samedi 22 septembre 2007
458. garçons hyper sensibles
Les études sur le racisme sont très utiles pour comprendre les mécanismes d'autres discriminations, comme le sexisme ou justement l'homophobie. Évidemment, on pourrait simplement attendre que les scientifiques étudient directement l'homophobie. Mais dans ce domaine, on n'en est même pas encore à récolter des données. Par contre, pour le racisme, on a derrière nous des décennies d'études, en particulier aux États-Unis, mais aussi en français.
Or, voici un article qui m'a inspiré: selon deux psychologues américains, les victimes du racisme (en l'occurrence, les Afro-Américains) ont développé, au fil du temps, une sensibilité extrême aux plus petites attaques, au "racisme subtil". En fait, cette forme diffuse et light du racisme leur fait plus mal, parce qu'ils n'arrivent pas toujours à la démontrer (on ne les croit pas quand ils la dénoncent) et donc la combattre. Alors qu'au contraire les Américains blancs ne réagissent qu'aux cas extrêmes de racisme, trouvant que leurs compatriotes afro-américains sont parfois "exagérément susceptibles" et qu'ils "réagissent pour un rien". J'avais déjà entendu des commentaires semblables sur les Juifs ou même sur les femmes. Je vous traduit un passage que je trouve particulièrement précis:
"Comme on peut le lire dans le numéro de septembre du magazine Psychological Science, les bénévoles noirs, qui ont été témoins de décisions d'embauche à la fois injustes mais aussi ambiguës, réussissent moins bien les tests [qui sont décrits dans l'article] parce qu'une partie de leur ressources mentales étaient utilisées à s'expliquer ces injustices. Le plus intéressant, c'est qu'au contraire, les volontaires blancs étaient beaucoup plus sensibles au racisme "majeur" plutôt qu'aux discriminations ambiguës.
Les deux auteurs, Salvatore et Shelton, l'expliquent par le fait que les Blancs font rarement l'expérience d'un racisme vis-à-vis d'eux; ils ne remarquent même pas les formes subtiles de racisme. Et au contraire, ils se retrouvent tout à fait déstabilisés par le racisme "majeur". On constate que beaucoup de Noirs, par contraste, sont beaucoup plus capables d'affronter le racisme "primaire", dans sa forme la plus haineuse; au contraire, c'est le racisme allusif, constant, vague, toujours un peu "limite", qui les affecte le plus."
Et bien, je comprends parfaitement de quoi il s'agit dans cet article et je vois exactement parce que c'est la même chose que j'éprouve vis-à-vis de l'homophobie "light". Les déclarations d'homophobes "primaires", comme vous en connaissez en France, cela ne me fait plus rien. C'est comme les blagues les plus lourdes sur les pédé: elles glissent sur moi sans m'affecter. Par contre, l'humour "coup bas" m'énerve au plus au point.
Je suis souvent très remonté contre l'homophobie light, en particulier dans le monde catholique. Quand, par exemple, on suppose incidemment que les homo, forcément, sont de pauvres malheureux qui ont une âme torturée et infantile. Tous de pauvres narcissiques, à qui on ne peut pas faire confiance parce qu'ils sont dominés par leur "anormalité". Qui ne trouvent une raison de vivre qu'à singer les hétéro, comme dans le mariage ou la parentalité.
Un exemple? Quand on veut discréditer un homo dans un groupe, certains hétéro font ce petit geste du poignet qui suggère qu'il s'agit d'une tapette. Mais sans le dire, bien entendu, parce qu'on ne veut pas apparaître homophobe. Quand quelqu'un a des positions homophiles et qu'on laisse entendre que, forcément, c'est parce qu'il doit être quelque part homo.
Alors que, comme chacun sait, n'est-ce pas, ce sont les homophobes sur lesquels il faudrait avoir des doutes... Bon, d'accord, j'exagère. C'était pour rire.
Ou quand on dit sur le mode le plus mielleux, que l'homosexualité est une anormalité mais que, jamais au grand jamais jamais, on ne dira des homo qu'ils sont des anormaux. Parce qu'on a trop de respect pour eux, n'est ce pas. Ceux qui n'ont pas reconnu un certain évêque belge,... et bien tant pis.
Ceci étant dit, il y a donc bien une "hyper sensibilité" des victimes que les non-victimes ne comprendront jamais et qu'ils trouveront toujours un peu exagérée ou même énervante. Pour moi, c'est ce qui explique que beaucoup d'homo ont du mal à avoir des amis hétéro, même quand il s'agit d'homophiles. Ou qu'on les entend dire "tu ne peux pas comprendre" à leurs amis hétéro qui minimisent parfois leur susceptibilité. Ou quand des hétéro chuchotent à propos de leur ami homo qu'il ne faut pas "parler de ce sujet-là devant lui, ça va encore l'énerver".
La même "hyper sensibilité" qui fait que, dès le plus jeune âge, les homo deviennent des experts du mensonge, du camouflage, de l'écran de fumée, de la clandestinité et de la double vie. Car "tout" plutôt que de faire directement l'objet de cette homophobie latente et permanente. Mieux vaut que "les autres" ne sachent jamais, même si c'est au prix d'un peut d'homophobie apparente. Mieux vaut le placard que la pleine lumière.
Comme je les comprends! Parce que, pour ce qui est des placards, je suis encore abonné à plusieurs...
