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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

dimanche 25 février 2007

393. hordes de minets minaudants

J'adore le Carnaval de Venise. Je trouve que c'est un moment très particulier dans une ville déjà particulière. En fait, l'idée de Carnaval m'a toujours beaucoup plue... Un commentaire dans un journal catho comparait le carnaval au tohu-bohu de la Création, dans les premières phrases du Livre de la Genèse. Un temps où l'on peut être tout ce qu'on veut, riche ou pauvre, célèbre ou totalement inconnu, homme ou femme. Mais aussi un temps propice à l'entrée en Carême, qui est comme une nouvelle création.

Tout ça pour vous dire qu'un de mes excellents amis m'a offert un livre sur les masques du Carnaval de Venise et que je ne résiste pas au plaisir de vous citer ce qu'il dit sur la fameuse gnaga, ou le masque de la chatte ménagère. Tout le monde connaît évidemment la bauta, immortalisée dans le film Amadeus. Mais on ignore souvent que la gnaga a été pendant des siècles le refuge des "homosexuels" de Venise. Et comme le Carnaval durait pratiquement huit mois par an, c'est un symbole important.

Voici les références du livre: Maschere a Venezia de Mario Bellani. Et voici l'histoire de la gnaga (à partir de la page 25).

 

L'histoire de la prostitation à Venise est incroyable. Il suffit de penser qu'en 1500, les prostituées étaient au nombre de 12 mille, presqu'un dixième de la population, et qu'elles subissaient la concurrence des prostitués hommes.

En effet, en 1511, un éminent personnage vénitien intervient afin de défendre énergiquement, face au gouvernement, les droits de ces pauvres femmes privées de clients. Et ce personnage est le Patriarche!

La solution trouvée par le gouvernement, pour augmenter les rapports hétérosexuels, un également incroyable: il permit aux prostituées de se montrer à moitié nues aux fenêtres de leurs maisons.

Encore aujourd'hui, dans la zone de San Cassiano, vous trouvez le pont et la rue "des nichons" (litt. delle tette).

La diffusion de l'homosexualité à Venise fut permise également grâce à un masque: la Gnaga. À l'origine, ce masque servait aux hommes à se déguiser en femmes (en simples ménagères) et c'est pour cette raison qu'il fut adopté par les homosexuels.

Il faut tout de même rappeler que les lois officielles prévoyaient, partout en Europe, la répression la plus violente contre l'homosexualité. À Venise, la peine était la pendaison... suivie du bûcher!

Mais grâce à la gnaga, un homosexuel avait le droit de se montrer librement parce qu'il devenait légalement, comme tous ceux qui portaient un déguisement, un "seigneur masque" et officiellement "la signora maschera" jouait un rôle et se divertissait.

Il était défendu d'arrêter une personne déguisée à cause de son comportement, même le plus bizarre, à moins qu'il ne soit violent ou dangereux.

La gnaga ne couvrait que la moitié du visage et laissait libre la bouche. Le masque était en papier mâché et de couleur blanche.

Les habits étaient ceux du peuple, de la ménagère. Quelquefois les gnaghe (pluriel de gnaga) étaient accompagnées d'amis vêtus généralement de façon plus grotesques, déguisés en petits enfants, les tati et les tate. Un déguisement qui était lui aussi habituel. Avec des "enfants", les gnaghe jouaient "à la nounou et son bébé".

Ils provoquaient les passants par des propos obscènes exprimés avec des voix disgracieuses qui ressemblaient à celles des chats (qui, en langage vénitien, font gnau et non miaou, d'où le nom gnaga).

J'imagine bien les ruelles de Venise remplies de minets masqués, minaudant des obscénités aux passants...

Quant au fait que le Patriarche de Venise lui-même était intervenu pour défendre la "vertu" de la vraie et saine prostitution hétérosexuelle, je n'en suis pas plus étonné que ça.

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vendredi 16 février 2007

392. éviter le phare

Voilà plus d'une semaine que je voulais écrire à propos d'une émission que j'ai entendue sur RCF. Comme pour toutes les stations, il y a de tout sur les Radios Chrétiennes Francophones, le meilleur (souvent) et parfois le franchement quelconque, mais dans l'ensemble j'aime bien. Parfois un rien trop catho- (grand-)bourgeois à la française, mais c'est supportable.

Il s'agit d'une émission de Béatrice Soltner, intitulée "Repères" et diffusée plusieurs fois par semaine, dont le samedi matin.

L'émission de la semaine dernière recevait Monique Hébrard et tournait autour de l'accueil et l'accompagnement de femmes ayant avorté. Et je suis d'accord avec cette dame (dont j'ignore tout): il y a certes du sens à se battre pour éviter que les avortements aient lieu mais qu'il y a encore beaucoup sinon tout à faire pour entendre la détresse de ces femmes, avant mais aussi après l'avortement.

Contrairement à ceux qui tonnent contre la "culture de mort", mêlant sans nuance les défenseurs de l'avortement et ceux des droits des minorités sexuelles, je n'ai aucune difficulté à dire que je ne suis pas du tout un défenseur de l'avortement, et qu'on peut parfaitement être contre l'avortement et en faveur des droits des minorités sexuelles. L'amalgame des deux "causes" (et donc de leur condamnation) dans les milieux vaticans (dans le catéchisme, aussi) est, je trouve, à tout le moins précipitée et certainement injuste. Après tout, il y a des gay dans les mouvements contre l'avortement et il y en a autant (sinon plus) qui militent contre les droits des homosexuels (rien de tel qu'un homo pour faire un bon homophobe).

