jeudi 3 mai 2007
423. politesse dans l'irrespect
Le délicieux Ichtus (et je pèse mes mots) nous renseigne un article de la Revue d'Éthique et de Théologie Morale (au Cerf) qui examine sévèrement les présupposés psychanalytiques de Mgr Anatrella. Ou, pour reprendre les termes qu'il utilise sur son blogue, des présupposés pseudo-psychanalytiques.
Par ailleurs, je vous signale que plusieurs cardinaux de premier plan (dont Scola de Venise et Erdö de Budapest) se sont élevés contre le Parlement Européen qui a voté à une très large majorité (325 pour, 124 contre, 150 abstentions) une motion contre l'homophobie dans laquelle l'Eglise Catholique Romaine est invitée à cesser de manquer de respect pour les homosexuels en les diabolisant.
Fureur des éminences qui trouvent, au contraire, qu'il n'y a pas une trace d'homophobie dans l'Eglise Catholique, la preuve en est un catéchisme, disent-ils, absolument respectueux des personnes "à tendance homosexuelle" (même si elles sont, dit le texte, fortement problématique). Pour eux, c'est clair, le Parlement Européen est anti-Catholique et ne respecte pas les sensibilités nationales légitimes.
Et c'est là qu'on est en plein délire: pour les cardinaux, le respect est uniquement synonyme de politesse et d'urbanité. De fait, je confirme que je n'ai jamais entendu un seul évêque demander que les homo soient insultés ou persécutés. Au contraire, plusieurs ont insistés pour qu'on ne le fasse pas.
Mais le respect, c'est tout autre chose: il y va du fait de permettre l'existence en toute sécurité. Le respect, c'est dire du bien, et pas uniquement du mal. Même dans l'expression "j'ai du respect pour mon ennemi", on sous-entend que l'ennemi a des valeurs et des qualités que je partage ou que j'admire.
Or, je vous rappelle la position catholique officielle: les homosexuels sont des hétéro défectueux qui vivent dans un profond désordre dans lequel ils doivent absolument éviter de s'installer, de cautionner ou de justifier. Leur couples sont de pseudo couples, qu'il faut absolument éviter de protéger (par exemple en leur octroyant une reconnaissance civile) de peur de dévaluer le respect dû aux couples hétéro. L'amour homo est un pseudo amour ou, au moins, un amour moindre qu'il faut absolument éviter de mettre à égalité avec l'amour hétéro. Les parents homo, par le simple fait d'éduquer des enfants, leur font subir une grave violence qu'il faut éviter à tout prix. Enfin, l'homosexualité est une offense grave au plan créateur de Dieu qu'elle revient à nier.
Pour reprendre des termes de Benoît 16 le 25 mai 2006 à l'ambassadeur d'Espagne (avant son voyage de Valence): « L’Eglise proclame de tout son cœur le droit fondamental (...) de pouvoir former une famille et de pouvoir vivre au sein d’une famille et le devoir de ne pas remplacer la famille par d’autres institutions ou d’autres formes d’unions ». En d'autres termes: les homo sont incapables de former des familles et ce qu'ils font est un danger pour les "vraies" familles.
Tout ça est certes dit avec une politesse exquise. Mais j'ai du mal à y voir la moindre trace de respect pour les homosexuels. Pas l'ombre de la moindre homophilie, à ce que je sache. Pas même l'équivalent du "respect de l'ennemi". En fait, les évêques ne parleraient pas autrement s'il s'agissait de pédophiles, de violeurs, d'incestueux, etc.
Non, clairement, la position catholique officielle actuelle est homophobe. Car il ne suffit pas de montrer qu'on s'est exprimé avec civilité (par exemple, qu'on n'invite pas à persécuter les homosexuels) pour éviter d'être accusé d'homophobie. Et en fait, empêcher que les états reconnaissent les unions de couples homosexuels, n'est-ce pas les persécuter? Ou dénigrer les parents homosexuels, n'est-ce pas une grave insulte faite à leurs enfants?
Les hiérarques catholiques cesseront de se mériter le label d'homophobes uniquement le jour où il diront ne fut-ce qu'une toute petite chose positive sur les homo. Une toute toute petite chose positive. Rien qu'une.
Par contre, je prends comme une bonne nouvelle que l'accusation d'homophobie fasse mal à ces cardinaux. C'est au moins le signe que tout n'est pas perdu. Au moins on pourra leur dire un jour qu'ils ont péché par ignorance et non par mauvaise volonté. C'est déjà quelque chose.