La question de la "fierté" (la fameuse pride) n'est donc pas secondaire. Ou, pour reprendre le langage chrétien, celui de la louange et de l'action de grâce. Vivre dans la honte, c'est forcément donner de la puissance à la plus petite expression d'homophobie. Tant qu'on ne s'apprécie pas, la moindre ombre nous lane dans la plus totale obscurité. Je suis parfois un peu sévère pour les associations homo catholiques qui se limitent à vivre uniquement la "croix" sans avancer vers la louange. Il est urgent qu'il y ait une association cathogay qui dise haut et fort que Dieu nous aime et nous apprécie "chrétiens et gay". Qu'il a une magnifique mission pour chacun d'entre nous, un bonheur qu'il nous charge de trouver et d'inventer pour nous et pour les autres.
Car si nous vivions dans la louange, en remerciant Dieu chaque jour pour le don de notre sexualité, ces quelques petites expressions diffuses d'homophobie ne nous toucheraient pas autant.
Alors, marre du discours homophobe, notamment dans l'Église Catholique? Essayez la louange. Vivez comme si vous étiez déjà "dans le Royaume". Ou, pour le dire autrement: essayez la foi en Jésus Ressuscité qui a vaincu le mal, y compris la mort. Car tant que l'homophobie, même light, nous atteint, c'est que nous n'arrivons pas à croire que le Christ l'a déjà vaincue. Non pas "la vaincra un jour" (dans un futur plus ou moins proche) mais bien, j'insiste "l'a déjà vaincue" le jour de sa résurrection.
Et pour vous montrer ce que c'est qu'une véritable estime de soi, je vous laisse avec les membres de la très secrète société du Klan rose, parce que les membres sont tous des Noirs gay et juifs. C'est bien sûr de la dérision. Il faut qu'ils soient vraiment gonflés...
mercredi 19 septembre 2007
457. délicieux thésard
J'ai parfois eu la chance de tchatter avec Jean-François Breton, un doctorant homo qui réside à Québec (avec son fiancé) et qui prépare une thèse sur les Gay Catholiques (une "apparente contradiction", dit l'article. Vous trouverez ici une présentation de sa thèse et de l'évolution de ses travaux, sur le site de l'Université de Montréal. Bonne route, cher JFB, parce que je suis très désireux de savoir comment vont se poursuivre tes recherches.
Et tant qu'on parle de délicieux thésards, je vous signale un petit article qu'Ichtus75000 cite sur son blogue, un article du Monde qui fait le tour des études "gay et lesbiennes" et qui déplore que l'essentiel de la question soit traitée principalement en anglais et aux États-Unis. Ceci dit, ce qui me plairait d'abord, c'est justement que ce cher Ichtus avance bien dans sa propre thèse.
Pour le reste, l'actualité est assez calme en cette rentrée...
lundi 17 septembre 2007
456. sur la Brigade du Pouvoir Gay
Vous connaissez la nouvelle technique pour se faire élire quand on est de la bonne super-droite? Avant, on devait épouvanter le bon peuple avec les Sarrasins, les Cosaques, les Mongols et autres cavaliers qui trucidaient nos prêtres et violaient nos vierges. Plus tard, on a tablé plutôt sur le fameux "ennemi parmi nous", les "vipères en notre sein", comme par exemple les Juifs.
Plus récemment, il nous vient de la Très Catholique Pologne une nouvelle méthode: la "Brigade du Pouvoir Gay". Je dois dire que je serais mort de rire si, en 2005, ces "fausses bombes" n'avaient pas paralysé pendant des heures certaines grandes villes polonaises et favorisé l'élection d'un candidat de la droite "franche".
Voici l'article de News Gay qui parle de dégonflage de cette baudruche. Et pour votre confort, je vous copie-colle la dépêche ci-dessous. Mais même si je me réjouis de cette nouvelle, je trouve que deux ans c'est long à attendre pour qu'on dise officiellement que les homo n'ont rien à voir avec ces bombes. Tout ça me rappelle furieusement les menaces de mort proférées contre le nouveau président de l'épiscopat italien et qu'on a attribué bien vite aux gay.
Et puis, connaissant les foules, il y aura toujours quelqu'un pour dire: "pas de fumée sans feu". Une fois qu'on a commencé à propager la rumeur que des alertes à la bombe et la paralysie de plusieurs villes sont le fait de groupuscules extrémistes homo, ce n'est pas un jugement prononcé deux ans plus tard qui va l'arrêter.
Non, il n'y a rien à faire: si l'on fait de nous des boucs émissaires, ça sent trop fort le bûcher pour ne pas en être inquiet.
"La police polonaise a abandonné ses investigations au sujet des fausses
bombes découvertes dans quatre villes du pays, en 2005, quelque heures
avant l'élection présidentielle et revendiquées par une prétendue
"Brigade du pouvoir gay". L'hypothèse d'une manipulation s'en trouve
crédibilisée.
13 engins explosifs, "très sophistiqués" aux dires de la police,
avaient été retrouvés à Varsovie provoquant le chaos dans la ville. De
fausses bombes identiques avaient été découvertes dans des gares de
Gdansk, Gdynia et Sopot, suscitant la panique dans les rues.
Dans un "manifeste" adressé à la presse de Varsovie, sous forme de
message électronique de sept pages, une certaine "Brigade du pouvoir
gay" s'en prenait au maire homophobe de la capitale, Lech Kaczynski,
candidat de la droite conservatrice, qui se présentait à l'élection
présidentielle.
Kaczynski venait d'interdire la tenue de la Gay Pride, mais 2.500 personnes avaient néanmoins manifesté dans les rues.
"Vous paralysez notre vie, nous allons paralyser les vôtres", revendiquait notamment ce manifeste.
Ces alertes avaient en partie joué en faveur de l'élection de Kaczynski.