Dans l'émission, d'ailleurs, Monique Hébrard expliquait une position très raisonnable, je trouve. Elle se disait prête à tout faire pour éviter qu'il y ait des avortements, mais elle voyait aussi l'utilité (la nécessité?) d'une loi qui permette à la société de venir en aide aux femmes qui vivent ce choix difficile et surtout de les entendre dans leurs difficultés. Encadrer l'avortement vaut mieux que de le laisser dans la clandestinité, aux mains de tous les charlatans et les exploiteurs... Une position qui a sa logique et qu'on peut respecter. Pragmatique, et donc théoriquement insatisfaisant, mais très humain.

Je ne sais pas trop ce que cette dame pense des homosexuels (je soupçonne qu'elle croit que c'est un choix ou une maladie), mais j'ai retenu de ses propos sur l'avortement quelques petites idées qui m'ont fait réfléchir...

Tout d'abord, elle commentait la situation de la réflexion éthique (et politique) en France. Elle disait (je simplifie) qu'en général (pour la question de l'avortement comme pour les autres), il y a très vite deux camps idéologiques qui se forment et donc, en fin de compte, personne ne vas voir ce qui se passe dans la réalité. Je ne sais pas si c'est un "mal français", bien que je l'ai déjà entendu dire. Mais dans le cas de l'homosexualité, par exemple, je trouve que cette réflexion s'applique bien.

Je suis toujours étonné d'entendre dire, par exemple dans la hiérarchie catholique, beaucoup de mal des homosexuels, de leur affectivité, de leurs couples, de leurs familles, etc., et cela alors qu'il n'y a aucune étude pastorale sérieuse sur le sujet. L'ignorance de ceux qui parlent est de plus en plus manifeste. C'est un peu comme pour le docteur Knock pour qui tout homme bien portant est un malade qui s'ignore. En d'autres termes: l'Église n'a pas besoin d'écouter les minorités sexuelles puisqu'elle sait déjà tout de leur vie, de leur expérience, de leur destinée grâce à une série d'experts qui parlent au nom de tous ces pauvres malades qu'ils reçoivent dans leurs officines. Une prétention de plus en plus difficile à défendre.

Deuxième réflexion que j'ai retenue: Monique Hébrard suggérait de sortir du "parler correct". Elle faisait allusion à ceux qui "croient bien faire" en disant soit que l'avortement, c'est très bien (ou indifférent éthiquement), soit que l'avortement, c'est un meurtre d'enfant, un maximum dans l'horreur. Il y a, au contraire, de la vérité à tenir des positions apparemment contradictoires: comme, par exemple, le fait qu'un avortement est un acte grave, mettant une vie dans la balance mais qu'il y a quelque chose de terrible à voir des femmes tellement en détresse qu'elles n'arrivent pas à voir leur vie avec l'enfant qu'elles attendent. L'horreur de savoir des enfants avortés semble parfois éclipser l'horreur de savoir que des femmes vivent de telles situations et des choix aussi déshumanisants. Est-ce qu'il n'y a pas moyen, en tant que chrétiens, d'avoir à la fois pitié des enfants à naître et des femmes qui avortent?

Dans le cas des homosexuels, me dis-je, la transposition est immédiate: ne pas gesticuler dans tous les sens dans certaines danses de la "fierté gay" tout à fait déplacées (car ce n'est pas du tout facile tous les jours d'appartenir à une minorité sexuelle) et en même temps sortir de ces schéma doloristes et lacrymogènes qui font des homo de pauvres petits souffrants dont la seule issue est l'amputation de leur sexualité dans un célibat imposé pour des causes naturelles. Être homo, c'est un des éléments de la vie humaine, et donc ce n'est pas drôle tous les jours, comme tout ce qui est humain. Néanmoins, toute humanité est destinée à la sainteté.

Dans certains milieux catho, par exemple (y compris chez des homo catho), ça fait très bien de larmoyer en choeur sur la misère du "choix homosexuel". Et comme tout ce qui "fait très bien", c'est déplacé. En sens inverse, je suis en désaccord avec une banalisation affichée par certains militants homo, qui font de la vie gay une grande partie de plaisir facile, de désinvolture et d'insouciance.

Pour ce qui est de l'Église et de ses discours éthiques, Monique Hébrard la comparait à un phare qui fixe des repères nécessaires et utiles (voire vitaux), surtout en cas de tempêtes. Je suis assez d'accord, en gros.

Néanmoins (et ceux d'entre vous qui font de la navigation vont me comprendre), je voudrais rappeler que le phare indique d'abord la direction à éviter, par exemple parce qu'il indique des dangers pour les navigateurs. Même à l'entrée d'un port, le navigateur ne doit pas viser le phare exactement, sinon on rate l'entrée du port et on se retrouve dans le phare. Donc, se diriger vers le phare, c'est la catastrophe assurée.

Je sais que ça semble un peu idiot de dire ça, mais comme toutes les paraboles, celle du phare dit bien ce qu'elle veut dire: l'Église a raison de signaler des écueils, des dangers, des pièges, mais ce n'est pas la même chose que de dire au capitaine où il doit conduire son navire ni quelle route il doit choisir. Et parfois, j'ai l'impression que, dans l'Église, le phare se pose en capitaine de vaisseau ou en amiral de la flotte.

Ainsi, par exemple: bien sûr que l'Église doit affirmer les repères. Mais sa mission principale, c'est d'abord le soin pastoral. Ainsi, dit Monique Hébrard, elle a trouvé lors de ses recherches des dizaines de références chez Jean-Paul II pour condamner fermement l'avortement. Mais elle n'a trouvé que deux textes peu connus où il affirme qu'il ne faut pas juger les femmes qui ont avorté, ni les culpabiliser. Mais au contraire qu'il convient d'être à leur côté pour que de ce mal qu'elles ont vécu il ne sorte pas un mal encore plus grand. En d'autres termes, d'accord que l'Église a pour rôle d'affirmer des repères mais elle a un rôle encore plus grand à dire des paroles pastorales fortes et libérantes, non culpabilisantes et qui ouvrent à une victoire contre le mal. Sinon, nous serions une Église des "purs", réservée à ceux qui n'ont jamais péché et qui expulse ceux qui n'ont pas suivi la norme.

