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Un Blogue CathoGay

être homosexuel et catholique, sereinement

mardi 27 juin 2006

298. invitation à la danse

Je me demande souvent comment d'autres s'imaginent la vie dans le Royaume de Dieu, ou même tout simplement le visage du Christ. Très clairement, à ce que je peux voir, certains imaginent le Ciel comme une grand-messe sur la place Saint-Pierre à Rome... Des figures très hiératiques (c'est-à-dire des têtes d'évêques) ou de longues processions interminables (et globalement ennuyeuses) de saints et de martyrs agitant leurs palmes de victoire avec solennité. Des trains de sénateurs... Des têtes de déterrés (ce qui est un comble pour des ressuscités!)... Quant au Christ, je vois que certains l'imaginent dur, distant, exigeant à la limite de l'insensibilité. Un Seigneur que l'on approche avec un sentiment de transcendance tel qu'il domine quiconque de loin.

Je me souviens encore de certains commentaires laissés sur ce blogue qui trouvent qu'il n'est pas normal que je parle du Christ avec tellement peu de sens de la transcendance qu'on en arriverait à lui manquer de respect. Des manières que j'ai de parler de son corps, de me trouver physiquement à côté de lui, de le sentir prendre soin de moi, de m'aimer et de me chérir. Oui, je me souviens bien de ceux qui pensent qu'il faut éviter à tout prix de prendre ce chemin-là.

Pour les mêmes raisons, l'Eglise (tout en l'approuvant du bout des lèvres) n'encourage pas beaucoup la littérature mystique de certaines moniales (Thérèse d'Avila, par exemple) qui présentent le Christ comme leur époux ou leur fiancé, cet homme magnifique et fort auquel elles s'unissent dans des noces mystiques culminant dans l'extase.

Et que dire de saint Jean de la Croix, et de cet "amour du jeune berger" pour le Christ qu'il est, disons, possible de lire de bien des manières...

Alors, voici ma contribution: vous voulez savoir qui est Dieu, qui est le Christ, ce qu'on fait au Paradis quand on est saint? Je l'ai trouvé dans les fresques d'une église: Dieu danse et invite à la danse.

Voici quelques images tirées de cette Saint Gregory Church, une église américaine rattachée à l'Eglise Episcopalienne, avec notamment, dans la coupole, la magnifique ronde des saints engagés dans la danse du Christ Ressuscité.

 

Des saints et des martyrs qui se tiennent tous par la main, hommes et femmes, jeunes et vieux, Chrétiens ou non, vertueux ou non, et qui tournent tous ensemble dans cette magnifique danse du Ressuscité.

 

Et qu'est-ce qu'ils ont l'air de s'amuser, de vivre pleinement et passionnément! Rien à voir avec les visages de déterrés et les poses de coincés qu'on voit parfois dans certaines représentations.

 

Sur l'image ci-dessus, on peut reconnaître Jean 23 (en haut à droite), dansant allègrement, ou encore François d'Assise avec son loup (en bas au milieu). J'imagine bien y voir un jour Jean-Paul 2, redevenu jeune depuis sa mort, dansant avec tous ces saints. Ou encore Mère Térésa.

Vous ne trouvez pas que ça change tout de les voir danser? Pour moi, des hommes et des femmes qui dansent ainsi dans une grande sarabande nuptiale parlent aussi autrement. Comment leur prêter des propos de condamnation ou d'exclusion? Un Christ qui danse comme fiancé sortant de la chambre nuptiale (une image souvent utilisée pour décrire le Christ sortant du tombeau) et qui entraîne derrière lui toute une sarabande ne parle pas pour dire des choses dures ou insensibles. Et en dehors de ses cris de joie et de bonheur, qu'est-ce qu'il aurait d'ailleurs d'autre à dire?

Imaginez que la danse soit ré-installée dans la liturgie, comme c'est le cas dans certains rites catholiques africains (à Kinshasa, par exemple). Benoît 16 et les cardinaux dansant main dans la main autour du Christ sortant du tombeau...

Mais surtout, et c'est bien sûr le point le plus important: tous ceux qui regardent cette danse ne peuvent pas ignorer l'invitation du Christ à le rejoindre dans la danse. L'invitation à suivre le Christ (le message central de la foi chrétienne) n'est pas d'abord une invitation à suivre une pénible route menant vers le Calvaire, c'est un appel à rejoindre la danse du Ressuscité, à rejoindre le fiancé dans la danse.

La prochaine fois que vous priez, commencez par danser un peu. Et quand vous construisez des communautés d'homo catholiques ou chrétiens, dansez!

La prochaine fois que vous sortez pour aller danser, que tout votre corps ressente l'appel à la Vie.

Et particulièrement, la prochaine fois que vous trouverez que l'Eglise d'aujourd'hui ne vous fait pas une place, regardez le Seigneur de la Danse et imaginez comment il vous parle, comment il vous invite et comment il vous prend par la main pour le rejoindre. Je suis sûr qu'après deux ou trois minutes, tous ces discours (homophobes, par exemple) vont paraître particulièrement mineurs.

