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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

jeudi 26 octobre 2006

343. dans le règne animal

Mon Sorbonnard favori a encore trouvé un article qui a tout pour me plaire. Il s'agit d'une exposition organisée par le Musée d'Histoire Naturelle d'Oslo (en Norvège) sur les animaux homosexuels. Le sujet n'est pas vraiment nouveau, je connais au moins deux excellents livres sur le sujet. Mais c'est la première fois, à ma connaissance, qu'une institution universitaire européenne finance une telle exposition.

Plus encore, c'est la première fois qu'un tel sujet est exposé à des enfants, qui se présentent dans le Musée par classes entières d'écoliers et d'élèves.

Bien sûr, la fureur des organisations homophobes (notamment chrétiennes) est à la mesure de l'audace du Musée. Fureur que l'argent du contribuable serve à mettre en évidence que l'homophobie ne repose sur aucune base scientifique et qu'il s'agit d'un pur préjugé issu de l'ignorance.

Oui, il faut être ignorant pour être homophobe.

Aujourd'hui, la distinction entre "genre", "orientation", "préférences" et "identité" est banale dans les institutions universitaires quant on parle de sexualité. Même dans la plupart des universités catholiques. Pourtant, les officiels de l'Église Catholique s'obstinent à utiliser une terminologie des années cinquante, avec leur "tendance homosexuelle", une notion qui n'a pratiquement plus de soutien scientifique sérieux.

Il n'y a plus vraiment de scientifiques compétents (en biologie, en psychologie et même en sociologie) pour dire que les homo sont juste des hétéro qui ont mal tourné. Et l'étude massive de ces animaux homosexuels est juste l'une des étapes vers la compréhension des minorités sexuelles.

Plus encore, on voit pour les animaux que la sexualité n'est pas limitée à la procréation, ni même centrée là-dessus. Elle tisse des relations sociales. Elle fait construire des clans et des familles. La découverte des singes bonobo a été un véritable tsunami de l'étude de la sexualité.

Y compris de la sexualité des animaux homosexuels: ils ne sont pas juste un "accident" de la nature, leur sexualité a une fonction sociale et aide à la survie de l'espèce, voire à son développement. Girafes, baleines, libéllules, cachalots, scarabées, lions et singes, plus de 1.500 espèces présentées à Oslo montrent qu'il y a plus dans le sexe que la seule procréation. L'instinct des animaux ne les pousse pas seulement à copuler pour se reproduire. La Nature est bien plus riche et plus complexe que ces notions simplistes.

La sexualité des animaux nous apprend-elle quelque chose de la sexualité humaine? Beaucoup répondraient que non, parce que (soi disant) l'être humain est supérieur aux animaux. Soyons sérieux: il y a belle lurette que l'observation des animaux (y compris dans leur sexualité) nous révèle qui nous sommes.

Il ne fait plus de doute aujourd'hui que l'existence de l'homosexualité s'explique (tant chez l'homme que chez l'animal) par le "plus" qu'elle apporte à la survie et au développement de l'espèce. On l'a étudié chez de nombreuses espèces animales. Qu'est-ce qu'on attend pour l'étudier chez l'homme?

L'argument catholique officiel selon lequel l'homosexualité, les couples ou les familles homo, sont un danger pour les sociétés, pour les familles hétéro et pour l'éducation de la jeune génération, ne tient pas debout. Non pas en théorie, mais par rapport aux faits. Non pas par rapport à des constructions mentales sur un soi-disant projet de Dieu sur sa Création, mais par rapport aux traces concrètes de l'inspiration divine dans la nature qu'il a créée. Le monde est un miroir de la gloire du Créateur, y compris les homosexuels.

Non seulement les homo n'ont pas choisi ce qu'ils sont, mais il apparaît de plus en plus qu'ils ont un rôle à jouer par rapport à leur espèce. C'est la raison "naturelle" de leur existence. Et loin d'être "contre-nature", ils en sont au contraire un produit (de l'insecte au mammifère) de la plus haute complexité.

Voilà qui devrait être leur fierté véritable: leur sexualité n'est pas une perversion, elle a une utilité que des millénaires d'évolution a mis en évidence. Depuis des millénaires, les animaux et les hommes produisent des individus homosexuels (dans des proportions plus ou moins constantes à chaque époque et sur tous les continents) pour une raison simple: parce que c'est bon pour l'espèce dans son ensemble.

