mercredi 31 janvier 2007
384. comme une girouette au vent
Comment nomme-t-on les habitants de la belle ville de Québec? Des Québécois, comme les habitants de la Province? Quoi qu'il en soit, mon estimé correspondant dans cette ville sympathique m'a envoyé un lien qui m'en a rappelé un autre.
Il s'agit d'un projet de l'armée américaine, dans les années 70, en vue de transformer les ennemis en homo et ainsi diminuer leur puissance militaire. L'article croit savoir que le projet n'a été abandonné qu'au début de ce siècle. Quoi qu'il en soit, j'en tire que, s'il n'a pas été prolongé, c'est qu'il ne menait absolument à rien et que la perte de puissance d'une armée d'homo reste encore à prouver. N'est-ce pas Philippe de Macédoine qui a été tellement impresionné par le Bataillon Sacré des Amants (à Thèbes?), des cuirassiers, qu'il en a bien vite créé un chez lui. On dit même que c'est contre ce Bataillon Sacré que son fils Alexandre, tout juste sorti des couvertures d'Aristote, a remporté sa première victoire militaire. John Boswell en parle dans l'un de ses livres, mais j'avoue ne pas avoir le courage de retrouver la page exacte.
Néanmoins, il y a encore des gens qui pensent qu'on peut changer d'orientation sexuelle "comme ça", par un claquement de doigts, sur un effet de mode ou bien à cause d'une rencontre ou d'une mauvaise expérience. La vraie girouette.
Pas plus tard que ce matin, une deuxième source me confirmait qu'à un recyclage pour professeurs de religion à l'Université de Louvain, un des intervenants avait froidement affirmé que, suite à la confusion à notre époque quant à l'identité sexuelle des hommes et des femmes, il était clair qu'il y avait plein d'hommes qui changeaient d'orientation, ne fut-ce qu'à l'essai. Avec de fréquents va et vient entre l'homo- et l'hétérosexualité. D'où la nécessité, toujours selon lui, que les hommes soient de vrais hommes et que les femmes soient de vraies femmes.
L'idiot.
Je ne comprends pas qu'on ne lui a pas envoyé dire que son charlatanisme pseudo scientifique n'avait rien à faire dans cette vénérable enceinte universitaire.
Hélas, il est fort à parier qu'un certain nombre de professeurs de religion catholique y ont cru, surtout ceux qui ont des prédispositions catho-bourgeoises. Bonjour les dégâts chez les jeunes élèves homo...
Comme si nous ne savions pas qu'il est impossible de transformer un hétéro en homo. Et Dieu sait si nous sommes des millions d'homo dans le monde à avoir essayé !!! Qui d'entre nous n'a pas eu cette affreuse aventure de tomber amoureux d'un hétéro, d'avoir tout tout tout TOUT essayé pour que les sentiments soient réciproques et qui se sont retrouvés face à un mur. S'il y a bien une tuile chez des homo, c'est de tomber amoureux d'un hétéro. C'est aussi terrible qu'une femme tombant amoureuse d'un homo. Ou peut-être pire...
Quant à l'inverse, quel est l'homo catholique qui n'a pas prié de toute la ferveur de son âme (parfois pendant des décennies) pour que Dieu le guérisse et opère sur lui le miracle que la prière est supposé produire? Ou le jeune ado catholique qui, dans son lit la nuit, qui ne pleure en suppliant Dieu: "Seigneur, je veux bien être tout ce que tu veux, mais pas homo. S'il te plaît, je t'en supplie, tout mais pas ça."
Non, suggérer que l'on change d'orientation au gré de la mode, du changement dans l'identité sexuelle de la femme à l'intérieur d'une société, c'est de la blague. Pas l'ombre d'une chance. De la fumisterie. Et baser sa pastorale sur ces prémices, c'est de la torture mentale pure et simple.
Par contre, ces pseudo sexologues ignorent complètement l'existence des bisexuels, dans la multitude de leurs comportements et de leurs préférences sexuelles. Or, justement, les bisexuels ne sont pas alternativement hétérosexuels puis homosexuels, ils sont tout simplement eux-mêmes, c'est-à-dire bisexuels, une autre orientation (et non un mélange des deux autres). Une orientation d'ailleurs largement méconnue et incomprise (à commencer par votre serviteur) et dont on découvre à peine qu'elle n'est pas un simple "éventail" entre l'hétéro et l'homo. Régulièrement, j'ai encore du courrier de gens qui pensent que l'hétéro et l'homo "à l'état pur" n'existent pas (ou rarement), mais bien une gradation entre les deux. C'est un cliché tellement "années 80" que ça en dit long sur ceux qui m'écrivent.
Tout ça pour dire qu'il y a, dans le monde intellectuel catholique, deux terrains à déminer d'urgence: celui de la place de la femme (parce que les homo sont toujours accusés de se féminiser et de perdre leur identité masculine, et de propager ce virus, quelle horreur), et puis celui de la bisexualité, qui est très largement ignoré dans la morale catholique (qui ne connaît que des hétéro à tendance homosexuelle, c'est à dire pas vraiment un homo et encore moins un bi).
Même en milieu gay (et cathogay), il est fréquent d'entendre dire que tout irait tellement mieux sans ces folles, ces travestis et tous ces efféminés qui capturent l'attention des média et qui font du tort à l'image des homo. Soyons réalistes: tant qu'un homme (homo ou hétéro) n'aura pas le droit d'être efféminé, les homo ne seront jamais vraiment acceptés. Tant qu'on dira que ressembler à une femme, c'est dégradant pour un homme, nous n'aurons jamais une véritable reconnaissance sociale. La promotion de la femme dans la société et dans l'Église est donc clairement un enjeu pour les homo, en particulier les cathogay.
Quant aux bisexuels, nous n'avons qu'une petite idée de leur sexualité, de leur vie associative, de leurs revendications sociales. Et là, pour le peu que j'en sache, il y a au moins quatre, cinq sinon six type différents de bisexuels. Chacun avec des vécus différents et des aspirations différentes. Et je salue en passant celui qui me lit tous les jours et qui, ayant trouvé la femme de sa vie, est pour le moment bien en peine de trouver l'homme de sa vie, celui qui va rendre son coeur de bi complet.
Donc, la légende selon laquelle on change facilement d'orientation a encore de beaux jours devant elle. Toute mon affection va vers ceux qui en seront les victimes.
Et pour conclure, je vous laisse sur l'excellent film québécois C.R.A.Z.Y., sorti en 2005, l'histoire du couple Beaulieu (entre les années 60 et 80) qui a cinq fils et dont nous suivons plus particulièrement les errances du quatrième, le "Z" comme dans Zachary (le 2ème en partant de la droite, sur la photo des cinq frères, puis les autres photo) qui est venu au monde une nuit de Noël. Une histoire que je vous recommande, en particulier pour ses débats intenses sur la place de la religion et de la foi.
Notamment la fameuse scène où Zach prie la nuit en pleurant et en suppliant Dieu pour qu'il soit "tout mais pas ça, je vous en supplie, tout mais pas ça".
Là encore, qu'est-ce que Zach n'aurait pas essayé pour plaire à sa famille et être "normal"...


