vendredi 20 avril 2007
413. connais ton prochain
Parfois, je me demande ce que je vais écrire. D'autre fois, la première nouvelle qui me tombe sous les yeux remplit ma journée. C'est le cas aujourd'hui avec le récit de l'un des fondateurs du site internet KnowThyNeighbor.org, Thomas Lang (sur la photo).

L'idée de KnowThyNeighbor (ou KTN en abrégé), qui signifie "connais ton prochain", est venue à Tom Lang et à quelques autres (homo ou hétéro) parce qu'ils ont eu des doutes sur la validité de centaines de signatures de pétitions anti-gay, et en particulier contre le mariage homo.
Il se fait que plusieurs associations homophobes utilisent les services de "firmes de collecte de signatures", qui font signer des piles de signatures au gens sans toujours leur dire de quoi il s'agit. Souvent même, ils y a des pétitions pour des sujets qui n'ont rien à voir et le gogo pense n'en signer qu'une seule.
D'où le projet de publier ces listes en ligne afin que chacun vérifie si son nom n'est pas inscrit frauduleusement au bas d'une pétition anti-gay (et, semble-t-il, c'est arrivé très souvent).
Plus largement, et c'est le sens du titre du site web, cela permet à chacun de repérer si l'une de ses connaissances, l'un de ses voisins voire un membre de sa famille a signé ces pétitions. De vérifier s'ils n'ont pas fait l'objet d'une fraude. Et bien sûr d'engager le dialogue avec eux sur le sujet, dans le but de mieux les informer et de les faire changer d'avis notamment sur la question du mariage homo.
Je signale que le blogue de KnowThyNeigbor.org est aussi assez intéressant à lire, notamment parce qu'il commente différentes activités ou réactions. J'ai par exemple un peu suivi le cas de violences commises contre des manifestants homophiles par un responsable d'un groupe baptisé "Catholic Citizens".
L'article de Tom Lang que je viens de lire a un titre particulièrement accrocheur: Tout ce que vous avez voulu savoir sur le lobby homophobe sans jamais oser le demander (Everything You Wanted To Know About Anti-Gay Lobbying But Were Afraid To Ask).
Il se fait que Tom et son mari Alex Westerhoff (le mariage gay est légal dans leur coin) se sont rendus à la réunion d'une association homophobe qui lutte contre la légalisation de toute forme d'union homo (en l'occurence pour faire disparaître la loi actuelle sur le mariage homo). Un peu par curiosité, un peu pour apporter un contre-témoignage vivant. Et ce sont ces réflexions qu'il propose dans l'article.
Comme la réunion se tenait dans un lieu public, les organisateurs ne les ont pas éjectés de la rencontre après que Tom et Alex aient expliqués qu'ils formaient un couple homo marié. Il est probable aussi que les orateurs ont été obligé de modérer leurs propos. Quoique, dans l'article, Tom trouve qu'ils ont raconté des choses particulièrement offensantes pour les homo.
Première chose qui frappe Tom: le ton virulent pour diaboliser les homo, une attitude qui n'existe pas dans les associations gay qu'il fréquente. En effet, pas besoin de défendre ses droits en déclarant que "l'autre camp" est celui des "mauvais". Les homo n'ont pas besoin de dire du mal des hétéro pour être conscients de leur valeur.
Autre constatation: le niveau élevé de mensonges non-vérifiés et colportés tels quels. Que les petits écoliers dans les maternelles sont dès à présent conditionnés à trouver que l'homosexualité est une chose normale. Que les prêtres qui prêchent contre l'homosexualité risquent la prison pour leurs propos. Que le lobby gay a beaucoup plus d'argent et de militants que "notre camp". Qu'il a beaucoup plus de capacité d'influence et de mobilisation que "les nôtres" (d'ailleurs, le lobby gay est partout, n'est-ce pas).
Tom et Alex sont, pendant la réunion, très étonnés que les personnes présentes acceptent tous ces mensonges sans réfléchir. Mais si l'on peut en vouloir à la mauvaise foi des organisateurs, difficile selon eux de tenir rigueur aux participants. Ils ne sont que le prototype normal du citoyen de base, prêt à croire que l'autre est l'ennemi, source de grave danger pour le pays, pour la famille, pour la jeunesse, pour l'Église, d'autant plus qu'ils ne connaissent personnellement aucun homo, du moins déclaré.
Moi aussi je m'interroge là-dessus. Par exemple, avant la seconde guerre mondiale, on a dit des horreurs sur les Juifs et la très vaste majorité des gens les ont crues. Or, il y a énormément plus d'homo qu'il n'y a de Juifs dans le monde. Et pourtant, quand je regarde les infos, les homo réagissent beaucoup moins "aux insultes" que les Juifs ou même les Musulmans.
Parfois, disons-le franchement, j'envie la capacité de mobilisation et de bruit de certains autres groupes qui se sentent offensés dans leur identité. Par exemple, en Belgique, si Mgr Léonard avait tenu des propos discourtois contre les Arabes, ce n'est pas quelques dizaines de manifestants qu'il aurait eu devant sa cathédrale, et il ne s'en serait pas tiré en répétant qu'on l'a mal cité et que, selon lui, "l'homosexualité est une anormalité mais les homosexuels ne sont pas des anormaux", comme si ceux qui ont un handicap ne sont pas des handicapés ou ceux qui sont passés par le mariage ne sont pas des gens mariés.
Enfin, à la fin de la réunion, Tom et Alex ont profité de la petite réception pour passer de groupes en groupes. Discutant de tout et de rien. Montrant par leur simple présence, pour reprendre leurs termes, qu'ils sont des êtres humains normaux, créés eux aussi à l'image de Dieu et bénéficiaires de son amour. Pour donner un visage à ceux que les organisateurs de la réunion ont voulu diaboliser.
En fait, fait remarquer Tom, c'est tellement plus facile, quand on veut priver des personnes de leurs droits, d'en parler comme s'ils étaient absents, loin de nous.
Je me mets alors à rêver: que diraient des évêques ou des prêtres homophobes s'ils avaient devant eux des couples homo qui s'aiment? Parleraient-ils de la même manière? Est-ce qu'ils oseraient encore dire que c'est un pseudo-amour ou même un "amour moindre"? Deux expressions chères à Benoît 16... Oseraient-ils dire que les parents homosexuels traumatisent leurs enfants s'ils avaient devant eux des parents gay venus à la messe avec leurs petits enfants, leurs adolescents ou même leurs petits-enfants? Diraient-ils tout le mal du monde des homosexuels si l'on savait clairemement que, parmi les prêtres concélébrants, il y en a un certain nombre qui sont homo?
Non, clairement, tout ce qui nous jette dans l'ombre des placards ne peut que nous nuire... Et dans le monde catholique, tout le discours officiel est toujours tenu en supposant que personne dans la salle ou dans l'église n'était concerné: on ne nous parle pas face à face.