Dès lors, les homophobes sont le véritable danger pour l'espèce humaine, et non pas les homo. Tout comme un raciste ou un sexiste fait du tort à l'ensemble d'une société, l'homophobe est un danger pour nous tous. Encourager les homophobes, c'est faire régresser les sociétés et les mettre en danger. Il faut interdire l'homophobie et la poursuivre, au nom du bien commun.

Si l'Église Catholique veut le bien de l'Homme, il faut qu'elle déclare l'homophobie comme un grave danger. Hélas, elle n'en prend pas le chemin. Au contraire, l'ignorance lui fait faire exactement le contraire.

Deux lectures amusantes :

- Evolution Rainbow, de Joan Roughgarden (paru en 2004)

- mais surtout le toujours excellent et souvent amusant Biological Exuberance, de Bruce Bagemihl (paru en 1999)

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mercredi 25 octobre 2006

342. remise en circulation

J'ai reçu quelques messages, il y a quelques temps, de mon Stéphanois favori. C'est toujours gentil de me partager les petites ou grandes trouvailles que vous faites sur le net.

Ainsi, cette publicité pour des substituts d'action figure avec le Christ pour thème. C'est d'un mauvais goût absolu. Et le pire, c'est qu'il se pourrait que ce ne soit pas du tout une blague... Merci Furyo pour le lien.

Je vous signale aussi le dernier numéro de l'excellente association catholique américaine Fortunate Families (littéralement Des Familles Qui Ont De La Chance), et notamment l'invitation qu'ils y font à écrire à leurs évêques. Les hiérarques américains ont publié un document sur le traitement pastoral des personnes "avec des tendances homosexuelles". Et de l'avis de ces parents catholiques d'enfants gay, ce document est un désastre. Je vous invite à lire les questions qu'ils posent aux évêques, ça en dit long sur l'opinion que les évêques ont sur les homo...

De plus, je salue bien bas le travail de notre aimable correspondant de Québec qui a pris le temps de traduire un article de James Alison, celui qu'il consacre à l'Instruction Romaine sur les candidats homo au sacerdoce. Le titre est tout simplement Lettre à mes amis en réponse à l’Instruction du Vatican du 29 novembre 2005 sur l’homosexualité dans les Séminaires. Encore une fois, du tout bon James Alison et je vous en conseille la lecture.

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mercredi 4 octobre 2006

340. on n'en a pas fini

Je ris souvent en lisant certains commentaires de "schtroumphs à lunettes". Il y a des donneurs de leçons qui ne manquent pas d'air, et notamment ceux qui se permettent de faire des commentaires pour condamner des émissions de télé... qu'ils n'ont pas vues. Je suis sûr que même les schtroumphs à lunettes ont plein d'amis qui les aiment... S'ils voulaient juste se rendre compte à quel point ils déforcent leur position...

Pour en revenir à ma note sur l'émission de dimanche soir à la BBC, on peut la voir en ligne à cette adresse et on y trouve même un retranscription du texte (pour ceux d'entre vous dont l'anglais parlé n'est pas le point fort).

Entretemps, j'ai eu quelques avis d'hommes de confiance, et notamment de deux canonistes dont un docteur et un vaticaniste. Ils ne sont pas étonnés que l'on cite Crimen Soliticionis puisque c'est le cardinal Ratzinger lui-même qui en a révélé l'existence le 18 mai 2002, en déclarant qu'il préparait un nouvel ensemble de normes pour traiter les situations de prêtres abuseurs d'enfants et d'adolescents (une lettre aux évêques du monde entier). En fait, il a créé la stupeur avec cette annonce, tant le secret était bien gardé. Mais on sait maintenant qu'il ne dédaigne pas toujours ce genre de situations...

Donc, ce document concerne bien ces cas de prêtres pédophiles et il a bien été utilisé pendant 40 ans, depuis 1962, en contenant ces dispositions qui sont absolument choquantes pour beaucoup aujourd'hui, notamment le secret imposé aux victimes et aux témoins sous peine d'excommunication immédiate (que seul le pape lui-même peut relever).