l'acteur Marc-André Grondin


avec l'acteur Michel Côte, qui joue le rôle du père
D'autres photos de Marc-André Grondin:


mardi 30 janvier 2007
383. j'ai rendez-vous avec vous
Vous connaissez cette chanson de Georges Brassens "J'ai rendez-vous avec vous"? On vient de me la rappeler ce matin, et je trouve qu'elle décrit bien mon humeur du moment : je me fous de tous ces tristes sires que je rencontre, chante le poète, puisque j'ai rendez-vous avec vous... Qu'il s'agisse de l'astre solaire, de mon propriétaire, de ma gargotière, ou même de sa majesté financière, je m'en fous, parce que j'ai rendez-vous avec vous...
Une chanson gentillette dont je viens d'entendre une interprétation récente par Riké, qui fait plutôt d'habitude dans le reggae. Vous trouverez la vidéo en fin de note.
Pour la petite histoire, Georges Brassens voulait être enterré à Sète, dans le cimetière qui domine la mer et où se trouvent d'autres poètes, comme Paul Valéry. On ne lui accorda que le cimetière du "ramassis", celui des pauvres. Finalement, je me demande si ça lui a tellement déplu...
Au fait! Je m'égare...
J'ai eu l'occasion de rencontrer un sympathique groupe cathogay de Liège, une section locale de la Communauté du Christ Libérateur. J'ai fait le trajet aller et retour avec Ben de Bruxelles et Michel Elias, c'était sympathique et fraternel. On a même mangé de bonnes grosses frites avec de la mayonnaise.
Et, à part ma modeste contribution à la discussion, je me suis rendu compte que certaines questions sont encore intellectuellement à reprendre...
À commencer par la sensibilité à l'homophobie surtout celle présente dans la doctrine officielle de l'Église sur l'homosexualité. Au fond, les Catholiques sont éduqués depuis leur petite enfance à recevoir leurs références morales "d'en haut" et l'approbation de l'autorité "maternelle" de l'Église compte énormément... Un peu de psychanalyse sauvage en ferait ses choux gras de ce genre d'attitude...
Et c'est clair, pour moi, que beaucoup d'homosexuels catholiques vivent une phase de grande douleur à se rendre compte que leur "Mère" est déçue par eux... Ils vivent alors ce désir quasi absolu de se conformer à ce que veux la "Mère", à lui faire absolument confiance (puisque, évidemment, elle a toujours raison, partout, sur tout, tout le temps). Quitte à nier leur propre expérience, et surtout quitte à nier ce que leur vie spirituelle et leur relation personnelle au Christ leur apprend. Plus encore: ils n'arrivent pas à voir que leur tristesse, leur malheur et, finalement, leur désespoir devraient être les signes qu'ils font fausse route. Sans être les seuls, les homosexuels catholiques ont un chemin très difficile à parcourir vers une foi adulte: à la fois respetueuse de la Mère et plein de gratitude, mais sans infantiliser la relation.
Je reste convaincu, en rencontrant de plus en plus de cathogay et notamment en groupes, qu'ils n'ont pas d'autre vocation dans leur vie que leur bonheur... Trouver la paix et rayonner de l'amour. L'occasion de redire que tout chrétien a une vocation à la sainteté, y compris les chrétiens homo. Et qu'on reconnait la sainteté à la paix du coeur, à la joie, à l'ouverture d'esprit, à la place centrale de l'amour et surtout à cette absence de peur qui est déjà un goût d'éternité.
Comme disait François d'Assise (du moins, c'est une phrase qu'on lui attribue): Annoncez la Bonne Nouvelle de toutes vos forces. Et si nécessaire, utilisez des mots. Ou, pour paraphraser le Seigneur, on reconnaîtra que vous êtes chrétiens au fait que vous aimez (de manière totale et absolue), à commencer par l'amour que vous avez les uns pour les autres.
Pour revenir à Georges Brassens, on s'en fout de ceux qui nous réclament des comptes, qu'ils soient propriétaire, gargotière ou majesté financière.
On s'en fout de toutes ces théories plus homophobes les unes que les autres et qui montrent l'ignorance des hiérarques qui les prononcent.
On s'en fout de ceux qui nous détestent ou qui disent du mal de nous sans nous connaître. Parce que, ce qui compte, ce sont ceux qu'on aime et qui nous aiment: nos amis, nos frères, nos communautés, nos couples, nos familles... notre Seigneur et notre Dieu.
Et au lieu de perdre mon temps à convaincre ceux qui, dans l'Église, ne nous connaissent pas mais nous réprouvent, j'ai rendez-vous avec vous. Avec tous ces cathogay qui m'écrivent et me rencontrent, avec ces groupes catho et homo qui cherchent Dieu et qui vivent de la charité, avec ces homophiles qui nous soutiennent et nous apprécient...
La vie est trop courte, comme le savait Georges (qui est mort à 60 ans). Et je ne vais pas la perdre à batailler contre les annonciateurs de mauvaises nouvelles... J'ai rendez-vous avec ceux qui m'annoncent une Bonne Nouvelle et me font vivre.
Bon, ceci dit, voici la vidéo dont je vous parlais au début...
Riké "J'ai rendez-vous avec vous" d'après Georges Brassens
382. les deux hommes et la tour
Je vais écrire une deuxième note, aujourd'hui. Oui, je sais, on pourrait y lire un signe de la Parousie: la Fin du Monde approche, puisque les articles dans le blogue de catholorenzo deviennent plus que quotidiens! N'en prenez pas l'habitude, de ces articles par demi-journées! C'est juste que je dispose d'un peu de matière en plus puisque j'ai eu le temps d'aller voir chez les autres pédéblogueurs.
Tout d'abord, on trouve chez le toujours délicieux Ichtus une présentation d'un livre sur l'histoire de l'homophobie en France et au Québec. Pour reprendre un petit extrait de la présentation: Le travail de Patrice Corriveau décortique la peur de l’homosexuel et la haine qu’elle engendre. Ce cher Ichtus fournit un lien vers des extraits du texte et je les trouve très instructifs.

