samedi 30 juin 2007
445. vivre comme des frères
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Sanseverino "Exactement"
Il y a longtemps que je voulais revenir sur le fameux Ordo Ad Fratres Faciendum ou Aldelphopoiesis, en francais Affrairement. En fait, le terme n'était plus utilisé que dans certains coins reculés de l'Orthodoxie ou bien par des médiévistes spécialisés dans les contrats civils. Il existe aussi un petit "Office" en latin (plus cours que l'office de la tradition byzantine), un rite pour "affrairer" (littéralement "faire des frères") dont je n'ai hélas trouvé sur internet qu'une traduction anglaise.
Mais, beaucoup d'entre vous le savent, le terme est revenu (depuis de le début des années 90) à l'avant-plan des discussions sur les minorités sexuelles grâce au livre de John Boswell, "Unions de Même Sexe". Je suis tombé amoureux de cet homme au premier regard et, faut-il le dire, ce Catholique converti et historien de talent avait un charme et une allure superbes. Particulièrement, quand il parlait de sa vie de sidéen chrétien, on en avait les larmes aux yeux. Aujourd'hui encore, je pense qu'il s'agit d'un des homo les plus importants du 20ème siècle, pour son influence et la place qu'il a pris dans la prise de conscience de l'Histoire des minorités sexuelles, en particulier dans le domaine religieux et chrétien.
Vous n'ignorez pas non plus le déluge d'hystérie que son livre a produit dans les milieux homophobes catholiques et orthodoxes. Au mieux, ses arguments ont été balayés d'un revers de la main (alors qu'il a tout de même été 20 ans dans le département "Histoire" de la prestigieuse université de Yale). Dans beaucoup de cercles, la simple mention de son livre vous fait passer pour un demeuré. Le discrédit de son oeuvre se résume en un mot: anachronisme. Ou parfois "reconstructivisme", mais c'est la même chose. Selon ses opposants (surtout en dehors des cercles académiques), il a transposé une lecture actuelle du mariage et du couple, à des pratiques antiques.
Il est clair que, s'il avait vécu, John Boswell aurait précisé ou mieux documenté certains de ses propos. Sans parler de découvertes ultérieures qu'il aurait pu faire. Les quelques dizaines de documents inédits qu'il a littéralement déterrés n'ont pas été utilisés de la même manière par d'autres historiens qui ont pris sa relève. Plus simplement, s'il avait vécu, il y a des méchancetés homophobes auxquelles il aurait répondu et qui, aujourd'hui, restent "impunies".
Les historiens que j'ai consultés (deux à Harvard, un à Georgetown, un à Oxford et trois à l'UCLA), et dont j'admets qu'ils étaient tous gay, sont beaucoup plus nuancés et tous admettent qu'il a apporté, à tout le moins, une redécouverte de ce domaine tout à fait oublié de l'Histoire. Beaucoup disent tout simplement: il est mort et les défauts de son oeuvre ne sont, hélas, plus réparables. Et ils soulignent, une fois de plus, que la plupart des détracteurs de John Boswell n'ont pas été plus loin que la lecture de son introduction (sinon même de la jacquette).
Il semble clair que jusqu'au 13ème, l'affrairement était une union souvent considérée comme parfaitement valide et exclusive du mariage hétéro. Certains disent même qu'il était considéré parfois comme "plus parfait" que l'union hétéro parce que la "domination de l'instinct de procréation" en était exclue. Néanmoins, quand le mariage a reçu la "qualité" de sacrement (en Occident, avec le concile du Latran en 1215), il est devenu clair que les autres formes d'unions allaient passer dans l'ombre. Par ailleurs, c'est vers cette époque également que l'homophobie (parfois violente) est devenue banale en Occident. Comment, alors, ne pas dire un mal extrême de cérémonies comme l'affrairement?
Il est évident, pour John Boswell, que l'Ordo Ad Fratres Faciendum (ou affrairement), n'avait pas qu'une seule fonction dans la société. Il n'a jamais dit que c'était partout et à toutes les époques une manière détournée de marier des hommes entre eux. Justement, ça ce serait de l'anachronisme ou du reconstructivisme. C'est un peu facile de nier qu'il est un historien d'une réputation incontestable dans sa profession. Comme s'il allait faire des erreurs de débutant dans son propre métier!
Bien sûr qu'il savait que cette cérémonie était une sorte de christianisation du rituel des "frères de sang" pratiquée avant l'évangélisation de l'Europe, et notamment des peuples occidentaux (un rituel qu'on trouve encore dans chez les Amérindiens, par exemple). Il est clair aussi que, très souvent, cette cérémonie avait en premier lieu pour but de mettre en commun des biens, des terres, des royaumes (pour créer des espèces d'indivisions) en faisant "comme si" ils n'étaient "qu'une seule chair". On retrouve des traces documentées d'affrairement... entre parents, mais aussi entre rois, entre partenaires commerciaux, etc.
Plus récemment (on parle du 9ème, ici), la cérémonie est devenue moins "pragmatique", avec des affrairements de religieux, de chevaliers ou de soldats, mais aussi d'universitaires ou d'artistes. Pour plus de détails, je vous remets à son livre.
Attention, il ne s'agit pas de variantes de la pédérastie "à la grecque", avec un jeune qui s'unirait à un plus âgé pour devenir son disciples ou son "fils spirituel". On parle bien d'affrairement, c'est-à-dire d'une relation relativement égale, avec deux personnes qui s'adoptent comme "frères".
Mais là où John Boswell pose une question qui fait hurler les homophobes, c'est quand il dit: "Et parmi toutes ces possibilités, pourquoi avez-vous systématiquement ignoré ou caché celles qui semblent indiquer qu'il y a eu des affrairements entre hommes qui s'aimaient et qui se sont unis pour la vie?" Et de citer une série de cas qui montrent bien qu'il y avait bien plus que de l'amour fraternel (le fameux amour viril) dans certains récits d'affrairement. Le "silence" sur ces cas particuliers n'est-il pas, dit Boswell, une façon de nier que dans le passé des unions de même sexe comportaient un lien romantique et affectif fort, semblable à celui du couple hétéro?
Ainsi, par exemple, des tombes de ces affrairés, où l'on peut lire qu'ils vécurent toute leur vie ensemble et qu'ils ont tout partagé: lit, maison, fortune (en cela, Boswell a été bien "vengé" par l'archéologie, j'en parlais dans la note 134). Ou bien ces affrairés qui se sont déclarés "trahis" et qui ont fait des procès à l'autre parce que l'un des deux s'est marié à une femme ou a accepté un affrairement avec un tiers. Ou encore ces monastères qui ont finalement interdit l'affrairement entre religieux parce que ça ressemblait beaucoup trop à des vies de couple (il y avait donc des "dérapages" dans une pratique généralement admise). On parle aussi de tel empereur byzantin qui a versé une pension à la mère du jeune homme auquel il avait été affrairé et qui venait de décéder, la plaçant ainsi au rang d'une "belle-mère" (c'est après la mort de son compagnon qu'il a épousé la femme qui devint impératrice).
John Boswell a aussi étudié la notion de chasteté attachée à ces affrairement, pour montrer qu'elle n'était pas significativement différente (dans les mots) à celle demandée à des époux. Même dans le mariage hétéro, il est demandé aux jeunes mariés de s'engager à vivre dans la chasteté. Ne leur disait-on pas de vivre comme des "frères et soeurs dans le Christ Jésus"? Dès lors, John Boswell invite à ne pas utiliser cet argument pour dire que les affrairés n'avaient pas une forme d'intimité physique. Simplement, ils étaient tenus de vivre leur affection "chrétiennement". De plus, l'époque méprisait un peu les rapports charnels pour favoriser des rapports plus "parfaits" (comme on le lit, par exemple, à propos de l'amour courtois).
