vendredi 6 juillet 2007
448. détruire ton visage
La violence homophobe est un fait
millénaire. Vous voulez parier qu'on a tapé sur des pédé pratiquement
depuis les débuts de l'humanité? Car à part quelques cultures qui en
ont fait des êtres semi-religieux, la tendance générale, c'est tout de
même de les traiter en sous-humains. Ceci dit, je ne crois pas avoir lu trace de violence homophobe chez les animaux...
Par contre, que cette
violence homophobe existe encore dans des sociétés comme les nôtres,
j'avoue mon étonnement permanent. Tout comme d'ailleurs j'ai du mal à comprendre
qu'il y ait des gens aujorud'hui pour adopter des attitudes racistes, sexistes ou anti-sémites. Souvent, je mets ça
sur le compte de l'ignorance de l'Histoire, ou même tout simplement de
l'ignorance de l'autre.
Mais je tiens aussi à ce que les faits
soient connus: on ne parlera plus de la même manière des pédé le jour
où les agressions homophobes seront plus souvent diffusées que dans les
seuls média gay. J'en veux pour preuve l'opinion de cette avocate qui travaille chez SOS Homophobie, et qui est frappée par le « déploiement de violence » dans ce type d'affaires homophobes.
« Régulièrement, la victime se fait tabasser le visage. Il y a comme
une volonté de détruire l'identité de l'autre », s'indigne Caroline
Mécary.
Les agresseurs de Bruno Wiel (sur la photo) s'étaient eux aussi acharnés sur son visage, comme vous pouvez le lire dans le même article. Il y a quelques jours, on a mis en examens ses trois agresseurs présumés, âgés de 20 et 22 ans. On se souvient que le 21 juillet 2006, Bruno Wiel, un homo de 28 ans, avait été retrouvé nu et le corps couvert d'ecchymoses à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Les trois agresseurs l'avaient enlevé la veille dans le quartier du Marais à Paris, dans le but de le voler, et se seraient ensuite déchaînés sur lui en raison de son homosexualité, avant de l'abandonner dans un parc. Bruno Wiel avait été plongée, durant un mois, dans un coma artificiel dont il est sorti. Mais les médecins réservent toujours leur pronostic.
Et puis il y a l'histoire d'Alexis Frumin, retrouvé noyé le 16 juin près de Reims (dont je n'ai pas trouvé de photo).
Âgé d'une vingtaine d'années, il avait été frappé et torturé chez lui
avant d'être jeté à l'eau. Quatre jeunes gens, dont deux mineurs de 17
ans, ont
reconnu les faits. Selon la procureure de Reims, ils «disent s'en être pris à ce jeune homme parce qu'il avait le teint basané et qui leur semblait un peu efféminé». Elle n'a cependant pas souhaité retenir les qualificatifs de crime raciste et homophobe car, selon elle, «ce n'est pas suffisamment avéré». On a tout de même appris que dans la journée du 9 juin, ils auraient torturé leur «souffre-douleur»
sur fond de musique et de chants nazis, dans l'appartement de la jeune
femme qui hébergeait la victime. Ils auraient ensuite emmené Alexis
Frumin dans un parc, pour lui faire subir à nouveau des
violences, puis le jeter dans la rivière.
Un meurtre qui n'est pas sans rappeler celui, en septembre 2002 dans la
même ville, de François Chenu, homosexuel torturé et noyé par trois
jeunes proches des mouvements skinheads (lire Têtu au 24 octobre 2002).
Je n'arrive pas à m'ôter de l'idée que, pour une violence majeure (comme ces agressions meurtrières), il y a aussi des centaines de petites agressions mineures. Des harcèlements, des coups, des menaces qui, le plus souvent, ne sont pas rapportées à la police. En partie par honte d'avouer qu'on est homo, en partie parce que la police est débordée de travail, en partie parce que l'idée d'une enquête qui obligerait à se retrouver devant son agresseur est insupportable. Le témoignage que je rapportais il y a deux ans d'un de nos pédéblogueurs favoris est en cela encore largement d'actualité.
Mais surtout, c'est la conscience de ses "martyrs" qui construit une communauté, me semble-t-il. Il y a des noms dont il faudrait se souvenir régulièrement, les redire comme on redit une liste de martyrs. Comme ces vétérans qui empêchent qu'on oublie les morts de guerres passées en lisant publiquement des listes de disparus. Car, de fait, si plus personne n'est là pour lire ces noms, alors la violence va revenir.
Un exemple: pour se souvenir de Jody Dobrowsky, batty à mort l'an dernier, sa maman et une série d'homophiles ont planté un petit jardin fleuri à Epsom. Je trouve que c'est très approprié. Pour en voir la vidéo, cliquez ici.
J'ai également lu quelque part que Reims prévoyait de baptiser une rue du nom de François Chenu. Une autre belle initiative.
C'est l'oubli des violences homophobes passées qui les rend possibles aujourd'hui. Chacun de nos morts devrait provoquer un hurlement collectif à la face du Ciel. Notre indignation pour chaque visage tabassé devrait retentir longuement dans les couloirs des assemblées publiques, sous les voûtes des églises, dans les rues.
Les monuments à nos morts devraient remplir les villes. Les lieux où ils ont été torturé et massacrés devraient être marqués de croix. Leurs visages devraient être publiés chaque fois que quelqu'un écrit des propos homophobes. Plus que les mots, ces visages sont nos meilleurs arguments. Si vous saviez le mal que j'ai eu à trouvé quelques photos de ceux dont je vous ai parlé plus haut!
En fait, tant que les victimes ne
crient pas et ne hurlent pas très fort, pourquoi l'agresseur
s'arrêterait-il de frapper? Pourquoi les autres viendraient-ils à son
aide?
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