Le fait que l'auteur soit un expert en criminologie est, je trouve, un élément nouveau de la lecture du délit d'homophobie. D'une part parce que ça renverse un peu la vapeur (ce n'est plus l'homo qui est le criminel) et aussi parce qu'il part de ce que le crime se "mérite", à savoir le bûcher. On oublie trop vite que l'homophobie n'est pas d'abord une affaire d'opinion mais une question de peine, de punition et (hélas dans certains pays encore aujourd'hui) de mort.
Dans le même ordre d'idée, une nouvelle qui nous vient d'Italie: je salue l'extension de la loi contre le racisme à l'homophobie. Une fois l'étonnement passé que ce ne soit pas encore fait, je me rends compte de la portée de cette nouvelle dans un pays où, il n'y a pas longtemps encore, on disait tout et n'importe quoi contre les minorités sexuelles. Nul doute que le prochain débat sur le "pacs à l'italienne" va devoir se dérouler à la lumière de cette loi.
Et dans la rubrique "mais où l'homophobie va-t-elle encore se nicher?", une nouvelle qui nous vient de la très catholique Pologne: la petite ville de Piekary Śląskie (60.334 habitants, en Silésie du Sud, la région de Katowice) vient de voter la modification de son blason. Un symbole pourtant plus que multiséculaire mais qui, au vu des récentes campagnes homophobes en Pologne, pouvait conduire à ridiculiser la ville et son glorieux passé (sans parler de son brillant avenir). Voici le blason tel qu'il existait depuis le 16ème:

Je suis sûr que, vous aussi, vous aurez trouvé que ces deux Dupont et Dupond médiévaux ont un look de tapette tout à fait inacceptable. Heureusement, voici la nouvelle version du blason de la ville. Et en effet, c'est beaucoup mieux:

Là au moins, pas de doute. Plus moyen de les confondre avec deux tapettes en costume. Et en plus, ce sont de vrais Catholiques puisqu'ils vont à l'église!
Quoique... Suis-je le seul à voir "des choses" dans ces deux grandes tours parallèles qu'ils soutiennent de leurs mains... Je pense qu'il est urgent d'écrire aux édiles municipales pour leur montrer qu'il y a toujours quelque chose d'ambigu dans leur blason et qu'ils doivent le changer de nouveau.
vendredi 26 janvier 2007
381. s'inscrire pour la cure
Je suis en train de regarder la restransmission sur France2 de la célébration de funérailles pour l'Abbé Pierre. Beaucoup de gens qui l'ont connu font des commentaires. Je retiens celui du journaliste qui avait écrit avec lui son dernier livre et qui citait cette phrase que l'Abbé Pierre avait dite à un futur prêtre: "Qu'avec la grâce du sacerdoce, vous receviez aussi celle de l'anti-cléricalisme des saints de l'Église."
C'est très beau, je trouve. Car si l'Abbé Pierre avait un amour mystique et passionné de l'Église, il n'a jamais hésité à dire aux hiérarques qu'ils erraient dans certains domaines. Et dans notre cas, dans la manière d'accueillir les minorités sexuelles. Ces mêmes hiérarques qui se pressent aujourd'hui autour de son cercueil...
Une grâce que je souhaite en abondance à tous les prêtres: à la fois la sainteté et aussi l'anti-cléricalisme... Avec une bonne dose d'humour aussi... Si les cathogay pouvaient trouver un prêtre qui a le sens du tapage comme l'avait l'Abbé Pierre, quel bonheur!
Quant à notre ami, l'Abbé Pierre, que le Seigneur le comble de ses biens, qu'il le guérisse de toute blessure et de toute douleur. Que l'Abbé Pierre nous aime et nous aide depuis le Droite du Père. Et qu'il nous tire vers le haut pour le rejoindre.
Dans l'actualité de mes lectures, je voudrais vous parler des mésaventures de l'un des acteurs de la série télé populaire Grey's Anatomy, une de ces innombrables séries médicales avec de très beaux médecins et de superbes infirmiers. Je ne suis pas du tout la série (d'ailleurs, les séries médicales m'énervent, je reste un "trekiste" dans l'âme) mais j'ai toujours eu un faible pour l'acteur Patrick Dempsey (sur la photo), dont il a été écrit qu'il fait partie des acteurs les plus sexy de la télé. Et il faut dire, s'il était assez mimi quand il jouait les adolescent, je trouve que l'âge adulte lui va particulièrement bien.