Donc, je voudrais faire justice à John Boswell: il n'a jamais dit que toutes les cérémonies d'affrairement (ni même la majorité d'entre elles) étaient équivalentes aux mariages homo. Ce sont les homophobes qui lui font ce mauvais procès pour le discréditer.
Par contre, il nous a réconcilié avec notre histoire et notre passé, en tant que chrétiens et homo. Car il y a bien eu, tout au cours des siècles, des couples d'hommes qui s'aimaient, qui voulaient se donner l'un à l'autre pour la vie et qui se présentaient devant Dieu pour obtenir sa bénédiction. Et l'Église les a bénis au nom de Dieu, et cela pratiquement dès les temps apostoliques.
Voilà de quoi nous étions privés, avant John Boswell: de la connaissance de nos racines. Merci à lui de nous les avoir rendues.
vendredi 29 juin 2007
444. toutes les réponses sont disponibles
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Cafe del Mar (CD Series) "Vol. 14"
D'abord, un peu d'humour: quand j'ai écrit au délicieux Icthus à propos du rétablissement de la messe tridentine par Benoît 16, il m'a répondu aussi sec: "La messe tridentine, c'est un truc de folle. Je préfère aller les voir à la Gay Pride". J'avoue que ça m'a fait rire. Bonne extravaganza à ceux qui seront à Paris ce week-end.
Mais dans un rayon moins drôle, j'ai trouvé, dans un article sur l'homophobie, une référence à une lettre du cardinal Ratzinger il y a plus de 20 ans. En 1986, il décrivait l'homosexualité comme un « mal moral », « un désordre objectif qui est contraire à la sagesse créatrice de Dieu ». Le cardinal Ratzinger recommandait qu'un « souci spécial devrait être porté sur les personnes de cette condition, de peur qu'ils soient menés à croire que l'activité homosexuelle est une option moralement acceptable ». Rien de nouveau.
Mais j'ai été frappé de lire qu'il concluait sa lettre en souhaitant que soit retiré « tout appui envers un organisme qui cherche à contredire ces enseignements ». Toute institution homophile doit donc être condamnée? Décidément, après l'Unicef et Amnesty International, combien d'institutions doivent recevoir un jugement négatif du Vatican? Même chose pour l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une autre institution "suspecte d'homophilie", bien sûr. On va finir par croire que les seules organisations acceptables par l'Église Catholique sont les organisations... catholiques, celles qu'elle a créé elle-même et dont elle contrôle l'orthodoxie. Je dois dire que ça ne donne pas une image très "ouverte" de cette religion...
En juillet 1992, le Vatican envoie une lettre aux évêques américains signée par le même cardinal Ratzinger, dans laquelle les discriminations envers les homosexuels sont justifiées dans certains domaines : le droit à l'adoption, les homosexuels dans l'armée, l'homosexualité des enseignants. Le cardinal Ratzinger soutient que tenir compte de l'orientation sexuelle pour discriminer n'est pas « injuste », puisqu'il s'agit d'une forme inacceptable de sexualité, un danger pour la société et la jeunesse. Poursuivant le raisonnement, il n'hésite pas à affirmer qu'en demandant des droits, les gays et les lesbiennes encourageraient les violences homophobes. « Ni l'Église catholique romaine ni la société ne devraient être étonnées quand les réactions irrationnelles et violentes augmentent ».
Pas de doute, donc: en demandant des droits, les homo sont les seuls responsables de toutes les réactions homophobes et violentes qui seront dirigées contre eux. Drôle de logique. Drôle de façon de dédouaner tous ceux qui commettent des violences homophobes. Donc, si on nous tape sur la gueule, on l'a bien cherché: on n'avait qu'à rester dans le trou à rat et le placard dont nous n'aurions jamais dû sortir... Ben, voyons...
Pourtant, il y a 20 ans environ, l'OMS retirait l'homosexualité de la liste des maladies ou des handicaps mentaux. Et pour reprendre les termes de l'American Psychological Association (qui avait retiré l'homosexualité de cette liste en 1973), toutes les réponses sont largement disponibles. En voici quelques unes:
Qu'est-ce que l'orientation sexuelle? Est-ce la même chose que le "genre", ou bien "l'identité sexuelle"? Non. Est-ce qu'on la reconnaît aux "comportements sexuels"? Non. Rappelons que le Vatican considère que l'orientation sexuelles n'existe pas. N'existe que la "tentation homosexuelle" (ou tendance).
D'où vient l'orientation sexuelle? Un mélange de biologique, d'hormonal, de congnitif et d'autres facteurs tellement nombreux qu'il est difficile d'être simpliste sur le sujet.
L'orientation sexuelle est-elle un choix? Non. Elle apparaît petit à petit aux personnes à l'enfance ou à l'adolescence. Qui a besoin qu'on répète à quel point les homo ont combattu cette réalisation qui leur est venue progressivement?
Une quelconque thérapie peut-elle changer l'orientation sexuelle? Non. Ce n'est pas une maladie et ça ne se soigne pas. Par contre, beaucoup d'homo ont besoin d'une aide psychologique pour dépasser les préjugés et les traumatismes qu'ils ont vécus pour arriver à s'accepter comme ils sont.
L'homosexualité est-elle une maladie, un désordre mental ou un problème émotionnel? Non. Qualifier l'homosexualité de "désordonnée", c'est faire preuve d'ignorance.
Les gay et les lesbiennes peuvent-ils faire de bons parents? Oui. De plus, il n'y a aucune preuve que les homo courrent plus de risque de molester des enfants ou des adolescents.
Pourquoi certains homo ont-ils besoin de parler publiquement de leur sexualité? Parce qu'il s'agit, pour beaucoup d'entre eux, de regagner leur identité en sortant de la clandestinité.
Enfin, comment vaincre les préjugés contre les homo? L'association est très claire: en les rencontrant, en les connaissant, en les écoutant. C'est très simple: pas moyen d'être homophobe quand on connaît des homo sans son entourage.
J'y ajoute quelques réflexions de Mike Garibaldi, probablement un des grands "ténors" de la pensée militante homo aux États-Unis.
Ainsi, par exemple: Que se cache-t-il derrière l'affirmation que l'homosexualité est un "choix de vie éthiquement inacceptable"? Pourquoi y a-t-il des gens pour croire que c'est un choix? Est-ce parce que ce serait trop "dérangeant" de croire qu'il s'agit de quelque chose qui s'est imposé aux homo? Il y a à réfléchir: l'homophobie comme forme d'insécurité, notamment religieuse... L'homophobie comme signe que l'on a une foi vacillante...
Alors, je ne sais pas s'il fallait rétablir la messe tridentine interdite un précédent pape, Paul 6. Mais j'avoue que ça me semble tellement insignifiant par rapport à d'autres questions (y compris celles qui concerne les homo)...
Et surtout insignifiant par rapport à nos vies!
Profitez de toutes vos Pride, de toutes vos fêtes, de tous vos groupes. Vivez. Chantez. Dansez. Existez avec toutes la force de votre vie. Criez haut et fort que vous avez la vie en vous.
Quant à ceux qui partagent la foi chrétienne, unissons nos prières en un action de grâce. Que le Créateur soit remercié pour ce don particulier qu'il nous a fait. Et que son Amour remplisse nos vies, que nous puissions aimer comme lui.
jeudi 28 juin 2007
443. le poids du scandale
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Jeff Buckley "So Real: Songs From Jeff Buckley"
Je crois que certains hiérarques ont
pris très au sérieux l'avertissement du Seigneur sur la peine à
infliger à ceux qui scandaliseront l'un de ces petits qui sont les
siens. La conscience de la gravité de ce péché de scandale a, hélas,
servi aussi à couvrir bien des fautes de l'Église.
On
s'en rend
compte de plus en plus dans les procès intenté, aux États-Unis, contre
les évêques par
les victimes ou les associations de victimes de prêtres violeurs
d'enfants ou d'adolescents. Quand on voit que, dans un nombre important
de cas, les diocèses jugèrent à l'époque qu'il valait mieux étouffer le
scandale pour le bien des fidèles. Certes, dans la plupart des cas, les évêques concernés sont largement à la retraite ou décédés.