Or, que voit-on dans le cas de l'avortement (par exemple ce qu'on a vu au Portugal ces dernières semaines), le monde catholique pro-life joue à plein dans la culpabilité et la condamnation: "vous êtes des assassins d'enfants", "comment une vraie femme peut-elle faire une chose aussi horrible", "avorter, c'est l'équivalent d'un génocide nazi", "regardez cette photo agrandie mille fois d'un embryon, ne voyez-vous pas que vous portez un bébé?", etc. Le règne de la culpabilité à outrance, justifiée par l'urgence de sauver des vies. Les femmes qui ont avorté apparaissent comme des monstres sans coeur, des femmes indignes. Elles n'ont comme solution que d'aller se cacher et de se taire. On ne fait pas du bien en faisant du mal. On ne conduit pas vers le bien en usant de l'arme de la culpabilisation.

Ici encore, je transpose au cas des minorités sexuelles: où sont les paroles pastorales qui encouragent les homo (par exemple) qui veulent vivre des vies de couples ou de familles à la lumière de l'Évangile? Au lieu de dire, comme beaucoup d'évêques (par exemple à Lyon), qu'il s'agit d'une insulte à l'amour hétéro, où sont les paroles qui disent aux homo "bravo pour l'effort, même si, moi votre évêque, j'ai des doutes sur les résultats". En fait, en termes pastoraux, j'entend ceci: "vous les homo, ne croyez pas à l'amour, ne croyez pas au couple, pour vous c'est perdu d'avance, abandonnez tout espoir". Pas vraiment une Bonne Nouvelle, et plutôt largement une Mauvaise Nouvelle.

Enfin, Monique Hébrard suggère de redécouvrir une attitude d'écoute qui donne confiance. Les chrétiens (et en particulier les évêques) devraient, dit-elle, être des gens dont les qualités d'écoute sont telles que tous savent qu'ils ne seront pas jugés ni condamnés par eux. Néanmoins, "écouter sans banaliser", dit Monique Hébrard. Et dans le cas des femmes qui ont avorté, les écouter raconter leur expérience, sans banaliser la gravité de leur acte mais aussi sans les enfermer dans cette expérience négative, ni les juger (elles se jugent souvent bien assez comme ça, inutile d'en ajouter une couche).

De même, en revenant à mon sujet favori, je suis forcé de constater qu'il y a un sentiment diffus chez de très nombreux homosexuels (catholiques ou non): "pourquoi irions-nous parler à des prêtres ou à des évêques? nous savons qu'ils nous ont déjà jugés coupables ou mauvais". Cette certitude que l'accueil de l'Église a été et sera toujours culpabilisant et négatif est tellement répandue qu'il devient difficile de l'ignorer ou de dire qu'il ne s'agit que d'un préjugé. Pour prendre une comparaison: comment des fidèles iraient-ils se confesser à un prêtre s'ils savent à l'avance qu'il va les condamner sans les écouter?

Je rêve de quelque chose du genre: "Moi, votre évêque, j'ai certes des choses à vous dire mais je voudrais d'abord vous entendre raconter votre histoire. Venez quand vous voulez, ma porte vous est ouverte."

Bon, d'accord, on pourrait en parler des heures de ces quelques réflexions. Et je vous les étale un peu sans nuances, brutes. On reparlera. Là-dessus, bonne semaine du Carnaval, parce que je crois que je vais partir pour "dé-stresser" un peu...

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mercredi 14 février 2007

391. l'amour a tous les droits

Il est probable qu'en cette Saint-Valentin, un grand nombre d'amoureux gay vont faire la fête, que ce soit par un repas, un petit cadeau, une carte postale, des fleurs, etc. Rien qu'à titre d'exemple, voici une jolie histoire que j'ai trouvée sur la toile.

Je ne vais pas me prononcer sur le caractère "commercial" de cette fête, car il y a toujours moyen de célébrer quelque chose d'aussi beau que l'amour sans tomber dans le piège de la consommation et de la dépense. Aimer, c'est se donner soi-même (avant de donner ce qu'on a acheté).

Par contre, j'aime bien l'initiative de certains diocèses, dont celui de Paris, de "baptiser" la fête de la Saint-Valentin. Tout comme la veille de la Toussaint (ou la Saint-Nicolas en Belgique), je trouve dommage que certaines fêtes aient été confisquées par le monde commercial. Après tout, saint Valentin de Rome est un être réel qui a aimé le Christ et a donné sa vie pour lui (même si des légendes se sont ajoutées au récit de sa vie).

Et en particulier, je suis content que l'on "sauve" la fête des amoureux. En effet, quoi de plus "chrétien" que de rendre grâce au Seigneur pour celui ou celle qu'on aime ou dont on est amoureux. Une prière est probablement l'un des plus beaux cadeaux qu'on peut offrir.

Je ne vais pas non plus jouer les spécieux et faire de subtiles distinctions entre "être amoureux" et "aimer"... Je sais bien que ce n'est pas tout à fait la même chose, mais, bon...

Aujourd'hui, donc, je remercie le Seigneur pour tous ces couples homo que j'ai rencontré et dont l'amour m'a fait grandir et m'a fait croire en l'amour (et donc en Dieu).