La grande nouvelle dans la presse du secteur télé, c'est que l'un des acteurs de la série, Isaiah Washington, s'est inscrit à une cure pour soigner son homophobie. Le jeune homme s'était illustré par quelques quolibets particulièrement désagréables contre un autre acteur, T. R. Knight, qui avait fait son "déplacardage" en public récemment. L'usage du mot "tapette" (faggot) était le moindre (tous les deux sur la photo ci-dessous). Et, on s'en doute, l'acteur avait suscité l'ire de nombreuses associations. Je trouve ça bien que, pour une fois, ce ne soit pas l'homo qui soit invité à se faire soigner ou à déguerpir mais plutôt l'homophobe qui comprend qu'il a un problème et qu'il faut qu'il se fasse traiter. Si cet exemple pouvait en inspirer d'autres...

Autre chose: il semble bien que le gouvernement britannique n'autorise pas les organisations religieuses à s'exempter de la loi sur la non-discrimination des adoptants, et notamment contre les adoptants homosexuels. C'est vrai que ce serait ouvrir la Boîte de Pandore : que faire si, demain, une organisation religieuse demande à être exemptée des lois anti-discrimination par que sa religion s'oppose à l'existence de Noirs, ou de Juifs ou de végétariens...
Plus largement, plusieurs personnes s'étonnent de l'attitude de l'épiscopat catholique britannique (et certains parlent clairement d'hypocrisie). Ainsi, par exemple, certains se demandent comment une organisation qui a couvert des prêtres abuseurs d'enfants et d'adolescents à l'échelle mondiale trouve le culot de venir donner des leçons à un gouvernement sur la protection de l'enfance. D'autres trouvent le discours des hierarques tout à fait hypocrite quand ils disent: "nous ne nous opposons pas à l'adoption par des homosexuels, nous disons juste que nous voulons que nos institutions d'adoption aient la permission de refuser les candidats homo qui se présenteraient". Comme s'il y avait un seul couple homo assez fou ou assez mal-informé pour s'adresser à une agence catholique d'adoption... Et comme le fond du problème n'était pas la négation de toute valeur positive à l'amour homo...
Mais, disent les critiques, est-ce que ces agences catholiques refusent aujourd'hui les couples de divorcés remariés? Est-ce qu'ils renvoient les couples de concubins (qui ne se sont pas mariés à l'église)? Il semble que non, disent plusieurs articles... D'où l'accusation d'hypocrisie et d'homophobie... Voyez notamment les critiques d'un prêtre anglican qui vient de se marier civilement avec son compagnon (depuis 27 ans) et qui a été plusieurs refusé par des agences d'adoption...
C'est bien de défendre l'intérêt de l'enfant et de la famille. Mais ceux qui croient que les homosexuels ne font pas de bons parents et traumatisent leur enfant feraient bien de rencontrer ces hommes et ces femmes qui ont été élevés par deux papas ou deux mamans qui les aiment et qu'ils adorent... Ces hommes et ces femmes existent, ils ont écrit des livres et formé des associations: que les évêques cessent de parler en leur nom, en les ignorant totalement (en insultant leurs parents), et prennent quelques minutes pour les écouter... C'est ça l'homophobie: refuser d'écouter avant de condamner.
Je vous laisse sur une note d'humour, quoique...
Une association de défense des animaux s'est levée contre le massacre de brebis et de moutons homosexuels organisée par des centres scientifiques qui désirent ouvrir le cerveau de ces braves bêtes pour retrouver la source de leur homosexualité.
Il faut savoir qu'il apparaît qu'au moins 8% des moutons montent leurs petits camarades et dédaignent les brebis. Un taux relativement normal dans le monde animal, bien que certaines espèces arrivent parfois à 40 voire 60% d'homo, comme chez les dindes ou les mouflons par exemple.
Les scientifiques en question ont néanmoins solennellement promis que leur projet n'était pas de créer une drogue pour guérir les animaux homo (quoique qu'un tas d'éleveurs seraient ravis de la trouver, cette drogue) ni pour repérer les animaux homo avant la naissance en vue de les avorter (encore une chose que les éleveurs aimeraient pouvoir faire). Mouais... on dit ça... et puis on va se retrouver avec un "patch" anti-homo que les femmes pourront porter pour éviter d'être enceinte d'un homo...
La seule bonne nouvelle, c'est que les chercheurs affirment que les moutons homo ont plus de caractéristiques mâles que leurs camarades hétéro, alors que le préjugé habituel voudrait que les homo soient plus "féminisés"... Alors, affirmer que les homo sont plus mâles que les hétéro? Voilà une découverte qu'il faut propager d'urgence...
La conclusion de l'article est particulièrment sérieuse : est-ce que c'est une mauvaise chose si des parents homophobes avaient le moyen d'éviter d'avoir un enfant homo? Au moins ce môme ne souffrirait pas des années de traumatisme et de brimade. Et, dit le journaliste (lui-même homo), les enfants gay seraient accueillis dans des familles qui les aurant désirés...
De fait, on le voit, la discussion n'est pas simple (comme souvent quand il s'agit de contrôle des naissances). Et j'en ajouterais une autre : est-ce que l'Église s'opposerait à un traitement pour repérer ou éviter la grossesse d'un embryon homo, au titre de son opposition générale à l'eugénisme? Je veux croire que oui... avec modération...
Bah, avec un peu de chance, le sacrifice des ces brebis et moutons homo sera totalement inutile et ne mènera à rien...
Regardons plutôt une nouvelle fois Patrick Dempsey. Voilà une réalité bien plus réconfortante...

mercredi 24 janvier 2007
380. dans toutes les langues
Pour moi, le mot du jour est takataapui (qu'on écrit parfois takatâpui, avec un -pouï final). Il s'agit d'un mot de la langue maori (et donc de Nouvelle-Zélande) et qui fait référence à un membre d'une minorité sexuelle, qu'il s'agisse d'un homo, d'un bi, d'un trans-homme ou d'une trans-femme, pour reprendre la définition de la wikipédie. Comme quoi, au lieu de se contenter de "bêtes" termes comme pédé ou homo, on devrait créer des mots plus sympa pour désigner le pédé fronçais, ou le pédé belge, ou québécois...
J'avais reçu un article parlant de la Pride d'Auckland, et j'avais été étonné de lire qu'il s'agissait de la grande fête "for the gay, lesbian, bisexual, takataapui and transgender communities". Que voilà un terme que je ne connaissais pas encore et pour lequel votre indigne serviteur se devait d'enquêter. Si j'ai bien compris, les "blancs" ne sauraient être takataapui, ce que je regrette profondément, vous vous en doutez bien. D'autant plus qu'ils ont leur propre série télé sur Maori Television, intitulée Takatapui (surprise) et dont voici les acteurs principaux (sur la photo). Il y a notamment un tatoué dont, je suis sûr, certains d'entre vous retraceraient bien les lignes sur le visage et même sur le reste du corps...