Voici, en illustration, le cas du diocèse du Vermont. Selon l'article que je vous passe en lien, l'évêque a reçu à un moment les enquêteurs pour des plaintes déposées par des victimes présumées d'un prêtre de son diocèse.
Plusieurs fois, dit l'article, les enquêteurs ont eu l'impression que leur interlocuteur était passablement choqué d'être interrogé. Les faits remontent à 1979: clairement, à l'époque, il y avait les évêques "prélats" et les évêques "pasteurs". Cette différence n'existe-t-elle plus aujourd'hui? Je ne le dirais pas de beaucoup de pays. C'est pour ça que cet article m'a semblé éclairant.
Selon l'enquêteur, l'évêque les assura tout d'abord qu'il avait parlé aux familles des présumées victimes et qu'il avait réussi à les convaincre qu'il n'était pas dans leur intérêt, ni celui de leur enfant, de porter toute cette affaire sur la place publique. Selon l'évêque, semble-t-il, le traumatisme du procès serait plus grand que celui de leur viol...
Drôle de conception dont je me demande d'où il la tient...
Les enquêteurs, dit l'article, ont alors tiré de cet échange l'impression que l'évêque connaissait les faits et qu'il faisait en sorte de les étouffer. Le procès dont parle l'article sert d'ailleurs uniquement à prouver que le diocèse savait et n'a rien fait. Le prêtre en question ayant été, en 1985, écarté du sacerdoce et il est décédé quelques années plus tard.
Puis, dit encore le rapport, voyant qu'il n'avait pas réussi à convaincre les enquêteurs (tous deux Catholiques pratiquants), l'évêque les mit en garde contre "le grave péché du scandale". Que voulait-il dire à citer ainsi l'Écriture? Que mettre en cause un évêque pour avoir "couvert" les crimes d'un prêtre est plus grave que de laisser l'affaire tomber dans l'oubli et de ne pas venir en aide aux victimes?
Curieuse échelle des valeurs...
Et c'est quoi une "mise en garde" épiscopale? On est menacé de l'enfer ou quoi? Est-ce un avertissement qu'il s'agit d'un péché qui ne recevra pas l'absolution? Je dois avouer que c'est une expression qui m'a toujours laissé un peu perplexe...
L'article poursuit en expliquant que les enquêteurs se sont sentis outragés par cette menace à peine voilée. Et qu'ils ont mis fin assez brusquement à l'entretien et qu'ils sont sortis avec une résolution renforcée de poursuivre l'enquête.
Pour ce qui est du procès en cours, le journaliste qui a écrit l'article fait remarquer que, plusieurs fois, des autorités diocésaines déclarent que tel ou tel document (sur l'affaire en cours) n'existe pas ou a disparu. Interrogé sur la question, un psychothérapeute ecclésiastique fait remarquer ceci: "C'est vrai que je n'ai trouvé aucun document sur l'affaire qui nous occupe. Mais, dans certains cas, l'absence de documents est plus bruyante que leur présence."
Hélas, le procès a été arrêté pour "vice de forme" (mistrial), la décision (d'un juge contesté) qui fait que, à tout jamais (aucun appel n'est possible), l'affaire est proprement enterrée.
Signe des temps: l'actuel évêque, Mgr Salvatore Matano, qui a été présent dans l'assistance tous les jours du procès, regrette cette fin et a déclaré publiquement qu'il aurait préféré une solution qui apporte la paix aux victimes.
Comme quoi, les temps changent... N'empêche, 30 ans, c'est long...
mercredi 27 juin 2007
442. le troisième rail
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Mstislav Rostropovich "The Glory Of Rostropovich CD1"
Un prêtre gay
quitte la paroisse qu'il aime
Il s'était davantage rapproché de l'assemblée catholique d'Alameda depuis qu'il avait partagé son grand secret durant une homélie de 2005
Matthai Chakko Kuruvila, San Francisco Chronicle, service "Religion"
Samedi 23 juin, 2007
[la traduction est de votre indigne serviteur et bloguemestre; c'est moi qui mets les caractères gras]
La paroisse catholique d'Alameda (dans l'archidiocèse d'Oakland) et son prêtre ont vécu le grand amour ces six dernières années, mais aujourd'hui ils vont se dire adieu.
Les fidèles de la Basilique Saint-Joseph disent que le Père Rich Danyluk les a tissés ensemble en une vraie communauté et leur a offert des homélies tellement inspirées qu'elles les ont forcés à regarder plus profondément dans leurs vies. Le Père Danyluk, connu comme "Father Rich", déclare qu'il part pour vivre une année sabbatique après 31 ans de sacerdoce.
Mais l'ecclésiastique de 59 ans déclare
aussi que Saint-Joseph est l'endroit qui l'a vraiment accepté
totalement, l'endroit où il a dû grandir. C'est aussi là, qu'en 2005, il a dit à l'assemblée qu'il est gay.
Une révélation qui n'a, en fait, pas secoué l'église. La paroisse et son responsable, le seul prêtre gay catholique de la Baie de San Francisco qui est "déplacardé" dans sa communauté, ont même appris à s'aimer l'un l'autre davantage.
[On peut lire le récit de ce "déplacardage" dans l'artice en lien. Très belle histoire. Très émouvante.]
Le pape Benoît 16 a déclaré que l'homosexualité est "objectivement désordonnée" et le Vatican a publié des lignes de conduite, il y a deux ans, expliquant que les gay ne devraient pas entrer au séminaire. Quant au cardinal William Levada, ancien archevêque de San Francisco [et avant cela, d'Oakland], il a affirmé que les prêtres ouvertement gay rendent plus difficile, pour les assemblées, de voir le Christ en la personne de leur prêtre.
Pourtant, 1.800 familles remplissent Saint-Joseph pour les cinq messes dominicales du week-end, et pour entendre Father Rich.
"C'est la personne la plus spirituelle que j'ai jamais rencontrée", déclare Sue Spiersch, 62 ans, Catholique depuis toujours et une fidèle de Saint-Joseph depuis 1972. Selon elle, le père Danyluk a transformé une assemblée d'étrangers en amis.
Quant à Dana Haering, 40 ans, elle aussi Catholique depuis toujours, elle déclare que son curé "a trouvé une manière de vous faire sentir la présence de Dieu, non seulement en tant que prêtre mais aussi en tant qu'ami. N'est-ce pas ainsi que toutes les relations humaines devraient être?"
Le père Danyluk, lui, dit simplement qu'il essaie de vivre selon l'Évangile.
"Être gay dans l'Église Catholique
signifie, selon moi, que pendant toute ma vie j'ai été éduqué dans le
sentiment d'être indigne, que je n'étais pas vraiment à ma place",
expliquait-il dans une interview cette semaine. "Et à entendre toutes
ces choses négatives affirmées par l'Église, à entendre cela sans cesse pendant des années, on en arrive presque à les croire."
"Il y a un passage dans l'Écriture où Dieu dit à Jésus: 'Tu es mon fils bien-aimé en qui je trouve tout mon plasir'. Je crois que Dieu le dit à tout homme, et toute femme il dit: 'Tu es ma fille bien-aimée'. Finalement, cela s'est enraciné en moi, et je n'ai pas besoin d'un prêtre, d'un évêque ou d'un pape pour me dire qui je suis. Je veux que tous les autres disposent de ce même droit."
Les prêtres gay illustrent les paradoxes de l'Église Catholique à propos de l'homosexualité, explique le Père Jim Schexnayder, directeur de formation auprès de l'association nationale des personnes engagées dans la pastorale diocésaine des gay et des lesbiennes (National Association of Catholic Diocesan Lesbian and Gay Ministries).