Pour terminer, voici cette icône tirée de la littérature de Saint Grégoire de Nysse, le patron de cette magnifique église (on le reconnaît en bas de la fresque, en vêtement épiscopaux). Une icône intitulée Le mariage du Christ et de l'âme (avec la bénédiction de l'Eglise, qui est représenté comme une femme). Sous entendu, dit saint Grégoire, chacune de nos âmes est unie au Christ comme une épouse l'est à son époux. Chacune de nos âmes aime le Christ avec la même passion que l'épouse met à aimer son époux. Si après ça, vous voyez encore le Christ comme un juge froid et distant...

 

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lundi 26 juin 2006

297. c'est aussi notre mère

Le site du Vatican est souvent un bon endroit pour commencer une recherche. Ainsi, c'est là que le googlage m'a amené quand je cherchais une référence en français sur saint Julienne de Norwich, une sympathique mystique des 14 et 15ème siècles (elle est décédée en 1416).

Je cherchais une traduction "officielle" de sa fameuse "révélation" où elle écrit notamment:

Ainsi Jésus Christ, qui a Lui aussi vaincu le mal par le bien, est notre véritable Mère: nous recevons notre Être de Lui - et c'est ici que commence Sa Maternité - et avec cela la douce Protection et Garde de l'Amour qui ne cesseront jamais de nous entourer.
Comme il est vrai que Dieu est notre Père, il est également vrai que Dieu est notre Mère.
Et Lui m'a montré cette vérité en chaque chose, mais spécialement dans ces douces paroles, lorsqu'il dit : Je le suis.
C'est-à-dire, je suis la Puissance et la Bonté du Père ; je suis la Sagesse de la Mère ; je suis la Lumière et la Grâce qui est amour heureux ; je suis la Trinité ; je suis l'Unité, je suis la souveraine Bonté de chaque genre de chose ; je suis Celui qui te fait aimer ; je suis Celui qui te fait désirer ; je suis la satisfaction infinie de tous les vrais désirs. (...)
Notre Père céleste, Dieu tout puissant, qui est l'Être, nous connaît et nous aime depuis toujours: dans une telle connaissance, par Sa merveilleuse et profonde charité, et par le consentement unanime de toute la sainte Trinité, Il voulut que la Seconde Personne devienne notre Mère, notre Frère, Notre Sauveur.
Il est donc logique que Dieu, étant notre Père, soit aussi notre Mère. Notre Père veut, notre Mère opère, et notre bon Seigneur, l'Esprit Saint, confirme ; il nous convient donc d'aimer notre Dieu, en qui nous avons l'Être, de le remercier avec dévotion et de le louer pour nous avoir créés, de prier ardemment notre Mère pour obtenir miséricorde et pitié, et de prier notre Seigneur, l'Esprit Saint, pour obtenir aide et grâce.
Et je vis avec la complète certitude que Dieu, avant de nous avoir créés, nous a aimés, et son amour n'a jamais diminué et ne diminuera jamais. Dans cet amour, Il a fait toutes Ses oeuvres, et dans cet amour, Il meut toute chose pour notre bien ; et dans cet amour, notre vie est éternelle.
Par la création, nous avons eu un commencement, mais l'amour avec lequel Il nous a créés, était en Lui depuis toujours : et, dans cet amour, nous avons notre origine.

J'avais été plus que surpris d'entendre citer sainte Julienne de Norwich par la nouvelle Archevêque-Primat de l'Église Épiscopalienne, Mgr Katherine Schori. Et je me demandais s'il ne s'agissait pas d'une fiction née de l'esprit féministe (quelle horreur!).

Et bien non.

Je savais bien sûr aussi que Jean-Paul Ier (le Bref) avait écrit sur la Maternité de Dieu. Mais j'ignorais tout de cette chère Julienne. Et encore plus que Jean-Paul 2 l'avait citée dans plusieurs homélies, notamment en août 2001 (une femme qu'il mettait à l'égal de sa contemporaine sainte Catherine de Sienne).

Sa logique est, en fait, tout à fait implacable: tout ce qui bon vient de Dieu, donc aussi bien la paternité que la maternité. Et puisque le Christ dit lui même "J'ai tout reçu du Père et qui m'a vu a vu le Père", il est donc logique qu'il ait aussi hérité (en tant que Fils) de la maternité et de la paternité de Dieu. Le Christ n'est pas seulement notre Frère, il est "valablement" aussi celui qui nous engendre à la vie d'enfants du Père.

Et là, explosion des différentiations héritées de l'Ancien Testament, qui disent (en gros) que le Créateur a voulu une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Et donc que mettre du désordre dans sa maniaquerie divine va finir par l'énerver grave.