Pourtant, dès les premières recherches de la police, aucun indice n'est
apparu concernant l'existence effective d'une quelconque organisation
LGBT en relation avec ces fausses "bombes".
Les milieux libéraux et la communauté gay ont rapidement émis
l'hypothèse d'une manipulation de partisans de Kaczynski pour peser sur
l'élection en effrayant l'opinion publique.
Depuis, l'enquête n'a jamais crédibilisé la réalité d'un quelconque
poseur de "bombes gay". La photo floue de l'auteur prétendu du mail
ayant averti de la pose des engins n'a jamais permis une quelconque
identification. Et aucune arrestation n'a été faite par la police
malgré l'interrogatoire de dizaines de personnes, dont le milieu LGBT
notamment."
dimanche 16 septembre 2007
455. rien à voir avec le canard
Comment se nomment les habitants de Trois-Rivière au Québec? Je n'en ai pas la moindre idée. Mais le plus adorable d'entre eux (que j'embrasse au passage) m'a fait parvenir le lien vers un article d'un blogue que je vous recommande souvent, Culture et Débats. Un article un peu ancien (novembre 2006) mais qui avait, de fait, attiré aussi mon attention.
Il s'agit des berdaches (rien à voir avec la bernache, qui est une variété de canards), bien que le mot soit un terme péjoratif utilisé par les Européens (surtout les Espagnols puis les Français) pour se moquer d'eux (comme "pédé" est aussi un terme péjoratif).
Chez les Amérindiens, il s'agit soit d'homosexuels soit aussi souvent de transgenres, mâles ou femelles physiquement, qui avaient une fonction sacrée et thérapeutique (ce qui était souvent la même chose chez les Amérindiens). Ils se chargaient aussi des funérailles (passage vers l'au-delà), des naissance, de la transmission des chants et des traditions, de la prédiction et des augures, d'arranger les mariages, etc.
Dans certaines tribus, le fait d'être invité par un (ou une?) berdache pour des relations sexuelles était considéré comme un honneur et porteur de chance. En sens inverse, quand on voulait écraser un ennemi, on massacrait ses berdaches. Et si la chasse ou les récoltes étaient désastreuses, il pouvait arriver que la tribu s'en prenne à ses berdaches. Donc, il ne s'agissait pas toujours d'une place enviable.
Le mot "berdache" est souvent remplacé, chez les Améridiens, par celui de Deux-Esprits (un terme forgé dans les années 90), ou Homme-Femme (ou bien Femme-Homme selon les cas), ce qui tend à faire comprendre que ces gens étaient considérés comme ayant un pied dans plusieurs mondes, homme et femme, la terre et le ciel, etc.
L'existence d'un terme propre dans de nombres langues d'Amérique du Nord tend à faire penser que l'existence de ces Deux-Esprits était largement répandue, et non un phénomène local ou passager. Même si, bien sûr, ces termes ne sont pas toujours flatteurs.
On a énormément écrit à leur sujet, et en particulier en anglais. L'existence de minorités sexuelles qui n'étaient pas considérées comme des monstres ou des marginaux, mais bien comme un cadeau divin, vous comprenez pourquoi les chercheurs y ont vu une véritable trouvaille pour comprendre la place des minorités sexuelles dans des sociétés humaines.
Des études récentes n'excluent pas que ces Deux-Esprits existaient également dans d'autres civilisations pré-colombiennes comme les Aztèques et les Incas, mais aussi en Sibérie (qui est le bassin d'origine des populations américaines pré-colombiennes) voire même dans des peuples d'Asie Centrale qui ont produit les langues turques, turkmènes, etc. Des traces aussi chez les Polynésiens.
Mais dans le cas des pré-colombiens, la persécution opérée par les colonisateurs contre ces horribles sodomites voués à l'enfer n'a pas laissé beaucoup de traces archéologiques ou écrites de ces berdaches. Des traces de berdaches existent aussi en Afrique, comme on le voit dans l'usage de termes semblables en wolof, en swahili ou en zoulou.
J'envie des peuples pour qui le fait d'être homo ou transgenre était une bénédiction, une chance.
Plusieurs fois, j'ai réfléchi au rôle que peuvent avoir les minorités sexuelles au sein de l'humanité et de l'Église. Et je crois, de fait, qu'il y a une richesse particulière à être "entre deux mondes".
Quoique, de nos jours, je me contenterais bien du fait que les hommes et les femmes qui font partie des minorités sexuelles soient tout simplement considérés comme des gens ordinaires...
Danse de guerriers en l'honneur du berdache
vendredi 14 septembre 2007
454. juste vulgaire
Vous savez peut-être qu'un sénateur américain (homophobe, conservateur et Républicain) s'est fait prendre dans des toilettes publiques à faire des propositions à un homme... qui s'est révélé être un policier. Confronté aux faits, le sénateur a d'abord avoué devant les juges. Mais maintenant que sa carrière est en jeu et qu'il a été obligé de démissionner (et surtout parce qu'il ne sait rien faire d'autre que d'être sénateur), il voudrait qu'on re-juge son cas au tribunal pour le motif qu'il retire ses aveux.
Pitoyable de bout en bout.
Mais je vais vous parler des commentaires de mon copain Francis (prononcer Frène-Sisse, à l'américaine). Il fulmine parce que, une fois encore, certains homophobes se sont emparés de l'affaire: "vous voyez? les homo ne font que ça: drager dans les toilettes et pervertir les honnêtes pères de famille!"
