce serait politiquement incorrect. . .
Sans aucun doute. Mais il y a plus : d'une certaine manière, cela les arrange également. Ainsi du double salaire. Nous vivons dans une société marchande où un couple va mieux s'il y a deux salaires. L'attitude des hommes est donc ambiguë. Mais ils font face à des femmes exigeantes sur tous les plans. Et cela, les jeunes générations le prennent en pleine figure. Car les jeunes femmes, aujourd'hui, ont les moyens de vivre seules, d'être autonomes, d'assumer la séparation et, éventuellement, de refaire des enfants avec un autre homme. Du coup, elles osent exprimer leurs exigences. Elles combinent tous les rôles et elles demandent aux hommes de combiner tous les rôles. Elles leur demandent de ne pas être mous, de ne pas être faibles, d'être virils, d'être sécurisants ; mais ils ne doivent pas être « machos ». Lors de mes interviews, je demandais aux femmes de définir le masculin.
Spontanément, elles répondaient que les hommes sont volages et violents. Et quand je les poussais à approfondir, elles ajoutaient qu'elles voyaient l'homme comme le partenaire sur lequel elles peuvent s'appuyer, auprès duquel elles peuvent se réconforter, se sentir fortes. Pour les hommes, ces attentes sont contradictoires : ils ont le sentiment d'être étouffés par des femmes qui leur disent, d'une part, que le machisme, c'est nul, mais qui, dès lors qu'ils sont sensibles et sympathiques, leur reprochent de ne pas être assez virils, d'être toujours malades, fatigués, de trop s'occuper d'eux-mêmes, et pas assez d'elles.
Nos arrière-grands-pères seraient sans doute étonnés de voir leurs arrière-petits-fils faire la vaisselle ou passer l'aspirateur. Le partage des tâches ménagères a été demandé par les femmes, au motif qu'elles travaillent, elles aussi, à l'extérieur du foyer. Avez-vous eu le sentiment que les hommes l'ont, dans leur majorité, accepté de bonne grâce ?
La femme, généralement, veut conserver son pouvoir de maîtresse de maison : « Tu ne frottes jamais correctement le plat à gratin » ; « Tu ne sais pas langer correctement bébé » ; « Quand tu cuisines, tu mets du désordre ». . . Et l'homme a le sentiment qu'elle est toujours derrière son dos pour lui dire, en substance, « Regarde comme tu es nul ». Cela peut être oppressant. Et on voit des hommes chercher à s'évader ou à élever des barrières, par la lecture ou l'écoute de musique. Ils ont le sentiment que les femmes veulent que tout tourne autour d'elles et ne savent pas très bien comment se comporter.
On a voulu bâtir le couple sur l'amour. Mais le couple, aujourd'hui, paraît bien fragile. . .
Ce qui m'a frappée, lors de mes interviews, c'est le fait que les jeunes hommes, qu'on décrit souvent comme étant dans l'éphémère, cherchent en réalité à entretenir des relations à long terme avec leur partenaire. Ils se préoccupent beaucoup plus de la satisfaction de leur femme. Avant, il y avait, d'une part, l'épouse, la mère des enfants, et, d'autre part, la maîtresse ou les prostituées. Les femmes ne demandaient pas de comptes aux hommes ; et, si l'homme allait le dimanche à la maison close, l'épouse devait l'accepter. Dans les jeunes générations, ce n'est plus pensable. De manière générale, le couple est devenu très relationnel, très exigeant sur le plan identitaire. Toutes les facettes de la personnalité doivent être engagées et satisfaites, c'est un idéal difficile à atteindre. Car, plus les exigences et les attentes augmentent, plus le lien est profond, mais plus il est fragile. Et plus il y a de ruptures ou de violence quand le lien n'est pas satisfaisant. C'est une des interprétations de la violence conjugale et de ce que j'appelle la « masculinité défensive ». Il y a un malaise, au moins latent, sans doute chez un grand nombre d'hommes. Mais c'est aussi, ou cela peut aussi être, une ouverture.
Etre père aujourd'hui, c'est tout différent. Souvent, les jeunes pères ont le sentiment qu'on leur demande beaucoup. . .
