samedi 26 mai 2007
429. je resterai debout
Dimanche dernier, en Caroline du Sud, ont eu lieu les funérailles de Sean Kennedy, un jeune gay de 20 ans (sur la photo). Une mort violente, puisqu'il a été frappé à la figure par un garçon de 18 ans qui, manifestement, voulait s'en prendre à des sales pédé à la sortie d'un bar de la ville où il participait à une fête avec d'autres jeunes. Hélas, le coup a propulsé Sean vers le sol où sa tête s'est fracassée. Il en est mort quelques heures plus tard.
Selon le système américain, on est responsable de la mort d'un homme et inculpé pour homicide même si l'on n'avait pas l'intention de la donner. Mais la question que les policiers se posent, c'est de qualifier ou non cet homicide en "hate crime" (crime haineux), ce qui aggraverait l'inculpation. Néanmoins, il semble clair pour le public que le jeune agresseur voulait excercer de la violence sur un homo et qu'il a pris le premier qui se présentait.
Ce qui m'a beaucoup
touché dans cette histoire, c'est que Sean était un poète, en plus d'un
garçon particulièrement enjoué et sympathique (comme le décrivent ses amis dans une vidéo sur cette page). Sa maman, Elke Parker (qui s'exprime ici dans une interview), a retrouvé un
poème intitulé de lui The Grin (un
sourire éclatant, par opposition à "smile" qui est le petit sourire
sans les dents). Un poème où il déclare toute sa foi et son espérance
de jeune homo. En voici le texte en anglais (je ne vais pas me risquer
à traduire de la poésie, tout de même):
I stand tall with all of my pride.
You hate.
You discriminate all who
are not like you.
Yes, your words do hurt.
But I stand in the end.
I'm
a strong person, bigger than you...
I'll be standing there with a grin.
The Grin, Sean Kennedy
Quelque chose du genre: Je me tiens
debout, grandi par toute ma fierté. Toi, tu hais. Tu mets à l'écart
tous ceux qui ne sont pas comme toi. Oui, tes mots blessent. Mais, à la
fin, j'aurai tenu bon. Je suis quelqu'un de fort, plus grand que toi.
Et je me tiendrai debout, là au milieu, avec un grand sourire.
Je connais quelques "garçons sensibles" qui ont certainement versé une larme en lisant ce poème. Et ils ont bien raison.
Car je suis plus que grandi de savoir qu'il y a dans le monde de jeunes
homo avec une telle espérance dans le coeur. Un monde avec des Sean
Kennedy est un monde magnifique, même s'il existe des gens pour nous
tuer ou nous agresser.
Que le Seigneur t'accueille dans sa demeure, Sean.
Et qu'il comble tes parents, tes frères et soeurs, tes amis,
de tout son amour.
vendredi 25 mai 2007
428. exister ou s'opposer
Je n'ai jamais cru que les évêques
soient les porteurs de l'opinion majoritaire parmi les Catholiques. Au
contraire, selon moi, ils sont les derniers à rejoindre un mouvement
largement répandu chez les fidèles. En fait, j'ai souvent même
l'impression que les évêques n'adopteront une positition majoritaire
que lorsqu'ils seront sûrs d'être les derniers à affirmer le contraire.
Les hiérarques sont probablement d'ailleurs intimement certains qu'ils
ont à se sacrifier pour être à contre-courant et ramener l'église au
milieu du village contre l'avis de la majorité. Je me demande
d'ailleurs si ce n'est pas un signe qu'ils sont devenus minoritaires
quand ils se mettent à rappeler tel ou tel point de doctrine.
C'est pourquoi, quand on publie une étude qui m'explique que, par exemple en Grande-Bretagne, une grande majorité des citoyens (plus de 80%) est pour la disparition de toute discrimination contre les homo, et que les leaders religieux (en particulier les cardinaux) qui ont furieusement lutté contre cette disparition ne représentent en fait qu'une minorité de gens, et bien je me dis: "pas de surprise".
Nos évêques ont été les derniers à accueillir les funérailles de suicidés avec compassion. Ils seront les derniers à traiter les divorcés remariés avec humanité. Ils ont été les derniers à protéger les victimes d'abus sexuels. En fait, je ne vois pas vraiment de grande avancée humaine dont ils ont été les fers de lance ces derniers siècles. Certes, des saints catholiques fameux ont été à l'avant-plan de la lutte contre la guerre, l'esclavage, la pauvreté, la dictature, le racisme, l'anti-sémitisme, le sexisme, etc. Mais il semble que la fonction de "prophète" dans l'Église ne soit plus associée à celle du "prêtre qui veut rester roi" (pour reprendre les trois "ordres" des baptisés). Je ferais juste une exception peut-être pour le communisme, et encore. Une petite exception pour des gens comme Helder Camara ou Oscar Romero, une toute petite minorité dans l'épiscopat.