Mais je l'avoue en toute franchise: manquant totalement moi-même de courage pour être visible, exposé et au premier rang, je prie pour que le Seigneur nous suscite des "Martin Luther King, Jr." ou des "Abbé Pierre"... Des jeunes, des priants, des courageux, qui savent parler et qui osent dire qu'ils sont homosexuels et chrétiens (et heureux d'être les deux).
Ce jour-là, pas de doute, je me lèverai et je les suivrai...
mercredi 18 avril 2007
412. rien que de la crème
Est-ce que quelqu'un a de bons contacts avec Noël Godin (sur la photo), ou une sympathique association d'entartage? Pour des raisons que je ne connais pas, je trouve que le monde catho-bourgeois a été très injustement "non-frappé" par de bonnes tartes à la crème.

Pourquoi ce courroux? Je viens de lire la publicité de l'Institut Sophia, de Bruxelles, le dernier grand repère de l'homophobie catholique pleine de pognon. Mais où trouvent-ils leur fric? Bien sûr, c'est encore un sous-marin de la nébuleuse de l'Emmanuel, à côté de laquelle l'Opus Dei a franchement l'air de boy-scouts... Peut-être que vous êtes mieux informés que moi, mais j'aimerais savoir comment le lobby catho-homophobe a tellement plus de pognon que le soi-disant lobby gay (dont je n'ai pas encore réussi à savoir où il se réunit pour aller leur faire coucou).
Bien sûr, l'institut Sophia a les intentions les plus louables et les meilleurs parrains et marraines. Jugez-en...
Le cardinal de Belgique, Godfried Danneels, dont le comptable principal est le mari de Carine Brochier, la cheville ouvrière de l'Institut (tiens donc, l'Emmanuel proche des cordons de la bourse du cardinal).
L'évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, qui trouve que l'homosexualité est une anormalité mais (grand Dieu, jamais) ne dira que les homo sont des anormaux. Comme si les malades de la lèpre n'étaient pas des lépreux et les malades du cancer n'étaient pas des cancéreux. Quand on en est à couper les cheveux en quatre à ce point...
Et puis on trouve également le cher père Mattheuws, expert auto-proclamé en sexualité et en mariage et, à ce titre, expert au synode sur l'Eucharistie en 2005 (expliquez-moi le lien si vous y arrivez). Celui-là même qui vient de faire des conférences de carême à Notre-Dame de Paris.
Rien d'étonnant à ce que la deuxième conférence qu'ils organisent reçoive ce cher Mgr Tony Anatrella, l'illustre, dans les locaux de l'Institut d'Études Théologiques (l'IET, toujours à Bruxelles). La couleur est annoncée dès le départ: pas de quartiers, des miettes. Un Tony Anatrella regonflé à bloc dans le milieu catho-bourgeois depuis les deux plaintes déposées contre pour abus sexuel de patients. J'en viens presqu'à croire qu'il les a fabriquées lui-même, ces plaintes, tellement ça lui a fourni une superbe couverture de martyr de l'infâme lobby gay.
Non, pas de doute, c'est la crème de la crème de la catho-bourgeoisie homophobe et bien pensante qui s'est unie pour créer ce centre de formation pour adultes et son vrai bon programme en béton pour remettre l'église au milieu du village.
Et voilà que la Belgique dispose, avec encore une fois le pognon des fidèles, d'un centre catholique garantit 100% pur-jus et qui va traiter les homo de tous les noms d'oiseaux, répéter à quel point ils sont un danger pour la société, l'Église, les jeunes, les familles, à quel point ils sont une négation du projet créateur de Dieu et un hurlement à la face du Ciel. Merci, merci beaucoup, je suis sûr que c'était vraiment la chose la plus urgente à faire pour l'Église belge.
Je me suis laissé dire, par des sources qui en faisaient l'éloge et donc non suspectes, que l'Institut Sophia n'est pas "donné" et que les droits d'inscriptions garantiront que seuls les gens "sérieux" viendront participer aux cours et aux conférences. Pour vous donner un exemple, le "grand" auditoire de l'IET fait quelques 200 places. C'est peu, mais ça dit beaucoup du prix de la place... Si j'étais méchant, je dirais que ce sera le plus beau repère du pays pour les homo catho non-assumés et se déguisant en homophobes pour donner le change.
Vraiment, vous ne connaissez pas quelques bons entarteurs pour se pointer là-bas et lancer un bon slogan de gloupier? Quand des gens se prennent autant au sérieux dans la défense des sublimes valeurs familiales et chrétiennes, c'est presque charité que de les faire descendre de leur superbe. Comme dit Noël Godin, "avec des ego aussi exacerbés", et des certitudes aussi énormes, ces gens n'ont plus d'autre salut que le ridicule. Parler avec eux ne sert déjà plus à rien: nous sommes déjà jugés...
lundi 16 avril 2007
411. Mémoire des Triangles Roses
En ce jour de mémoire des victimes de la barbarie nazie, il convient de se souvenir "des nôtres": de ces pédé et de ces gouines qui furent arrêtés, torturés, humiliés, envoyés en camps de concentration, soumis à de soi-disant expériences médicales et même, hélas, soumis à des brimades par leurs co-détenus, pour le motif que le triangle rose était au plus bas dans l'échelle des prisonniers, avec la triangle noire, la lesbienne, cette femme qui "choisissait de rester stérile et de ne pas produire d'enfants", à peine considérée comme un être humain.
On ne sait pas combien ils étaient, ces victimes homo du nazisme et de leurs alliés dans divers pays d'Europe. Certes, il s'agit d'une fraction du nombre de Juifs exterminés (entre 5 et 6 millions, selon les estimations actuelles) ou même du nombre de Tziganes.
Mais hélas, au sortir de la guerre, beaucoup de ces homo libérés sont entrés dans l'anonymat, de peur de révéler à leurs familles et au monde les raisons de leur arrestation. En fait, dans le monde francophone, on ne connaît qu'une dizaine de ces triangles roses. Beaucoup de législations européennes, notamment en France, ne leur permettait d'ailleurs pas de s'affirmer homo sans risquer la prison. En Allemagne, des centaines d'homo ont été obligés de "purger leur peine", même après la libération par les Alliés, vu que l'homosexualité était illégale dans la plupart des pays de l'alliance.
Il ne fait pas de doute que, une fois le sort des Juifs "réglé de manière finale", les autorités nazi (et surtout Himmler) avaient l'intention d'utiliser les installations concentrationnaires pour "éliminer" d'autres "asociaux"... Et dans sa fureur homophobe, il invitait d'ailleurs tous les "vrais" Allemands à commencer l'élimination des pédé tout de suite... L'existence d'une "section spéciale sur les homosexuels" à l'intérieur de la Gestapo dès 1934 dit déjà beaucoup.