Et il m'écrit: "ça fait des années que j'explique aux gens qu'un prêtre qui viole un petit garçon n'est pas un homo, tout comme un homme qui viole une petite fille n'est pas un hétéro. Ce sont tous les deux des pédophiles et des violeurs. Quant aux gens qui baisent dans des toilettes publiques, qu'on arrête de dire qu'ils sont homo et qu'on dise une bonne fois pour toutes: ils sont d'abord sales, vulgaires ou franchement désespérés" (litt. down-low).
Ce qui me fait sourire, c'est qu'avec la paranoïa anti-bactérie des Américains, tous ceux qui ont serré la main de ce sénateur doivent se sentir contaminés.
Et je suis assez d'accord avec Francis: un Afro-Américain cambriole une banque, et tous les Noirs sont des gangsters en puissance. Un garçon se fait toutes les filles, c'est un héros du sexe, mais qu'une fille se fasse tous les mecs, alors c'est une pute et une salope.
Même chose pour les gay: bien sûr que tout le monde connaît un coiffeur homo! et bien sûr qu'il y a des homo qui baisent dans des endroits plus que glauques! Mais de là à généraliser....
Non, il faut le dire: la toute grande majorité des homo est aussi banale que la toute grande majorité des hétéro. Et à part qu'ils tombent amoureux de gens de leur propre sexe, la différence entre homo et hétéro est, pour le vaste nombre, pratiquement inexistante à l'oeil nu.
D'une certaine manière, je l'avoue avec contrition, je trouve qu'il y a un côté positif pour les homo à ces affaires de prêtres pédophiles: si l'Église ne veut pas que tout son clergé soit soupçonné systématiquement d'avoir des goûts immodérés pour les enfants, alors je lui dit qu'elle cesse d'avoir des préjugés sur les autres, à commencer par les homo. Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, et toute cette sorte de choses.
Et j'ajouterais même ceci: dans les sociétés civilisées, on semble avoir fait la différence entre homosexualité et pédophilie (sinon, on n'aurait jamais dépénalisé l'homosexualité). Si l'Église n'arrive pas à le faire, c'est un message envoyé à la face du monde: "nous en sommes encore à croire qu'être homo ou pédophile, c'est la même chose". Donc, chaque fois que les autorités catholiques parlent d'homosexualité, elles jouent contre elles mêmes et se donnent un vernis de vieux machin pré-jurassique. Alors, si les hiérarques veulent vraiment qu'on le mette dans ce siècle (et pas dans les 10 premiers), il est peut-être temps qu'elles révisent leurs batteries.
Comme disait le cardinal de Lubac (ou du moins, on le lui prête): "avec des amis comme ça, l'Église n'a plus besoin d'ennemis". Avec ces prises de positions homophobes (ou sexistes), le clergé vatican prête tellement le flanc à la critique que les anti-cléricaux n'ont plus rien à prouver.
Enfin, peut-être qu'il y a aussi un aveu implicite dans les déclarations homophobes de certains ecclésiastiques ou sénateurs conservateurs, dit mon copain Francis: "car s'ils acceptaient le mariage gay, ils devraient aussi admettre que leur sexualité de parc, de buissons et de toilettes publiques est vraiment ce qu'elle est: malsaine".
Alors, ces conservateurs sont-ils homophobes pour ne pas avoir à se regarder eux-mêmes? Sont-ils en train de condamner les autres pour continuer leurs petites turpitudes sans être repérés? Fustiger le prétendu péché des autres pour que le sien semble petit en comparaison? Ce cher Francis pourrait avoir vu juste...
jeudi 13 septembre 2007
plainte classée sans suite
Pour votre information, la plainte pour "attouchements sexuels" contre Mgr Tony Anatrella a été classée sans suite.
C'est son avocat, Me Benoît Chabert, qui a annoncé la nouvelle hier.
Cette plainte contre X avait été déposée le 30 octobre 2006 par un
jeune adulte qui avait dénoncé à la police des séances de "thérapie
corporelle" pratiquées par le psychanalyste qui, selon lui, aurait
abusé de sa position de soignant.
Quelques mois plus tôt, ce jeune homme avait écrit au parquet de Paris
pour l'alerter sur de possibles dérives des pratiques du psychanalyste
auprès des mineurs.
Une enquête préliminaire avait alors été ouverte en août 2006 pour
vérifier ses dires et les pratiques du psychanalyste. A l'issue de
cette enquête, le parquet a décidé de classer le dossier sans suite.
Tony Anatrella a de son côté porté plainte contre X le 20 novembre 2006
pour dénonciation calomnieuse après "une campagne de presse
particulièrement inacceptable" évoquant des abus sexuels. Cette plainte-là n'a pas encore été traitée par la justice française.
Outre la plainte pour "attouchements sexuels", Tony Anatrella avait
également été mis en cause, dans la revue catholique contestataire
"Golias", par un ancien séminariste, Daniel Lamarca, qui affirmait
avoir eu des rapports sexuels avec lui lors de séances de travail,
alors qu'il suivait une thérapie pour se libérer de son attirance
homosexuelle.
mercredi 12 septembre 2007
453. la position du missionnaire
La situation des homo dans la très catholique Pologne
est à pleurer. Mais ce qui me désole le plus, c'est que la violence (et
pas seulement verbale) est souvent le fait de nazillons christianistes
qui mélangent joyeusement nationalisme, anti-sémitisme et homophobie,
et cela au nom d'une prétendue appartenance à la foi catholique.