D'un côté, l'enseignement de l'Église ("les actes homosexuels sont des péchés graves") fait que les voeux de célibat, que prononcent les prêtres, sont un soutien pour les gay catholiques qui cherchent à garder la foi. Par contre, d'un autre côté, peu de prêtres gay sont ouverts ou "publics" sur leur sexualité, car ils craignent des répercussions de la part de leurs supérieurs ou de leurs assemblées.
"L'homosexualité est comme un troisième rail," explique le père Schexnayder [faisant référence à certaines lignes électriques de métro]. "Elle tend à apporter l'effet électrique. Elle apporte beaucoup d'anxiété dans certains cercles... Elle crée cette réalité que beaucoup de gens ne veulent pas voir en face."
Pour l'essentiel de sa vie, le Père
Danyluk a éviter de faire face à son homosexualité. Il déclare avoir su
qu'il était gay en cinquième année du primaire. Au séminaire, à la fin
des années 60, il visitait les chambres de ses compagnons séminaristes.
C'est là qu'il eut ses premières expériences sexuelles... et a vécu en
prétendant que rien n'était jamais arrivé.
"C'est une attitude de malade. On utilise les autres," dit-il maintenant. "On jouait totalement la comédie."
Après quelques années, il commence à boire très fort.
"L'alcool m'a rendu un peu plus libre de faire des choses dont je savais qu'elles étaient mauvaises", dit-il. "Tout simplement, l'alcool étouffe les sens."
Au début des années 80, il commence à voir un conseiller et fait la paix avec son orientation sexuelle. Mais, de temps à autre, il retourne à l'alcool et au sexe illicite. Deux fois, dans les années 90, il est arrêté par la police alors qu'il dirigeait une paroisse dans le Sud de la Californie. Après la seconde arrestation, en novembre 99, il est envoyé dans un centre de désintoxication du Minnesota.
"Un tournant dans ma vie. Avant de partir pour le traitement, j'ai expliqué au fidèles (à la fin de l'office) mon alcoolisme, je me suis excusé et je leur ai demandé de me pardonner et de prier pour moi. Ils se sont tous levés pour m'applaudir." [Le récit de cette scène se trouve également dans l'autre article.]
Il explique ensuite qu'il s'est abstenu de l'alcool et qu'il est resté célibataire depuis lors.
Les fidèles de la paroisse d'Alameda déclarent aujourd'hui que l'influence de Father Rich, depuis son arrivée, a été puissante mais dans de bien des manières, souvent discrète.
Il accueille les enfants en mettant un genou à terre, de sorte que les petits peuvent le voir à la même hauteur. Il a créé une équipe de paroissiens qui préparent les homélies un dimanche par mois. Il a tissé des liens entre paroissiens en créant un pique-nique hebdomadaire après la messe.
Mais plusieurs fidèles soulignent que ce sont ses homélies et ses commentaires qui sont de vrais joyaux. On peut les retrouver dans le bulletin hebdomadaire disponible par e-mail, ou sur un répondeur téléphonique.
En septembre 2005, le Père Danyluk se rend compte qu'il est indigné par les lignes de conduites proposées par le Vatican à propos des séminaristes gay. Elles furent finalement adoptées et interdisent l'accès aux séminaires à ceux qui "pratiquent l'homosexualité, ont une tendance homosexuelle solidement enracinée et encouragent la pseudo culture gay".
C'est alors que le Père Danilyk s'est dit qu'il était temps qu'il parle à sa paroisse.
Il se fait que le thème choisi par la conférence épiscopale pour cette semaine-là était "accepter, et non pas rejeter". À cette occasion, Father Rich se met à raconter durant l'homélie l'histoire de sa tante. Sur son lit de mort, elle s'était mise à pleurer et lui a avoué qu'elle était lesbienne. "J'ai tellement peur d'aller en enfer", disait-elle.
"Ce n'est pas ainsi que Dieu agit", a-t-il rappelé aux fidèles assemblés ce jour-là. Saisissant l'évangéliaire, il le tient alors très haut devant tous, en déclarant: "Ceci est une Bonne Nouvelle pour tout le monde, ou bien ça ne l'est pour personne".
Et d'expliquer que cela inclut les gay et les lesbiennes, et il ajoute: "y compris ceux qui sont là ce matin". Avant de conclure: "Je suis l'un d'entre vous".
Sur le moment, il n'y a pas eu de retour de flamme de l'archevêque d'Oakland, Mgr Allen H. Vigneron, dont le Père Danyluk dit qu'il soutient les prêtres gay. Les responsables diocésains étaient en retraite cette semaine-là et non-disponibles pour un commentaire, avait expliqué la porte-parole du diocèse.
Mais alors que la plupart des paroissiens lui témoignèrent leur soutien, le Père Danyluk remarqua que deux personnes étaient agacées, en particulier la maman de deux enfants inscrits à l'école primaire de la paroisse. Elle demanda vite un rendez-vous avec lui.
"Je suppose que vous allez maintenant pousser les revendications du lobby gay dans nos deux écoles", accusa-t-elle. Mais elle a été incapable de lui expliquer quelles étaient ces fameuses revendications gay.
"Je lui ai répondu que le seul objectif que j'ai poursuivi dans la vie est l'Évangile du Christ", explique le Père Danyluk, qui lui rappela qu'il n'a parlé des gay et lesbiennes qu'un très rare nombre de fois dans ses homélies. "J'ai dit à cette femme: vos deux enfants, je les aime et ils m'aiment, je les traite avec humanité et dans le plus total respect, ce qui n'est pas ce que vous êtes en train de faire avec moi en ce moment."
Il semble que la femme soit toujours dans la paroisse mais qu'elle évite de le rencontrer autant que possible, dit-il.
D'autres fidèles disent que le Père Danyluk a transformé leurs vies.
Mme Haering a notamment rappelé que le
Père a rendu visite à son mari, autrefois un vrai athlète mais atteint
finalement de multiples sclérose. De nombreuses visites pendant les
nombreux mois qui ont épuisé son corps. Juste avant la mort de Dave
Haering en novembre 2005, à l'âge de 38 ans, sa famille, ses amis et
Father Rich se sont rassemblés autour de lui pour une dernière
bénédiction. Durant la prière, le Père Danyluk leur demanda de partager
ce qu'ils avaient appris de Dave.
"Rich a une façon de vous poser juste la bonne question, celle qui vous fait regarder plus profondément à l'intérieur de vous que vous ne pensiez possible," explique Dana Haering. "Mon mari était dans le coma. Il n'allait pas sortir de là. Et pourtant, le Père nous a fait regarder à 'Qu'avons-nous appris de lui?'. Il n'y avait pas une personne dans la pièce qui ne réalisait pas à quel point c'était une bénédiction d'avoir eu Dave dans nos vies, mais aussi d'avoir Rich."
L'original anglais de l'article se trouve à cette adresse.
Un autre article très émouvant raconte le matin de son départ de la paroisse. C'est vraiment une belle histoire paroissiale.
Quant au Père Rich Danyluk, on peut encore probablement le joindre à cette adresse rdanyluk@st-joseph-community.org
Bon voyage, père Rich.
mardi 26 juin 2007
441. les gens de foi en première ligne
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Fanfare Ciocărlia "Gili Garabdi"
Je suis d'opinion que la Gay Pride Parade de New-York
est un élément majeur en termes symboliques. Non seulement à cause de
son ancienneté (elle a débuté une année après les émeutes du Stonewall
en 1969), mais aussi parce que le déroulement ou le style général de la
parade est
souvent significatif de tendances profondes dans l'ensemble du monde
associatif homo aux États-Unis. Et, sur certains points, les
communautés homo américaines ont plusieurs décennies d'avances sur ce
qui se passe ailleurs dans le monde.
Ainsi, dans les années 70, la
Parade était menée par une série de groupes d'activistes et de
militants.