D'une certaine manière, c'est simplement parce que l'anti-sémitisme nazi était plus puissant que son homophobie que les homo n'ont pas été raflés et envoyés en masse dans les chambres à gaz. Mais on sait que ce n'était qu'une question de "priorité" dans la liste... En ce sens, l'extermination des Juifs, et en partie des Tziganes, relève très certainement d'une logique encore plus barbare, plus inhumaine. D'une certaine manière, les homo allemands étaient encore considérés comme des Allemands, alors que les Juifs étaient considérés comme "sous-humains".
Tout cela fait que les estimations sont hasardeuses: 50 mille? cent mille? ou même un million si l'on croit (comme certains chercheurs) que beaucoup ont tout simplement été abattus d'une balle dans la tête au détour d'un bois... Le plus sérieux, semble-t-il, est de s'en tenir à 50 mille...
Aujourd'hui, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, et même la ville de Jérusalem sont parmi ceux qui permettent aux associations homo d'honorer la mémoire des leurs et de participer aux cérémonies officielles. Un droit parfois acquis récemment, dans la dernière décennie.
Merci aux associations, aux chercheurs, aux historiens, et surtout à leurs sponsors financiers, qui nous ont redonné la mémoire de ces hommes et de ces femmes, qui ont établi quelques listes de noms et les ont sortis de l'oubli.
Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du
matin
Et part vers l’océan.
Il est la beauté,
Il est la vie.
Je le
regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à côté de moi dit
:
« il est parti »
Parti vers où,
Parti de mon regard, c’est
tout.
Son mât est toujours aussi haut.
Sa coque a toujours la force de
porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
Pas
en lui.
Et juste au moment où quelqu’un auprès de moi dit :
« il est parti
»
Il y en a d’autres qui le voyant pointer à l’horizon
Et venir vers eux,
s’exclament avec joie :
« le voilà ».
d'après William Blake
samedi 7 avril 2007
410. communier pour les interdits
Ce soir, à la vigile pascale, je vais communier pour tous les homo qui sont interdits de communion, au nom de ceux qui sont exclus de la table eucharistique à cause d'une loi qui punit l'amour différent (qualifié de pseudo amour).
C'est l'histoire de Leah Vader et Lynne Huskinson, de la petite ville de Gillette, au Wyoming. Catholiques depuis toujours (Leah va à la messe chaque semaine depuis l'école primaire), elles trouvent dans l'eucharistie la force et l'inspiration de leur couple. En fait, c'est Leah qui a amené Lynne à la foi catholique en 1998 puis au baptême en 2000. Depuis lors, elles font partie de leur paroisse, de tout coeur.
À 45 ans, elles se décident à officialiser leur union, et un an plus tard elles vont au Canada pour se marier civilement. Même si ce mariage n'est pas légalement reconnu dans leur pays, elles trouvent que cela donne du sérieux à leur amour. Une façon aussi de montrer que ce n'est pas une simple cohabitation de femmes mais qu'elles sont une vraie famille.
La veille du Mercredi des Cendres, elles écrivent une lettre ouverte à leur parlement local pour s'opposer à un projet d'interdiction de toute forme d'union qui ne serait pas hétéro. Un journaliste a vent de leur lettre et leur demande une interview et un témoignage. Dans la gazette locale, elles parlent de leur amour, de leur engagement de couple, de leur famille (avec les enfants que Lynne a eu d'un premier mariage).
Au vu de cette publicité, leur curé, le père Cliff Jacobson, de Saint Matthew, décide de leur interdire la communion eucharistique. Il décide de leur appliquer le canon 915, celui qui enjoint le ministre de l'eucharistie d'interdire l'accès à la communion pour les "indignes", ceux qui sont dans une situation de péché public et aggravé (par exemple les divorcés remariés). Pour sa part, ce curé ne fait qu'appliquer les normes "pastorales" publiés par son évêque sur les "pécheurs publics".
Pire, cette interdiction est signifiée dans une lettre, par écrit. Ce qui, de mémoire locale et diocésaine, n'était jamais arrivé à quelqu'un d'autre. Comme si une simple communication verbale et face à face n'aurait pas été plus charitable (et plus humaine). Clairement, la lettre ne leur reproche pas d'être "pécheresses" (ça, tout le monde le savait dans la paroisse et, je dois le dire, s'en tapait absolument) mais d'en avoir fait l'aveu public et "non repentant". C'est l'obstination dans leur "péché" qui leur vaut cette mesure, dit le courrier.
La porte-parole de la conférence des évêques américains expliquait, au vu de l'affaire, que ce principe de l'interdit de communion a été voté à une très large majorité par la dernière assemblée des hiérarques, même si chacun est laissé libre de l'appliquer à sa manière dans son diocèse. Je croyais, naïvement je l'avoue, qu'il s'agissait de "normes pastorales" pour prendre soin des personnes ayant une tendance homosexuelles... Si l'exclusion de la communion eucharistie fait partie des "normes pastorales", ça en dit long...
Je résume donc: Nous avons ici un amour de couple, entier et fidèle, qui a pris des engagements civils ET religieux, qui a amené les deux femmes au Christ et à l'Eucharistie. Et la réaction c'est "la loi avant l'amour"? Suis-je le seul à trouver illogique (sans parler de scandaleux) d'exclure de la communion deux femmes parce qu'elles s'aiment trop ou "indignement"? Quel genre de message une telle attitude envoie-t-elle à tous les cathogay du monde en cette vigile pascale?
Imaginez Leah et Lynne, à la veille de Pâques, interdites de communion. Imaginez Lynne tentant d'expliquer à ses enfants pourquoi elles ne pourront pas aller communier avec eux, alors qu'elle a été baptisée dans une paroisse qui n'ignorait rien de sa vie de couple. Essayez de ressentir ce que vous éprouveriez si l'annonce publique de l'amour de votre vie faisait que vous étiez exclu de la communion par votre curé. Imaginez que vous receviez un matin une lette pareille dans votre courrier...
Je ne crois pas aux malédictions (même si l'on me dira que Jésus a utilisé le terme "malheureux êtes-vous"), mais une paroisse, un prêtre, un diocèse qui excluent de la communion deux femmes parce qu'elles s'aiment en public ne se rapprochent pas vraiment du Christ. Je dirais qu'ils s'en éloignent et cela ne va pas leur apporter une quelconque "grâce". Et qu'un prêtre trouve important, à l'approche de Pâques, d'écrire cette lettre d'interdit en dit long sur l'idée qu'il se fait de sa charge : encore un Pharisien, ou un de ces Docteurs de la Loi, qui font passer la rectitude avant la charité...