C'est vrai. Et parfois, ils en font trop ; et la femme ne se retrouve plus dans sa maternité. C'est peut-être un des travers de la paternité relationnelle, qui s'est substituée à la paternité institutionnelle d'autrefois. Car les jeunes pères, en majorité, ne conçoivent plus leur rôle comme autrefois. La paternité, aujourd'hui, s'accompagne d'une présence plus grande et plus active. Les hommes ont compris que la paternité n'était plus garantie, compte tenu des séparations, des divorces, des remariages. . . , et que l'un des moyens de la garantir, c'était d'être proche de l'enfant. Désormais, les jeunes hommes ont à combiner tous les registres de la vie ; c'est précieux ; c'est en ce sens qu'il y a une humanisation du masculin. Mais cela peut être angoissant. Les jeunes hommes vivent une période de transition vers ce que j'appelle la mobilité des identités. Il est important aujourd'hui que les individus soient préparés, par leur manière d'être, leur culture et leurs aspirations, à assumer ces changements sociétaux fondamentaux.

lundi 18 septembre 2006
330. les limites du génie
Quand on est homo, il arrive qu'on entende des phrases du type:
" Quoi? vous êtes indignés? mais de quoi? qu'est-ce que j'ai dit de mal? Franchement, je n'ai jamais eu l'intention d'émettre des propos homophobes. Lisez attentivement ce que j'ai écrit. Est-ce que vous ne seriez pas trop susceptible? Je regrette vraiment que vous soyez blessé, parce que mon intention était justement de vous montrer tout mon respect. Néanmoins, ce n'est pas de ma faute. Je ne vois pas pourquoi je m'excuserais. Et d'ailleurs, ce que je dis est tout à fait exact, du moins si vous ne le comprenez pas de travers. Exprès. En fin de compte, c'est à moi que vous faites de la peine et c'est moi qui devrait me vexer... "
Toute ressemblance aux ennuis actuels d'un homme en blanc n'est bien sûr pas fortuite...
C'est le propre des génies intellectuels de s'étonner qu'on soit blessé par leur propos et de tout de suite supposer que c'est parce qu'ils ont été mal lus et surtout mal compris.
Voilà bien un des grands défauts des grands penseurs: ils croient que leur pensée est limpide parce que géniale. Ils s'imaginent qu'il n'y a qu'un seul sens à ce qu'ils disent, puisqu'ils sont si brillants. Et surtout, l'opposition à leurs idées ne peut venir que de quelqu'un qui ne les a pas comprises vraiment.
Logiquement, donc, c'est de la faute de celui qui se vexe s'il est vexé. D'ailleurs, ce n'est pas gentil, vu que celui qui avait parlé n'avait aucune intention de le vexer. Sans le dire tout haut, on suggérera que cette indignation est probablement le signe d'une intelligence plus faible, plus irrationnelle, moins contenue.
En plus, tout ce bruit et ces vociférations, c'est d'un genre. Alors que les propos ont été tenus avec une douceur exquise et une urbanité délicieuse, entre intellectuels de la même facture.
Parfois, j'envie la capacité de mobilisation des intégristes musulmans...
Plus encore, je suis un peu inquiet de lire, même chez des Catholiques, que toute une série de gens affirment bien fort qu'ils sont d'accord avec des propos du pape... alors que celui-ci affirme ne les avoir jamais tenus. Des gens qui ajoutent à leur propre lecture tronquée du texte une bonne couche de leur crypto-racisme profond.
Pauvres génies intellectuels, qui sont destinés soit à vexer les ignorants qui n'ont rien compris, soit à recevoir l'approbation des idiots qui ont tout compris de travers. On en viendrait à les plaindre.
J'espère qu'à quelque chose malheur est bon, car un peu d'écoute et de découverte des autres (et de leur difference) ne fera pas de mal.
dimanche 17 septembre 2006
329. in cauda venenum
Il arrive parfois que, dans le discours catholique officiel, les protestations de respect s'accompagnent malheureusement aussi de condamnations à peine voilées, ce qui atténue l'effet positif. C'est le cas, par exemple, de ce que les évêques canadiens ont exprimé en s'opposant à toute discrimination contre les élèves homosexuels dans les écoles.