Mais non, il n'y a plus ni homme ni femme, dit saint Paul. Et le Christ est notre mère véritable, celui qui nous engendre à une vie nouvelle, souligne sainte Julienne de Norwich. Quelle nouveauté dans la manière de voir le Christ! Qui oserait dire après ça que les femmes ne sont pas aptes à agir in persona Christi capitis? Au contraire, on pourrait presque dire que pour célébrer des sacrements comme le baptême (qui est une nouvelle naissance), elles auraient un rôle symbolique beaucoup plus fort...

Je ne suis pas un théologien. Mais je sens qu'il y a dans ce Christ notre Mère un fil qui pourrait nous mener loin si l'on prenait le soin de le suivre. Et pas seulement pour réfléchir la question de la place de la femme comme icône du Christ dans l'Eglise. Mais aussi par rapport à la question homosexuelle (notamment le reproche que l'on fait aux homo de nier la différentiation des genres voulues par le Créateur)...

Et donc, je vais faire de la pub pour les éditions du Cerf (pour des raisons que certains connaissent) et leur publication de 1992, Sainte Julienne de Norwich, Le Livre des Révélations. Quelqu'un va encore devoir me remercier comme il faut...

Et enfin, de façon plus importante, il y a un chapelet de sainte Julienne, assez populaire chez les Anglicans (qui ont un tas de chapelets, contrairement à ce qu'on pourrait croire) et dont vous trouverez une traduction anglaise dans le premier lien.

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lundi 19 juin 2006

296. macédoine du lundi

Aujourd'hui est un grand jour à célébrer avec GayAnglican, puisque notre cher Jean-Marc, qui fait partie de l'Église Épiscopalienne (la branche américaine de l'anglicanisme), peut se réjouir de l'élection d'une femme, Mgr Katharine Jefferts Schori, évêque du Nevada, à la présidence (on dit la primature) de son Église, en remplacement de Mgr Griswold (tous les deux sur la photo). Ce qui fait d'elle la première femme à siéger dans le collège des Primats de la Communion Anglicane, alors que bien d'autres Églises anglicanes ne pratiquent même pas l'ordination des femmes prêtres.

Bien sûr, cette élection est d'abord le signe que de plus en plus en plus de femmes sont reconnues pour leurs qualités en tant que diacres, prêtres et évêques dans l'Église Épiscopalienne. Mais j'y vois aussi le fait que l'épiscopat américain n'a pas craint les pressions d'autres Églises-soeurs. On sait, par exemple, toutes les difficultés de l'Église d'Angleterre (fondatrice de l'anglicanisme) à accepter l'accession des femmes à l'épiscopat (alors qu'elle les accepte au sacerdoce, ce qui rend la situation particulièrement illogique).

Et, curieusement, j'ai tendance à croire que les femmes (et donc les évêques féminins) sont moins homophobes que les hommes... Quelqu'un m'écrivait l'autre jour que je rêvais complètement: que veux-tu, disait-il, qu'une hiérarchie épiscopale catholique entièrement masculine soit d'autre que sexiste et homophobe? Je pense de plus en plus que la question de la place de la femme est liée à celle de l'homosexualité. D'ailleurs, n'est-il pas vrai que le principal reproche que l'on fait aux homo c'est justement de se féminiser?

Autre sujet de réjouissance, les quelques 3 millions de participants (selon la police) à la Gay Pride de Sao Paulo, au Brésil. Dans un pays où l'on a encore dénombré près de 90 meurtres homophobes en 2005, la tenue d'une telle manifestation est importante. Quelle fête ça devait être!

Par contre, je termine avec une semi-bonne nouvelle (la fameuse question de la bouteille à moitié pleine). Il s'agit de la libération d'une douzaine de jeunes homo de la prison centrale de Yaoundé, au Cameroun. Bien sûr, je me réjouis pour eux. Mais au récit de ce qu'ils ont vécu en prison (et de ce qui arrive à d'autres homo encore en prison, probablement des dizaines), je frémis d'indignation. Déjà, il y a cette arrestation pour motif d'homosexualité. Mais aussi les viols (par les gardiens et par les autres détenus). Frappés, torturés, affamés, humiliés, insultés. Certains étaient en sang à leur procès. D'autres pouvaient à peine marcher en sortant de la prison.

C'est de la barbarie, ni plus ni moins. Et sur ce point là, il est tout de même bon de rappeler à ces gens, s'ils sont Catholiques, que si l'Église n'approuve pas la pratique de l'homosexualité, elle s'oppose à toute haine et tout mauvais traitement des homo. La persécution des homo est un péché: c'est dans le catéchisme.

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mercredi 14 juin 2006

295. courage ou bien témérité

En lisant le toujours sympathique BaptizedPagan, j'apprend que l'archevêque de Boston, le très ultramontain cardinal Sean O'Malley (un Franciscain qui a succédé au cardinal Law quand ce dernier a été contraint de s'enfuir la queue basse au Vatican) a lancé une série d'offices de Prière pour la Conversion et l'Espérance (Prayer For Repentance and Hope).