Et puisque l'idée même de "sortir en pleine lumière" venait de la
résistance des "folles" (contre la police) lors des émeutes de Stonewall,
pas étonnant que le style général "carnaval" se soit imposé à la
Parade. La Parade
était dès l'origine un spectacle, un show, avec une belle dose de
démesure. Pas d'abord une manif' de militants. Grande importance aussi
des autres "thèmes de bars", comme les
"cuirs" ou les "nounours". C'est tout le monde nocturne qui osait se
montrer.
Dans les années 90, ce sont les associations humanitaires
(surtout de lutte contre le sida) qui étaient mises en avant, comme
pour rappeler l'importance de ce combat et le prix que la communauté
homo a payé à cette saloperie de maladie. Une façon aussi de rendre
hommage à ces bénévoles de l'ombre qui sont toutes l'année aux côtés
des souffrants. L'accent est également
passé à des groupes "ethniques" (les Blacks, les Latino, etc.) ou bien
à des représentants des familles homo, des parents homo, des séniors
homo, etc. C'est aussi l'avancée des "professions": les pompiers homo,
les avocats homo, etc. On a vu beaucoup plus de familles complètes
(avec petits enfants) agiter des drapeaux sur les trottoirs, et surtout
beaucoup plus d'hétéro pour venir applaudir le spectacle.
Or, cette année, et
pour la première fois, le comité de la Parade a décidé de mettre les
groupes religieux en toute première ligne, avant les humanitaires et
les politiques. Tout un symbole, je trouve.
C'est ainsi que
l'énorme marche, Grand Marshal en tête, était emmenée par des représentants des différentes
confessions chrétiennes (avec notamment l'association Dignity pour les
Catholiques), mais aussi des Juifs, des Bouddhistes ou d'autres
confessions.
Bien
sûr, il y a encore eu, dans la suite du
défilé, toute l'explosion du carnaval, avec son lot de nudité parfois
provocante, de boa à plumes de toutes les couleurs, de maquillages, de
confusion
des genres et de caricatures, etc. Tout le monde n'est pas amateur du
genre et il y a, je le sais, du mauvais goût (quoi? des homo de mauvais
goût? mais c'est impossible!). Somme toute, je trouve que c'est véniel.
Le carnaval a un rôle a jouer dans toute
société, même chrétienne ou juive. Les siècles passés sont là pour
l'attester.
Par
contre, je le souligne de nouveau: que, dans un pays aussi "religieux"
que les États-Unis, les groupes religieux soient mis en première ligne
lors de la Pride Parade de New-York montre que, sans doute pour la
première fois, il y a une réconciliation entre spiritualité et sexualité.
Pour la première fois, selon moi, les homo "affichés" n'hésitent pas à
se dire des hommes et des femmes de foi, avant d'être des "militants"
ou tout simplement des "fêtards".
Certes, depuis l'origine, il y a eu des services religieux après le défilé. Dont le plus "coloré" est certainement celui tenu chez les Épiscopaliens, avec les vêpres de la Pride, une véritable institution. Il y a avait bien aussi quelques groupes qui participaient à l'intérieur de la Parade. Mais cette année, c'est tout autre chose.
Imaginez, par exemple, si à Paris, Bruxelles ou Rome, les organisations religieuses gay (chrétiennes, mais aussi musulmanes ou juives) étaient en tête du cortège? Pas étonnant que la symbolique n'ait pas échappé aux journalistes présents à New-York, comme vous pouvez le voir dans les articles que je vous donne en référence.
Car trop longtemps, ce sont les homophobes qui ont monopolisé le terrain religieux. Comme s'il était "évident" qu'on ne pouvait pas être, par exemple, chrétien et homophile. Et dans le cas des homo, qu'ils ne pouvaient que vivre dans la haine de ce qu'ils sont et surtout de ce qu'ils font, en particulier quand ils aiment ou qu'ils sont amoureux. En gros, que même les homo doivent tenir un discours homophobe pour être vraiment chrétiens.
Bien sûr, le jour où des évêques, des prêtres ou des religieux viendront marcher en tête de la Gay Pride (comme on a pu voir des maires ou des ministres), j'irai me convertir en vitesse, parce que la Fin des Temps approche... Allez, ne soyons pas pessimiste: disons que je ne le vois pas dans les 20 prochaines années (au moins encore deux pontificats, disons).
Néanmoins, si le monde associatif homo (peut-être à la suite de la terrible épreuve du sida ou à cause de la montée des homophobies basées sur la religion) redécouvre l'importance de tenir aussi un langage spirituel (et pas seulement politique, social, artistique, etc.), je pense que ce monde associatif homo est entré dans un âge plus "adulte", plus proche de l'être humain "complet": corps, intelligence, coeur, et maintenant âme.
Pour les associations cathogay, par exemple, il y a peut-être là le début d'une nouvelle époque. Une nouvelle place à prendre dans l'ensemble des associations concernées par les minorités sexuelles. Peut-être une attitude plus "missionnaire" ou "évangélisatrice", au meilleur sens des termes, quand on a retiré tout sens négatif à ces mots.
Et peut-être que, pour les cathogay eux-mêmes, le fait d'annoncer une Bonne Nouvelle aux autres homo sera aussi le chemin pour qu'ils l'accueillent dans leur propre vie et qu'ils réconcilient leur foi et leur sexualité. Sur ce point là comme dans d'autres, ce ne serait pas la première fois qu'on se trouve en fait soi-même quand on aide les autres à se trouver.
Pour lire plus là dessus:
- "Discussions of religion, marriage mark gay pride celebrations" sur CNN.com
- "Gay Pride Parade highlighted by religious groups" dans le NY Daily News
Et puis, pour le plaisir des yeux, quelques images de la Parade:
mardi 19 juin 2007
440. la bombe à tendance
Parmi les nouvelles de la semaine, il y en a une "franchement diabolique", une "hypocrite" et une franchement déjantée.
La première, hélas, est franchement sinistre. Et d'autant plus inquiétante puisqu'il s'agit d'une affaire que se déroule à Glasgow, en Écosse, pratiquement à nos portes. Hélas, ce n'est plus la situation qui se passe dans le fin-fonds de l'un de ces états "carrés" du milieu des États-Unis.
Il s'agit d'une femme de 58 ans, ancienne enseignante, qui pense avoir reçu comme "mission divine" de nettoyer l'Église de tous les religieux et prêtres homosexuels ou simplement homophiles. Les uns parce qu'ils polluent son Église avec leur impureté, et les autres parce que ce sont des hypocrites qui ne respectent pas la doctrine officielle du Magistère.
Il y a toujours, dans l'Église et dans le monde, et cela à toutes les époques, des Torquemada auto-proclamés. Avec les Juifs et les sorcières, il est d'ailleurs probable que les "sodomites" ont été parmi les plus visés par ces zélateurs de la pureté de la foi et de la morale.
Et en fait, je ne blâme pas vraiment cette femme. Car après tout, à lire le discours officiel homophobe des évêques (et notamment parmi les cardinaux britanniques), la "triste mafia homosexuelle" est un tel danger pour la jeunesse, pour la famille, par la société, pour l'Église, et même pour le plan créateur de Dieu, que j'en reste étonné qu'il n'y ait pas plus de gens comme elle.
Pour l'instant, elle déclare une liste d'une dizaine de prêtres qu'elle a ainsi dé-placardés. Qu'ils soient homo et surtout s'ils ne le sont pas, ils ont bien sûr toute ma sympathie. Elle assure aussi qu'il y en a encore une dizaine sur sa liste. Selon sa technique, elle va écrire des dizaines de courriers et de courriels par jour pour poser les mêmes questions. Du genre: admettez que vous êtes homo, admettez que vous êtes en désaccord avec la doctrine de l'Église, etc.
Parmi les homophiles, elle vise particulièrement les prêtres qui ont autorisé des groupes homo à se réunir dans des locaux paroissiaux ou ceux qui ont accepté des homo dans des charges comme catéchistes, choristes, etc. Je vous parie que toute la délation du monde vient attérir sur son site baptisé pompeusement Catholic Truth. Je vous parie que tous les "corbeaux" et les plumes vénéneuses en sont toutes excitées et que la médisance et la calomnie vont redevenir des péchés de pointe.
