jeudi 5 avril 2007
408. Farine pour le pain
En ce Jeudi Saint, je me prépare hélas à une journée un peu compliquée, avec son lot de mini-catastrophes potentielles. Et à force de les anticiper toutes, je risque probablement de m'énerver. Mais j'ai décidé ce matin en prenant mon café que, décidément, rien ne sert de craindre à l'avance des complications contre lesquelles on ne peut rien. Comme disent les anglophones: "I'll cross that bridge when I get near it."
J'ai commencé à archiver des notes de ce blogue sur CanalBlog.com, et donc j'ai relu ce que j'écrivais pour le Jeudi Saint de l'an dernier, Manger et Être Mangé... Je n'en retirerais pas une ligne. Quelque part, ça m'étonne et me réjouit à la fois...
Cette année, je vis donc dans le souvenir de ce que je faisais l'an dernier à pareille époque: comme je rencontrais pour la première fois mon Normand favori, comme je découvrais le plus délicieux des petits rouages, mon expérience religieuse à Montmartre (que je vous raconterai demain), un étonnant séjour dans l'ancienne maison du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894), dont je vous propose quelques toiles en fin de note.
De plus en plus, l'action de "manger" ceux que j'aime et qui m'aiment durant nos repas partagés ensemble m'apparaît comme essentielle à ma vie. Si je dois utiliser une image pour décrire ce que je vois, j'utiliserais "l'hospitalité d'Abraham" connue comme la "Trinité de Roublev".
Je suis sûr que ceux qui sont amoureux ou qui partagent la vie de couple me comprendront parfaitement. De plus, la compréhension du sacrement de l'eucharistie, dans lequel le Christ Ressuscité se donne totalement dans un repas comme une nourriture pour tous les temps, tous les hommes, s'accentue dans ma vie. Je ne sais pas si j'ai les moyens intellectuels (sans parler du temps) d'écrire des textes sublimes et pointus sur ce sacrement ou la manière exacte de le célébrer honorablement. Par contre, je "vois" de plus en plus en quoi le Seigneur nous offre par ce sacrement de diviniser chacun de nos repas en nous associant à celui que lui-même a offert une fois pour toute.
Il est probable que l'habitude d'offrir un repas avec une prière à Dieu ait largement disparu pour beaucoup d'entre vous. J'avoue que, de mon côté, je ne le fais plus spontanément la prière avant le repas depuis des années. Par contre, de plus en plus, je termine les repas avec mes amis par un vrai merci adressé au Seigneur. Surtout quand j'ai l'impression que, avec la nourriture partagée, nous nous sommes donnés les uns aux autres, l'un à l'autre, en nourriture. Ceux qui me connaissent savent d'ailleurs que j'ai beaucoup de mal à quitter la table, même au restaurant...
Je sais que ça fait un peu "praline" ce que j'explique. Mais c'est une affaire de vécu: je suis nourri de mes amis à chaque repas partagé. Du coup, je comprends mieux ce que le Christ fait à chaque eucharistie. Et à l'inverse, ce que Jésus fait lors de cette Dernière Cène revécue à chaque messe me permet de donner plus de valeur à ces repas simples partagés avec mes amis.
Tout comme le dit la liturgie, le pain et le vin offerts en sacrifice représentent la vie et le travail des hommes. Essayez d'imaginer que c'est vous-mêmes qui êtes présentés dans ce pain et ce vin, et tous ceux que vous aimez, et tous ceux pour lesquels vous priez, et vous verrez le mot "communion" prendre un autre sens.
Aujourd'hui, en offrant les dons eucharistiques durant la célébration de ce Jeudi Saint, je penserai à tous ceux qui sont devenus mes amis et mes aimés, qu'ils soient proches ou éloignés, et en particulier ceux que j'ai découverts grâce à ce blogue. Que chacun d'entre nous fasse farine pour le pain dont le Christ a besoin pour se donner lui-même en nourriture. Et que nous soyons, dans le vrai sens du terme, en communion de prière.
Enfin, comme promis, voici quelques exemples de l'oeuvre de Gustave Caillebotte:
Gustave Caillebotte (1848-94) - Les raboteurs de parquet
Gustave Caillebotte (1848-94) - L'homme au bain
Gustave Caillebotte (1848-94) - Homme s'essuyant la jambe
Gustave Caillebotte (1848-94) - Autoportrait