Car contrairement à ce qu'on en dit (sans le connaître), l'amour entre deux hommes (ou entre deux femmes) n'est en rien moindre ou moins beau que l'amour hétéro. Ceux d'entre vous qui connaissent des amoureux gay, je vous invite à en parler autour de vous, à témoigner du bonheur que leur existence vous procure. Sans parler de les aider et de les encourager.

J'aimerais que, à l'occasion de la Saint-Valentin, les associations cathogay célèbrent une eucharistie d'action de grâces pour les couples homo et les bénissent au nom du Seigneur.

Est-ce que l'amour homo est plus "difficile" que l'amour hétéro? D'une certaine manière, on peut dire que oui: il y a moins de modèles offerts par la culture ou la société, moins d'encouragements venant des familles, moins de structures d'aides (et d'émissions télé pour en parler)...

D'un autre côté, aimer sera toujours à la fois un combat et une passion, que l'on soit homo ou hétéro. D'ailleurs, ces dernières décennies, l'amour hétéro a eu ses propres problèmes et difficultés.

Alors, d'une certaine manière, les couples homo qui durent (parfois depuis des décennies) ont probablement plus de mérite que les couples hétéro. Et c'est d'autant plus important de les encourager en une journée comme aujourd'hui.

Quant à ceux qui disent (notamment dans le monde catholique) que l'amour homo est un pseudo-amour, qu'il singe l'amour hétéro, ou (pire) qu'il l'insulte, je leur suggère simplement d'arrêter d'afficher leur ignorance (parfois crasse) et de se mettre à l'écoute de la réalité.

Enfin, ma pensée et mes prières vont vers ceux qui sont séparés de leur amour, à cause du travail, de la maladie, de la guerre ou pour d'autres raisons. Mais aussi des blessés de l'amour, pour qu'ils ne désespèrent pas.

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samedi 10 février 2007

390. l'exception ibérique

Il y a peut-être parmi vous des matheux ou des statisticiens qui apprécierons la finesse et la pertinence d'une étude réalisée en Ulster (Irlande du Nord) sur la capacité à avoir des préjugés, une étude menée dans 20 pays occidentaux (y compris le Canada, les USA, l'Australie et la Nouvelle-Zélande).

La question était simple: "accepteriez-vous l'idée que votre nouveau voisin soit (1) d'une autre race, (2) Juif, (3) musulman, (4) immigré ou travailleur étranger et (4) homosexuel?". Le tableau des résultats les plus significatifs (pour un non matheux comme moi, du moins) se trouve en page 26. Je ne suis pas vraiment surpris par les résultats de l'étude pour la Belgique. Quant à la France, je ne suis pas non plus surpris que (dans tous les domaines) on y découvre moins de préjugés racistes ou homophobes que dans notre Plat Pays.

Je suis en revanche étonné des résultats de l'Espagne, qui semble moins homophobe que la France. Par contre, les autres pays de la Méditerranée, comme l'Italie, la Grèce (et ajoutons le Portugal) ont des niveaux d'homophobie dépassant de quatre à cinq fois les taux scandinaves... Je me demande ce qui explique cette exception ibérique.

On apprend également dans l'étude que, en règle générale, les femmes ont moins de préjugés que les hommes. Les riches moins que les pauvres (le manque d'argent incite à moins de tolérance, semble-t-il). Les étudiants et ceux qui ont fait des études ont aussi moins de préjugé (c'est clair que l'ignorance n'aide pas à la tolérance non plus).

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vendredi 9 février 2007

389. dictature de la majorité

Je discutais hier avec des amis Congolais (de RDC) de l'évolution de la démocratie dans leur pays. Il se fait qu'on attend pour bientôt en Belgique la viste du président Kabila et qu'on discute de l'opportunité ou non pour le Roi de se rendre à Kinshasa en visite officielle. Ceux qui s'y opposent disent qu'il faut attendre que le processus démocratique congolais se stabilise. Les autres trouvent au contraire qu'il faut que le Souverain y aille pour les encourager dans ce processus difficile. Une soirée sympa et cordiale (et je ne dis rien de la nourriture).

Et à un moment de la discussion, nous sommes revenus sur l'essence de la démocratie. Car il ne suffit pas que ce soit la majorité sortie des urnes qui bénéficie du pouvoir. La démocratie, ce n'est pas juste que la majorité assume l'autorité, ni même qu'elle la détienne en vue du bien général ou de manière transparente et honnête. Il faut encore que l'exercice du pouvoir se fasse dans le respect des droits des minorités (à commencer par le droit d'exister). Sinon, ce ne serait qu'une dictature de plus, celle de la majorité. Et cette dictature-là n'est pas plus souhaitable ou morale qu'une autre.

On l'a vu avec l'arrivée au pouvoir de partis légitimement élus par la majorité et qui ont mené des politiques sanguinaires (dans l'Allemagne nazie, par exemple). On l'a vu aux États-Unis jusque dans les années 50, avec la volonté de la majorité (composée de citoyens d'origine blanche) de maintenir les citoyens afro-américains dans un "sous-statut".

En fait, à bien y regarder, la dictature de la majorité est parfois plus cruelle que les autres, parce qu'elle se pare du vêtement de la légitimité ou de la démocratie.

Rentré chez moi, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le rapprochement avec les discours que j'entend contre une reconnaissance des droits des minorités sexuelles. Pour reprendre un argument souvent utilisé par le Vatican, la reconnaissance d'une forme "mineure" d'union conjugale ou d'une forme "mineure" de vie familiale (sous-entendu, celle des homo) est une atteinte à la sublimité de la définition même du mariage et de la famille selon l'Église. En gros, l'existence d'une toute petite minorité (entre 5 et 10% de la population selon les estimations) met en péril l'existence même de la majorité. D'où, toujours selon le Vatican, le devoir moral du pouvoir politique de protéger d'abord les droits légitimes et démocratiques de la majorité. Sinon, pour reprendre une terminologie utilisée en Espagne par certains évêques, c'est la porte ouverte à la dictature.