Je salue le fait qu'ils demandent clairement qu'aucune violence physique ou verbale ne soit exercée contre les jeunes homosexuels. Ils rappellent que les écoles doivent être des lieux accueillants et sûrs. Une attitude courageuse d'autant plus remarquable qu'elle est trop rare, surtout quand on voit ce qui se passe dans d'autres épiscopats (par exemple en Afrique) où la diatribe homophobe est assez incendiaire.
Néanmoins, les évêques canadiens n'arrivent pas à s'empêcher de dire qu'ils trouvent malgré tout que l'homosexualité n'est pas un choix moral qu'ils acceptent. Et en cela, ils montrent leur ignorance: l'orientation sexuelle n'est pas un choix moral. Ce n'est d'ailleurs pas un choix du tout. Les termes employés montrent qu'ils n'ont pas encore intégré la différence (pourtant établie depuis plus de 30 ans) entre orientation sexuelle et préférence sexuelle.
Dès lors, les actes homosexuels ne sont en soi ni moralement bons ni moralement mauvais. Leur moralité dépend des circonstances, des intentions, des situations, des effets, comme pour tous les autres actes humains.
Donc, je salue le beau geste, mais je regrette la finale. Sauf que, bien entendu, j'espère toujours qu'à l'occasion de messages comme celui-ci, quelqu'un va éclairer la lanterne de nos bons hiérarques.
Et comme mon honorable correspondant à Québec m'avait transmis cette information via un lien sur le site de Radio Ville-Marie, j'en ai profité pour regarder leurs nouvelles.
J'ai donc lu avec beaucoup de plaisir que la cause de béatification de Jean-Paul 1er avance bien. Le cher pape aurait réalisé le miracle qui va permettre de boucler le dossier. J'ai déjà écrit qu'il se dit de plus en plus qu'il s'agissait d'un pape homophile et qu'il a eu des paroles encourageantes. Néanmoins, ces positions ne sont pas assez documentées pour devenir publiques. Et, franchement, je ne crois pas que ce soit bon de le dire trop fort... si l'on veut justement que la cause avance.
samedi 16 septembre 2006
328. les curieux mélanges
J'ai oublié de signaler en son temps un article du très britannique Guardian à la fin du mois d'août. Les scientifiques parmi vous vont apprécier d'apprendre qu'un comité de théologiens et de philosophes s'est réuni autour du pape pour avancer dans la reconnaissance d'une forme light de créationnisme.
Je ne vois toujours pas où est le problème à affirmer à la fois que la science montre que l'univers et l'humanité sont le résultat d'un processus d'évolution aux lois mises au point après les découvertes de Darwin, et en même temps que Dieu est notre créateur et que son souffle inspire toutes ses créatures dès les origines. Où est la nécessité d'exclure l'une des deux affirmations?
Si je comprends bien, il serait inadmissible, selon la ligne théologique "qui monte" actuellement, de proposer une séparation entre science et religion. Il faut que l'une soit supérieure à l'autre, et comme il est impossible que la religion soit soumise à quoi que ce soit, il est donc décidé que la religion va trancher dans les débats scientifiques. Je crois que ça s'appelle la hiérarchisation des domaines de la connaissance, au lieu de leur autonomie.
Pour ma part, je vois surtout la peur et l'insécurité dans lesquelles se trouvent certains théologiens: tant que la religion n'a pas son mot à dire sur tout, c'est la preuve qu'elle est fausse, ou à tout le moins partiale voire (horreur) relative à d'autres domaines de la connaissance. Drôle de certitude de la foi.
Au contraire, je me réjouis de ce que la beauté de la création divine se déploie de siècle en siècle en une suite ininterrompue de découvertes et de surprises. Est-ce que l'évolution des espèces végétales et animales n'est pas une magnifique découverte pour laquelle on peut louer le créateur? Est-ce que Dieu est nié quand on dit que notre humanité est le produit de l'évolution, avec son lot de hasards, de nécessités, d'avancées et de régressions? Non, décidément, je ne comprends pas cette obsession à vouloir établir la primauté de la pensée religieuse sur toutes les autres.