Comme si le Code de Droit Canon lui même ne disait pas dans son dernier (et à mon sens le plus important canon), le numéro 1752, qu'en toutes ces choses (dont on vient de parler juste avant dans le Code) "on observera la justice de la loi et on ne perdra pas de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l'Église la loi suprême." Voilà la loi suprême de l'Église: le salut des âmes. Or, je ne vois pas ce qu'apporte à l'Église d'exclure de la communion deux fidèles de longue date parce qu'elles s'aiment avec passion et profondeur religieuse.
Suite à toute cette affaire. Leah et Lynne ont été invitées par d'autres Églises à les rejoindre pour Pâques. C'est un beau geste qui les a beaucoup touché. Mais elles disent simplement: "quand on a été Catholique aussi longtemps, le goût de la religion n'est tout simplement pas le même ailleurs". Encore des cathogay qui ont choisi de rester et de souffrir... Mon coeur va vers elle... Comme j'aurais voulu qu'un autre diocèse ou une abbaye les invitent pour Pâques et les accueillent à la table eucharistique...
Oh, et j'ai failli oublier: le Wyoming est l'État de Matthew Shephard. Manifestement, certains sur place n'en ont pas encore tiré toutes les leçons... en particulier le curé de... Saint-Matthew... un évangéliste qui avait beaucoup à dire sur les Pharisiens et leur attitude.
Alors, quand vous irez communier ce week-end, que ce ne soit pas un geste mécanique. Et n'en faites pas seulement un acte personnel. Allons communier "pour" (au nom de) ceux et celles des nôtres qui en sont exclus à cause de leur amour.

Leah et Lynn, dans le journal local
vendredi 6 avril 2007
409. litanies propres
Je ne suis pas un expert en théologie ou en liturgie (loin de là). Mais je me demande s'il n'y a pas une tendance, dans beaucoup de célébrations du Vendredi Saint, à vivre la mise en croix du Christ comme si l'on était tous gagnés d'amnésie, comme si l'on oubliait tous le Dimanche de Pâques.
Je suis bien sûr très sensible à tout ce qui contribue à associer aujourd'hui les chrétiens au sacrifice du Christ sur la croix. Les scènes de l'Ecce Homo, de la Mater Dolorosa, de la Pieta, parlent au coeur et aux tripes, en particulier chez les Catholiques.
Néanmoins, je sens souvent que le Christ célébré par beaucoup de fidèles et dans beaucoup de paroisses est uniquement le Souffrant. Comme si c'était la souffrance qui avait vaincu la mort, alors que c'est l'amour sacrifié...
Or, dans l'expérience des premiers chrétiens, la croix du Christ n'avait aucun sens, sinon le désastre et l'échec, tant qu'ils n'avaient pas entendu (de la bouche du Christ lui-même) la Bonne Nouvelle de sa résurrection.
C'est un peu comme les vétérans d'une grande guerre: ils ne racontent leurs épreuves avec vérité qu'après la fête de la victoire. Sinon, ce n'est que le récit d'un traumatisme terrible, et on ne fait que le revivre. Un récit qui n'apporte rien sinon de prolonger les souffrances et leur donner une nouvelle victoire.
De même, il est bien vrai qu'au pied de la croix se trouvaient Marie, sa mère, et le disciple qu'il aimait, ainsi que quelques femmes qui l'avaient suivi depuis le début, dit l'évangile. Et on a raison de rappeler que chacun d'entre nous est situé à l'intérieur de ce groupe: je vous souhaite, dans votre prière d'aujourd'hui, de vous voir et de vous sentir entre Marie, Jean et Marie-Madeleine. Je vous souhaite de vivre cette journée avec eux.
Néanmoins, qu'est-ce que Marie, Jean ou la Madeleine ont partagé de cette expérience plus tard aux autres disciples? N'ont-ils pas relu cette terrible épreuve à la lumière de Pâques? Ce n'est pas à côté de la Marie, du Jean ou de la Madeleine "historiques" que nous nous tenons aujourd'hui... Ceux-là, d'une certaine manière, sont morts. Non, la "compagnie" du Crucifié est composée de gens qui sont aujourd'hui vivants et qui partagent sa résurrection. Et c'est au côté de ces ressuscités que je vous souhaite de relire la Passion de Jésus.
Voilà pourquoi, me semble-t-il, la prière solennelle des intentions a tellement d'importance durant la célébration de ce Vendredi Saint: il n'y a pas de sens à prier un mort, alors qu'il est parfaitement juste de prier un vivant. Si l'on ne lisait ce soir "que" la Passion (ou si on ne célébrait "que" le Chemin de Croix"), on risquerait d'oublier que celui que l'on prie aujourd'hui, c'est le Christ Ressuscité.
C'est notre rôle à tous, nous qui croyons que la mort du Christ a trouvé son sens dans la Résurrection, de faire mourir avec lui tout le mal, toute la souffrance, toutes les larmes. Pas seulement pour partager ces douleurs, mais surtout pour vivre l'espérance de leur destruction dans le Christ. Aujourd'hui, il est juste de pleurer, mais ce ne sont pas des larmes de désespoir, mais des larmes de gratitude pour le prix de la victoire.
Certes, c'est le Christ qui meurt aujourd'hui. Mais plus encore, ce qui meurt sous nos yeux, c'est le mal. C'est dur à vivre, mais ce n'est pas inutile. Comme il est dur de jeter une graine en terre...
Hélas, parmi ceux que la prière de l'Église place aux pieds de la Croix aujourd'hui, on ne trouvera les minorités sexuelles que dans la catégorie des pécheurs qui ont besoin d'un sauvetage pratiquement désespéré...
Alors, comme l'an dernier, j'ai composé mes propres litanies du Vendredi Saint. Et quand l'assemblée ira vénérer la Croix ce soir, je vais déplier mon petit papier et prier pour (dans le sens de "à la place de") chacun de ceux qui sont des nôtres.
Ce sont les mêmes litanies que l'an dernier. Sauf que j'y ai ajouté une phrase pour les homo qui parlent contre eux-mêmes. J'ai découvert cela en lisant un extrait du roman Vatican 2035 que vous pouvez lire ici, dans le blogue de Xavier36 sur GayAttitude. C'est vrai: l'une des peines les plus terribles que l'on inflige aux cathogay, c'est qu'ils doivent parler contre eux-mêmes, et dire du mal de ce qu'ils sont parce que "l'Église dit que c'est comme ça". Nul ne devrait avoir à parler contre lui-même... C'est un droit élémentaire de l'homme...
Bon Vendredi Saint, profond, serein, mais aussi certain que, dans le Christ, le mal est en train de mourir sous nos yeux.
Que meure avec le Christ toute la haine contre les homo
et cette ignorance qui nous diabolise.
Que meurent avec le Christ toutes ces insultes
que même un enfant de 4 ans utilise
et qui nous blessent dès notre plus jeune âge.
Que la Mort du Christ tue à tout jamais
le suicide des jeunes homo, la haine de soi,
la honte qui étouffe l'action de grâce.