Dans un rayon plus sérieux, je suis toujours choqué (ou humilié, c'est selon) quand j'apprends qu'il y a encore des législations, par exemple en France et aux États-Unis, pour exclure les homo du don de leur sang pour le seul motif de leur homosexualité. C'est barbare. Et je salue la réaction très saine de ces étudiants qui ont été outrés que, en plein 21ème siècle, l'un de leur condisciple soit renvoyé d'une récolte de sang à cause de son orientation sexuelle... Comme si le sang n'était pas testé... Et comme si la récolte de sang n'était pas une nécessité voire une urgence...
Est-ce que vous connaissez le Sundance Film Festival? C'est le Cannes du film "alternatif" ou "indépendant" et donc c'est là qu'on retrouve souvent les films gay et lesbiens. On y découvre souvent en primeur les films longs ou courts dont le personnage principal ou l'un des thèmes est lié à une minorité sexuelle. Cette année, pour la première fois, les deux films majeurs de la séance d'ouverture explorent le lien entre religion et homosexualité.
D'ailleurs, si vous avez le temps de regarder la télé ce soir, j'aimerais votre avis sur un téléfilm qui devrait passer sur France2 à 20h50 et dans lequel le bel Anthony Delon joue le rôle d'un prêtre dont on découvre l'homosexualité parce qu'on le surprend avec l'homme de sa vie. Il s'agit de la série Louis Page, La Vérité À Tout Prix.


Je suis toujours plus qu'inquiet pour les homo irakiens... Quand on pense que, pour la première fois, l'ONU déclare publiquement qu'il s'agit d'une situation dramatique, ça fait vraiment de la peine. Bien sûr, le désastre irakien est une tragédie pour l'ensemble de ce peuple. Mais je ne suis pas supris, qu'une fois de plus, il y ait moyent d'ajouter de l'horreur à la tragédie quand on voit le sort des jeunes gay de ce pays. Ceux qui soutiennent le gouvernement irakien actuel ont aussi la responsabilité de les pousser à faire cesser ce massacre organisé. Je ne suis pas en faveur des mots "bidons", mais j'ai lu le terme homocide (qui fait autant référence à homicide qu'à génocide) et la notion me fait froid dans le dos...
Mais je vais vous laisser sur une note plus légère, que j'ai d'ailleurs trouvé chez le plus beau des Lyonnais, ce cher Will. Et où il est question du nouveau James Bond (Daniel Craig, sur la photo) qui déclare, tout de go, qu'il se verrait bien jouer une scène de nu ou une scène gay dans un des prochains épisodes de doublezérosept. Mais que cet homme est à suivre...

L'occasion, toujours chez ce cher Will, de vous montrer aussi une pub helvète qui mélange le bondisme et la prévention contre le sida...

lundi 22 janvier 2007
379. départ d'un homme de bravoure et de miséricorde
Je ne me doutais pas, en vous rappelant que samedi dernier était l'anniversaire du décès de l'abbé Jacques Perotti, que ce lundi, on nous annoncerait le décès de son maître, l'abbé Pierre, dont il avait été le secrétaire pendant 25 ans.
Nul doute que, les prochains jours, de nombreux messages d'hommage vont être diffusés. Et j'avoue, avec un brin de pessimisme, que je crois que les messages "civils" risquent d'être plus forts et plus intenses que les messages "catholiques". Il faut dire que le prêtre (ancien résistant et ancien député), l'homme de la bravoure et de l'indignation contre toute forme de misère, n'avait pas toujours eu que des mots tendres pour la hiérarchie et la morale catholique officielle. Un certain cardinal, en commentant le dernier livre de l'abbé Pierre, suggérait qu'il y avait des passages où l'on voyait bien que le cher homme devenait gâteux...
Tout particulièrement, je veux me souvenir aujourd'hui de son homophilie. Probablement à l'écoute de Jacques Perotti, l'abbé Pierre avait été un des rares à souhaiter une forme d'union homosexuelle (il n'aimait pas trop qu'on utilise le mot "mariage", mais c'était la seule nuance) et il avait pratiquement été le seul dans le monde catholique à ne pas s'opposer à l'homoparentalité.
Et une autre chose me réjouit, c'est d'imaginer cette rencontre au Ciel: son ancien secrétaire, Jacques Perotti, ouvrant les bras pour l'abbé Pierre et lui disant tout simplement "viens, entre dans la joie de ton Père".
Alors, aujourd'hui je suis en deuil, certes. Mais, au fond de moi, je me dis que, nous les cathogay nous avons gagné un formidable protecteur au Ciel. J'ai des doutes sur le fait que le cher abbé soit un jour canonisé officiellement. Pour ma part, disons que c'est déjà fait.
vendredi 19 janvier 2007
378. l'homo de l'ombre

C'est demain l'anniversaire du décès de l'abbé Jacques Perotti, prêtre du diocèse de Nanterre. Il nous a quitté en 1999, restant l'homme de l'ombre qu'il a été pendant presque toute sa vie.
Il est probable que l'Histoire ne retiendra pas son nom. Et pourtant, il a été pendant 20 ans le secrétaire personnel de l'abbé Pierre, épousant sa cause dès les premiers jours et partageant avec lui le combat sacerdotal pour les plus pauvres.