Qui sont d'ailleurs ces gens qui croient connaître la pensée du Créateur et l'étendue de son projet, et qui se placent "hors" de l'univers, comme s'ils le regardaient de l'extérieur? Ces gens qui, en fait, prennent le point de vue de Dieu, voire sa place? Celui qui a créé la diversité aurait une pensée tellement limitée qu'il ne lui serait pas possible de confier sa création au principe de l'évolution? Drôle de petit dieu rikiki...
Même chose en politique, notamment avec le cas canadien. La religion doit-elle entrer dans le débat politique? Voici un article qui trouve qu'elle ferait bien de réfléchir sur ses erreurs passées. Et j'ai souri en y lisant qu'il n'y a que peu de temps que les évêques canadiens ont présenté des excuses pour s'être opposés avec force (à l'époque) à l'extension du droit de vote aux femmes. Manifestement, leurs successeurs entendent bien répéter les mêmes erreurs ce siècle-ci.
Sans parler du fait que si le pape et les évêques veulent entrer à fond dans la politique, ils risquent de voir la politique entrer à fond dans la religion et poser des questions dérangeantes du genre: pourquoi donnez-vous des leçons aux démocrates alors que vous fonctionnez comme une gérontocratie masculine absolue? qui contrôle vos moyens financiers et les dépenses? sur quelle base effectuez-vous les nominations? pourquoi n'assurez-vous pas la protection des victimes de vos collaborateurs? où est la place des femmes? et souscrivez-vous aux droits de l'homme dans leur ensemble ou partiellement? et les droits de l'enfant?
Non pas que ce soient des questions sans intérêt. Mais j'aimerais que certains hiérarques se souviennent que leurs structures de pouvoir et de décision pourrait bien s'opposer à un tas de lois civiles. En France et en Belgique, on a déjà vu des évêques cités à comparaître pour une éventuelle responsabilité civile (à Caen ou à Evreux par exemple, pour complicité de pédophilie ou non assistance à mineur en danger). Il y a bien des choses à revoir dans la politique interne de l'Église Catholique, en termes de pouvoir, de nomination et de prise de décision. Et plus les évêques voudront se mêler de politique, plus on leur demandera de commencer par balayer devant leurs portes. En fait, leur propension à se lancer dans la politique pourrait même précipiter le questionnement du fonctionnement politique interne de l'Église.
Tout comme pour les sciences, je vois bien qu'il y a un courant intellectuel dans le monde catholique pour ré-imposer la suprématie de la religion sur le politique. Alors que le Concile Vatican 2 ait plutôt approuvé l'autonomie des domaines de la connaissance, et aussi l'importance de la place des laïcs (qui ne sont pas seulement sous les ordres des hiérarques). On voit bien ce que ça donne aujourd'hui dans d'autres pays, comme l'Iran.
Et je vois bien qu'une série de nostalgiques voudraient revenir au Principe de Canossa, à l'époque où tout pouvoir temporel devait baiser le pied du pape.
Bah, peut-être que ces sursauts de conservatisme ne sont que le signe qu'ils savent qu'ils sont en train de mourir et qu'ils livrent leur baroud d'honneur. Peut-être que je devrais au contraire me réjouir que ces nostalgiques d'un autre âge sortent du bois. D'un autre côté, la vigilance devrait être de mise.
Heureusement, pour nous ramener à l'essentiel, qu'il y a l'amour et quelques nouvelles bien romantiques. Ainsi, le dernier bastion franquiste de l'Espagne vient de tomber, puisque deux militaires gay se sont mariés hier à Séville. Dans un pays où la fierté masculine et la machisme ont longtemps été des synonymes, je suis heureux de voir qu'on est maintenant capable de séparer les deux. J'aime bien les paroles du maire de Séville aux jeunes mariés: "nous nous engageons à protéger votre couple". Voilà le vrai sens de la responsabilité de l'autorité publique: "des gens s'aiment et fondent une famille, c'est beau et protégeons-les".
Plus de 4.500 couples homo se sont mariés depuis qu'ils y sont autorisés civilement. Quelle belle manifestation publique d'amour.
Vive les mariés! Et que Dieu les bénisse!