On ne peut pas être vraiment catholique sans une certaine dose de ritualisation. Bien sûr, c'est souvent moins mystagogique que chez les Orthodoxes et probablement moins orné que chez les Anglicans. Néanmoins, il a quelque chose de fondamentalement catho à créer un office, une cérémonie dont le déroulement va réaliser la parole prononcée. Mais je ne vais pas vous refaire une théologie du sacrement...

Dans le cas du cardinal O'Malley, il s'agit pour lui de se rendre dans une série de paroisse. D'y arriver sans grande pompe et relativement solitaire. De s'avancer en silence vers l'autel, puis de se prosterner à plat ventre (avec souvent une douzaine de prêtres), comme pour les ordinations sacerdotales ou les professions monacales... Et surtout d'entendre une des victimes des prêtres pédophiles lire la Prière pour la Conversion et l'Espérance.

En voici une traduction perso: Pardonne-nous pour les péchés de nos évêques. Pardonne-nous pour les péchés de nos prêtres. Pardonne-nous pour avoir accablé ton peuple. Pardonne-nous pour nos manques de réaction. Et il y en a toute une litanie.

On peut aussi trouver, sur le site de l'archidiocèse, une prière en anglais et que les fidèles sont invités à la réciter à leur tour "en neuvaine".

J'imagine bien l'intensité de ces prières... Rien qu'à l'idée de voir un cardinal prostré pendant qu'on demande pardon pour les péchés des évêques... C'est sûr que ça doit être intense et vrai. Et il fallait certainement du courage au cardinal O'Malley. Tout comme il a fallu du courage à Jean-Paul 2 pour demander pardon au nom de l'Église lors de cette cérémonie historique de mars 2000.

Néanmoins, je me demande s'il ne fait pas preuve aussi de témérité. Ainsi, par exemple, je ne suis pas sûr que Benoît 16 serait d'accord avec ce genre de démarche. On sait qu'intellectuellement, cette idée de faute collective et de pardon collectif ne cadre pas du tout avec son univers mental. Ainsi, il avait exprimé des réserves sur le geste de Jean-Paul 2 et lui, personnellement, ne l'aurait pas fait. On l'a bien vu aussi à Auschwitz-Birkenau, quand il ne lui est pas venu de parler de responsabilité collective du peuple allemand mais plutôt d'insister sur le fait que tout un peuple a été entraîné par une bande de criminels. Le grand rabbin de Rome et celui de France ont écrit des articles pour exprimer leur inquiétude et dire qu'ils avaient l'impression que la position du pape était en recul par rapport à celle de JP2...

Deuxième chose qui me chiffonne: c'est toujours un peu gênant de demander pardon à la place des coupables. Car, après tout, le cardinal Law est toujours en vie. De même que les prêtres pédophiles qu'il a protégés... Et, à ce que je sache, ils n'ont pas encore demandé pardon. Comment logiquement s'adresser aux victimes et leur demander de pardonner sans offrir de condamner les coupables? C'est un peu curieux...

Autre sujet d'inquiétude, cette fois dans la bouche des victimes: et la réparation? Je sais qu'en Europe nous ne vivons pas dans la logique dévastatrice des procès en dommages et intérêts, comme c'est le cas aux États-Unis. Mais à la sortie de la cérémonie, on pouvait voir certaines banderoles tenues par des victimes qui disaient en substance: C'est hypocrite de la part du cardinal O'Malley de demander pardon aux victimes tout en payant des avocats pour qu'ils obtiennent de leur verser le moins possible sinon rien en dommages et intérêts.

Enfin, le cardinal O'Malley, la même semaine où il demandait pardon pour des fautes commises par son prédécesseur, se retrouvait... à commettre les mêmes. On lui reproche notamment de ne pas avoir écarté le directeur d'un hopital catholique, un homme lourdement suspecté de harcèlement sexuel vis-à-vis de ses employées. Dans l'article que vous pouvez lire, le cardinal s'est contenté de le réprimander, à la grande fureur des victimes. Finalement, devant le choc, il démet l'homme en question. Mais le mal est fait: le cardinal n'est-il pas exactement du même bois que son prédécesseur? à penser au scandale au lieu de penser d'abord aux victimes?

Quand on sait qu'il n'a pas voulu qu'on mette des femmes dans la liste de ceux dont il devait laver les pieds le Jeudi-Saint (alors qu'on le fait depuis 20 ans dans l'archidiocèse)... Il va avoir du mal à faire croire qu'il prend la défense des droits de la femme sérieusement.

Alors qu'il mène une campagne tous azimuts contre la mariage homosexuel, voilà qu'il couvre un véritable prédateur sexuel qui profite de son autorité pour s'octroyer du sexe avec ses employés. Tout ça fait "tache" pour quelqu'un qui prétend défendre la famille...

Donc, son geste de pénitence est-il courageux ou téméraire? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il pourrait n'être qu'un coup d'épée dans l'eau.

Pour ma part, je voudrais aussi qu'il demande pardon pour avoir peu subtilement suggéré qu'il y a un lien entre homosexualité et pédophilie, et surtout pour avoir les yeux fermés appliqué les mesures vaticanes pour écarter les séminaristes homosexuels (ici encore soi-disant pour combattre la pédophilie)...