Des prétentions qui inquiètent même dans les rangs des évêques, pourtant eux-mêmes souvent connus comme des "homophobes light tendance romaine". J'en veux pour preuve que même l'archevêque de Cracovie
s'est déclaré préoccupé par le positionnement
éditorial de la très influente radio religieuse, Radio Maryia, qui
développe
des thèses antisémites et homophobes sur son antenne, sans même la
prudence du sous-entendu ou de l'allusion. Ce cardinal, influent en
Pologne, met en cause l'inaction de l'Église
polonaise par rapport à cette radio qui soutient les frères Kaczynski,
actuellement au sommet du pouvoir (comme président et premier ministre)
et connus pour leurs positions homophobes. Des élections législatives
anticipées sont en préparation à la suite de
l'éclatement de la majorité parlementaire de la coalition de droite au
pouvoir et je me demande s'il n'est pas temps pour les hiérarques de
donner un message d'ouverture sur le monde plutôt que d'enfermement
mental à la limite de la parano anti-européenne.
Autre chose, quoique. L'abbé Paul Sullins, un sociologue qui enseigne à la "Catholic
University of America" et lui-même un prêtre épiscopalien marié qui est passé à l'Église Catholique, a mené une étude sur ce vaste ensemble de prêtres mariés qui ont quitté l'Église Épiscopalienne et se sont "convertis" (bien que le terme soit impropre).
Je
me suis souvent demandé comment ces quelques mille (les chiffres
varient entre 200 et deux mille) prêtres anglicans mariés qui, dans le
monde, ont rejoint les Catholiques n'ont pas fait plus de bruit chez
les fidèles. En effet, voilà des hommes dont on accepte le statut
marital alors que nous avons (assez honteusement, il faut le souligner)
jeté dehors des milliers de prêtres qui voulaient se marier.
Mais maintenant, j'ai un élément de réponse et, au fond, je le savais déjà: c'est parce qu'il s'agit en fait de prêtres au profil conservateur.
Et sans surprise, le père Sullins a trouvé que ces prêtres qui ont
"changé de communion" sont largement plus conservateurs que ceux qu'ils
ont trouvés comme collègues dans le clergé catholique célibataire.
Vous pourrez ainsi trouver bientôt sur le site de ReligionWatch,
une comparaison que l'abbé Sullins fait avec quelques 70 hommes mariés
qui sont devenus prêtres aux États-Unis depuis les années 80 sous le
régime spécial que le Vatican a publié pour ceux qui voudraient passer
de l'anglicanisme au catholicisme en restant prêtres.
Clairement,
sur pratiquement toutes les questions morales, ce groupe d'hommes est
plus conservateur que les prêtres "célibataires". Ainsi 84% de ces
prêtres "entrants" déclarent que les relations sexuelles entre fiancés
avant le mariage sont "toujours" un péché, contre 57% dans le groupe
des prêtres "indigènes". Ou encore, 89% disent que les actes
homosexuels sont toujours un péché, contre plus ou moins la moitié des
autres prêtres.
Il est assez piquant de constater que ces prêtres
mariés et "accueillis" sont à 61% contre le mariage des prêtres, contre
29% chez les "anciens" prêtres catholiques. Hypocrisie, dirons
certains,... ou alors c'est qu'ils savent des choses que nous ne savons
pas.
De même, un très clair 97% de ces prêtres ex-anglicans se
décrivent comme "plutôt ou clairement" conservateur, contre moins de
30% des prêtres célibataires.
Enfin, ces prêtres néo-catholiques
sont à 92% d'accord pour dire que le sacerdoce leur donne un statut
"distinct et permanent" par rapport aux laïcs, contre 77% pour les
autres.
J'en conclus qu'il est plus facile d'accueillir dans
l'Église des prêtres mariés quand ils sont conservateurs, un brin
homophobes et coincés sur les questions de sexualité...
Quand à
l'effet que ces "petits nouveaux" peuvent avoir sur les autres,
notamment quand ils discutent dans des assemblées du clergé, je vous le
laisse deviner. Je parie qu'ils ont fait pencher la balance pour un tas
de questions, y compris par rapport au traitement de la question des
minorités sexuelles.
Dans le même genre, c'est très à la mode, dans les milieux conservateurs catholiques, de déclarer que ce sont les homophobes qui subissent des discriminations
et qu'en fait c'est l'homophilie qui est dans l'air du temps ou qui
tient le haut du pavé. Encore récemment, un courrier des lecteurs dans
un journal belge "cathobourgeois" déclarait que, alors quil est devenu
impossible de publier des articles anti-sémites, racistes ou
homophobes, il s'insurgeait contre les discriminations que, selon lui,
subissaient les "vrais" catholiques.
Ben voyons, comme si nous
vivions dans des pays homophiles où les média ne font que partir en
croisade pour pourfendre l'homophobie.
D'où l'intérêt d'une étude publiée par SOS Homophobie
sur les écoles et où l'on peut lire par exemple que 58% des personnes
sondées déclarent avoir vu ou avoir été victimes d'actes homophobes, et
parmi eux 5% qui parlent de violence physiques. Des faits qui sont,
toujours d'après l'enquête, largement ignorés par les adultes
responsables et les parents.
Et pour terminer, on arrive à cette
période bénie de l'année où l'on voit sortir les publicités pour des
calendriers d'hommes tellement décoratifs qu'ils en font mal aux yeux.
Alors, je vous annonce qu'un grand phantasme gay va pouvoir prendre
corps, puisque les Mormons viennent de sortir un calendrier
"missionnaire" qui s'intitule "Mormon Exposed"
et dont voici deux extraits. Pas de doute: que voilà un puissant
argument pour leurs campagnes mondiales de conversion et pour qu'ils expliquent
toutes les positions soutenues par les missionnaires...
mardi 11 septembre 2007
452. il priera toujours
Non, je ne suis pas paresseux... puisque je l'avoue.