Résumé des résultats du sondage Stonewall UK
D'où la fureur (et je pèse mes mots) des évêques et du Vatican devant une association comme le Rainbow Sash Movement. Comme à chaque Pentecôte, les membres de cette association vont se présenter à la communion eucharistique en se présentant avec une étole arc-en-ciel en bandoulière, signe de leur homophilie (voir la photo). Et comme les années précédentes, beaucoup d'évêques américains et le cardinal Arinze à Rome ont déjà fait savoir qu'ils demandaient que les ministres eucharistiques refusent la communion à ceux qui porteront cette écharpe. L'intervention du cardinal Arinze montrant bien que le mouvement se répand d'année en année et que les évêques n'arrivent pas à l'endiguer.
La fureur des évêques homophobes est d'autant plus grande que, très souvent, des membres de l'assistance partagent leur propre hostie avec ceux à qui on a publiquement refusé la communion.
Une pratique supplémentaire de rébellion que les évêques n'arrivent pas
à empêcher, à moins d'exclure encore plus de participants de la
communion eucharistique. Comment pourraient-ils dire publiquement à une
majorité de fidèles qu'ils ont tort d'être homophiles?
Je ne
suis pas surpris de la réaction vaticane officielle: "comment
accepterait-on que des fidèles se présentent à la communion avec des
signes disant "je suis pour l'adultère" ou bien "je suis en faveur du
vol"?", dit en substance le cardinal Arinze. Les porteurs d'écharpes
arc-en-ciel manifestent leur entêtement à s'opposer à la morale de
l'Église.
Ici encore, c'est on ne peut plus clair: pour la
doctrine catholique officielle, les homosexuels n'existent pas. Il
n'existe que la tentation homosexuelle, une tentation que chaque chrétien devrait combattre de toutes ses forces, comme les autres. Là où le cardinal Arinze dit que l'homosexualité est une affaire de morale, les homophiles parmi les fidèles redisent silencieusement qu'il s'agit d'abord d'une question de charité envers son prochain.
L'homosexualité
n'est pas une affaire de morale, faut-il le rappeler. La morale, c'est
pour les comportements, pour savoir s'ils sont bons ou mauvais.
Accepter l'homosexualité, ce n'est pas cautionner une action que l'on
croyait auparavant immorale, c'est tout simplement accepter que ces
hommes et ces femmes existent, ni plus ni moins que les gauchers, que
les roux ou que les noirs (pour ne citer que des catégories mises à
mort ou réduites en esclavage dans le passé).
Et alors que les
membres du Rainbow Sash Movement veulent rappeler (un jour de
Pentecôte) que l'Esprit-Saint parle aussi aux homo chrétiens, la
doctrine officielle ne voit que des hommes et des femmes luttant contre
la tentation ou, pire, affirmant publiquement que cette tentation
n'existe pas et qu'elle est même une bonne chose.
Que l'on cesse
de dire que le discours du Vatican s'adresse aux homosexuels. Il ne les
connaît pas, en fait. Ou, pour être exact, le Vatican sera le dernier a
accepter l'existence des homosexuels.
En attendant, merci à ces
homophiles qui sont des Braves et des Prophètes, ces hommes et ces
femmes qui combattent de notre côté, au prix de l'exclusion de la
communion eucharistique.
lundi 21 mai 2007
427. premiers monuments
J'ai appris, un peu par hasard, qu'à
l'occasion de la Gay Pride à Bruxelles, le 13 mai (j'étais à Paris), le
bourgmestre et les édiles de la ville de Bruxelles ont inauguré un
monument à la tolérance et contre l'homophobie. Il est situé au
Plattesteen, tout près de la "place Matuvu" (l'endroit où tout bon pédé
va s'asseoir à une terrasse pour voir et être vu). L'artiste qui l'a
créé est Jean-François Octave.
Si j'ai bien compris, un millier de
nom figure sur l'oeuvre, intitulée "Ma Mythologie Gay, un monument de
tout le monde" et qui reprend des auteurs et des artistes homo ou
homophiles, ainsi que de parfaits anonymes, mais aussi des "noms
barrés" pour signifier ceux qui sont encore dans le placard et le
secret.
Par ailleurs, à l'occasion de l'IDAHO ce jeudi, on inaugurait à Verviers (entre Liège et Cologne) un monument aux victimes homosexuelles de la déportation par les nazi.