L'argument a été utilisé souvent, encore récemment en Grande-Bretagne (notamment dans la question de la reconnaissance de l'homoparentalité). La Hiérarchie italienne l'utilise quotidiennement ces temps-ci puisque le débat sur une forme de PACS fait rage dans la péninsule. Encore lors de la récitation de l'Angelus de dimanche dernier, le Pape déclarait qu'il voit une agression contre la grandeur du mariage et de la famille quand on propose que soient mises sur le même plan des unions issues "d'amours moindres".

Bon, d'accord, les vaticanistes vont encore voir dans cette déclaration un pas de géant: ils me soutiennent (bonjour, Enrico) qu'au moins le pape parle d'un "amour moindre" et non d'un "pseudo amour". "Progrès formidable", dont acte.

Mais tout de même: le PACS n'est pas le mariage, tous les Français le savent. Et dire que l'institution d'un PACS est une attaque contre le mariage, c'est un argument qui ne tient pas la route quand on observe les résultats sur l'évolution de la société française. Ne fut-ce que dans les faits, si ce n'est en théorie.

Que je sache, l'homosexualité n'est pas illégale dans des pays comme l'Italie. Elle a donc le droit d'exister. Et on ne parle pas seulement de donner des droits à des couples ou des familles qui vont se former à l'avenir (après le vote de la loi). On parle d'abord de ces couples et de ces familles homo qui existent parfois depuis des dizaines d'années, des citoyens qui aujourd'hui paient des impôts et n'en tire pas la protection sociale qu'ils méritent parce qu'ils appartiennent à une minorité.

Difficile de ne pas trouver "déplacées" les réclamations éventuelles d'une "majorité" qui se sent menacée parce qu'on discute du droit d'une minorité à exister et à bénéficier de la solidarité sociale. Ce n'est pas à la majorité à donner sa permission pour faire de la place à une minorité.

C'est ce qu'a compris l'évêque d'Aoste, Mgr Giuseppe Anfossi (sur la photo), qui vit suffisamment près de la France pour l'observer avec un oeil attentif et faire des comparaisons utiles avec l'Italie. Que Dieu le bénisse.

Le cher hiérarque fait notamment remarquer que la France, qui a créé le PACS en 1999 pour les couples non-mariés homosexuels et hétérosexuels, est la championne de la natalité en Europe avec deux enfants par femme - contre 1,33 dans la très catholique Italie - grâce notamment à une politique nataliste volontaire. Alors, "qui protège la famille?", se demande Mgr Anfossi, une France qui dispose à la fois d'une politique familiale solidaire ET d'un Pacs, ou bien une Italie qui se remet de l'ère berlusconienne, qui n'a pas de Pacs mais qui a aussi une politique familiale désastreuse? Bonnes questions.

Il a raison, ce n'est pas le mariage homo qui est une attaque contre la famille, ce sont les lois qui rendent la vie des parents de plus en plus difficiles, notamment en terme de santé, d'éducation, de protection sociale, etc. Et il sait de quoi il parle, puisqu'il est tout de même Président de la Commission Épiscopale Italienne pour la Santé et la Famille. On lui souhaite juste de le rester... Quoique...

 

Mgr Giuseppe Anfossi, év. d'Aoste (depuis 1994)

Pour la petite histoire, je signale que c'est dans une petite station de sports d'hiver située dans son diocèse (près du Parc National du Grand Paradis, sic) que les deux derniers papes vont passer quelques temps tous les hivers pour savourer la neige...

En fait, mon rêve, c'est que le Vatican accepte la création d'un PACS à l'italienne en échange d'une amélioration importante de la politique d'aide aux familles: une meilleure éducation des enfants, une école moins chère, des allocations familiales plus intéressantes, etc. Qu'on sorte un peu des débats de principes (qu'est-ce qui est un "vrai" couple et qu'est-ce qui ne l'est pas) pour y mettre un petit peu de pragmatisme. Après tout, si le cadeau de mariage des homo à la société italienne, c'est d'avoir fait progresser la protection de la vie familiale dans la législation sociale, qui va s'en plaindre...

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jeudi 8 février 2007

388. obligation de résultat

Un groupe de promoteurs du mariage gay dans l'état de Washington (en haut à gauche des États-Unis) vient de proposer une mesure qui imposerait à un couple hétéro d'avoir un enfant dans les trois ans du mariage sous peine de voir le mariage annulé. Une manière de répondre à l'argument de certains conservateurs qui affirment que le mariage devrait être réservé aux hétéro parce que c'est le seul cas où le mariage est vraiment fécond.

Bien sûr, la proposition est absurde (ses organisateurs le disent eux-mêmes), et il est peu probable qu'elle obtienne le nombre de signatures nécessaires pour arriver aux portes de l'assemblée locale. Néanmoins, elle déjà eu un effet positif puisque les groupes opposés au mariage homo ont déjà fait savoir qu'ils ne se serviraient plus de l'argument de la fécondité en termes d'enfants pour s'opposer au mariage homo.

Pousser l'absurde de l'obligation de résultat jusqu'au bout? Ce n'est pas une si mauvaise attitude.

Ainsi, puisqu'on affirme, du côté de la doctrine officielle, que les candidats au sacerdoce qui ont des "tendances homosexuelles solidement ancrées" ne sont pas aptes au sacerdoce (et notamment à représenter le Christ dans ses relations avec les hommes et les femmes), on pourrait par exemple proposer d'invalider après coup les ordinations des "désastres" sacerdotaux!