En sens contraire, ce que l'on comprend de la position du cardinal Ratzinger à l'époque, c'est qu'il n'interprétait pas Crimen Solicitationis comme une obligation faite aux évêques de soustraire ces prêtres criminels aux juridictions civiles mais uniquement comme des normes de comportement canonique à l'intérieur de l'Église. Plus d'une fois, il est dit que ce texte n'est pas une manoeuvre pour couvrir des crimes. Par contre, le cardinal n'a pas démenti que certains évêques (sur le terrain) ont pu l'utiliser dans ce sens... Gros débat: est-ce le texte qui est fautif ou sa mauvaise utilisation localement?

De plus, toujours selon une lecture "vaticane" du texte, le but du l'usage du secret dans l'Église ne devrait jamais être de "couvrir" des crimes, mais au contraire de garantir aux victimes que leurs témoignages ne seront jamais rendus publics (et donc que les victimes puissent parler librement et sans peur de représailles). Dès lors, les évêques qui n'ont pas respecté les lois criminelles de leur pays ont mal interprété ces normes et n'ont peut-être pas respecté leur esprit. Tout comme ceux qui ont utilisé la règle du secret pour enterrer des affaires de pédophilie dans le clergé et forcer les victimes à se taire.

Donc, ceux qui disent que c'est une erreur de relier les abus de ce document au cardinal Ratzinger ont un argument valide. Néanmoins, le "patron" doit bien à un moment ou l'autre recevoir le blâme pour les bourdes de ses collègues... Il n'y a certes pas de culpabilité (je n'en dirais pas autant pour tous les évêques, et notamment pour le procès contre le cardinal Levada quand il était encore archevêque de Portland, en Oregon) mais à tout le moins une responsabilité de l'Église en tant qu'institution.

De plus, il est bien exact que les autorités catholiques n'utilisent plus ce texte. Déjà en 2004, le cardinal Ratzinger expliquait que, bien que les nouvelles normes ne soient pas encore publiées, il demandait de n'appliquer Crimen Solicitationis qu'avec prudence et de plutôt se servir déjà des nouvelles normes, telles qu'il les décrivait dans les grandes lignes. Dès lors, il est bien exact que ce document de 1962 fait partie du passé et que ceux qui l'utiliseraient encore sont en faute.

Néanmoins, les associations de victimes furent extrêment déçues (faute de trouver un autre mot) que Crimen Solicitationis ne soit pas purement et simplement condamné et aboli par le cardinal Ratzinger ou qu'il ne reconnaisse pas publiquement que son usage a été un véritable désastre dans de nombreux diocèses. Reproche lui a été fait d'une certaine "insensibilité" et de simplement affirmer qu'un nouveau texte succédait à un texte dépassé, sans plus, sans état d'âme. Une attitude manquant de compassion pour les victimes, ont dit certains.

Pour ces raisons, je ne partage pas l'avis selon lequel, parce que ce document fait partie du passé, il faut cesser de reprocher aux autorités catholiques de l'avoir utilisé. Je ne comprends pas ceux qui disent: "Puisque les responsables de l'Église ont reconnu leur erreur et tourné la page, faisons de même et passons à autre chose". Après tout, à ce que je sache, des victimes existent encore qui attendent réparation. Et en dehors des pays où les scandales ont éclaté (en Amérique du Nord et en Europe surtout), on ne me fera pas croire que les autres continents sont absolument "vierges" de telles affaires. On parle du Brésil et de l'Amérique Latine, on parle de certains pays d'Afrique...

Même l'argument selon lequel les victimes sont poussées par des avocats qui ne pensent qu'au pognon des indemnités ne me semble pas suffisant pour transformer les victimes en agresseurs de l'Église et écarter leurs réclamations.

Certes, le pape et les cardinaux ne risquent rien judiciairement: ils sont couverts par l'immunité diplomatique, l'un comme chef d'état et les autres comme "princes d'une famille régnante étrangère", pour reprendre les termes diplomatiques techniques. Par contre, les hiérarques locaux pourraient ne pas échapper à l'oeil des juridictions criminelles civiles, surtout pour complicité ou pour avoir aidé des criminels à échapper à la justice.

Et je n'ai aucune peine à imaginer le désastre financier pour certains diocèses. Certes, je le regrette pour eux mais je n'aimerais pas qu'on mette dans la balance les intérêts financiers d'un diocèse d'un côté et la justice faite aux victimes de l'autre. Je le répète: je ne vois pas dans la position de l'Église actuellement que les évêques locaux devraient se soustraire à leurs obligations civiles. S'ils l'ont fait, ils risquent tout simplement de se faire lâcher par le Vatican.