Une inauguration par les autorités de la Ville, par des membres du
Gouvernement de la Région Wallonne et du
Parlement de la Communauté française (si vous n'êtes pas Belge, je
devine que vous n'avez aucune idée de ce dont je parle), de la première
plaque en Belgique
commémorant la déportation des gays et des lesbiennes durant la seconde
guerre mondiale. Une plaque qui a été placée sur le Palais de
l'Harmonie.
Verviers n'a pas été choisie au hasard. En effet, les
Belges qui ont été touchés par cette mesure de déportation étaient des
Belges germanophones habitant des communes dépendantes de la ville de
Verviers.
samedi 19 mai 2007
426. la fille d'un rêve
Je suis en deuil aujourd'hui de Madame Yolanda King, fille aînée du pasteur Martin Luther King, Jr. et de Coretta Scott King. Une famille particulièrement endeuillée récemment, avec le décès en janvier 2006 de Madame Scott King, pour laquelle j'avais aussi écrit une note pleine de reconnaissance.
bébé Yolanda dans les bras de son père et avec sa mère
Car il faut savoir que, dès les années 60, la famille King a clairement exprimé son adhésion au combat pour la reconnaissance des droits des minorités sexuelles. Coretta King, jusqu'à sa mort, a accepté l'invitation de nombreuses associations LGBT à participer à des séminaires et des colloques pour apprendre aux participants comment MLK disait explicitement qu'il lui semblait impossible de combattre les discriminations contre les Afro-Américains tout en créant d'autres discriminations, par exemple contre les femmes ou les minorités sexuelles.
Coretta Scott King
Un combat homophile que les King ont payé d'une profonde division familiale, puisqu'à l'opposé de sa mère et de sa soeur aînée, le pasteur Bernice King a été parmi les principaux organisateurs d'une manifestation du monde protestant baptiste, en mars 2004 à Atlanta, pour s'opposer à toute reconnaissance légale des unions homo. Pratiquement au même moment, Coretta Scott King et Yolanda King étaient présentes à une contre-manifestation à New York, pour rappeler tout ce que le mouvement civique noir devait aux homosexuels, à commencer par le bras-droit de MLK, l'homo de l'ombre qui a organisé la grande marche historique qui fut le tournant du mouvement, Bayard Rustin.
Bayard Rustin aux côtés de MLK
Quant à Yolanda King, j'ai appris qu'elle est décédée ce 15 mai, à Santa Monica (dans le comté de Los Angeles), à l'âge de 51 ans. La rumeur dit que son coeur n'a pas tenu le coup après un sévère régime alimentaire. J'ai eu l'occasion de la voir de loin, notamment pour la promotion de la mini-série télé consacrée à sa famille et où elle jouait elle-même le rôle de la légendaire Rosa Parks, l'héroïne qui a été à l'origine de la vocation de son père.
En mai 2000, Yolanda King était présente, avec Arun Gandhi, petit-fils du Mahatma, et d'autres grands leaders des droits civiques à Cleveland en Ohio, pour protester contre les mesures anti-gay prises par l'Église Méthodiste. Devant des centaines de personnes, elle avait prononcé un discours "dans son style", bien senti, vibrant, appellant toutes les Églises à mettre fin à toutes ces campagnes injustes contre les minorités sexuelles. Dernièrement, elle avait écrit à l'association Soulforce un petit mot d'encouragement plein de sens: "à vous les marcheurs de l'égalité: continuer à vivre de votre rêve!", faisant référence au célèbre discours de son père (qu'elle a entendu étant bébé) "I Have A Dream".
Yolanda King avec le pasteur Mel White (de Soulforce) et Arun Gandhi
De Yolanda King, on a dit souvent qu'elle représentait son père, tant il est vrai qu'elle répétait sans cesse que le but de sa vie était de faire connaître les idées de lutte non-violente contre toute forme de discrimination chères à Martin Luther King, Jr. Et parmi elles, la discrimination contre les minorités sexuelles. En des termes non-équivoques, elle redisait ce message: qu'il était impossible de se revendiquer de MLK et d'imposer des discriminations aux gay, lesbiennes, bisexuels et transgenres.
Nous perdons une grande dame, une homophile de la première heure (pratiquement dès son enfance) qui a non seulement été à nos côtés mais aussi qui a pris la tête de bien des manifestations en notre faveur. Qu'en rejoignant son père et sa mère, elle soit accueillie avec reconnaissance par le Père, qu'elle reçoive "tous les honneurs" et qu'elle continue à oeuvrer pour notre libération.