Que meure avec le Christ
les viols, les coups, les blessures.
Plus jamais de Matthew Shepard.
Plus jamais une exécution publique, un lynchage
ou une mutilation pour cause d'homosexualité.
Que le Crucifié emporte dans sa mort
la diffamation, la persécution, l'exclusion
dont les minorités sexuelles font l'objet.
Que sa Mort nous délivre
des traitements pseudo-médicaux de guérison,
de tous ces charlatans
d'une pseudo-science ou d'une pseudo-religion
qui torturent au lieu de guérir.
Qu'avec la Mort du Christ,
meure tout ce qui nous éloigne de son Père
qui est le Dieu d'Amour,
et que plus personne n'ait peur
de prier ou de s'adresser à Dieu
par crainte d'être jugé ou condamné par le Père.
Que cessent la peur d'être déplacardé,
la hantise que les autres sachent et s'éloignent de nous,
la crainte de faire de la peine à ceux qui nous aiment,
ou des problèmes sans fins
que notre orientation sexuelle pourrait créer
si elle était connue.
Que l'on n'ait plus à mentir dès le plus jeune âge,
mentir à ceux qu'on aime et se mentir à soi-même.
Qu’aucun homo n’ait à adopter des attitudes homophobes,
en paroles ou en actes,
par peur d’être démasqué ou de souffrir à son tour.
Qu'avec la Mort du Christ meurent
tous ces comportements de clandestins et de cafards
auxquels nous sommes contraints,
ces rencontres furtives qui sont tout ce qu'on peut parfois
grappiller comme chaleur humaine,
ces moments qui nous laissent sales.
Que disparaissent dans le Tombeau du Christ la solitude
et ce sentiment horrible d'être le seul homo au monde.
Et surtout, qu'avec la Croix du Christ, meurent en nous
la rancune, l'amertume, le cynisme, la vengeance, les larmes, le désespoir
et le goût de rendre le mal pour le mal.
Amen.
jeudi 5 avril 2007
408. Farine pour le pain
En ce Jeudi Saint, je me prépare hélas à une journée un peu compliquée, avec son lot de mini-catastrophes potentielles. Et à force de les anticiper toutes, je risque probablement de m'énerver. Mais j'ai décidé ce matin en prenant mon café que, décidément, rien ne sert de craindre à l'avance des complications contre lesquelles on ne peut rien. Comme disent les anglophones: "I'll cross that bridge when I get near it."
J'ai commencé à archiver des notes de ce blogue sur CanalBlog.com, et donc j'ai relu ce que j'écrivais pour le Jeudi Saint de l'an dernier, Manger et Être Mangé... Je n'en retirerais pas une ligne. Quelque part, ça m'étonne et me réjouit à la fois...
Cette année, je vis donc dans le souvenir de ce que je faisais l'an dernier à pareille époque: comme je rencontrais pour la première fois mon Normand favori, comme je découvrais le plus délicieux des petits rouages, mon expérience religieuse à Montmartre (que je vous raconterai demain), un étonnant séjour dans l'ancienne maison du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894), dont je vous propose quelques toiles en fin de note.
De plus en plus, l'action de "manger" ceux que j'aime et qui m'aiment durant nos repas partagés ensemble m'apparaît comme essentielle à ma vie. Si je dois utiliser une image pour décrire ce que je vois, j'utiliserais "l'hospitalité d'Abraham" connue comme la "Trinité de Roublev".
Je suis sûr que ceux qui sont amoureux ou qui partagent la vie de couple me comprendront parfaitement. De plus, la compréhension du sacrement de l'eucharistie, dans lequel le Christ Ressuscité se donne totalement dans un repas comme une nourriture pour tous les temps, tous les hommes, s'accentue dans ma vie. Je ne sais pas si j'ai les moyens intellectuels (sans parler du temps) d'écrire des textes sublimes et pointus sur ce sacrement ou la manière exacte de le célébrer honorablement. Par contre, je "vois" de plus en plus en quoi le Seigneur nous offre par ce sacrement de diviniser chacun de nos repas en nous associant à celui que lui-même a offert une fois pour toute.
Il est probable que l'habitude d'offrir un repas avec une prière à Dieu ait largement disparu pour beaucoup d'entre vous. J'avoue que, de mon côté, je ne le fais plus spontanément la prière avant le repas depuis des années. Par contre, de plus en plus, je termine les repas avec mes amis par un vrai merci adressé au Seigneur. Surtout quand j'ai l'impression que, avec la nourriture partagée, nous nous sommes donnés les uns aux autres, l'un à l'autre, en nourriture. Ceux qui me connaissent savent d'ailleurs que j'ai beaucoup de mal à quitter la table, même au restaurant...
Je sais que ça fait un peu "praline" ce que j'explique. Mais c'est une affaire de vécu: je suis nourri de mes amis à chaque repas partagé. Du coup, je comprends mieux ce que le Christ fait à chaque eucharistie. Et à l'inverse, ce que Jésus fait lors de cette Dernière Cène revécue à chaque messe me permet de donner plus de valeur à ces repas simples partagés avec mes amis.
Tout comme le dit la liturgie, le pain et le vin offerts en sacrifice représentent la vie et le travail des hommes. Essayez d'imaginer que c'est vous-mêmes qui êtes présentés dans ce pain et ce vin, et tous ceux que vous aimez, et tous ceux pour lesquels vous priez, et vous verrez le mot "communion" prendre un autre sens.
Aujourd'hui, en offrant les dons eucharistiques durant la célébration de ce Jeudi Saint, je penserai à tous ceux qui sont devenus mes amis et mes aimés, qu'ils soient proches ou éloignés, et en particulier ceux que j'ai découverts grâce à ce blogue. Que chacun d'entre nous fasse farine pour le pain dont le Christ a besoin pour se donner lui-même en nourriture. Et que nous soyons, dans le vrai sens du terme, en communion de prière.
Enfin, comme promis, voici quelques exemples de l'oeuvre de Gustave Caillebotte:
Gustave Caillebotte (1848-94) - Les raboteurs de parquet
Gustave Caillebotte (1848-94) - L'homme au bain
Gustave Caillebotte (1848-94) - Homme s'essuyant la jambe
Gustave Caillebotte (1848-94) - Autoportrait
mercredi 4 avril 2007
407. quand il faut défendre l'indéfendable
J'ai trouvé très faux-cul ce matin l'intervention du porte-parole de la conférence épiscopale catholique belge sur les ondes de la radio publique. Le cher abbé tentait de blâmer les média pour la sortie très peu médiatique de l'évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard. Encore ces média secrètement anti-chrétiens qui font tout pour donner l'impression que les évêques sont des méchants. Au lieu de répercuter les beaux documents que lui, en tant que porte-parole, diffuse à longueur de journée pour montrer que les évêques sont des super-gentils.