En fait, sur un point bien précis, elle est la preuve vivante de ce que tout les homosexuels savent: à première vue, ils ne sont en rien différents des autres.
Certes, je me réjouis de ce que les évêques écossais aient demandé à cette dame de cesser son harcèlement. J'aurais préféré qu'ils admettent leur responsabilité: on ne peut pas crier ainsi au loup à propos des homo et puis faire comme si on n'était pas d'accord avec toutes les battues pour chasser le loup du bois. Car vous voulez parier que d'autres Torquemada anti-homo vont apparaître ailleurs, notamment sur le continent?
Déjà, à lire le courrier des lecteurs de certains journaux, on voit des gens se demander si cette femme n'a pas raison. Des commentaire du genre: "où est le mal à demander à un prêtre s'il est homosexuel ou s'il est d'accord avec la doctrine de l'Église sur l'homosexualité?" Comme si ça ne faisait pas des siècles que les homo ont appris à mentir dès qu'on leur pose cette question... Comme s'ils n'apprenaient à mentir là dessus pratiquement au berceau...
Aux prêtres écossais, et aux autres, j'exprime toute ma sympathie et l'assurance de mes prières.
Une autre nouvelle (merci de me l'avoir communiquée), tout à fait officielle: le projet de bombe gay. Le Pentagone (l'équivalent américain d'un ministère de la défense) a clairement démenti qu'il y ait pour le moment, des recherches sur une bombe gay mais en admettant qu'un projet avait existé dans le passé.
Si vous écoutez la vidéo ci-dessous, vous pourrez voir que pas moins de 7 millions et demi (des dollars, mais tout de même) ont été débloqué pour mettre au point un produit qui transformerait tous les mâles d'une région en queutard pédé en rut permanent. Des gens tellement en rut qu'ils n'arriveraient plus à se concentrer sur le fait de se défendre ou de prévenir une attaque.
En soi, c'est risible, si ce n'était les énormes sommes investies. Mais les homosexuels américains prennent ça très mal, en particulier les anciens militaires. Comment est-ce possible, disent-ils, qu'un comité, chargé tout de même de l'argent des contribuables, ait autorisé des recherches basées sur des préjugés aussi homophobes? Comme si les homo n'étaient pas capable de se battre et qu'ils n'avaient pas montré, depuis le Bataillon Sacré de Thèbes, qu'ils pouvaient être parmi les meilleurs combattants du monde. Comme si, dans la vie de tous les jours, tous les homo n'étaient juste que des obsédés du sexe.
Ceci dit, si je voulais être cynique, je dirais que ce projet du Pentagone jette une pierre dans le jardin du Vatican. Car comment pourrait-t-on mettre une "tendance" dans un bombe? Comme quoi, même chez les homophobes, ils n'arrivent pas à se mettre d'accord entre eux sur ce qu'est l'homosexualité.
Enfin, terminons avec une pièce plus drôle: l'assurance Déplacardage. Car même les parents totalement homophiles doivent faire face à d'importantes dépenses quand leur fils leur avoue finalement qu'il est homo. Dépenses de vêtements, de cosmétiques, de spectacles... cours de danse, séances de manucure... Heureusement, il y a l'assurance Déplacardage. Un petit régal...
439. l'auréole du martyr
Je le savais: les déboires judiciaires de Mgr Tony Ana-trella (en octobre 2006, inculpation auprès de la brigade des mineurs à Paris) lui valent en fait un surcroît de notoriété positive et le pape vient de confirmer sa nomination au poste de consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille.
C'est la tendance actuellement. Je vous la caricature à peine: quand un thuriféraire du Vatican se fait attaquer, et notamment pour des raisons personnelles, ce ne peut être, n'est-ce pas, qu'une Attaque Contre la Foi Catholique et Notre Sainte Mère l'Église. C'est, bien sûr, la preuve qu'il est un Défenseur de la Juste Cause. Car, logiquement, la Vérité se reconnaît au fait qu'on l'attaque.
Haro sur le "triste lobby homosexuel" (triste, par référence à gay). Faisons bloc pour défendre nos hérault de la vérité. Achetons leurs livres, publions leurs écrits, invitons-les à nous faire des conférences.
J'exagère? Je ne crois pas. Les plaignants ne sont forcémment pas des victimes présumées mais des anti-catholiques certains et pré-condamnées (aucune pitié pour eux, ce sont des agresseurs et des terroristes). Je trouve très significatif que le Vatican ne juge pas utile d'attendre au moins les premiers éléments de l'enquête judiciaire pour déjà décider que les plaignants sont des menteurs.
En fait, il est probable que les homophobes actuellement en vue au Vatican ont besoin du vernis scientifique anatrellien pour maintenir des thèses qui sont récusées en dehors de la sphère religieuse. En fait, ce que Ana-trella leur offre, c'est la transposition de la notion de "tentation homosexuelle" (qui est une catégorie religieuse) en "tendance homosexuelle" (qui a une fine couche de caractère scientifique).
On part du très religieux: les fidèles qui éprouvent la tentation homosexuelle (ou l'adultère, ou le viol, ou toute autre tentation grave) doivent la combattre de toutes leurs forces, de peur qu'elle ne les entraîne vers le péché mortel, et ne jamais accepter le moindre compromis avec la tentation. Et on aboutit au vernis scientifique: les personnes à tendance homosexuelle, bien que n'étant pas en faute de l'être, doivent éviter absolument de poser des actes inspirés par cette tendance, de peur qu'ils ne s'y installent et ne mènent une vie gravement désordonnée.
Je croyais que la thèse officielle de l'Église sur le rapport entre "science et foi", c'était que la doctrine religieuse acceptait de se remettre en question et d'adapter son langage suite à l'évolution de la connaissance scientifique. Il semble que cela soit dépassé: on n'est plus ni sous Paul 6 ni sous Jean-Paul 2.
Mais, avec le pape actuel (qui différe en cela totalement de son prédecesseur), la théologie redevient la "science majeure" qui juge toutes les autres. C'est elle qui interroge les sciences, pas le contraire. La théologie est celle qui dit la vérité finale sur l'être humain.
Dès lors, logiquement, s'il arrive que la science ne dise pas la même chose que la théologie, il faut juste inviter les scientifiques à plus d'humilité et à ne pas croire qu'ils ont fini de chercher. Il faut les inviter à poursuivre leur route pour trouver des formulations qui rendent compte des vérités que la théologie a déjà contemplées et que la science cherche encore. La théologie n'a pas à changer: il lui suffit d'attendre les scientifiques qui vont lui donner raison.
D'où l'apport d'un Ana-trella, qui donne ainsi à la doctrine officielle de l'Église de se maintenir telle quelle en s'appuyant sur les discours (pseudo)scientifiques de ses "consulteurs" choisis pour leur docilité. Pas question de consulter quelqu'un qui nous mènerait à revoir nos positions, sauf de manière purement cosmétique. D'où aussi les interventions du cardinal de Vienne qui, sans être officiellement "créationniste", voudrait tout de même que les scientifiques tiennent compte du Dessein Provindentiel du Créateur quand ils parlent de la naissance et de l'évolution de l'univers.
Quand on avance plus loin, on sent aussi la pression pour que les cours de psychologie donnés dans les universités catholiques, dans les grands séminaires et les instituts religieux soient plutôt ceux qui encensent la doctrine officielle. Allez voir aussi du côté des libraires religieux et jetez un coup d'oeil au rayon "psychologie", c'est instructif. Du coup, des générations de jeunes prêtres et le nouveau personnel religieux ne peut penser des homosexuels que ce qui sort des livres d'Ana-trella et consort.