Encore une fois, je regrette absolument qu'il ne soit pas possible de canoniser des non-Catholiques. Mais en ce qui me concerne (et tant pis pour les grincheux qui vont me trouver arrogant), je la canonise tout de suite. "Santa Subito"...
Pour cette femme, et sa famille, je vous invite à offrir des prières d'action de grâce. Et que le Seigneur nous montre encore sa bonté en nous donnant d'autres Braves qui se lèvent pour nous défendre.
vendredi 18 mai 2007
425. regarder la mort de l'ennemi
Comment reconnaît-on les vrais chrétiens, en fin de compte? À la manière dont ils traitent leurs ennemis, surtout quand ils sont morts. Et les homo chrétiens ne font pas exception.
On vient de le voir aux réactions au décès de l'archi-ennemi des gay aux États-Unis, le pasteur Jerry Falwell, le premier à avoir découvert l'énorme filon financier et politique du télévangélisme, le fondateur de la Majorité Morale, celui-là même à qui l'on attribue les victoires de Reagan, de Bush sénior et de Bush junior. L'homme qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, n'hésitait pas dire à la télé que ces morts étaient la juste punition divine pour les dérives du pays, et notamment l'acceptation de plus en plus grandes de ces horribles sodomites.
Pour vous donner une idée de l'homme, il avait, en 1984, déclaré que la Metropolitan Christian Churches, une dénomination prostestante très homophile, était (je cite) "composée de bêtes brutales" (brute beasts), servait un "système méchant et satanique" et qu'un jour "il serait totalement anihilé et il y aurait une grande réjouissance dans le Ciel". Attaqué en justice, il nie avoir dit ces horreurs. Confronté à l'enregistrement de la chaîne de télévision, il refuse de payer les dommages au procès, sous prétexte que le juge était Juif et donc (forcément, selon lui) anti-chrétien.
Rappelez-vous: c'est lui qui déclarait que les Télétubbies étaient crypto-gay, avec le personnage ambigu (selon lui) de Tinky-Winky. Comment, vous n'aviez jamais suspecté ça? Mais enfin: un personnage violet (une des couleurs du drapeau arc-en-ciel) et puis son "antenne" est un triangle sur sa pointe, et il tient toujours un sac-à-main, qu'est-ce que vous voulez qu'il soit d'autres qu'homo?
Ce Jerry Falwell, pas vraiment un homophile, donc... Pas vraiment un chrétien non plus d'ailleurs, selon moi...
Et pourtant, voici comment l'une des principales organisations de chrétiens gay réagit à la mort de Falwell. On peut trouver des extraits ici du communiqué de Soulforce (la traduction est de votre indigne serviteur):
"Certes, Soulforce a une longue
histoire d'action directe et non-violente contre les Jerry Falwell
Ministries. Mais notre adversaire n'a jamais été Jerry Falwell
lui-même, mais plutôt la désinformation à propos des lesbiennes, des
gay, des bisexuels et des transgenres dont Falwell et bien d'autres ont
fait la promotion", explique le directeur de Soulforce, Jeff Lutes.
Soulforce,
qui a été en fait fondé en octobre 1999, quand le pasteur Mel White, et
son partenaire, Gary Nixon, emmenère 200 délégués pour rencontrer
Falwell et ses représentants. Le but de cette rencontre était d'aider à
mettre un terme aux discours de haine et de violence contre les
minorités sexuelles.
Avant son "déplacardage" en tant que gay, Mel
White était lui-même un chrétien fondamentaliste. Il avait d'ailleurs
été la plume secrète de deux livres de Falwell: "If I
Should Die Before I Wake" (Si je devais mourir avant de me réveiller)
ainsi que "Strength for the Journey" (De la force pour le voyage).
Apprenant
la mort du pasteur Falwell, Mel White a déclaré: "Cela me brise le
coeur de penser que Jerry est décédé sans avoir découvert la vérité sur
ces enfants de Dieu que sont les lesbiennes, les gay, les bisexuels et
les transgenres. J'espère sincèrement qu'un jour, son école et son
église recevront une conversion du coeur."
Dans son interview chez Larry King (sur CNN), Mel White dit même qu'il remercie Falwell d'avoir provoqué la prise de conscience des minorités sexuelles et leur mobilisation. Car, selon lui, sans une "figure de proue" comme Falwell, l'homophobie serait restée un sentiment diffus dans la société et donc il aurait été impossible de s'y opposer et de la combattre. Fine analyse, je trouve. De quoi remercier Dieu, même pour ses ennemis les plus féroces...
J'admire aussi son "espérance", puisque Mel White explique que Falwell était un farouche raciste dans les années 60, en faveur de la ségrégation raciale et de l'apartheid. Mais il a changé, souligne Mel White. D'où son espoir qu'un jour il se convertirait également sur la question des minorités sexuelles.