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mardi 13 juin 2006

294. le calvaire du pessimiste

Voilà, de nouveau. J'ai eu raison d'être pessimiste. Je me suis réjouis trop tôt.

Je vous parlais hier de la réponse du cardinal McCarrick de Washington à une question posée sur le mariage gay. (transcription de l'interview sur CNN) Selon ses propos, s'il est hors de question que le mot "mariage" soit utilisé pour autre chose que l'engagement sacré entre un homme et une femme, il comprend que l'État intervienne pour protéger les familles, même celles qui ne vivent pas en accord avec les vues officielles de l'Église. Et donc, je traduisais hier comme l'a fait le journaliste de l'interview: vous pourriez, monsieur le cardinal, accepter l'existence des unions homosexuelles si elles ne s'habillent pas dans les vêtements du mariage hétéro... Et là, stupeur: le cardinal dit "oui"... D'où ma remarque d'hier.

Hélas, entendant les commentaires à cet acte d'une incroyable ouverture d'esprit (d'accord, j'avoue que j'ai le sarcasme un peu lourd), le bon cardinal a senti qu'il se devait très vite de démentir tout soutien à une quelconque forme d'union homosexuelle. Voici un article où l'on reprend ses dénégations embarrassées.

Les milieux catholiques homophobes ont aussi réagi (lire la suite de l'article dans Beliefnet): le cardinal n'est pas en faveur des unions homo, (quelle horreur!) il veut juste admettre du bout des lèvres l'existence d'une protection des partenariat homo (limited support to same-sex partnerships). En gros, quelques droits limités accordés au concubinage entre gay.

Si j'étais désespéré, je dirais: youpiiie, grande victoire, puisqu'on accepte qu'il y ait une protection des couples homo alors que dans beaucoup de discours ultramontains on refuse toute reconnaissance légale du couple homo, même la plus faible.

Mais je ne suis pas dupe. Je regarde les évêques du monde entier et je les entend redire: l'amour homo n'existe pas, ce n'est qu'un pseudo amour. Donc ce que je croyais être l'ouverture d'une porte se révèle n'être qu'une toute petite fenêtre à peine entre-ouverte.

La conclusion de ma note d'hier était donc bien exacte. C'est tellement triste d'avoir raison quand on est pessimiste.

Mais passons à d'autres sujets plus réjouissants dans l'actualité:

Le juge espagnol qui mène la lutte anti-terroriste contre l'ETA rend public le fait qu'il est homo et marié. On peut lire ici. Et un point en moins pour ceux qui croient que les pédé manquent de couilles et qu'ils ne pensent qu'à baiser et à dépenser leur fric dans une vie superficielle.

Ce cher Nicolas Sarkozy a dîné avec Amelie Mauresmo et sa compagne et, dit-il, certaines réalités lui sont apparues autrement. Merci à ces dames de l'avoir reçu à dîner et d'avoir enduré ce calvaire. Mais, si elle veulent bien, j'ai encore toute un liste d'homophobes qu'elles pourraient inviter un de ces jours... Si ça ne les dérange pas trop, bien sûr... Avec les propos récents de Ségolène Royal sur les unions homosexuelles (alors qu'elle-même vit "dans le péché" avec François Hollande), on dirait qu'il y a comme un frémissement en France... Lire l'artcile du Monde ici. N'empêche que je suis curieux de voir comment vont réagir les évêques de France... Amélie, vous pourriez organiser un repas pour quelques centaines d'évêques?

On sait que les Juifs croient en la loi du talion ("Oeil pour oeil, dent pour dent.") Mais ce n'est rien à côté de la fureur des Juifs homosexuels (qui sont plutôt du genre "Pour une dent, toute la gueule.") J'ai reçu quelques messages d'amis juifs homo new-yorkais qui n'ont pas caché leur ire vengeresse après l'agression de Kevin Aviance, la Grande Folle Suprême locale (très copine avec Janet Jackson et Madonna, un peu aussi avec Lil'Kim), une personne que j'admire et que je respecte absolument (voir la photo). Non seulement une vraie grande diva du spectacle, mais (dans la tradition américaine) un défenseur acharné des causes humanitaires, et pas seulement dans le milieu gay. Qu'une agression homophobe d'une telle violence ait pu se dérouler à New-York, en plein Village (normalement, un vrai sanctuaire pour les homo, et surtout les homo juifs), presqu'à l'heure de pointe... Si j'étais les agresseurs, je ferais attention à mes couilles parce qu'il y a un paquet de folles qui vont arriver pour me les arracher avec les dents!



Devant l'homophobie romaine dominante, je bénis le Ciel qu'une série d'homophiles catholiques de la base se disent qu'ils doivent faire "quelque chose". Encore un exemple: le témoignage direct de certains homo ou de leurs parents dans des paroisses. Evidemment, l'article est américain. Mais je sais que ça se passe de plus en plus... Comme ils disent: bien sûr, nous n'atteindrons pas Rome, mais nous plantons des semences de moutardier...