Je
vous reprends l'essentiel d'une note que je vous écrivais l'année dernière
à propos du 11 septembre et des célébrations autour des attentats. Sans
oublier aucune victime, je veux spécialement me souvenir des héros
homo, et en particulier de l'incroyable figure du père Mychal Judge.
Encore
récemment (où?), je lisais que, courant vers les tours atteintes par
les deux avions, le père Mike est arrêté par le maire de la ville à
l'époque, Rudy Giuliani qui lui hurle d'une voix désespérée: "Père
Judge, priez pour nous!" Et ce bon franciscain de répondre: "Je prie
toujours pour vous, et je prierai toujours."
C'est pourquoi je veux aujourd'hui encore me confier à sa prière.
Il me pardonnera sûrement de ne pas avoir eu le courage d'écrire un nouvel éloge...
De toute façon, je maintiens pratiquement tous les mots que je disais l'an dernier à pareille époque.
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Je rêve du jour où j'irai à Rome (ou à New-York) pour la béatification du père Mychal Judge, et où sa fête sera instituée au 11 septembre. Pour moi, il reste la figure spirituelle catholique la plus marquante de ces dernières années, bien qu'il ait vécu une vie relativement peu connue (à l'échelle mondiale).
Mychal Judge (prononcé "maïkeul", et donc surnommé Mike) avait tout ce qu'on attribue à un Irlandais d'origine: généreux, joyeux, passionné, ouvert, sympathique... Fils d'une famille modeste d'immigrés récents, il a même été cireur de chaussures, l'orphelin qui a soutenu sa mère et ses frères et soeurs dans la difficulté financière, un vrai cliché de légende (et pourtant la vérité). Une magnifique figure de prêtre, mais ce n'est pas ça qui l'a fait entrer dans l'Histoire.
Ce lien vers le Wikipedia anglophone vous apprendra qu'il est surnommé la Victime Numéro 0001 des attentats contre le World Trade Center, bien que techniquement il soit la 17ème victime inscrite sur les listes. Mais c'est exact qu'au lieu de rester au QG des secours organisés par la ville, il s'est précipité avec ses collègues pompiers (dont il était l'aumônier depuis des années) au coeur de la tragédie. Il est mort écrasé par un débris du bâtiment, aux pieds d'un pompier gravement blessé auquel il offrait le réconfort d'une présence sacerdotale. Le prêtre avait retiré son casque, pour honorer un moment l'homme qui était au bord de la mort.
Pour des raisons évidentes, la photo des pompiers qui emmènent sa dépouille a fait le tour du monde. On l'a appelé la Pietà Américaine. Et la popularité de ce Franciscain était telle que ses funérailles ont réuni une foule considérable, dont les Clinton.

Plus tard, des images d'une type plus "pieux" ont été réalisées, qui représentent notamment le père Judge accueillant les victimes des attentats à la porte du Ciel, au côté de Saint Pierre. Ce n'est pas toujours d'un goût certain, mais on voit bien la bonne intention.
Dans la foulée, plus de détails sur sa vie ont été connus: sa grande valeur spirituelle, son histoire de réhabilitation après sa chute dans l'alcoolisme, sa place dans la fondation du premier groupe qui s'est occupé de malades du sida à New-York. Un peu comme saint Vincent de Paul, il fut parmi les premiers à aborder les sidéens sans cette espère de panique qui s'était emparée du monde médical au début de la maladie, quand on disait tout et n'importe quoi. Sa dernière homélie devient une sorte de testament spirituel que l'on publie.
Du coup, beaucoup de Catholiques ont voulu pousser sa cause de béatification, allant jusqu'à offrir son casque au pape Jean-Paul 2. Des images ont été imprimées et des prières composées.
On trouvera un exemple du genre sur le site saint Mychal Judge.

Je crois qu'effectivement, la béatification du père Mychal ne faisait aucun doute, tant la personne était charismatique. Sans parler de ce magnifique témoignage chrétien qui a été le sien, d'offrir toute sa vie, comme le Christ, au service de la charité.
Hélas (quoique), on découvrit aussi qu'il était homo, que ses confrères et ses amis pompiers le savaient. Plus encore, il aidait des groupes cathogay locaux. Et il ne faisait pas mystère de ce que son homosexualité l'avait profondément aidé dans son ministère sacerdotal. Il était un prêtre magnifique parce que homosexuel, et non pas malgré le fait.
Du coup, les homophobes catholiques ont hurlé à la trahison. On les a fait s'emballer pour un saint du 11 septembre, alors qu'il s'agit d'un pédé, quelle horreur!! Un activiste gay, en plus? Alors, il est en enfer, c'est certain. Et après ce qu'a publié le Vatican sur les candidats au sacerdoce, c'est clair: la béatification par Benoît 16 est foutue.
Mychal Judge se disait franchement gay (sans le crier sur les toits, bien sûr) et on le voyait à différentes manifestations d'homo catholiques ou non. Bien sûr, jusqu'à preuve du contraire, il a vécu la chasteté de ses voeux de religion. Mais vous savez comme moi que, de nos jours, il suffit de se dire "prêtre homosexuel" pour que les ignorants croient qu'il avait une activité sexuelle intense, et pourquoi pas de type pédophile.