Que voilà une attitude chrétienne authentique: cet homme était un ennemi acharné, violent, souvent haineux, qui a provoqué des dégâts considérables pour les homo de son pays et du monde entier (et ne parlons pas des dégâts que sa vision politique a provoqué dans tous les autres domaines de la vie du monde depuis pratiquement quatre décennies)... Et pourtant, tout ce qu'on lui souhaite, c'est de trouver dans le Royaume de Dieu l'amour qu'il n'avait pas durant sa vie parmi nous... Une bonne convalescence du coeur, un bon Purgatoire,...
Et qui sait, il va peut-être passer son Ciel à réparer le tort qu'il nous a fait.
Au lendemain de l'IDAHO, la journée internationale contre l'homophobie, je me rends compte que c'est finalement là notre contribution à la lutte contre ce fléau mortel, en tant qu'homo qui croient au Christ: prier pour nos ennemis, croire qu'ils sont capables de changer, les aimer pour qu'ils se convertissent...
samedi 5 mai 2007
424. bénir sans approuver
Vous n'ignorez pas que la Communion Anglicane est à un tournant de son histoire, avec le quasi ultimatum lancé par des Églises homophobes (surtout celle du Nigeria) qui exigent de leurs "soeurs" américaine et canadienne qu'elles renoncent, l'une à consacrer des évêques ouvertement homo et l'autre à bénir des unions de même sexe. Des déclarations ont été publiées qui font dire qu'il s'agit crise grave, dont les tonalités sont d'une violence homophobe franchement non-évangélique.
Raison pour laquelle le Primat d'Angleterre et président de la Communion Anglicane, Mgr Rowan Williams, fait actuellement le tour des assemblées épiscopales du Canada et des États-Unis. Je dois dire, à mon plus grand soulagement, que ces deux Églises n'entendent pas renoncer au chemin parcouru depuis 30 ans pour accueillir les homo à leur table, tout ça parce que d'autres sont plus de cent ans en retard dans leur parcours. Il faut juste espérer qu'au Canada et aux États-Unis, ils trouvent une manière d'avancer tout en respectant ceux qui sont loin derrière.
Et justement, à l'occasion de la visite de Mgr Williams au Canada, l'Assemblée des Évêques (l'une des trois qui ont pouvoir de décision, avec celle du Clergé et celle des Laïcs) a fait une recommandation pour les unions homo que je trouve tout à fait éclairante. Je vous traduit l'essentiel de l'article qui est ici en lien. Une déclaration présentée à la presse par l'Archevêque Primat du Canada, Mgr Andrew Hutchinson.
[citation]
L'Assemblée Canadienne des Évêques recommande au reste de l'Église Anglicane du Canada de revenir un peu en arrière sur la bénédiction de couples gay. La question est mise à l'ordre du jour du Synode Général Canadien en juin. L'Assemblée des Évêques a tenu une discussion préparatoire lors de sa rencontre le mois dernier, en présence de l'Archevêque de Canterbury. Mais elle n'a pas eu assez de temps pour conclure le débat sur la bénédiction de relations de même sexe. En conséquence, il a fallu se résoudre à un vote par email pour approuver la décision pastorale présentée cette semaine. Décision dans laquelles les Évêques reconnaissent leurs divisions. Néanmoins, il y est dit que "nous croyons qu'il est non seulement approprié mais impérativement demandé par l'Évangile de prier avec l'ensemble du Peuple de Dieu, quelles que soient les circonstances... Refuser de prier avec qui que ce soit un un groupe quelconque reviendrait à suggérer que Dieu n'est pas avec eux." Pour cette raison, les Évêques concluent que les ministres (du culte) ne devraient pas refuser de participer à des cérémonies qui célèbrent à l'église une union civile (d'homosexuels). La déclaration donne deux exemples: "Quand un couple gay ou lesbien civilement marié demande la réception de notre Église pour leur mariage civil et demande la reconnaissance de leur paroisse, il pourrait être possible, avec la permission de leur Évêque qui a été mis au courant, de célébrer une eucharistie avec le couple, d'y prononcer des prières d'intentions appropriées, mais sans y inclure une bénédiction nuptiale. Autre exemple: "Quand un couple marié de gay ou de lesbiennes, ou un couple qui a pris un engagement de couple, cherche a être reçu ou à célébrer à l'église sa vie en Christ, de nouveau, des prières d'intercession peuvent être offertes, pour leur fidélité mutuelle, pour l'approfondissement de leur chemin à la suite du Christ et pour leur ministère baptismale, et cela sans qu'il y ait d'échanges de voeux matrimoniaux ou de bénédiction nuptiale." Les Évêques continuent en affirmant que le ministère du clergé gay et lesbien est "profondément estimé et apprécié". La déclaration dit que la recommandation des Évêques propose "moins que la bénédiction d'une union de même sexe ou d'un mariage". Mais que la raison en est que "en l'état actuel des choses, la doctrine et la discipline de notre Église ne permet pas clairement d'aller plus loin". Néanmoins, continue le document: "Pour ceux qui craignent que ces dispositions pastorales sont allées trop loin, nous affirmons que ce point de discipline est entièrement cohérent avec la doctrine de l'Église et avec notre appartenance à la Communion Anglicane". (...)