Avec l'aide importante de leurs amis du reste de l'Europe, les gay polonais ont réussi à manifester pour la première vraie Gay Pride de Pologne. Ce qui a fait dire à un ministre du gouvernement: «si les choses continuent comme ça, il faudra bientôt reconnaître des droits de l'être humain pour les chimpanzés et les gorilles». On peut me rappeler qui est en charge de l'évangélisation de la Pologne?

Enfin, voici un court article sur un jeune théologien catholique et homo, Brian Flanagan, 28 ans (sur la photo), né dans la foi catholique depuis le berceau, ouvertement gay et qui assure qu'aucune décision vaticane ne réussira à lui faire quitter son Eglise à cause, dit-il, de la formidable richesse qu'il y trouve quand elle parle du Christ et de Dieu. Un petit article à lire. J'ai hâte de voir ce qu'il va écrire, une fois ses études terminées. J'aime bien aussi l'oeuvre d'art qui est sur la photo.


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lundi 12 juin 2006

293. courage à reculons

C'est tout de même curieux comme certains cardinaux se mettent à dire vraiment ce qu'ils pensent et à avoir du courage au moment où ils prennent leur retraite.

Par exemple, la sortie du cardinal Carlo-Maria Martini, ancien archevêque de Milan, à propos de l'usage du préservatif... Usage qui, selon lui, ne serait pas immoral s'il s'agit de protéger le partenaire du sida, surtout s'il s'agit de son conjoint. Fureur du cardinal Trujillo, en charge du "ministère" (on dit dicastère au Vatican) de la Famille, qui est resté juste à la limite de dire que Martini est sénile...

Autre exemple, le cardinal Theodore McCarrick, archevêque quasi-émérite de Washington D.C., (sur la photo) qui déclare pour NBC et Associated Press, qu'il n'est pas hostile à des unions civiles de même sexe, et même qu'il comprend bien que ce soit le rôle de l'Etat de protéger les familles, même celles des homo...



Je suis sûr que l'hôte de la Maison Blanche, l'empereur à vie du Bushistan (dont c'était l'anniversaire hier, je crois), a grincé des dents quand on lui a rapporté ces propos.

Probablement que le cardinal McCarrick a mieux compris que d'autre le document de la conférence épiscopale américaine qui disait en 1997 que "the teachings of the Church make it clear that the fundamental human rights of homosexual persons must be defended" (trad. perso: l'enseignement de l'Église établit clairement que les droits fondamentaux des personnes homosexuelles doivent être défendus). Je suppose qu'il a mieux compris que d'autres jusqu'où vont ces droits fondamentaux...

Néanmoins, vu le climat actuel dans l'Eglise, je me dis ceci: Ou bien le cher émérite empourpré a grillé un plomb, ou bien il s'est lancé dans la rébellion totale à l'approche de sa mise à la retraite, peut-être par fidélité (tardive?) à ce qu'il a découvert sur le terrain de son service pastoral. Quand on pense que, sur le sujet des unions civiles, Benoît 16 dit exactement le contraire (et notamment qu'il faut que les hommes politiques catholiques s'opposent de toutes leurs forces à toute reconnaissance d'union homosexuelle) et quand on sait à quel point le pape trouve que toute forme de reconnaissance d'une union homosexuelle est le signe d'une éclipse de Dieu, comme il dit....

Comme j'aimerais que ce mouvement s'intensifie: celui de cardinaux ou d'évêques retraités qui, enfin, osent tenir tête aux christianistes et aux homophobes, et qui montrent qu'ils ont appris quelque chose de leur amour pour leur peuple, y compris les exclus...

Hélas, avec un peu de malchance, on va bientôt lire un communiqué dicté par le Vatican et disant que le bon cardinal retire tout ce qu'il a dit et que ce sont les journalistes (les vilains) qui ont mal rapporté ses propos...

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dimanche 11 juin 2006

292. l'avis du rabbi

"Personne ne vous fera sentir inférieur s'il n'a d'abord obtenu votre consentement", disait Eleanor Roosevelt (No one can make you feel inferior without your consent.). Voilà des décennies que j'ai rencontré cette phrase, je ne sais plus où. Je sais que madame Roosevelt entendait d'abord donner du courage aux femmes. Plus tard, cette phrase (et ce qu'elle suppose d'affirmation joyeuse de soi), a été reprise par de nombreux mouvements d'émancipation: ches les Afro-Américains tout d'abord et puis les gay plus récemment. Je ne peux que vous rappeler le rôle déterminant de cette grande dame dans la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, ratifiée en 1948 par les Nations-Unies (aussi un de ses "bébés").



Une phrase qui mériterait d'être inscrite dans le marbre en lettre d'or. Et dans ces semaines où fleurissent les Pride Parade, je vais l'utiliser comme mantra de prière et de guérison, en particulier pour les cathogay.