Par la même occasion, on a aussi appris qu'il avait eu de graves ennuis avec le cardinal archevêque, parce que, notamment, il participait à des réunions d'alcooliques anonymes gay. Il avait aussi amené son couvent à accueillir des eucharisties du groupes cathogay Dignity, alors que l'archevêque l'avait interdit dans toutes "ses" églises. Mychal Judge avait aussi été "en habit" à une parade de Saint-Patrick "concurrente", parce que les homo d'origine irlandaise ne sont toujours pas autorisés (jusqu'à ce jour) à défiler avec les autres. Dans plusieurs documents, il ne craint pas de dire que les dénonciations pour pédophilie dont il a été victime (et pour lesquelles la justice l'a blanchi) avaient leur origine dans des milieux catholiques qui le détestaient. Nul doute qu'à ses funérailles, le bon cardinal a dû sentir le défunt lui chatouiller les oreilles.
Heureusement, à côté de ces homophobes parfois grincheux, il y a une série d'homophiles qui ont donné son nom à des stations de pompiers de par le monde, à des écoles, des ponts... Et dans tout le monde chrétien, il est vénéré parmi les martyrs de la charité, pas loin de Martin Luther King, Jr.
Le monde cathogay américain l'honore certainement comme "son" saint. C'est le cas d'ailleurs largement, y compris dans le monde chrétien homo, et même au-delà. On voit en lui la figure de l'amour suprême, une véritable icône du Christ. Et quand le nom du père Judge est lu chaque année avec toutes les victimes du 11 septembre, tous les homo pensent: "il était des nôtres, ce héros, ce prêtre, cet homo".
Avec eux, je remercie le Seigneur de nous l'avoir donné. Quelle belle figure à prier et à mieux connaître! Et c'est probablement le premier héros ouvertement homo qui nous est donné en ce début de millénaire plutôt homophobe, côté catholique.
Si vous avez l'occasion, des livres ont été publiés sur sa vie (un exemple ici). Ils valent vraiment la peine. Et puis, à l'occasion du 5ème anniversaire des attentats, beaucoup d'Américains ont eu l'occasion de voir hier soir un très beau film sur Mychal Judge. En voici l'annonce:
Plus largement, ces attentats ont aussi été un moment de visibilité pour de nombreux couples gay, en particulier les compagnons ou partenaires des homo décédés ou blessés dans les deux tours ou dans les avions qui ont explosé.
Côte à côte, les conjoints survivants homo et hétéro des victimes ont milité dans des associations pour honorer la mémoire de leurs défunts, et aussi pour qu'on respecte leurs droits (je ne vous décris pas le labyrinthe administratif dans lequel ils se sont trouvés). Bien sûr, ici encore, il y a eu quelques grincheux homophobes pour exclure les homo. Heureusement, dans sa très large majorité, la communauté des survivants a été beaucoup plus ouverte. Et, je le souligne, cette tragédie a aussi été l'occasion pour beaucoup d'hétéro de découvrir la réalité des couples homo et la force de l'amour qu'ils se portent (même au-delà de la mort).
Par exemple, dans de nombreux services religieux, les veufs et veuves de couples homo ont été associés de la même manière que les survivants de couples hétéro. C'était important pour eux, quel leur amour soit reconnu y compris dans la mort et la tragédie.
J'ai des souvenirs affreux d'homo privés des funérailles de l'amour de leur vie parce que la famille du défunt s'est emparée de la cérémonie et, parfois, ne les a même pas invités... Dans la tragédie du sida, il y a eu des cruautés terribles faites aux survivants... Heureusement que ce ne fut pas le cas à New-York....
J'ai aussi lu le témoignage de plusieurs enfants ou adolescents qui ont perdu "leurs deux papas ou leurs deux mamans" dans la tragédie. Et ici encore, l'Amérique a été forcée d'apprendre que les homo peuvent être des parents formidables et qu'on les pleure, comme n'importe quel parent. Au moment où se discutent les questions des unions homosexuelles et de l'homoparentalité, les attentats du 11 septembre ont, de manière inattendue, jeté la lumière sur ces couples et des parents homo exemplaires mais qui vivaient des vies discrètes et ordinaires.
Parmi les passagers des avions qui ont tenté de se battre contre les agresseurs, il y avait aussi des homo, comme en ont témoigné ceux qui les ont eu au téléphone, quelques minutes avant les crashs. Le plus célébre d'entre eux est le rugbyman Mark Bingham (bien qu'il était dans le placard avant sa mort, comme beaucoup de sportifs). Sa mère a écrit un très beau texte sur les dernières minutes de conversation avec lui et sur sa détermination à se battre aux côtés des autres passagers contre les terroristes.

Alors, aujourd'hui, je fais mémoire de toutes les victimes du terrorisme, y compris nos frères et soeurs homo. Mais surtout, je remercie le Seigneur pour les héros de ce jour, y compris les homo, comme le père Mychal Judge, comme certains des pompiers qui sont décédés dans la tragédie, comme Mark Bingham ou certains passagers des avions concernés.
Un moment de mémoire, mais aussi un moment de gratitude et de fierté.

Mychal Judge avec François d'Assise

dimanche 9 septembre 2007
451. petit bateau deviendra grand
Une histoire à suivre: ça se déroule à Amsterdam (lire l'article ici),
une ville qui n'est pas à sa première innovation, en particulier en
faveur des minorités sexuelles. Je dois avouer que c'est
particulièrement osé et "pragmatique" (deux qualités hollandaises, ces
dernières décennies). Je vous traduis l'articulet.
---------
Une
organisation officielle défendant les intérêts des citoyens
homosexuels, le COC, a lancé un site web qui se concentre entièrement
sur le fait d'encadrer les contacts entre garçons et filles homosexuels âgés de moins de 16 ans.