[fin de citation]
J'aime beaucoup cette manière de procéder. En gros, elle dit aux fidèles concernés: Nous ne sommes pas entièrement d'accord avec tout ce que vous faites et nous trouvons que c'est loin de l'idéal. Mais comme c'est votre histoire et que vous la vivez avec le Christ, nous allons prier avec vous afin que vous avanciez dans la bonne direction.
C'est la même position pour les célébrations de prière pour les couples où l'un au moins est divorcé et désire prier pour son deuxième mariage. On se souvient du célèbre mariage du Prince Charles d'Angleterre et de la très divorcée Camilla.
Autre exemple: quand des aumôniers militaires bénissent des soldats. On peut rappeler que l'Église est très loin d'apprécier la guerre et l'usage des armes, mais elle comprend, elle soutient et elle accompagne ceux qui ont choisi le chemin de la vie militaire s'ils veulent le vivre à la lumière du Christ.
Dans la perspective catholique officielle d'aujourd'hui, il est hélas absolument impensable d'accompagner à l'église la prière de gens qui ne vivent pas complètement selon la morale de l'Église. C'est comme si "bénir" était synonyme "d'approuver"; ce n'est pas faux, bien sûr, mais il me semble qu'on oublie que la bénédiction est plutôt un encouragement pour l'avenir, une aide et un soutien pour continuer à marcher sur le chemin. Approbation, certes, mais surtout approbation que l'intention va dans le bon sens.
Qu'il s'agisse de couples de divorcés remariés ou de couples homo. Il y a actuellement une façon de donner une primauté à la doctrine sur la pastorale que, à titre personnel, je n'arrive pas à comprendre. Autant je suis d'avis qu'il faut offrir à tous un idéal à la mesure du message de l'Évangile, sans l'édulcorer, autant il me semble qu'il faut être présent à chaque pas en avant que font les chrétiens, et pas seulement quand ils sont tout près de la ligne d'arrivée.
C'est un peu comme si l'Église disait: "nous vous présentons un chemin de vie très exigeant, celui de l'évangile, mais débrouillez-vous pour y arriver et ne nous faites signe que quand vous y êtes presque parvenu". Pas très pédagogique comme attitude: quel professeur serait en droit d'exiger de bons résultats de ses élèves s'il n'a pas d'abord sué pour les y préparer?
Dès lors, j'aimerais que les hiérarques catholiques ne présentent des exigences fortes, notamment aux homosexuels, que lorsqu'ils annoncent qu'ils ont mis en place des structures pastorales pour les soutenir. Sinon, c'est laisser les gens se débrouiller tous seuls avec leurs efforts, et c'est mal de la part de ceux qui exigent. Tant qu'on n'a pas créé une pastorale des minorités sexuelles, ce n'est pas juste d'exiger des choses aussi énormes que la chasteté ou la continence complète. Tant qu'on n'a pas créé des communautés priantes et eucharistiques pour les accueillir spécifiquement, il ne faudrait pas mettre sur les homo des fardeaux qu'ils devront porter dans la solitude. Même remarque pour la situation des divorcés remariés: pas de morale sans pastorale qui la précède.
Pas d'exigence morale sans le soutien pastoral qui doit toujours le précéder. Je trouve que l'approche des évêques anglicans canadiens, en cela, est très évangélique: quel que soit le point où vous en êtes dans votre chemin vers le Christ, nous sommes à vos côtés pour vous soutenir. C'est comme s'ils disaient: avant de vous juger, nous trouvons plus important de vous aider à avancer car, après tout, ne sommes-nous pas tous pécheurs et en chemin?
Par exemple: on pourrait retrouver le sens de la célébration des "fiançailles" ou des "accordailles"... Offrir aux divorcés remariés ou aux homo une cérémonie qui tienne compte de leur engagement vers le mariage, mais qui tienne compte du fait que cette union complète ne leur est pas encore offerte... Un engagement qui incluerais déjà des éléments importants (fidélité, soutien mutuel, partage de projet de vie) mais qui n'irait pas pas jusqu'à l'engagement matrimonial. On pourrait prier pour ces "fiancés" ou ces "accordés", et même les bénir, sans leur offrir le cadre du mariage.