Ces mots d'Eleanor Roosevelt me sont revenus en mémoire en lisant un article publié par le rabbin Mark Glickman (sur la photo) dans le quotidien The Seattle Times d'hier. Il faut savoir que l'Etat de Washington (en haut à gauche sur la carte des USA) a rejeté par vote un de ces fameux amendements introduit par des christianistes pour empêcher l'extension des droits du mariage aux gay.



Le bon rabbin, comme la plupart des Juifs, ont tendance à laisser les Chrétiens se débrouiller entre eux dans leurs querelles et leurs interprétations de la Bible. Même si, souvent, ils écrivent dans leurs revues que certains Chrétiens font dire aux Ecritures Saintes absolument n'importe quoi, et même le contraire de ce qu'elles disent.

Mais dans le débat récent sur le mariage gay, le rabbin Glickman a trouvé qu'il fallait intervenir pour sauver la Bible.

Dans l'article, il rappelle tout d'abord que les deux articles du Lévitique souvent utilisés contre les gay (Lv 18,22 et Lv 20,13) ne concernent que les hommes. En toute justice, il faudrait au moins reconnaître que la Bible ne dit absolument rien contre les lesbiennes.

Mais le point qui m'a fait sursauter, c'est que le bon rabbi rappelle que ces deux interdictions ne concernent pas les homo mais bien les hétérosexuels. En effet, logiquement, la Bible ne sait rien des découvertes sur l'orientation sexuelle et donc l'homosexualité. Dès lors, les interdits qu'elle prononce ne s'adressent pas aux homo mais bien aux hétéro. C'est donc bien aux hétéro qu'il est interdit de faire autre chose que ce qui correspond à leurs engagements d'hommes mariés à des femmes.

Enfin, dit-il, troisième point important: quand on lit ces textes dans leur ensemble, ils n'interdisent pas l'homosexualité mais bien la promiscuité, c'est à dire la vie sexuelle en dehors de tous liens matrimoniaux. De manière évidente, dit le rabbin, si l'on veut lire le texte littéralement, s'il est bien interdit à un homme de coucher avec un homme comme il coucherait avec une femme, il faut donc que ceux qui veulent coucher avec d'autres hommes le fassent d'une autre manière que celle qu'ils utilisent avec une femme.

Le texte, insiste-t-il, n'empêche aucunement les relations affectives, romantiques et même sexuelles entre hommes. Il dit simplement qu'elles ne doivent pas singer les relations homme-femme. Et peut-être, dit-il encore, la Bible suggère-t-elle que les hommes qui s'aiment feraient bien de trouver un mode sacré d'unir leurs vies qui ne soit pas une simple imitation du lien homme-femme.

Il conclut en disant (la traduction est de moi, désolé): Ce que j'ai appris avec les années me fait croire que l'appel que Dieu nous lance est de traiter chacun avec dignité; que Dieu nous a créés chacun pour une raison particulière; et que dans ce monde de familles brisées et d'engagements non respectés, Dieu a de l'estime pour les relations stables, aimantes et engagées, entre personnes de toutes sortes, même entre celles de même sexe.

(soupir) Il est vraiment bien ce rabbin. Que Dieu tourne sa face vers lui, et lui apporte la paix. Et j'espère que ses fidèles de Bainbridge Island savent la chance qu'ils ont de l'avoir. Mais ils doivent un peu s'en douter, puisque l'un des magazines du judaïsme américain l'avait désigné en 2000 comme "l'une des 20 personnalités à suivre pendant ce siècle"... Bel hommage...


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samedi 10 juin 2006

291. miscellanée du samedi

Quand j'ai un "vrai" samedi matin, j'en profite pour mettre un peu d'ordre dans tout ce qui est "en attente". Et ces derniers jours, il y avait de quoi attendre. Ceci dit, voici quelques petites perles pour mon chapelet du samedi...

Je commence avec ma première rencontre avec le terme christianiste. Je connaissais bien sûr le terme islamiste, et donc quoi de plus logique qu'un jour la version chrétienne soit forgée. Il s'agit donc bien, comme dans le cas de soi-disant musulmans, de soi-disant chrétiens qui utilisent leur foi religieuse comme d'une arme politique.

J'ai trouvé ce terme, que je vais adopter illico, dans un article du Los Angeles Times, un journal bien sûr souvent "californien" mais qui a aussi souvent sinon plus des analyses pointues en terme d'éthique.

L'article parle de l'obsession du président Bush à propos du mariage homo, comme s'il n'y avait rien d'autre de plus important dans son agenda. Mais, avec le pli qui est celui de ce blogue, il y a des réflexions de l'article que je pourrais tout aussi bien faire pour l'Eglise Catholique.

Ainsi, souligne l'article: les défenseurs du mariage hétéro rappellent tout le bien qu'ils en pensent. Ils insistent pour dire que c'est une institution sacrée, qui veut que l'homme et la femme s'engagent l'un envers l'autre par un lien fort et reconnu par la société.... Tout cela est bel et bon, évidemment.