Les dictateurs cléricaux, les menteurs en tenue ecclésiastiques, ceux qui ont détourné ou dilapidé des fonds d'église, les carriéristes, les lèches-bottes, et puis aussi les abuseurs d'enfants ou d'adolescents, tous ceux là, on pourrait aussi proposer une obligation de résultat pour reconnaître la validité de leur "consécration"!

Car, après tout, il y a une très grande autorité évangélique à la phrase "on juge l'arbre à ses fruits". Pourquoi, dans le cas des cathogay, refuse-t-on même qu'il y ait des fruits? On ne leur donne même pas le bénéfice, comme le figuier stérile, d'une seconde chance et d'un peu d'espérance...

Non, pour les homo, on dit tout simplement que, quand ils aiment, ce n'est qu'une illusion d'amour. Quand ils forment des couples, ce n'est qu'une pseudo union. Quand ils proposent d'élever un enfant, ça ne peut être qu'une illusion d'engagement parental. Et ceux qui sentent que Dieu les appelle au sacerdoce, n'ont évidemment qu'une totale illusion de vocation. Pas même une chance d'essayer...

Avec la foule d'universités et d'instituts de recherches scientiques dans le monde catholique, où est l'étude de grande envergure et scientifiquement sérieuse pour asseoir la doctrine catholique officielle sur les "personnes à tendance homosexuelle"? Où est la vaste étude (à l'échelle du monde entier) qui fait le point sur ce que les homo font de leur vie affective, de leurs couples, de leurs familles?

C'est curieux: les hétéro n'ont pas d'obligation de résultat, ils n'auraient pas à "porter du fruit" pour que leur amour, leurs couples ou leurs familles soient bénies et consacrées. Par contre, les homo n'ont même pas le droit d'essayer de porter du fruit... Vraiment curieux...

Quant aux associations cathogay, en particulier dans le monde francophone qui est le mien, je ne peux que souhaiter qu'elles mettent en avant tous les fruits positifs: tous ces cathogay qui apportent une richesse à la vie de l'Église, tous les couples homo qui représentent des décennies d'amour, toutes ces familles homoparentales qui ont permis à des enfants ou des adolescents de grandir et de devenir eux-mêmes dans toute leur originalité.

Il est temps de diffuser ce qu'ont fait "nos" saints, "nos" héros ou même nos "martyrs"...

Pour moi, c'est l'ignorance de ces fruits qui explique tous ces clichés sur les homo. Le résultat, il existe. Il est déjà là. C'est donc juste une question de moyens de diffusion.

Si ces fruits étaient connus, la plupart des arguments contre les minorités sexuelles tomberaient d'eux-mêmes.

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mardi 6 février 2007

387. jusqu'à ce qu'ils acceptent

Mes deux copines Barbara et Sheila habitent San Marino, une charmante banlieue de Los Angeles, juste avant Pasadena. Une petite ville qui s'enorgueillit de posséder la fameuse Galerie Huntington et les Jardins Botaniques du même nom. J'ai passé de longs moments dans les galeries "anglaises", avec quelques fameux Gainsborough, dont l'illustre Blue Boy (ci-dessous). C'était avant que je n'apprenne que l'expression "blue boy" est l'équivalent anglais de "garçon sensible".

 

 

Elles allaient à la même messe que moi et c'est là que je les ai rencontrées. Je crois qu'elles doivent approcher les 300 kilo ensemble mais je les adore. Surtout qu'elles me prêtaient toujours leur super pick-up rouge pour parcourir la Route 1 (qui fait toute la côte de Californie). Par ailleurs, Barbara est l'agent de plusieurs "animaux acteurs", dont quelques chiens, des dauphins, une série de chevaux et même un éléphant (je crois que c'est celui de Dumbo Drop). Elle m'avait invité à une soirée aux Studios Universal, ce qui m'a permis de m'asseoir dans la Ferrari rouge de Magnum.

Zut, je m'égare de nouveau.

Le fait est que Barbara et Sheila viennent de m'écrire pour me rappeler ce qu'elles font, elles et une série de couples de Los Angeles: la veille de la Saint-Valentin, en signe de protestation, elles écrivent à l'administration des licences de mariage pour en obtenir une. Bien sûr, elles reçoivent toujours une lettre de refus. Mais c'est une forme de manifestation annuelle: les fonctionnaires sont obligés de traiter leur demande et doivent motiver leur refus (alors qu'ils ne doivent jamais motiver une acceptation). D'où la perte de temps pour eux, et aussi l'effet de protestation.

D'après ce qu'elles me disent, le mouvement est assez populaire et gagne des participants, particulièrement à l'approche de la Saint-Valentin (une fête tellement commerciale et tellement hétéro qu'on en deviendrait diabétique sur le coup). Ceci dit, je crois qu'elles seront fameusement surprises le jour où elles recevront une lettre d'acceptation...

Et le hasard faisant bien les choses, je suis tombé l'autre jour sur un article qui raconte qu'une employée du comté de Yolo (près de Sacramento, aussi en Californie) a décidé d'offrir un Certificat d'Inégalité chaque fois qu'un couple homo lui demandera une licence de mariage et qu'elle devra la refuser. Elle en a marre, dit-elle, d'écrire toutes ces lettres de refus alors que, au fond d'elle même, elle est en faveur du mariage homo (tout en soulignant qu'elle est mariée au même homme depuis 37 ans et qu'elle est une vraie Chrétienne). Je trouve ça sympa, comme initiative de protestation. Dieu la bénisse.

Bien sûr, dans notre petite Terre d'Héroïsme et Plat Pays, nous avons le mariage homo, et donc ce genre d'acte de protestation civile n'a plus de sens. En France, en Italie et dans quelques autres pays, cela resterait une possibilité.