Depuis aujourd'hui (le 6 septembre 2007), le groupe Jong&Out
(litt. Jeune et Out), la branche jeune du COC va rendre possible pour
de "jeunes gays" de rédiger un profil et d'entrer en contact avec leurs
pairs. Le nouveau site (jongenout.nl) est l'initiative d'un certain
nombre d'enfants (litt. children) qui avaient créé une
péniche pour la Gay Pride navale sur les canaux d'Amsterdam le mois
dernier. Une action approuvée, après quelques réserves exprimées au
départ, par le Ministre de l'Émancipation, Ronarld Plasterk et le Maire
de la ville, Job Cohen.
Le risque que ces contacts servent à
des rencontres sexuelles n'est pas très inquiétant parce que le groupe
cible n'est pas vraiment à l'âge où ces questions se posent, déclare le
COC. "Pour des jeunes de cet âge, la raison principale de cette
recherche de contacts est d'abord le diagogue, la discussion sur leurs
doutes et les sentiments qu'ils éprouvent", obsèrve le président de
COC, Frank van Dalen.
Les moins de 16 ans de Jong&Out se
chargent eux-mêmes de la gestion du site web. Le COC joue rôle de
soutien, avec un accent particulier sur le fait de s'assurer que le
site n'est pas visité par des pédophiles.
----------- (fin de la traduction)
Qu'est-ce
que vous en pensez? Pour ma part, j'aurais aimé avoir cette possibilité
à 14 ou 15 ans. Quant au rêve qu'une pareille association puisse
exister pour de jeunes homo catholiques...
J'ai souligné l'usage de 'children' au lieu de 'teenagers'
pour parler de ceux qui ont monté cette péniche à la Gay Pride navale
d'Amsterdam. Je dirais que c'est un terme qui se réfère à des moins de
12 ans... Je sais que les homophobes vont hurler de rage et que les
gens mal informés vont trouver que c'est affreusement jeune pour
"coincer définitivement des enfants dans des comportements nuisibles à
leur existence".
Néanmoins, je trouve ça plus que symbolique qu'un
pays reconnaisse publiquement qu'on peut s'affirmer homo à l'âge de
l'enfance et que ce ne soit pas un sujet d'inquiétude pour les
autorités.
Je suis envieux d'un pays qui utilise de l'argent
public pour les jeunes homo puissent grandir fiers de ce qu'ils sont et
de ce qu'ils apportent à la société. Un pays qui considère ces jeunes homo comme une richesse, et non des "anormaux" à soigner.
Et vive les Pays-Bas!
vendredi 7 septembre 2007
450. noces du Nouvel Adam
Le Souverain Pontife est attendu à Vienne pour une visite de trois jours. Et des groupes de jeunes gay l'attendent de pied ferme.
Et notamment pour lui faire savoir qu'ils réprouvent l'opposition
pontificale à toute forme d'union homo. Je ne sais pas du coup quelles
formes vont prendre ces manifestations. J'espère surtout qu'elles
auront le sens de l'humour.
Mais je crois surtout que le pape n'aura
certainement aucune chance de rencontrer ces manifestants. Tout au plus
en verra-t-il des images à la télé, et encore.
Faut-il encourager
ces manifestations d'homo lors de visites pontificales? Pourquoi pas.
Néanmoins, je tiens a souligner que la meilleure manière de montrer aux
officiels catholiques qu'ils sont ignorants dans le domaine des
minorités sexuelles, c'est d'abord de leur montrer des couples homo heureux et des gay qui n'ont pas honte de ce qu'ils sont.
On
oublie trop souvent que le fondement de la morale catholique, c'est que
"le mal fait du mal" et que tout le discours sur l'homosexualité se
résume à un seul point: "c'est mauvais pour vous, ne le faites pas".
Dès lors, je suis d'avis qu'il n'y a qu'une manière de provoquer un
"éveil moral" chez les moralistes vaticans, c'est de leur montrer qu'en
soi l'homosexualité n'est ni bonne ni mauvais (comme le fait d'être
gaucher) mais que tout dépend des choix de vies de chacun.
Ainsi, pour illustrer mon propos, je suis tombé sur la page de l'auteure d'un livre intitulé "Jesus in Love: Art That Dares" (Jésus amoureux: quand l'Art ose).
Kittredge Cherry est épiscopalienne et prêtre. La ligne de base de sa réflexion est la
suivante: c'est le propre des artistes de représenter le Christ de
manière à provoquer notre identification. Un Christ "noir" ou améridien
ou chinois, un Christ "femme", et pourquoi pas un Christ "homo". L'art
occidental, dès le Moyen-Âge, nous a habitué à ces représentations.
Bien que ce soit surtout la 2ème moitié du 20ème siècle où les artistes
ont été le plus "provocant" en la matière.
Pour donner un exemple, cette Crucifixion de Becki Jane Harrelson, qui représente le mot "faggot" (litt. "pédé") à la place du traditionnel I.N.R.I.
Ou encore ce "Adam et le Nouvel Adam", de Gary Speziale, dans lequel le Christ, Nouvel Adam, couronne le premier Adam comme un époux, tout en lui insufflant un Esprit nouveau, une nouvelle haleine de vie (selon le récit de la création dans la Genèse) comme s'il s'agissait de nouvelles noces d'une humanité renouvelée et re-créée.
Enfin, du même auteur, un excellent petit livre que l'on peut trouver en France et en Belgique, via Amazon.fr, et qui reprend une série de propositions de cérémonies pour célébrer chrétiennement les étapes de la vie pour et avec des minorités sexuelles: couples, funérailles, maladies, etc. Le titre est Equal Rites, et les quelques pages que j'ai parcourues me semblent une bonne base pour réfléchir à des liturgies "homo inclus".