On peut lire les gros titres de beaucoup de quotidiens belges (comme ici la RTBF ou bien Vers l'Avenir, et surtout le très joli commentaire de La Libre Belgique) mais, honnêtement, je ne vois pas où est la surprise: on sait très bien que les hiérarques, dans leur grande majorité, pensent que les homo sont des déviants (des hétéro qui ont mal tourné), et qu'ils sont (au mieux) des handicapés ou (au pire) des malades. Les associations holebi de Belgique connaissent ces prises de position épiscopales depuis longtemps et ne s'en émeuvent pas...
Par contre, là où je dis que c'est un faux-cul, c'est que le porte-parole a cru bon d'affirmer que "Mgr Léonard n'a jamais dit ça"... Manque de pot, le cher évêque a repris l'essentiel de ces propos en direct à la radio... Et toc pour le porte-parole.
C'est vrai que le cher évêque a tortillé ses phrases pour éviter de le dire aussi platement et qu'il n'utilise jamais directement le mot "anormaux", mais franchement ça revient au même. On n'est pas professeur de philo sans jongler avec les mots et Mgr Léonard était considéré comme brillant en tant que prof de philo (tortueux mais brillant).
Sur la question de l'homosexualité, il explique sa position: "C'est la même que Freud : c'est un stade imparfaitement développé de la sexualité humaine qui contredit sa logique intérieure. les homosexuels ont rencontré un blocage dans leur développement psychologique normal, ce qui les rend anormaux". S'aligner sur Freud, c'est tout de même s'affirmer pré-copernicien...
Même le cardinal huile subtilement ses phrases pour dire que, finalement, le comportement minoritaire et contraire tant au bien général que particulier ne devrait pas recevoir de protection légale qui pourrait suggérer que c'est un comportement alternatif et moralement neutre, et bla bla bla. Résumons toutes ces positions épiscopales en deux mots : on devrait continuer à dire que les anormaux le sont et les renvoyer dans leurs placard.
Non pas que je n'apprécie pas que les évêques belges soient du genre poli, aimable et urbain. C'est déjà un énorme progrès, je trouve, par rapport à d'autres hiérarchies qui nous traitent de pervers en pleine figure.
Donc, mauvais point pour le porte-parole (même si j'ai un tout petit peu pitié de lui). Statu quo pour l'évêque.
Scénario semblable en Italie, où le magazine de la conférence épiscopale italienne, l'Avvenire, a essayé de minimiser les propos du nouveau président de la hiérarchie locale, Mgr Angelo Bagnasco, qui comparait une éventuelle loi protégeant le couple homo à une loi autorisant l'inceste ou la pédophilie. Après tout, toutes ces choses sont mises dans le même chapitre du catéchisme (avec l'adultère, le viol, et autres joyeusetés). Où est la surprise? Pas dans les déclarations de l'évêque.
Non, ce ne sont pas les propos de l'évêque qui choquent, selon moi, mais c'est plutôt la pommade que certains média catho essaient de mettre pour défendre l'indéfendable. Plus les évêques voudront s'adresser directement aux masses via les média, et plus on verra à quel point ils connaissent peu la réalité.
Les cathogay doivent, me semble-t-il, se faire à l'idée que leurs évêques sont des ignorants quand il s'agit de parler des homosexuels. Je suis d'ailleurs de plus en plus convaincu que quand ils parlent de "personnes à tendance homosexuelle", ils ne parlent pas des homo (même s'ils les visent). Et autant je suis d'avis que l'on continue à leur reprocher cette ignorance, autant je suggère qu'on reste personnellement plus zen devant elle et que l'on dépasse le stade de la rancune.
Les reproches, oui, il y en a un paquet à faire. La rancune, non, jamais : c'est trop dur à porter.
Voici un petit texte que j'ai lue la semaine dernière dans une célébration pénitentielle avec un groupe de jeunes. Si ça peut servir à d'autres...
La rancune me mine comme une maladie. Seigneur Dieu,
Elle me détruit à petit feu et me vole ma vie.
Chaque fois que je laisse la rancune s’installer,
ou la soif de vengeance,
elles s’emparent de moments, d’heures,
que j’aurais pu passer à aimer, à être aimé,
et à construire ma vie.
Toutes ces minutes, ces journées, ces années,
à haïr, à en vouloir à ceux qui m’ont fait du mal,
à ceux qui m’ont fait souffrir,
à ceux qui m’ont trahi ou blessé…
Ce sont des morceaux de ma vie
que je leur offre gratuitement.
Des moments qu’ils volent
à ceux qui m’aiment et que j’aime.
Chaque pensée de rancune
est une victoire de ceux qui m’ont fait du tort.
Ils occupent mon esprit,
et ils gagnent une deuxième fois
une fois par le tort qu’ils m’ont fait,
et une seconde fois en emprisonnant mes souvenirs.
que je sois libéré de toute rancune.
Qu’elle n’ait aucune prise sur moi. Jamais.
Et au contraire, que je puisse consacrer tout mon temps,
toute mon énergie, toute ma pensée, toute ma force,
à ceux qui m’aiment et que j’aime.
Amen.
mardi 3 avril 2007
406. inspiré pour la charité
Je vous ai déjà fait remarquer cet étrange comportement d'archevêques à propos de leurs agences d'adoption et de placement d'enfants : à Boston, par exemple, l'archevêque et cardinal O'Malley s'est "un beau jour" rendu compte que "son" agence recevait des fonds publics et donc devait se soumettre à la loi sur la non-discrimination. Or, il y a un paragraphe dans cette loi qui le gêne: "pas de discrimination pour cause d'orientation sexuelle". Horreur : "son" agence a placé des enfants dans des familles homoparentales! Inadmissible!
Quand le cardinal n'a pas réussi à obtenir d'être exempté de la loi contre les discriminations (à son avis, pour des raisons religieuses), il a décidé tout simplement que l'agence catholique d'adoption serait fermée. Soit les enfants sont restés en orphelinat, soit ils ont été placés dans d'autres agences, non-catholiques.
Contre l'avis des professionnels catholiques de l'adoption qui travaillent sur le terrain, et qui témoignaient que les couples homo-parentaux étaient d'aussi bons adoptants que les autres. Et parfois même meilleurs puisqu'ils acceptaient la charge d'enfants dont personne ne voulait, les trash kids, parce que malades, sidéens, handicapés, caractériels, trop âgés, etc.
Même chose dans d'autres villes américaines, où des hiérarques ont pris des décisions semblables.
Et justement, en Angleterre, le primat catholique, ce cher cardinal Cormac Murphy O'Connor, menaçait récemment de faire la même chose: "si vous ne nous permettez pas de refuser la candidature de candidats adoptants pour le simple motif qu'ils sont homo, nous fermons nos agences d'adoption. Plutôt ne plus nous occuper d'orphelins que d'en confier un seul à un homo, ou pire à un couple de pédé."