Ce serait déjà tellement beau. Sans parler du fait qu'il n'y aurait pas là un grand effort doctrinal...
jeudi 3 mai 2007
423. politesse dans l'irrespect
Le délicieux Ichtus (et je pèse mes mots) nous renseigne un article de la Revue d'Éthique et de Théologie Morale (au Cerf) qui examine sévèrement les présupposés psychanalytiques de Mgr Anatrella. Ou, pour reprendre les termes qu'il utilise sur son blogue, des présupposés pseudo-psychanalytiques.
Par ailleurs, je vous signale que plusieurs cardinaux de premier plan (dont Scola de Venise et Erdö de Budapest) se sont élevés contre le Parlement Européen qui a voté à une très large majorité (325 pour, 124 contre, 150 abstentions) une motion contre l'homophobie dans laquelle l'Eglise Catholique Romaine est invitée à cesser de manquer de respect pour les homosexuels en les diabolisant.
Fureur des éminences qui trouvent, au contraire, qu'il n'y a pas une trace d'homophobie dans l'Eglise Catholique, la preuve en est un catéchisme, disent-ils, absolument respectueux des personnes "à tendance homosexuelle" (même si elles sont, dit le texte, fortement problématique). Pour eux, c'est clair, le Parlement Européen est anti-Catholique et ne respecte pas les sensibilités nationales légitimes.
Et c'est là qu'on est en plein délire: pour les cardinaux, le respect est uniquement synonyme de politesse et d'urbanité. De fait, je confirme que je n'ai jamais entendu un seul évêque demander que les homo soient insultés ou persécutés. Au contraire, plusieurs ont insistés pour qu'on ne le fasse pas.
Mais le respect, c'est tout autre chose: il y va du fait de permettre l'existence en toute sécurité. Le respect, c'est dire du bien, et pas uniquement du mal. Même dans l'expression "j'ai du respect pour mon ennemi", on sous-entend que l'ennemi a des valeurs et des qualités que je partage ou que j'admire.
Or, je vous rappelle la position catholique officielle: les homosexuels sont des hétéro défectueux qui vivent dans un profond désordre dans lequel ils doivent absolument éviter de s'installer, de cautionner ou de justifier. Leur couples sont de pseudo couples, qu'il faut absolument éviter de protéger (par exemple en leur octroyant une reconnaissance civile) de peur de dévaluer le respect dû aux couples hétéro. L'amour homo est un pseudo amour ou, au moins, un amour moindre qu'il faut absolument éviter de mettre à égalité avec l'amour hétéro. Les parents homo, par le simple fait d'éduquer des enfants, leur font subir une grave violence qu'il faut éviter à tout prix. Enfin, l'homosexualité est une offense grave au plan créateur de Dieu qu'elle revient à nier.
Pour reprendre des termes de Benoît 16 le 25 mai 2006 à l'ambassadeur d'Espagne (avant son voyage de Valence): « L’Eglise proclame de tout son cœur le droit fondamental (...) de pouvoir former une famille et de pouvoir vivre au sein d’une famille et le devoir de ne pas remplacer la famille par d’autres institutions ou d’autres formes d’unions ». En d'autres termes: les homo sont incapables de former des familles et ce qu'ils font est un danger pour les "vraies" familles.
Tout ça est certes dit avec une politesse exquise. Mais j'ai du mal à y voir la moindre trace de respect pour les homosexuels. Pas l'ombre de la moindre homophilie, à ce que je sache. Pas même l'équivalent du "respect de l'ennemi". En fait, les évêques ne parleraient pas autrement s'il s'agissait de pédophiles, de violeurs, d'incestueux, etc.
Non, clairement, la position catholique officielle actuelle est homophobe. Car il ne suffit pas de montrer qu'on s'est exprimé avec civilité (par exemple, qu'on n'invite pas à persécuter les homosexuels) pour éviter d'être accusé d'homophobie. Et en fait, empêcher que les états reconnaissent les unions de couples homosexuels, n'est-ce pas les persécuter? Ou dénigrer les parents homosexuels, n'est-ce pas une grave insulte faite à leurs enfants?
Les hiérarques catholiques cesseront de se mériter le label d'homophobes uniquement le jour où il diront ne fut-ce qu'une toute petite chose positive sur les homo. Une toute toute petite chose positive. Rien qu'une.