Un autre argument dont je ne vois pas la logique, c'est celui qui dirait: puisque les reproches viennent de nos ennemis, écartons-les et faisons bloc pour protéger nos évêques. Car, en fin de compte, qui s'étonne que les ennemis de l'Église lui veuillent du mal et utilisent toutes les armes à leur disposition pour l'attaquer? Moi pas, en tous cas. Me dire que les journalistes qui ont dévoilé ces faits sont anti-catholiques ou hostiles à l'Église ne me semble pas suffisant pour que je ne les prenne pas au sérieux. Quoi? Je ne devrais croire que les gens de mon bord? Drôle de conception. Dans la presse catholique, il y a plein de "péchés de propagande" également, et je ne dirais pas que les média catho sont a priori plus crédibles.

Hélas, j'ai le sentiment qu'il suffit de dire du mal de l'Église pour voir tout de suite des gens écrire "ce n'est pas possible, c'est sûrement tendancieux, foutus journalistes, beurk la presse". Je me demande où est l'absence d'esprit critique... Ou, pire encore, quand on me que "la seule presse objective est la presse catholique" et que je ferais bien de lire uniquement celle-là. Mouais.

Après tout, quand Jean-Paul 2 a demandé pardon en mars 2000 pour les fautes commises au nom de l'Église, il n'a pas officiellement promis qu'il n'y en aurait plus jamais. Rien ne dit que quelques "gros" scandales ne nous attendent pas dans le futur. Ce n'est pas qu'il y ait des scandales qui me choque, c'est leur traitement (ou leur absence de traitement). Pour ma part, en tous cas, ma foi n'est pas basée là-dessus, ni mon amour pour l'Église.

Plus largement, mon sens de l'Histoire me fait dire qu'il est arrivé et qu'il arrivera encore que l'Église remercie finalement Dieu de lui avoir fait rencontrer de solides ennemis car, grâce à eux (et pas seulement malgré eux), elle a réussi à progresser.

Que les ennemis de l'Église soient mal intentionnés vis à vis d'elle, soit. Que l'information qu'ils diffusent en soit forcément inexacte a priori, ce n'est pas mon avis. Le moins qu'on puisse faire, c'est de ne pas verser à son tour dans la propagande en criant tout le temps "au loup!".

Enfin, j'ai discuté hier avec des papas et des mamans catholiques. Leur horreur de ces scandales de prêtres violeurs d'enfants et d'adolescents et de l'incompétence de certains évêques m'a surpris par sa vigueur. Et à ceux qui voudraient qu'on modère les critiques faites aux autorités catholiques, je réponds simplement: "et si c'était arrivé à vos enfants?" Du coup, en comparaison du "fidèle moyen", je me trouve finalement très modéré dans mes propos...

Pour revenir à la raison d'être de ce blogue, et recentrer la question: je voudrais tout de même qu'on se pose clairement une bonne fois la question de l'apparition des discours très homophobes dans l'Église au lendemain de ces scandales de prêtres violeurs... Comme d'autres, je regrette de manière totale et absolue que les autorités de l'Eglise ne disent pas haut et fort que les homosexuels ne sont pas liés à ces scandales, ou ni plus ni moins que les hétérosexuels.

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lundi 2 octobre 2006

339. complicité et association mafieuse

Par hasard (mais est-ce que ça existe?), je regardais la chaîne anglaise BBC1 ce dimanche soir tard, et je tombe sur LE titre d'émission qui bien sûr allait retarder ma mise au lit d'au moins une heure: Sex Crimes And The Vatican. Et honnêtement, je serais tombé sur une autre chaîne que la BBC, je crois que je serais allé dormir l'âme en paix. Mais là, je "devais" regarder.

Hélas, quelle honte j'ai éprouvé pour l'Église. Le récit des victimes d'abus sexuels de la part de prêtres est déjà difficile à lire dans les journaux, mais je vous assure qu'il est insoutenable à entendre à la télévision. Et qu'il s'agisse d'un homme de plus de 50 ans qui raconte son martyre n'arrange rien à l'affaire.