Et tant pis si la communauté scientifique trouve ces théories fumeuses et pro domo. Tant pis si ces "consulteurs" ne sont pas reconnus par leurs pairs hors des sphères catholiques, puisque ce sont les seules qui savent vraiment. Le Magistère a toujours raison: c'est une constante bi-millénaire, n'est-ce pas.
Pour moi, avec des gens comme Ana-trella murmurant dans l'oreille du pape, rien de bien ne sera jamais dit sur vous, les homosexuels: vous n'êtes que des êtres faibles, qui par choix ou par traumatisme, avez laissé toute la place à la tentation homosexuelle au lieu de la combattre avec la force de la foi et de l'espérance. Choisissant le mal, vous ne ferez jamais rien de bien: vous serez à jamais des manipulateurs narcissiques, avec une tendance au mensonge et à ne voir que votre intérêt personnel. Vous n'aurez jamais aucun sens du bien, ayant renoncé à vous éloigner de la tentation. Vous avez travesti le mal en bien, faisant de la tentation quelque chose de positif, qui définit votre identité. Pire, vous formerez entre vous des groupes clandestins, des coteries, où vous exclurez les autres avec mépris. Enfin, vous regardez avec cynisme ce que les autres réalisent de bien et que vous n'atteindrez jamais. Vous finirez tristes et malheureux, solitaires et tristes ou grégaires et tristes. Vous deviendrez un danger pour la société qui vous accepte et pour vous mêmes.
Voilà le destin de toute personne qui ne combat pas l'homosexualité de toute ses forces, selon Ana-trella. C'est clair, avec ce genre de portrait qu'Ana-trella fait des homo, le pape n'a pas d'autre choix que de combattre de toutes ses forces toute forme de reconnaissance de l'homosexualité (par l'Église ou la société civile). Il n'a pas d'autre choix que de mobiliser toutes les ressources du monde catholique.
Reste à espérer soit qu'une pensée chrétienne positive sur l'homosexualité soit reconnue, ou que les enquêtes judiciaires aboutissent à une remise en cause totale.
Quant aux homosexuels, ils savent ce qu'ils ont à faire: être heureux, former des communautés où leur bonheur est visible, créer des "sanctuaires" où accueillir les épaves afin qu'elles soient réparées et qu'elles puissent repartir en haute mer...
dimanche 17 juin 2007
438. manifestation avec la langue
Est-ce que quelqu'un d'autre d'entre vous a écrit quelque part sur la manifestation qu'Act-Up a organisée le 17 mai dernier, à l'occasion de l'IDAHO (International Day Against Homophobia)?
Pour ma part, je trouve ça génial: devant l'ambassade du Nigéria, ils ont organisé un Kiss-In. C'est comme un Sit-In, sauf qu'à la place de s'asseoir par terre et de bloquer le trottoir, on place devant la porte des couples qui se roulent des pelles bien longtemps et en y mettant toute la langue.
Je re-dis que c'est génial: absolument non-violent, complètement légal, parfaitement silencieux et propre, magnifiquement symbolique et superbement choquant pour les homophobes. Pas besoin de longs discours ou d'explications sur les motifs de la manifestation ni sur les revendications des participants.
Car, effectivement, ni la presse, ni les passants, ni l'ambassade visée ne se retourneraient plus d'une demi-seconde devant quelques dizaines ou quelques centaines de manifestants assis par terre en Sit-In, avec les habituelles pancartes et quelques discours au gueulophone à piles.
Pour ma part, j'encourage totalement cette forme de manifestation. Partout. Et comme je rêve de voir des dizaines de couples s'embrasser pendant des heures devant les ambassades du Vatican, devant les palais épiscopaux et à la porte de cathédrales. Devant les salles où sont organisées des conférences d'homophobes, en particulier des conférenciers catholiques.
Car, après tout, c'est légal pour des amoureux de s'embrasse en rue. Mais, dans le cas des homo, ça reste un formidable acte de provocation ou de rébellion (sans parler du danger si on le fait à deux, sans être protégés par le groupe).
Vous vous rendez compte? Notre plus grande arme pour manifester en public, ce ne sont pas les slogans, ce ne sont pas les marches ou les occupations, ce ne sont pas les grands défilés. Ce sont des baisers longuement partagés en pleine lumière, en public.
Le plus grand défi que les homo peuvent opposer à l'homophobie, c'est de s'embrasse devant tout le monde. C'est tout simplement sublime.
Je suis particulièrement heureux qu'une association comme Act-Up l'ait compris. J'ai le plus grand respect pour eux parce que, il faut le souligner, si ce n'était pas grâce à eux et à leurs méthodes (dont j'admets qu'elles sont musclées et parfois exagérées), des milliers de garçons et de filles malades du sida auraient tout bonnement été ignorés et abandonnés à leur sort, faute d'argent public ou de réaction des grandes institutions.
Et j'invite toutes les autres associations homo à utiliser largement cette forme de manifestation qui nous appartient en propre totalement. Ceci dit, je suis en train de me dire qu'il sera beaucoup plus facile d'amener des homo à manifester si on leur dit que tout ce qu'ils ont à faire, c'est se rouler des pelles pendant des heures. Pas vrai? Il se pourrait même qu'on doive refuser des volontaires ou organiser des tournantes. C'est tout bon pour les associations, ce genre de "découverte".
En plus, avec ce genre d'actions Kiss-In, il n'est pas nécessaire d'être des dizaines ou des centaines. Un ou deux couples qui s'embrassent sont probablement suffisants pour attirer l'attention, tellement c'est rare en public.
Notre arme de destruction massive de l'homophobie a été inventée, Dieu soit loué. Elle simple, forte et efficace. Partout où il y a des homophobes ou des discours homophobes, embrassez-vous. C'est génial. Mais là, je risque de me répéter...
Allez, je vous laisse avec la vidéo d'Act-Up, assez sérieuse au début mais tout à fait rafraîchissante à la fin.
IDAHO, Kiss-in devant l'ambassade du Nigéria à Paris
envoyé par ActUpParis
vendredi 15 juin 2007
437. l'amour est-il victorieux toujours
Parfois, je me demande si l'Histoire
avance ou si elle recule. Bien sûr, je pense à des questions autour de
la vie des minorités sexuelles, et en particulier des homo. Comme
souvent (et parce que l'Histoire avance ET recule), j'en suis réduit à regarder l'anecdote, le petit détail
véritablement symbolique qui va m'aider à voir clair. Puisque je ne
suis "personne" (sauf que je suis célèbre pour certains d'entre vous,
merci du fond du coeur), je peux finalement choisir de voir l'Histoire
comme je veux...
Et disons qu'aujourd'hui, je choisis de la regarder avec un regard positif...
Le parlement local du Massachusetts
(je ne sais jamais si j'ai mis assez de S et de T dans ce nom-là) vient
de rejeter la demande de soumettre le mariage homo au référendum
populaire. Ce qui fait que, pour "toujours" (ou au moins jusque 2012), les unions de même sexe
sont coulées dans le bronze de la légalité.
Grande
déception des homophobes,
d'autant plus que la majorité a été extrêmement étroite (une voix, je
pense). Très grande déception de l'épiscopat catholique, notamment, qui
a bataillé de toutes les manières possibles pour obtenir que l'État du
Massachusetts permette à une consultation populaire de décider si, oui
ou non, les homo doivent avoir le droit (comme ils l'ont depuis 2004) de voir leurs couples et leurs
familles protégés comme les autres.
Je ne vais pas m'étendre sur cette croyance un peu naïve que les positions homophobes actuelles, notamment dans la hiérarchie catholique, sont celles que la majorité de la population soutiendrait lors d'un référendum. Ni sur cet aveuglement qu'il y a à ignorer que, depuis 2004, aucun de ces mariages homo n'a mis en danger le mariage hétéro ni conduit la société à un quelconque écroulement. Sans parler du fait que, semble-t-il, la colère divine ne s'est abattue sur personne (et d'ailleurs elle n'existe pas).