Il a été particulièrement proche dès 1980 d'une toute jeune association de cathogay, David et Jonathan, qui aujourd'hui a une place majeure dans le monde homosexuel catholique en France.
Un peu auparavant, en 1976, il ouvrait la maison de Bonneuil, qui devint un des premiers sanctuaires pour les malades du sida. Aujourd'hui encore, c'est un lieu de rencontre apprécié de tous géré par une association très dynamique.
Quelques années avant sa mort, en 1995, il publiait un livre au titre évocateur (Un prêtre parle, "Je ne peux plus cacher la vérité") et dont voici quelques extraits. Il y évoque comment cette maison particulière de Bonneuil a été lentement transformée en maison communautaire et accueillante.
Je me souviens d'une phrase de lui que l'on cite souvent : "Prêtre, oui. Mais homosexuel d'abord." Mal comprise, elle constitue bien entendu un excès inacceptable. Remise dans le contexte de sa pensée sur l'homo sacerdotalis, on comprend que, selon lui, Dieu ne choisit pas ses prêtres par hasard. Ceux qui ressentent la vocation au sacerdoce y viennent aussi avec leur histoire et leurs origines. Dès lors, il voulait reconnaître que son homosexualité est antérieure à sa vocation sacerdotale. Ou bien, dit autrement, que son homosexualité n'est pas étrangère à l'appel que Dieu lui a lancé et auquel il a répondu. Dieu voulait de lui parce qu'il était homosexuel, et non pas malgré ce fait.
Selon moi, c'est une ligne de pensée très ancienne et très juste. Ainsi par exemple, Jésus n'a pas choisi ses apôtres à cause de leurs qualités seulement, mais aussi à cause de leurs défauts ou de leurs particularités.
Son livre étant difficile à trouver, je suis prêt à passer un accord (raisonnable et éthique) avec quelqu'un qui voudrait bien me le vendre. Et je ne dis pas que je suis prêt à tout... ;)
Pour passer à autre chose (mais on reste un peu dans le même sujet), je voulais vous dire beaucoup de bien du film Breakfast On Pluto. Un film irlandais, assez dur par certaines scènes, mais aussi particulièrement fort, je trouve. On voit en parallèle les errances d'un garçon plus que sensible et la tragédie des attentats et des tueries liées à la question de l'Irlande du Nord et de l'IRA.
Voici l'histoire: Un jeune prêtre (Liam "Schindler" Neeson) de l'Irlande profonde trouve à sa porte un bébé abandonné. Il le confie à une voisine pour qu'elle l'élève. Le garçon grandit pour devenir particulièrement flamboyant (bien qu'en cette période disco, il passait assez inaperçu). Devenu un jeune homme très attirant bien qu'excentrique (Cillian Murphy), il découvre que le prêtre est son père et que sa mère (qui était la bonne du curé ad interim) vivrait à Londres. Patrick "Kitten" (ce qui se traduit par chaton) décide de partir à la recherche de sa mère.
Bien entendu, comme dans tous les films de ce type, les errances du héros finissent par le ramener au point de départ et ce qu'il découvre, c'est d'abord lui-même. Mais sur le chemin, celui qui cherche le salut en aura sauvé d'autres et il aura fait d'étranges rencontres.
J'ai beaucoup aimé ce film, particulièrement la fin. Le personnage du prêtre est vraiment très intense et très beau. Absolument à recommander.

l'acteur irlandais Cillian Murphy



l'acteur Liam Neeson
jeudi 18 janvier 2007
377. le style sacerdotal chic
L'indomptable et flamboyante Donatella Versace, qui a repris les commandes de la grande firme Versace après la mort de son frère Gianni, vient de sortir à Milan sa collection pour l'automme 2007 (et oui, dans le monde de la haute couture, c'est comme ça).

Donatella Versace
Une collection intitulée Priest Chic (le chic sacerdotal) et qui fait la part belle aux vêtements inspirés des tenues ecclésiastiques.

Le style Priest Chic
Ce ne serait rien (quoique...) si la chère Donatella n'avait pas annoncé qu'elle a trouvé son inspiration principale en regardant Mgr Georg Gänswein, qu'elle appelle affectueusement "Gorgeous George", et qui est le secrétaire particulier de Benoît 16, depuis des années.


Et c'est vrai que, si le pape est connu pour préférer Prada, son secrétaire est connu comme un fan de Versace.
Plus encore, selon Donatella (et Dieu sait si elle s'y connaît en hommes), le cher Monseigneur est le prototype du "nouvel homme" : moins de muscle, plus d'intelligence et plus de charme. Elle trouve son austérité très élégante, le signe d'un détachement certain par rapport aux futilités du monde. Pour Donatella Versace, il est temps de favoriser les muscles spirituels au lieu de ne regarder que les muscles physiques...
Clairement, pour un quinquagénaire, il a de l'allure, le cher Georg... Une série de photos ont circulé dans les tabloïdes italiens qui le montrent en train de jouer au tennis... Beau jeu de jambes, le Monseigneur... Il faut dire que c'est un ancien moniteur de ski. Et son look à la Richard Chamberlain doit avoir conquis plus d'un oiseau qui se cache pour mourir.

Bien sûr, cela fait des années que les rumeurs les plus torrides circulent sur le cher cardinal (qui est un bel homme, à sa manière) et son très, disons, décoratif secrétaire... En comparaison, le secrétaire de Jean-Paul II avait moins pour attirer l'attention.
Les plus mauvaises langues ajoutent d'ailleurs que l'homophobie radicale actuelle du Vatican est un écran de fumée pour cacher... ce que vous devinez sans effort... En soi, ce sont des rumeurs qui ont quelque chose de flatteur (au moins au vu de l'âge des intéressés). Il est clair qu'en Italie même, de nombreux gay sont absolument persuadés du bien fondé de cette rumeur.
Honnêtement, ça me fait rire. Mais je vous laisse deviner si je ris parce que je trouve évident que toute cette histoire du pape et de son secrétaire est vraie, ou au contraire parce que je la trouve totalement invraisemblable...