Tout le récit part de la situation dans un petit diocèse irlandais, celui de Ferns, avec le document qui s'intitule justement The Ferns Report. La situation était tellement déplorable que l'évêque a été obligé de se retirer.

Mais l'émission de la BBC démarre vraiment, non pas avec la mise en lumière de ces prêtres violeurs d'enfants et d'adolescents, mais du comportement des évêques, et en particulier du Vatican, quand il a eu à traiter de ces affaires. Et tout d'abord, qu'on ne dise pas que le scandale a été une révélation pour les évêques, qu'ils sont "tombés des nues". Il est clair qu'ils savaient et que ça se passait dans de très nombreuses régions du monde. La preuve, dit l'émission: il y avait toute une procédure (un secret jalousement gardé mais dont les journalistes ont trouvé une traduction anglaise) pour ces cas-là.

L'un des éléments "à charge", c'est le document de 1962 et qui porte le titre de Crimen Solicitationis. En soi, ce document ne concerne pas totalement l'affaire, puisqu'il s'agit des normes à appliquer dans les cas de prêtres qui ont abusé de leur position de confesseur pour "solliciter" des faveurs sexuelles. Néanmoins, on comprend aussi pourquoi ce sont les normes de ce document qui ont servi pendant plus de 20 ans pour régler le cas des prêtres violeurs d'enfants ou d'adolescents. Car souvent, les prêtres usaient de leur situation de confesseur et de leur autorité morale, que ce soit dans les sacristies ou ailleurs.

Or, souligne les journalistes, les normes prévues sont (au regard de nos yeux d'aujourd'hui) tout simplement odieuses et que des évêques aient accepté de les appliquer est tout bonnement incompréhensible. Ces normes exigent le secret total (sous peine d'excommunication latae sententiae, c'est-à-dire à effet immédiat) non seulement de la part des autorités religieuses concernées, mais aussi de la part des victimes ainsi que de tous les témoins. Pire encore (si c'est possible), alors que les lois civiles considèrent ces actions comme des crimes graves, les hiérarques sont tenus à les cacher de manière absolue aux policiers et à la justice, tant serait grand le tort causé à la réputation de l'Eglise.

Logiquement, conclut le journaliste, voilà donc plus de 20 ans que l'Église soustrait à la justice des criminels, qu'elle a empêché la réparation due aux victimes et qu'elle s'est comportée, aux yeux de la loi civile, comme une organisation mafieuse au vu de son organisation et de son fonctionnement.

Vous comprenez pourquoi je n'ai pas regardé cette émission de gaieté de coeur...

Enfin, la pointe de l'accusation, c'est que, pendant ces 20 ans, c'est le cardinal Ratzinger qui a supervisé ces procédures et qui a contrôlé que l'application de Crimen Solicitationis soit rigoureusement vérifiée. En fait, avant l'intervention de Jean-Paul 2 (dont on dit qu'il a été choqué d'être mis au courant), tout se faisait le plus secrètement du monde. Il a fallu une intervention énergique du pape pour que de nouvelles normes soient mises en chantier.

Lorsque l'émission sera mise en ligne sur le site de la BBC, je vous conseille de la regarder. Certes, elle est dure à voir mais elle pose de solides questions. On ne peut pas, d'un claquement de doigt, échapper à cette enquête de la BBC. Et surtout quand cette émission sera passée dans tous les pays... Imaginez l'impact de ce genre de propos sur l'autorité morale des épiscopats nationaux, notamment ceux qui sont engagés dans différents combats éthiques, comme au Canada par exemple. Un fameux coup dur à leur crédibilité en tant que voix morale "supérieure".

Rien qu'en Belgique, qui est particulièrement énervée (pour les raisons que l'on sait) sur les questions de pédophilie, j'ai trouvé ce matin même un entrefilet dans le quotidien Le Soir pour souligner la force des questions posées par l'émission de la BBC. Un article publié dès le lendemain d'une émission qui est passée tard sur une chaîne étrangère!! Vous voyez la vitesse de transmission de l'information...

Pendant toute l'émission, je me suis mis à penser: mais pourquoi ont-ils agi ainsi? Quelqu'un m'a dit ce matin: "ils avaient sincèrement le désir de protéger les intérêts de l'Église". C'est probablement vrai. Néanmoins, c'est désolant: le fait qu'ils n'aient pas eu plus à coeur les intérêts des victimes est un contre-témoignage évangélique majeur. Et un jour ou l'autre, je crois, l'Église Catholique va le payer...