Par contre, je prends comme une bonne nouvelle que l'accusation d'homophobie fasse mal à ces cardinaux. C'est au moins le signe que tout n'est pas perdu. Au moins on pourra leur dire un jour qu'ils ont péché par ignorance et non par mauvaise volonté. C'est déjà quelque chose.
mercredi 2 mai 2007
422. l'espoir de l'expert
La semaine dernière, la Ville Éternelle a vu le lancement de la traduction italienne de l'avant-dernier livre de James Alison, Faith Beyond Resentment (litt. croire par-delà la rancune). Le dernier étant On Being Liked. Deux oeuvres selon moi absolument majeures, déjà traduites en espagnol, et dont je prie tous les jours saint Rita et saint Jude (patrons des causes désespérées) pour la traduction française.
Le magazine catholique de Londres, The Tablet, a rapporté brièvement l'événement dans l'article que je vous copie ci-dessous (car il faut être enregistré pour lire directement le Tablet).
Le plus étonnant, c'est la position de
James Alison sur le pontificat actuel. Je vous traduit la "surprise" de
l'auteur de l'article: "Étonnament,
écrit-il, James Alison a répété sa conviction que l'actuel pontificat
pourrait nous offrir des ouvertures dans la position étroite que le
Vatican a prise sur la question autour de la "nature" de
l'homosexualité. Je dit 'étonamment' parce que l'enseignement actuel du
Vatican a été forgé depuis 1981 sous la direction même de cet homme qui
est le Pape actuel. Quand un journaliste américain a émis cette
objection, le Dr Alison est resté très ferme. Il fait remarquer
notamment que tout l'enseignement actuel est basé sur
la seule opinion que les homosexuels sont des hétérosexuels défectueux.
Quand à savoir comment il va convaincre le Pape que cette opinion est
illogique, c'est une autre question."
Honnêtement,
je ne suis pas sûr de partager la certitude tranquille de James Alison.
Mais je veux bien lui faire confiance: il a suffisamment d'antennes, de
taupes et d'amis dans tous les coins pour avoir une vision plus claire
que la mienne de la situation.
Par
contre, je suis tout à fait d'avis que la doctrine actuelle de l'Église
sur les homosexuels est une pyramide tenant sur sa pointe: elle part
effectivement de l'idée inexacte que les homo sont des hétéro
défectueux. L'idée même qu'il existe autre chose que l'orientation
hétérosexuelle n'est tout simplement pas acceptable par le Vatican. Et
donc, je le dis souvent, quand le Pape ou les évêques écrivent des
documents sur les "personnes à tendance homosexuelle", j'ai tendance à
penser que leurs discours ne s'adresse pas vraiment aux homosexuels
(même si c'est eux qu'ils visent). De ce fait, comme le suggère James
Alison, la simple acceptation que les homo ne sont pas des hétéro
défectueux mais une autre orientation sexuelle fera que la pyramide de
théories homophobes va s'écrouler d'un bloc.
Ceci
dit, le fait que James Alison déclare que le changement est encore
possible durant le pontificat actuel est extrêment encourageant, je
trouve. Moi qui m'attendais à devoir attendre au moins cinq, et plus
probablement dix ans...
From The Tablet (a Catholic weekly published in London), 28 April 2007:
English theologian James Alison was in Rome this week to present the recently published Italian version of his 2001 book, Faith Beyond Resentment: Fragments Catholic and Gay. The event was held on Monday at the popular bookseller, Feltrinelli, and it drew a modest group of- ironically - mostly English-speaking people. For the benefit of the handful of Italians, however, Dr Alison valiantly spoke in the host country's official language. His familiarity with Portuguese and Spanish helped him get his points across, though it must have been frustrating to be limited by a language not his own. Two Jesuits and a Dominican constituted the clergy's presence at the book presentation, but - predictably, perhaps -there were no Vatican officials there. One did contact me later to see how the evening went and to say that he had Fede Oltre Il Risentimento (as the book title was rendered in Italian). This particular Italian monsignor said he "agreed" with many of the book's premises. "I am a Catholic priest and theologian who is openly gay," Dr Alison says on the front cover of the new edition. And, amazingly, he restated his conviction that in the current pontificate we could see openings in the narrow position the Vatican has taken on the question surrounding the "nature" of homosexuality. I say "amazingly" because the Vatican teaching has been forged since at least 1981 under the direction of the very man who is the current Pope. When an American journalist raised this, Dr Alison remained sanguine. He pointed out that the current teaching is based on the premise that homosexuals are defective heterosexuals. Whether he can convince the Pope that this position is illogical is another question. (Robert Mickens)