Mais plus près de moi, je rêve de couples cathogay téléphonant à leur secrétariat paroissial ou diocésain, ou leur écrivant une lettre, pour demander quelles sont les formalités à remplir pour un mariage homo. Pire (j'ai une imagination débordante): j'imagine ces couples cathogay écrivant à plusieurs paroisses et à une série d'évêques.

Il est clair qu'ils recevront des lettres de refus. Mais leur nombre sera peut-être une prise de conscience pour ces autorités. Sans parler du fait qu'à force de refuser de bénir ces couples qui s'aiment, ils finiront peut-être par se demander si ce refus n'est pas une absurdité par rapport à leur foi.

Tiens, pour le coup, j'en viendrais presque à regretter de ne pas avoir de fiancé...

En fait, je viens juste de rencontrer un groupe de jeunes gens qui pourraient faire l'affaire...

 

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vendredi 2 février 2007

386. mais où fuit-il...

J'ai du mal à réaliser que cela fait deux ans que je tiens ce blogue. Mais où sont passées toutes ces semaines ! Et quel parcours ! Je ne parle pas d'abord des textes écrits, mais surtout des relations nouées, des amis découverts... Je remercie le Seigneur pour ces deux années de recherche, de réflexions, de lectures... Que sa bénédiction vienne sur tous ceux qui me font l'amitié de me lire. Et si vous avez le temps de faire une petite prière pour ce plus petit des blogues cathogay, n'hésitez surtout pas et merci d'avance.

Le délicieux Ichtus (et c'est peu de le dire) nous fait découvrir un beau livre sur L'Histoire de l'Homosexualité, sous la direction de Robert Aldrich, un ouvrage collectif à la fois érudit mais aussi accessible (paru au Seuil).

 

 

En lisant Ben de Bruxelles, on apprend que le groupe de prière de Bruxelles se réunit bien ce soir (comme tous les premiers vendredi du mois) mais à une nouvelle adresse désormais : au 32 de la rue des Capucins. L'occasion de célébrer ensemble la Fête du Christ Lumière. J'en profite aussi pour signaler qu'on peut toujours déposer des intentions de prière dans la chapelle virtuelle de la CCL (Communauté du Christ Libérateur). Ben signale également que, pour ceux qui voudraient se joindre au groupe de prière, pas d'hésitation aussi à envoyer un message via le site de la CCL.

Pour ceux qui lisent l'anglais, voici un petit livre paru très récemment dont on dit du bien. Un livre plein d'humour et souvent même rigolo. Je vais vous en reprendre les éléments principaux.

Il s'agit de Homo Domesticus, de David Valdes Greenwood, ou dix ans de la vie d'un coupe gay "ordinaire", quoique...

Un couple du Massachussetts, où le mariage homo est reconnu légalement, et qui montre dans ce livre tous les choix, les chemins et les facettes d'un couple homo marié. Depuis le premier baiser (entre un totalement romantique et un farouchement non-romantique) jusqu'à l'engagement dans le mariage, puis la décision d'adopter.

Ce qui plaît dans ce livre, c'est (peut-on lire chez plusieurs critiques) un certain sens de l'humour et de l'auto-dérision. Pas de leçons à donner, pas d'héroïsme. Les deux conjoints apparaissent assez vite comme des hommes normaux, c'est-à-dire bourrés de défauts et totalement faillibles. Ils commettent des erreurs mais ils ont la sagesse d'en tirer profit. Comme par exemple (ça m'amuse beaucoup), le fait d'oublier qu'on n'offre JAMAIS du savon en cadeau à l'homme qu'on aime. Ou qu'il est fatal d'oublier son pantalon de cérémonie le jour de son mariage.

Ils "consultent" beaucoup, notamment des professionnels de la vie de couple, ce qui nous vaut de faire le tour de tout ce qu'un couple gay doit affronter dans la durée: comment passer de la vie de célibataire à la vie de couple, les choix professionnels à accorder à la vie à deux, comment vivre avec certains désirs incompatibles avec la vie de couple, et puis comment supporter que le conjoint ne ramasse jamais son linge sale qui traîne partout. En résumé: comment ne pas assassiner l'autre pratiquement chaque semaine.

La partie la plus émouvante, dit l'un des commentaires, c'est de lire comment ils en sont venus à vendre leur propriété bien située au coeur de Boston pour louer un apartement et trouver ainsi les moyens financiers pour adopter un enfant.

Un beau livre, concluent les articles que j'ai pu lire, simple et vrai. Une fenêtre sur la vie d'un couple ordinaire, de deux hommes qui sont de vrais parents.

On peut le commander sur Amazon.fr à un prix très raisonnable.

 

David Valdes Greenwood

 

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jeudi 1 février 2007

385. nous, les vilains

Un de mes amis "potteriens" vient de m'envoyer un lien et un article sur la sortie de la nouvelle version de la pièce Equus à Londres. Une pièce qui avait fait scandale dans les années 70 (avec plusieurs scènes de nu intégral et une scène de sexe non-simulé qui durait quelques 20 minutes). Un de mes grands souvenirs de collège, que la vision de cette pièce au Théâtre National à Bruxelles. Le sujet est difficile: un garçon de 17 ans, parfaitement quelconque dans sa routine, crève une nuit les yeux de six chevaux et tout le monde se demande ce qui lui a pris.

Dans le rôle principal, l'autre Radcliffe (pour reprendre une expression qui est hélas plus souvent utilisée à propos du Dominicain), à savoir Daniel. D'où l'intérêt de l'univers "potterien" pour la sortie de cette pièce. On dit beaucoup de bien de lui dans la pièce, et les quelques photos que j'ai pu voir (et que je partage bien volontiers avec vous) donnent à penser qu'il convient parfaitement au rôle d'adolescent au bord de la psychopathie mais dont les dérives expliquent beaucoup de choses de notre monde. Le fou n'est pas toujours celui que l'on croit.