Mais, tout de même, une petite voix me dit: et s'ils avaient fait tous ces secrets par peur d'être arrêtés pour complicité? Non pas pour protéger l'Eglise mais pour se protéger eux-mêmes, par peur de se retrouver à leur tour en prison? Car, au vu de la détermination actuelle des victimes à exiger justice, les "trois mois avec sursis" infligés il y a quelques années à l'évêque de Bayeux (pour complicité et non assistance à mineur en danger) pourraient n'être qu'un minimum bien vite dépassé. Surtout si d'autres affaires semblables sortent. Surtout si ça devient une avalanche d'affaires et que le grand public en est choqué. D'ailleurs, pas plus tard que le mois dernier, un procureur américain a officiellement demandé l'inculpation d'un évêque pour complicité de crimes et exigé une peine de prison ferme. Le Vatican pourrait devenir trop petit pour donner asile à tous les évêques menacés de la prison.

L'épiscopat anglais ne s'y est pas trompé, puisque dès ce lundi matin, le président de la conférence épiscopale (et archevêque de Birmingham) a utilisé les termes les plus fermes pour s'opposer aux conclusions de l'émission de la BBC. Et particulièrement à toute implication du cardinal Ratzinger. Il faut dire que, particulièrement en Grande-Bretagne, l'Église Catholique Romaine fait face à la tourmente, alors que les autres confessions chrétiennes ne semblent affectées que de façon très mineure par des scandales du même type.

Pour terminer, à la fin de l'émission, je me suis dit: et dire que ces mêmes hiérarques se déchaînent actuellement dans des crises d'homophobie! Quel culot! Peut-être qu'il y a du vrai chez ceux qui affirment que les homo sont devenus des boucs émissaires bien commodes pour couvrir ces secrets et ces manipulations. Comme un écran de fumée ou bien une distraction pour cacher les cadavres dans les placards.

Et donc, quelque chose en moi souhaite ardemment que les victimes tiennent bon et réclament justice. Non seulement parce que c'est leur droit, mais aussi parce que ceux qui hurlent contre les homo pourraient bien alors apprendre un peu l'humilité, ne fut-ce que de manière forcée, quand leurs actions seront dévoilées.

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dimanche 1 octobre 2006

338. la médaille d'or

J'ai un peu perdu de vue le rapport de la "visite apostolique" des séminaires américains et des nouvelles normes qui en découlent. J'avoue que j'ai été assez déçu (par l'Instruction Romaine sur les candidats homo au sacerdoce) pour que l'envie de revenir là-dessus ne me vienne même pas.

Mais je vois maintenant que c'est une erreur: je devrais regarder de plus près comment, concrètement, des évêques ont réagi à cette Instruction et ce qu'ils quelles dispositions pratiques ils en ont tirées. Après tout, les séminaristes ou candidats séminaristes sont mes petits frères aussi. Et j'en profite pour embrasser au passage ceux qui me lisent, et surtout celui qui est devenu un pote de tchatte.

Voilà donc un commentaire sur un article d'un quotidien de Caroline du Nord et qui se pose quelques questions sur la position de l'épiscopat catholique américain sur le sujet des homo dans les séminaires. Souvent des questions de bon sens, je trouve.

Pour la facilité, je mettrai les questions de l'article en italique.

Ainsi, dit le journaliste de Journalnow.com, Est-que ces nouvelles règles représentent la perception (et donc les solutions trouvées) par les évêques du scandale des prêtres violeurs qui a englouti l'Eglise américaine depuis presque 5 ans? Parce que, si c'est le cas, on dirait que les responsables de l'Eglise pensent que c'est le manque de célibat qui a causé la crise et plus il y aura du célibat, et plus on soignera la crise. Et donc, ils donnent maintenant l'impression que la première fonction d'un séminaire est de préserver le célibat et que l'oeuvre principale d'un prêtre, c'est d'être célibataire. Est-ce qu'ils ont réfléchi à ce que les gens vont penser de ça? Pour ma part, j'aurais cru (naïvement) que pour aider des prêtres à être de meilleurs pasteurs (et, accessoirement, à laisser tranquille les petits garçons ou les petites filles), il fallait plutôt les aider à trouver leur bonheur et leur joie dans le service sacerdotal, dans la prière, dans la rencontre pastorale...