Vous savez ce que j'en pense... J'ai déjà écrit trois ou quatre notes sur le sujet... "Seigneur, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font..."
Mais la nouveauté nous vient de San Francisco, dont le cardinal Levada était l'ancien archevêque et je crois vous avoir dit que c'est mon ancien curé à Los Angeles qui lui a succédé...
Dans l'article dont voici le lien, l'auteur encourage les Catholiques a avoir de l'imagination dans la charité et à ne pas se lancer dans des ultimatums qui mèneront finalement à des impasses. En effet, disent-ils, comment le fait d'abandonner le service des orphelins peut-il être considéré comme un mal moins grave que de ne pas respecter les injonctions vaticanes contre l'adoption par des personnes à tendance homosexuelle...
Ainsi, dit encore l'article, sous la menace de fermeture, les professionnels catholiques de l'adoption à San Francisco ont pris la tangente et ont préféré fermer d'eux-mêmes. Par contre, ils ont ouvert à côté une autre agence qui ne fait plus dans l'adoption et le placement d'enfants mais qui met en contact des personnes désireuses d'adopter et des centres où se trouvent des enfants. Libre à chacun alors de prendre contact avec ces agences locales d'adoption.
Du coup, la situation est sauve : les Catholiques se décarcassent toujours pour aider ces enfants qu'ils aiment et qu'ils veulent rendre heureux, et en même temps les homophobes sont contents parce qu'on ne peut plus dire que leur pognon et leurs institutions permettent à des pervers de mettre les mains sur des enfants qu'ils vont violenter et traumatiser à vie.
Ainsi, face à la menace, les chrétiens véritables ne laissent pas tomber les bras et refusent le dilemne finalement paralysant. Au contraire, ils font ce qu'ils devraient faire en toutes circonstances : chercher l'inspiration. C'est le conseil que donne donc l'auteur de l'article à tous les évêques en mal de perfection éthique: "Cherchez le bien, à tous prix, avec toute votre imagination éclairée par l'Esprit."
Le résultat est en fait assez étonnant, dit l'article, puisqu'au lieu d'avoir aidé quelques dizaines d'enfants, la nouvelle formule en a atteint des centaines de plus. L'alliance avec Family Builders By Adoption (litt. "construire des familles par l'adoption"), une association qui existe depuis 1976, a donc démultiplié le bien que faisait la seule agence catholique d'adoption.
L'auteur de l'article, qui est lui-même un adoptant britannique et qui est cadre dans une association lgbt chrétienne, met donc au défi le cardinal Murphy O'Connor de trouver lui aussi une solution de compromis aussi acceptable que celle de San Francisco, au lieu de faire de toute cette histoire un ultimatum ou pire, comme on vient de le voir ces derniers jours, des leçons de démocratie prodiguées du haut de sa chaire par un prince empourpré à un parlement élu par les citoyens.
Quant à l'association Family Builders By Adoption, je vous invite à aller lire la page qu'elle consacre à l'adoption par des couples ou des célibataires homo. Encore une fois, ce sont des experts de l'adoption depuis 1976, pas des théologiens en chambre qui lancent des décrets sans connaître la réalité. Et je vous cite juste une phrase (traduite): "Les familles LGBT apportent souvent à l'enfant des atouts particuliers que le système d'orphelinat ou de placement n'arrive pas à offrir." En d'autres termes, contrairement à ce que certains peuvent penser, il n'est pas nécessairement meilleurs de laisser des enfants dans une institution plutôt que (horreur) les confier à des parents homo.

Plus encore, je suis allé voir le site de la branche californienne de cette association California Kids Connection, celle avec laquelle les services sociaux de l'archidiocèse de San Francisco ont signé un partenariat. Et notamment j'ai testé la page "finding a child" qui vous permet de voir combien d'enfants pourraient correspondre à vos critères...
J'ai volontairement testé une configuration difficile : deux garçons (des frères), entre 9 et 15 ans, pas de restriction ethnique, pas de restriction quant à leurs difficultés (de santé ou de parcours)... le genre que personne ne veut... Et j'en ai trouvé 14 à adopter ! Ce sont certaines de leurs photos que j'ai reprises ici en illustration. Pas des photos publicitaires : du réel!

Puis, je me suis mis à lire les notices écrites par les agences d'adoption ou parfois même la petite lettre que certains enfants ont composée pour se décrire et parler d'eux-mêmes, du type de famille adoptive qu'ils désirent... Je vous jure : si vous ne pleurez pas, c'est que vous êtes fait de granite...
Comment voudriez-vous que des homo, célibataires ou en couple, ne soient pas émus de savoir qu'il y a autant d'enfants qui manquent de famille? Comment voulez-vous qu'ils ne désirent pas aider ces enfants en les adoptant? Qui peut croire qu'ils n'y a que les hétéro pour se sentir touchés par le fait que tant d'enfants manquent de cadre familial? Ah oui, j'oubliais: les homo ne sont que des partouzards queutards et narcissiques...
Non, plus j'y repense, et plus je me dis que toutes les horreurs qui ont été dites sur l'homoparentalité n'est (au mieux) que le fait d'ignorants... Quant on voit la réalité, je n'ai qu'une chose à dire : chapeau les adoptants homo. Bravo pour ce que vous faites. Et que Dieu vous bénisse.
Bravo surtout à ces chrétiens qui travaillent dans le secteur de l'adoption et qui ont eu le courage et l'inspiration de ne pas baisser les bras...
lundi 2 avril 2007
405. le comité de l'écoute
Je suis tombé sur un article du site anglais Ekklesia qui, selon ses termes, est un réservoir de réflexions (litt. think tank) pour faire avancer l'Église, notamment dans ses rapports avec le monde, la politique, la culture, etc. C'est parfois anglo-anglais, mais il y a toujours du sens à chercher dans les histoires locales, je trouve.
Ainsi, par exemple, une déclaration de l'archevêque de Canterbury, Primat d'Angleterre et président de la Communion Anglicane. Mgr Rowan Williams estime que les églises devraient être des sanctuaires pour les homo, et non le contraire. Les minorités sexuelles devraient trouver un refuge dans les églises quand la société civile les agresse.
On pense qu'il fait référence à la situation du Nigeria, où son collègue, l'archevêque et Primat Akinola a mis tout son poids dans la promotion d'une loi contre l'homosexualité (et surtout contre les homosexuels).
Mgr Williams a raison de rappeler que c'est une chose de dire aux homo qu'ils sont des pécheurs et de s'opposer à ce qu'ils aient une place reconnue dans la société, mais c'est tout autre chose d'organiser une véritable persécution contre eux. La défense du bien, c'est une bonne chose. La chasse au "pécheur" dans la société et sa punition publique, ça sent vraiment très mauvais. Et quand il s'agit de faire la chasse au pédé, accusé de tous les maux de la terre, le fait même qu'on en ait eu l'idée est grave.