Néanmoins, l'argument des parlementaires locaux est, selon moi, le point principal à retenir: ce n'est pas à la majorité de voter pour accorder des droits à une minorité. Comme l'a expliqué l'un des réprésentants: il ne serait pas démocratique de voter en faveur d'un référendum qui aurait pour conséquence éventuelle de priver une minorité de ses droits légitimes. En d'autres termes, pour prendre le point de vue inverse, il n'est pas juste qu'une majorité prétende être agressée par l'existence d'une minorité et demande que cette dernière soit mise sur le côté (toujours dans une société démocratique, s'entend).
Et à l'occasion de cette bataille législative qui est, je l'admets, fort locale, on s'est souvenu du 40ème anniversaire du jugement Loving vs Virginia. Un jugement du 12 juin 1967 et qui a mis fin à une des lois les plus racistes, celle de l'interdit de "mélange inter-racial" (anti-miscegenation law) et dont le rappel aujourd'hui est particulièrement opportun dans la lutte en faveur des droits des minorités sexuelles.
Je vous raconte l'histoire, qui commence de la manière la plus simple, la plus banale et la plus romantique du monde: Richard Loving et Mildred Jeter sont amoureux l'un de l'autre. Ils se marient en 1958, à l'occasion d'un voyage à Washington DC. Comme Richard est blanc et Mildred est noire, ils espéraient ainsi échapper à l'interdit en vigueur dans l'État de Virginie où ils résident. Malheureusement, ça se sait et le tribunal les condamne non pas à la sentence prévue d'un an de prison, mais à une peine plus légère: 25 ans d'exil hors de l'État de Virginie.
On pourrait penser (et je crois que c'est juste) que le juge a voulu faire à la fois preuve de clémence dans la peine mais de sévérité dans la condamnation. Ainsi le juge avait rappelé, dans son arrêt, la motivation et le bien-fondé de la loi (aujourd'hui pourtant, on trouverait ce jugement cruel). Dans l'article wikipédique en français, on peut lire que le juge, Leon Bazile, a fait ce jour-là écho à l'interprétation du XVIIIe siècle par Johann Friedrich Blumenbach du terme "race", proclamant que :"Dieu Tout-puissant créa les races blanches, noires, jaunes, malaies et rouges, et les plaça sur des continents séparés. Et, sauf l'interférence avec ses dispositions il n'y aurait aucune cause pour de tels mariages. Le fait qu'il sépara les races montre qu'il n'avait pas pour intention qu'elles se mélangent." Mais la peine d'exil était, effectivement, plus humaine qu'une peine de prison.
Néanmoins, les deux jeunes mariés (qui décident tout de même de déménager hors de Virginie) en font une question de principe: ils s'opposent au jugement et s'adressent à la Cour Suprême. Et les juges de la Cour Suprême, de manière unanime, finirent par décider que la notion de race est intenable, en particulier pour justifier une quelconque discrimination en matière d'amour et de mariage.
Signalons en passant que, malgré ce jugement, ce n'est qu'en 2000 que le dernier état "raciste" des États-Unis a fini par abroger la "loi anti mélange génétique".
Et toujours pour la petite histoire, on a fait de cette belle histoire un film "Mr & Mrs Loving" (photo ci-dessous), avec le très décoratif Timothy Hutton dans le rôle titre. De plus, le 12 juin a été proclamé le Loving Day, un titre on ne peut plus approprié, par beaucoup de mouvements de défense des droits civiques.
Aujourd'hui, cet anniversaire est largement utilisé par les défenseurs du mariage homo, avec d'ailleurs la bénédiction de Mildred Loving (son mari est décédé dans les années 70). Voici ce qu'elle écrit: (je traduis): "Je suis fière que le nom de Richard et le mien apparaissent de nouveau dans une affaire judiciaire visant à rendre l'amour, l'engagement et la justice plus forts. Et qui vise à rendre plus fortes les familles que tant de gens, blanc ou noir, jeune ou âgés, gay ou hétéro, cherchent à construire dans leurs vies. Je défends le droit de tous à se marier." Une lettre qu'elle écrivait à Stuart Gaffney, 44 ans, un chercheur de l'UCSF (University of California at San Francisco) et à son partenaire (de 20 ans) John Lewis, 48 ans, qui sont les plaignants contre l'état de Californie pour obtenir l'égalité dans le mariage sur base du cas Loving vs Virginia. Le curieux de l'affaire, c'est que Stuart Gaffney est lui-même le produit d'un couple "sino-caucasien", interdit au moment de sa naissance.
Et de souligner, surtout en lumière course à la présidentielle américaine, que le sénateur Obama (candidat chez les Démocrates) ne serait pas là aujourd'hui si le couple Loving ne s'était pas battu pour leur droit à se marier.
Ceux qui combattent pour l'égalité dans le droit de se marier soulignent que l'institution du mariage a déjà beaucoup évolué dans les deux derniers siècles et qu'elle doit encore le faire: interdiction de la polygamie, fin de l'autorité absolue du mari sur son épouse, légalisation du divorce et de la contraception (même à l'intérieur du mariage), fin de l'interdit de mariage inter-racial, etc. Une série d'évolutions auxquelles les "traditionnalistes" (y compris religieux) se sont toujours opposés mais qui, aujourd'hui, semblent des évidences pour la plupart des gens. Les défenseurs du mariage homo espèrent que l'évolution va continuer dans le bon sens.
Vu d'un point de vue religieux et chrétien, je me demande si les homophobes voient la contradiction qu'il y a à se dire croyant et à empêcher qu'un amour vrai, durable et fort soit reconnu publiquement. Pour ma part, je crois en la victoire de l'amour, dans ce domaine comme dans tous les autres. Je ne vois pas ce que je pourrais croire d'autre.
jeudi 14 juin 2007
436. devenir beau
Hier soir, j'étais invité au concert de
Macy Gray, à l'Ancienne Belgique, une sympathique salle qui était
bourrée à craquer d'une foule absolument ravie du spectacle.
Pour
ceux qui l'ignorent, Macy Gray a été découverte par le monde entier en
1999 avec son extraordinaire "I Try", une chanson d'amour parmi, selon
moi, les meilleures du monde.
Cliquer ci-dessous pour écouter la chanson
Macy Gray "On How Life Is" (1999) — I Try
Mais ce qui m'a touché, c'est un de ses commentaires. Je vous le cite de mémoire, in zeuh ineglisheuh:
« If you feel sad or confused,
here is my advice.
Just be beautiful. »
Je ne vais pas vous faire tout un exposé sur la beauté comme thérapeutique (je laisse ça à d'autres qui se reconnaîtront ici).
Simplement, je trouve qu'il s'agit d'un conseil qui change de l'ordinaire. Souvent, on entend: quand ça va mal, il faut se reprendre, ou se distraire, ou se convertir, ou que sais-je encore. Ici, Macy Gray propose une toute autre route. Je pourrais traduire comme ceci: "Quand ça va mal, ou que tu es en plein brouillard, voici mon conseil. Fais-toi beau."
Un conseil que je veux donner aujourd'hui à ceux d'entre vous qui m'écrivent que leur vie n'est pas rose tous les jours. Et je leur dis: ne cherchez pas le prince charmant, ne cherchez pas à vous améliorer ou à corriger vos défauts, ne cherchez même pas à vous examiner ou vous analyser. Juste ceci: faites-vous beau.
Excellent conseil. Méditez-le en écoutant son dernier album, "Big", qui vient de sortir:
Écoutez l'ensemble de l'album
Macy Gray "Big"
Et pour ceux d'entre vous (à Toulouse notamment), qui sont d'un autre genre musical, voici le dernier enregistrement d'un groupe qui s'appelle The Hilliard Ensemble et qui vient de sortir des mottets de Bach.
Écoutez l'ensemble de l'album
Bach, Johann Sebastian "Motetten (The Hilliard Ensemble)"




