Les évêques proposent (comme une nouveauté) d'exclure tout candidat qui a été impliqué dans un scandale sexuel avec un mineur ou qui montre des signes d'attirance sexuelle envers les enfants. Et puisque la première situation parle de criminels et la seconde semble du bon sens, le lecteur se demande alors: "Quoi? Les hiérarques ignoraient ces deux choses auparavant?" Effectivement, les mesures prises vont d'abord être lues comme des aveux massifs de culpabilité, ou au moins d'inconscience. Ne devraient-ils pas aussi, pour faire bonne mesure, ajouter que les candidats devraient également être filtrés si, auparavant, ils ont été impliqués dans des meurtres, des traffics de drogue, de la violence, de la corruption, de l'escroquerie et d'autres "belles" affaires criminelles?

On est en droit de s'interroger pour savoir comment les évêques en sont arrivés à penser que, pour éviter de futurs scandales sexuels, il fallait transformer les séminaires en camps d'entraînement pour des Olympiades du Célibat dans lesquels les prêtres se réalisent et trouvent le salut en gagnant la médaille d'or... Je trouve aussi qu'il y a un glissement (pas vraiment bienvenu) entre le discours qui propose aux prêtres de réussir leur vie en se donnant totalement et passionnément à la pastorale et au ministère sacerdotal, et un autre discours qui met en évidence que le "bon" prêtre est le prêtre super-vertueux et dévot...

Les candidats devront "montrer qu'ils ont vécu une vie de célibat pendant les deux années précédentes"? Et ils vont faire ça comment, exactement? Bonne question, j'imagine les présidents de séminaire disant aux candidats: "montrez-moi que vous sortez de deux années de célibat... vous avez des témoins? des alibi?"... Et est-ce qu'on va rejeter ceux qui n'ont été célibataires qu'un an et demi, ou même six mois avant leur entrée? Je crois que la pratique va vite montrer le ridicule de ces mesures...

Le meilleur signe que quelqu'un est un bon candidat potentiel pour le séminaire, c'est la façon qu'il a de forger des relations équilibrées et saines avec d'autres personnes. Ce n'est pas nécessairement lié à sa capacité ou non de garder le célibat. Et pourtant, le document fait de ce seul test l'épreuve majeure pour voir si quelqu'un est capable de s'engager dans l'exigeant ministère de prêtre. De fait, je trouve qu'on devrait d'abord tester les candidats sur leurs propensions éventuelles à l'orgueil, la superbe, la manipulation des autres, l'avarice, et d'autres vilains défauts qui ruineraient son travail sacerdotal. Et si le célibat est son point faible, je dis que c'est mineur par rapport à ces autres vilains défauts.

Le document oublie que la capacité d'un prêtre à vivre le célibat dépend de sa manière d'entrer en relation avec les autres. Et pas le contraire. Faire du célibat un préalable au ministère, c'est peut-être mettre la charrue avant les boeufs. On risque de faire du célibat (et non du service) l'élément principal. Mais rappelons que le célibat n'est pas un sacrement, juste un élement de "discipline" de l'Église. Présenter le célibat comme étant central dans les séminaires revient à mettre cette "discipline" au-dessus du grand commandement de l'amour du prochain.

Ce document s'étend lourdement sur la formation des prêtres au célibat, une chose, pourtant, que la plupart des prêtres acceptent avec générosité. Selon une étude menées dans les années qui ont suivi Vatican II, la plupart des prêtres acceptent cela et le vivent dans une attitude qui rappelle celle de l'oncle "célibataire endurci" dans beaucoup de familles. Placer le célibat (un sujet d'ailleurs que les responsables de l'Eglise refusent de discuter ou seulement d'enquêter) comme la première vertu essentielle du sacerdoce pourrait en fait ne pas empêcher du tout qu'il y ait dans le futur d'autres problèmes à caractère sexuel dans le clergé.

De bonnes questions, en effet... Quand à savoir si l'organisation de la formation sacerdotale devrait revenir uniquement aux évêques et aux prêtres (ou plutôt à l'ensemble de l'Église), c'est un autre débat que je laisse à d'autre le soin de lancer.

Posté par cathogay à 22:42 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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