En effet, dans le concret de la loi en préparation au Nigeria, il est question de peines brutales contre toute forme de couple, de militance et de défense des droits des homo, et même contre toute manifestation publique d'affection considérée comme homosexuelle. Néanmoins, les associations gay locales semblent montrer un optimisme prudent.
Un de mes amis, avec qui j'en discutais, se demandait s'il ne s'agit pas une fois de plus d'un prétexte: l'homo est utilisé comme le Juif à d'autres époques, pour distraire l'attention de la masse. Il se dit que les primats anglicans "du sud" (avec celui du Nigeria comme figure de proue) ont de plus en plus de mal à justifier qu'ils refusent encore et toujours l'accès des femmes au sacerdoce, et a fortiori de partager avec elles le pouvoir dans l'épiscopat. Ils ont encore une vision assez "monarchique et masculine" de leur position.
D'où, toujours selon mon ami, l'urgence pour ces primats de trouver un moyen de sortir de la Communion Anglicane sans avouer qu'ils le font pour refuser l'égalité homme-femme. Et l'affaire "homo" devient alors l'excuse toute trouvée pour quitter le navire anglican "avec les honneurs" avant d'avoir à donner une place aux femmes. Des machistes qui se posent en homophobes, pour donner le change: rien de neuf. Je ne sais pas si cette analyse est exacte mais se non è vero...
Ceci dit, je n'ai pas d'information sur la position de l'épiscopat catholique au Nigeria, mais je trouverais assez anti-catholique (sans parler d'anti-évangélique et anti-chrétien) qu'il s'associe à cette "chasse aux sorcières". Je veux espérer que, dans ce domaine, les évêques catholiques se sont abstenus de participer à toute hystérie homophobe...
Mais à part cette situation locale, l'article sur le commentaire de Mgr Williams fait référence au Processus d'Écoute, et donc j'ai été voir de quoi il s'agit. Vous trouverez les informations sur le site officiel de la Communion Anglicane. Je trouve ça très très sain comme attitude théologique et pastorale. On fait souvent souvent le reproche aux Anglicans de s'enterrer sous les comités et les palabres, mais il faut reconnaître qu'il y a ici de quoi inspirer tous les autres.
En gros, voilà ce que j'ai compris. Les autorités religieuses anglicanes se sont souvenues qu'on n'arrivera pas à parler valablement à des gens (ici, les homosexuels) du message de l'Évangile qui les concerne tous, si l'on n'a pas d'abord fait un effort pour les écouter, pour manifester de l'empathie vis-à-vis de ce qu'ils sont et de ce qu'ils vivent. Pas d'annonce de la Bonne Nouvelle sans qu'elle ne soit adaptée à ceux qui doivent la recevoir. C'est Pierre à Césarée, chez le centurion Corneille (au début des Actes des Apôtres): c'était un gros effort pour lui de faire la route et surtout d'entrer chez un païen.
Ce Processus d'Écoute n'implique pas, bien sûr, que les responsables de l'Église vont se mettre du côté des homo au terme des débats et des rencontres. Mais au moins, on accepte l'idée qu'il n'y a pas de parole responsable d'une autorité d'Église qui n'ait pas commencé par une sérieuse écoute. L'Église écoute d'abord et ensuite seulement annonce.
Dans le concret, chaque Église membre de la Communion Anglicane (les Provinces) devait organiser des rencontrers avec les minorités sexuelles et produire un rapport. Hélas, il faut bien constater que celles qui manifestaient de l'homophobie au départ du processus sont restées sur leurs positions. En fait, à part l'Ouganda, il y a eu peu de documents produits dans "le sud"... Et à l'exception très courageuse de l'Afrique du Sud, les rapports des Églises les plus réfractaires aux homo reprennent des positions connues, limitées à des déclarations de zéle charitable pour la conversion des "pauvres" homosexuels.
Néanmoins, il y a quelques très beaux documents, notamment aux États-Unis, au Pays de Galles, en Nouvelle-Zélande, pour ne parler que de ceux que j'ai parcouru.
Du coup, je me mets à rêver...
Imaginez le pape, ou même simplement une conférence épiscopale locale, qui dirait: "avant de produire des documents sur ce qu'il faut faire quand on est homosexuel ou comment il faut leur apporter un service pastoral, nous allons d'abord organiser une ou deux années d'écoute de ce qu'ils ont à raconter sur leur réalité, leur vécu, leurs besoins pastoraux, leur particularité".
Et on verrait, de ville en ville, d'une université catholique à l'autre, d'une faculté de théologie à l'autre, défiler des représentants d'associations homosexuelles, de cathogay, qui viendraient parler à des évêques, à des théologiens, de leur vie de prière, de leur foi, de leurs vies de couple et de famille (avec leurs joies, leurs peines et leurs difficultés), etc. Des hommes, des femmes, des jeunes, des adultes, des séniors, des malades, des célébrités et des inconnus, des érudits et des simples, et pourquoi pas des prêtres et des religieux. Ils raconteraient le Jésus qu'ils connaissent, comment il leur parle, ce qu'ils ont découvert dans leur lecture de l'Écriture, dans leur participation aux sacrements, dans leur vie associative, etc.
Une ou deux très belles années à se parler, à se raconter...
Et au bout de tout ça, on ferait un grand et beau rapport sur ce que représente l'énorme variété du monde des minorités sexuelles, et surtout de ses besoins d'évangélisation. l'Église reconnaîtrait qu'il y a là un grand et beau champ pastoral qu'il est de son devoir missionnaire de s'y engager.
Seulement alors, après tout ce Processus d'Écoute, le Vatican (ou la conférence épiscopale concernée) sortirait un document intitulé, par exemple, "Une Bonne Nouvelle annoncée à tous, et à vous aussi, les minorités sexuelles". Un document que j'imagine assez difficile parce qu'exigeant (mais pas pénible), mais aussi très inspirant. Un document où l'on pourrait lire l'appel particulier à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d'entre nous...
Pour l'instant, les cathogay de par le monde en sont toujours à dire aux hiérarques : "nous avons une histoire à vous raconter, notre histoire sainte avec le Christ". Un peu comme le centurion Corneille qui a envoyé un message à saint Pierre pour qu'il vienne le voir. On attend Pierre... Le temps qu'il faudra. En effet, le pauvre, il a une fameuse route à parcourir avant d'arriver jusqu'à Césarée... Sans parler de ses débats intérieurs... D'ailleurs, dans notre cas, je ne suis même pas sûr que Pierre se soit seulement mis en route... ou même qu'il sache où Corneille habite... ou tout simplement qu'il ait reçu le message...