Le pape et ses Prada rouges

Gianni Versace (+ 16 juillet 1997)
mercredi 17 janvier 2007
376. réhabilitation d'un monument d'anti-conformisme
Un comité polonais veut construire un modeste monument à Varsovie en souvenir des 20 à 40 mille homo qui sont morts dans les camps de concentration nazis établis en Pologne durant la seconde guerre mondiale. Une belle initiative qui a reçu sa volée de bois vert de la part de certains groupements christianistes ou nationalistes, mais qui semble recueillir un ferme soutien de la ville.

jeunes gay israéliens à Auschwitz en avril 2005

gay à Auschwitz en 1940
Au Vatican, un membre éminent du service du protocole, le père Leonardo Sapienza, vient de publier un livre sur les poètes qu'il estime être les plus stimulants pour la pensée, en particulier pour la pensée religieuse. Un titre révélateur: Provocations, Aphorismes pour un Christianisme Anti-Conformiste. Et quelle surprise: une bonne part des citations proviennent d'Oscar Wilde (sur la photo)... Qu'un homo notoire (et condamné par la justice anglaise) soit utilisé dans le Vatican même comme référence pour renouveler la foi catholique... disons que je ne suis pas le seul à trouver ça amusant... Bien sûr, il s'est converti au catholicisme sur son lit de mort... Mais tout de même, de le voir cité comme une référence (aux côtés de gens aussi prestigieux que Jean-Paul II par exemple), c'est une fameuse réhabilitation.

Une de mes favorites: "La meilleure manière de faire cesser la tentation, c'est d'y succomber." Ou bien celle-ci: "Il n'y a pas plus vaniteux que ceux qui se disent pécheurs." Et encore celle-ci: "Le seul péché vraiment impardonnable, c'est la stupidité."
Un article du Boston Globe se souvient que c'est le 6 janvier 2002 qu'il lançait le scandale des victimes de prêtres pédophiles. Cinq ans plus tard, le journal fait le bilan de ces événements traumatisants pour les fidèles. Néanmoins, le journal juge que les évêques concernés sont assez rapides à vouloir tourner la page, et notamment à ré-affirmer leur autorité morale, notamment en se lançant dans la querelle sur le mariage gay. Mais pour le journal, c'est un faux calcul: ce n'est pas en faisant diversion sur un autre front qu'ils arrêteront la vague qui leur demande des comptes et de la transparence. Je pense, pour ma part, qu'une étude devrait être menée sur le lien historique entre ce scandales des prêtres violeurs d'enfants et l'homophobie actuellement dominante dans les structures de l'Église...
lundi 15 janvier 2007
375. ceux qui arrivent à percer le brouillard
Ils y a des gens qui entrevoient dans l'Église des choses difficiles à percevoir, du moins pour le commun des mortels (dont je fais partie, j'en suis sûr). Que pensez-vous de cet article tiré du Salt Lake Tribune? Il faut se souvenir que Salt Lake City (dans l'Utah) est la ville où était évêque le nouvel archevêque de San Francisco (qui plus est, mon ancien curé quand je vivais à Los Angeles), lui-même successeur de l'actuel Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le cardinal Levada, ce dernier étant lui-même successeur du cardinal Ratzinger qui succéda... à Jean-Paul II. Un article, je vous l'avoue, qui invite à réfléchir : les choses pourraient être plus complexes qu'elles ne semblent à première vue...
Pour ma part, cet article contient une analyses les plus positives que j'ai lues depuis des mois. Mais est-ce que ce n'est pas simplement ma volonté de voir des signes d'espérance dans le moindre petit souffle? Ce que les anglophones appellent du whishful thinking...
Faites-vous votre propre opinion et, pour les moins anglophones d'entre vous, voici une traduction personnelle, pour laquelle votre indigne serviteur se roule par terre de honte et de confusion....
Le Pape est-il en train de flécher une nouvelle ère d'ouverture?
Certains pensent que le nouvel évêque (de Salt Lake City) est le dernier d'une liste d'hommes qui sont plus remarquables pour leur compétences que pour leurs qualités de "croisés"
Une analyse de Peggy Fletcher Stack du Salt Lake Tribune
Tous ceux qui en parlent disent que l'évêque John C. Wester, celui qui vient d'être nommé pour être le pasteur des quelques 200 mille Catholiques de l'Utah, est un homme ouvert, pragmatique, qui aime encourager et, ce qui est le fait le plus important, il n'est pas ouvertement idéologique.

Mgr John C. Wester
L'archevêque George H. Niederauer de San Francisco, le "patron" de Mgr Wester, dit de lui qu'il s'agit "d'une des personnes les plus compatissantes qu'il m'ait été donné de rencontrer. Il est soucieux du bien-être des gens. Il a un bon sens de l'humour et il voit la futilité de certaines choses, quand elles sont futiles.... Oh, et puis je crois qu'il aime aussi la pêche."