 

 

 

 

Au vu de ces photos, je me dis qu'il n'est pas exclu que, à la suite de Leonardo DiCaprio et d'Elijah Wood, l'enfant prodige du cinéma ne découvre en lui des talents de comédien. Et si, en plus, il se révèle sexy avec les années, qui va s'en plaindre...

Je ne suis pas un "potterien" acharné... Juste croyant mais pas pratiquant, si vous voyez ce que je veux dire. Mais j'ai beaucoup aimé le 3ème tome, Le Prisonnier d'Askaban, avec le personnage du professeur loup-garou. Et notamment, quand il doit quitter l'école parce que tout le monde maintenant connaît son terrible secret et qu'il reçoit la visite d'Harry Potter. Il y a cette phrase: Le monde n'est pas prêt à accepter les gens comme nous, et notamment parce que nous faisons peur. Dès que les parents apprendrons ce que je suis, il sera de toute façon impossible à l'école de me garder.

Bien sûr, avec mes antennes bien orientées, j'ai tout de suite senti le côté symbolique de ce loup-garou...

Et comme pour me convaincre, j'ai trouvé ce matin dans ma revue de presse, un article sur l'intervenion du Prix Nobel de la Paix et ancien archevêque anglican du Cap, Mgr Desmond Tutu, lors du Forum Social Mondial à Nairobi. Et alors que ses confrères anglicans du Sud pourfendent les homo à tout crin, Mgr Tutu n'a pas peur de dire haut et fort que, pour lui, l'homophobie est faite du même bois que l'apartheid et que les chrétiens ont bien d'autres choses à faire que de persécuter les homosexuels. Il faut oser, tout de même. Que Dieu le bénisse.

Mais l'article se poursuit avec le courage encore plus grand d'un anglican kényan qui, dans l'ombre gigantesque de Mgr Tutu, ose dire tout haut qu'il faut que l'Église ré-examine ces questions de sexualité. Nous n'avons pas à jeter les homosexuels dehors. Après tout, ne sommes-nous pas envoyés aussi bien pour les bons, que les méchants et les affreux (litt. we're supposed to minister the good, the bad and the ugly).

Au début, j'ai été choqué de lire cette phrase. Mais, au fond, elle recèle une profonde vérité: la question des minorités sexuelles n'est pas d'abord morale (à savoir s'il s'agit d'une conduite bonne ou mauvaise) mais bien d'une question d'intégration, et notamment le fait de dépasser l'aspect repoussant que pourrait avoir de prime abord les minorités sexuelles pour la majorité hétéro.

Même l'Abbé Pierre, me racontait-on à la CCL la semaine dernière, ne cachait pas qu'il trouvait qu'il y avait quelque chose de repoussant dans l'homosexualité. Et je peux comprendre que c'est le cas pour beaucoup d'hétéro. Après tout, un tas d'homo trouvent également que le sexe hétéro les dégoûte...

Mais le cher Abbé ne réagissait pas en confondant "repoussant" avec "mauvais". Ou bien, pour faire prétentieux, en mélangeant le "beau" et le "bien", ou en l'occurence le "laid" et le "mal". Au contraire, il s'est clairement engagé pour la protection des homosexuels et il a pris des positions à la pointe de l'homophilie.

Or, c'est une erreur commise par la morale catholique officielle: ce que les homo font (leur manière de s'aimer) est insupportable à imaginer, donc c'est mal.

En gros, ce qui leur reste à faire, à tous ces hiérarques homophobes, c'est le parcours de La Belle et La Bête dans lequel la parfaite jeune fille apprend que le beau Gaston est juste un sommet de vanité, d'arrogance et de cruauté et qu'au contraire le monstre affreux, vilain et repoussant a un coeur d'une beauté qui transfigure ses apparences.

On croit souvent que les contes ne sont des écoles de vie que pour les enfants. En fait, c'est peut-être d'abord aux "grands" qu'il faudrait encore les raconter.

Pour terminer, voici une histoire pour laquelle je me sens coincé entre le sourire et l'amertume: les établissements "exclusivement gay" de Grande-Bretagne sont à deux doigts d'épauler la protestation de la hiérarchie catholique sur la loi anti-discrimination.

On sait que le primat catholique d'Angleterre et du Pays de Galles vient de perdre l'escarmouche pour une exemption des organisations confessionnelles de la loi contre les discriminations. Selon lui, les groupes religieux devraient avoir le droit de discriminer contre les homo, si leur foi est concernée. Le Premier Ministre leur a rappelé que c'est une exemption qu'une société démocratique peut difficilement accorder. Et c'est logique.

Mais comme en écho (pour s'en moquer ou est-ce sérieux?), les établissement "homo uniquement" se demandent s'ils ne devraient pas eux aussi demander une exemption à cette loi, pour ne pas être accusés de fermer leurs portes aux hétéro ou de faire de la publicité discriminatoire.

Pire, que penser de toutes ces organisations (homo ou hétéro) qui demandent à rester "entre hommes"?

Dans ce type de débat passionné, je vous parie une chose: chaque fois qu'on voudra protéger une minorité, il se trouvera des gens pour dire que c'est la majorité qui est agressée ou en danger.

Heureusement, il y en a qui ont de l'humour, comme ce parlementaire britannique, qui faisait remarquer au cardinal O'Connor, que dans une religion qui admire le Bon Samaritain, c'est tout de même un comble de voir un cardinal faire le difficile dans le choix de ceux à qui il vient en aide.

Posté par cathogay à 09:53 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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