Mgr George H. Niederauer
Voilà ce que déclare Mgr Niederauer, bien connu en Utah puisqu'il a été à la tête du diocèse de Salt Lake City de 1995 à 2006.
Les observateurs disent que Mgr Wester, qui prendra sa nouvelle charge le 14 mars prochain après avoir été évêque auxiliaire de San Francisco, n'est pas du genre à menacer d'excommunication les politiciens catholiques qui sont en faveur du droit d'avorter, ni du genre à attaquer les militants gay ou encore les intellectuels qui posent des questions à la doctrine catholique officielle. Ces mêmes observateurs ne pensent pas qu'il est du genre rigide ou autoritaire, et certainement pas insensible aux souffrances des victimes d'abus sexuels de la part du clergé.
"Certains évêques arrivent à leur poste avec leurs propres objectifs ou les objectifs de celui qui les pousse", explique Mgr Francis Mannion, curé de St Vincent de Paul à Milcreek. "Je ne pense pas que Mgr Wester arrive avec une longue liste d'objectifs qu'il s'est fixés."
Et il semble que c'est le genre d'hommes que Benoît 16 recherche.
Depuis qu'il est devenu pape en avril 2005, Benoît 16 a nommé quelques 30 évêques aux États-Unis, et certains commencent à voir une logique apparaître, une logique qui semble clairement différente de celle de Jean-Paul II, en particulier durant les dernières années de son pontificat. Benoît 16 est, dit-on, plus impliqué dans le processus de nomination, consultant les dossiers et les documents. Il semble également que le cardinal William Levada, ancien archevêque de San Francisco et le mentor de Mgr Wester, pousse le pape dans cette direction.
Les évêques de Benoît 16 apparaissent comme des "hommes résolument optimistes et positifs, qui tentent d'éviter le conflit à tout prix", déclare Rocco Palmo, un observateur du Vatican résidant à Philadelphie et qui publie dans le magazine The Tablet de Londres.
Ces pasteurs montrent par l'exemple que l'essence de l'Église est d'élever, et non de condamner. Ils sont "ouverts, non seulement dans les cercles catholiques mais aussi en dehors", dit encore Rocco Palmo. "Ils travaillent au bien de tous, que ce soit des Catholiques ou des autres."
Il est clair que le pape Benoît ne recherche pas "des figures de proue mais plutôt des hommes bons, convaincants par leur intégrité", ajoute David Gibson, auteur du livre intitulé The Rule of Benedict: le pape Benoît 16 et sa lutte avec la mentalité moderne. "Tout cela fait partie d'une campagne générale pour plus de compétence, surtout après le scandale des abus sexuels de mineurs, une campagne visant à trouver des hommes capables d'annoncer l'Évangile tout en gardant la boutique."
De fait, Benoît 16 a "déçu les gens de droite, qui demandaient une purge, et il a calmé les anxiétés de ceux de gauche", explique David Gibson. "Il n'a pas nommé de croisés, mais simplement des évêques bons, solidement orthodoxes, des hommes qui s'engagent dans la culture de leur époque sans êtres flamboyants, qui ne suscitent pas la division."
Mgr Niederauer est l'un de ces hommes.
Il est qualifié de grégaire, d'urbain, un homme chaleureux et fin. Et tout en étant le défenseur de la pensée officielle de l'Église, il est ouvert d'esprit sur les questions sensibles, comme celle de la présence de gay dans les séminaires. Sa position est celle-ci: tous prononcent un voeu de célibat, quelles que soient les attirances sexuelles de chacun.
Mgr Niederauer a "gagné un succès immédiat", explique l'abbé Thomas Reese, professeur de longue date au Georgetown's Woodstock Theological Center. "C'est une belle nomination que la sienne." Il est "bien dans sa peau", ajoute Rocco Palmo.
Certains voient une preuve supplémentaire des priorités de Benoît 16 dans la nomination de l'archevêque Donald W. Wuerl, qui a pris sa charge à Washington DC en juin dernier.
Le Washington Post a décrit Mgr Wuerl, qui est âgé de 65 ans, comme un homme "typique de Pittsburgh, posé et éduqué, connu pour construire des ponts en coulisse, un homme qui préfère convaincre en privé plutôt que de manifester des exigences en public".
Une homme "de grande éducation et d'une grande sensibilité", ajoute David Gibson, qui habite à Brooklyn.

Mgr Donald W. Wuerl
L'influence grandissante du cardinal Levada au Vatican et de Mgr Niederauer à San Francisco suggère un glissement de l'influence traditionnelle dans le monde catholique américain, un glissement du Nord-Est vers la Côte Ouest, l'Ouest Montagneux et le Sud, dit-il encore. "Ici, à l'Est, on ferme plein d'églises. Là-bas, à l'Ouest, la question est plutôt de faire face à la croissance."
Qu'est-ce que cela suggère sur l'endroit où le pape va trouver les nouveaux évêques dont il aura besoin? Car après tout, quelques 25 évêques américains, dont 5 cardinaux, devraient prendre leur retraite dans le courant de cette année, d'après le Catholic News Service. Il y a, en effet, 14 évêques, dont 3 cardinaux, qui ont dépassé l'âge de 75 ans, celui qui marque leur demande de mise à la retraite. Et onze autres, dont 2 cardinaux, vont atteindre l'âge de 75 ans en 2007.
En sens contraire, Mgr Mannion déclare qu'il ne voit pas encore une logique dans les nominations effectuées par le pape actuel. "Je ne trouve pas évident un quelconque type particulier d'évêques propre à Benoît 16", dit-il. "D'ailleurs, l'Église est trop vaste pour qu'une pareille chose existe."
Par ailleurs, ajoute-t-il, le fait de choisir des hommes pour leurs compétences idéologiques ne fonctionne pas à long terme. Les hommes changent selon le diocèse où ils se trouvent tout simplement parce qu'ils doivent faire face à des défis différents.
"Des libéraux deviennent conservateurs, alors que des conservateurs deviennent libéraux," explique Mgr Mannion. "Ceux qui avaient des projets précis voient leurs choix complètement transformés par les circonstances locales."
Dans un monde et dans une Église en mouvement rapide, la tâche d'évêque est bien assez compliquée comme ça, dit-il encore. "Le simple fait de garder la tête hors de l'eau", ajoute-t-il, "est souvent la première de leurs tâches".
- fin de l'article -
Je ne sais pas que penser de cette analyse qui voit dans les nominations d'évêques par Benoît 16 une sorte de logique visant à promouvoir des hommes plus pragmatiques et chaleureux que doctrinaires...
Évidemment, dans un épiscopat comme celui des États-Unis, avec près de 600 postes d'évêques, on dispose d'une "population épiscopale" plus facile à aborder...
Affaire à suivre...