Mais, dit encore l'article, où est le problème? Les hétéro ont déjà le mariage et il est protégé dans tous les pays du monde! Cette belle et grande institution n'est aucunement menacée. Elle ne court aucun danger, sauf bien sûr par les comportements des hétéro eux-mêmes à cause d'attitudes comme l'infidélité, l'adultère, le refus de s'engager, le manque de respect pour le conjoint, la violence conjugale, etc.

Par contre, les homo n'ont pas la possibilité de se marier. Et récemment ils la demandent. Et là, surprise, on entend des arguments du genre: donner à d'autre ce que nous avons, c'est comme le perdre... Beau sens du partage... Je trouve que ça ressemble à la crise d'un enfant qui voit arriver un frère ou une soeur plus jeune et qui refuse de partager ses parents avec le nouveau bébé...

Mais, pense l'auteur de l'article, le fond du fond de l'affaire, la pensée that dares not speak its name, qui ne s'assume pas en tant que telle, c'est que ce n'est pas l'amour entre deux hommes ou deux femmes qui gêne le président Bush, ou le pape ou tous les christianistes (j'aime vraiment bien ce terme), mais c'est ce qu'ils feront dans leur lit pour consommer leur union.

Qu'on arrête alors de dire que le débat porte sur la défense du lien sacré du mariage et qu'on admette que le fond de l'affaire, c'est une question de pratique sexuelle. Je parie un kilo de pralines de chez Marcolini que si les gay disent qu'ils veulent le mariage mais qu'ils promettent de ne pas baiser, bien des opposants au mariage gay perdraient leurs arguments. Des homo totalement chastes et abstinents ne gênent absolument personne évidemment. Disons-le une bonne fois pour toute: dans l'esprit des christianistes, il n'y a pas d'homosexualité tant que les gens ne baisent pas. L'homosexualité comme orientation sexuelle, avec toute sa vie affective, sociale, spirituelle, et même communautaire, n'existe pas car l'homosexualité n'est pas une affaire de sexualité mais seulement de sexe, disent-ils.

Le fond de l'affaire, ce n'est pas le mariage, c'est bien l'amour: est-ce que deux hommes ou deux femmes qui s'aiment (et se le montrent dans l'intimité sexuelle) ont le droit de le faire, oui ou non?

Ce que le message actuel des christianistes affirme implicitement est le suivant: le monde nous convient parfaitement sans que nous ayons à reconnaître votre existence, à vous les minorités sexuelles, et si vous ne voulez pas retourner dans vos placards, on va vous y remettre de force. En gros, retournez à votre vie de cafards et de rats, à vos débaûches d'alcoves et de buissons. Mais arrêtez de vouloir des vies de couple ou de famille en pleine lumière.

Autre petite perle d'aujourd'hui: le 25ème anniversaire de la découverte du virus du sida, le 5 juin 1981. Je me souviens très bien du jour où j'en ai discuté la première fois. J'étais à une terrasse avec un ami Africain qui se plaignait du racisme de certains articles de presse suggérant que cette nouvelle maladie venait d'Afrique.

Et je pensais en moi-même: et que dire des articles qui parlent de la peste gay (je vois encore la caricature de Reizer, je crois, dans le Nouvel Observateur). Le déchaînement des christianistes (pour voir dans le sida une punition divine contre la débaûche des sodomites) a probablement été un des plus vifs moments d'homophobie ces dernières décennies.

Je me souviens aussi d'avoir pensé: cette maladie va nous tuer tous, tellement je croyais tout et n'importe quoi. Par exemple qu'elle n'atteignait que les homo, et seulement par simple contact, comme la peste.

Des chiffres que j'ai trouvé ce matin dans l'article: près d'un demi-million de morts depuis 25 ans, rien qu'aux Etats-Unis. Et parmi ces Américains, près de 250 mille hommes décédés, la plupart homo et jeunes. Dans le monde, on parle de 25 millions de morts... Mais comme il ne s'agit que de sales nègres et de sales pédé, pourquoi s'en faire, n'est-ce pas?


 

Enfin, comme les beaux jours reviennent, et qu'avec eux nos rues vont se remplir de délices pour les prunelles, je vous laisse avec un petit site qui vous fera soupirer. Vous aurez tout compris en lisant le titre: The Most Beautiful Man. Et comme le Mois Sacré du Mondial a commencé, voici une photo tirée de ce site, celle du très décoratif portugais Cristiano Ronaldo, surnommé la Perle de Madère, on se demande pourquoi et qui est passé des rues de la belle île pour évoluer au Manchester United.

Bon week-end.

 

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jeudi 8 juin 2006

290. dans la main des pandores

Je ne vais pas vraiment commenter l'affaire lamentable d'un haut-gradé vatican qui s'est fait prendre à engager les services d'un transexuel dans la banlieue romaine. C'est bien sûr une affaire suprêmement embarassante de plus pour le Vatican. D'autant plus qu'avec l'énergie du désespoir, la salle de presse du Vatican a essayé pendant près d'une journée de démentir l'information et d'accuser le fameux "méchant" lobby de "méchants" anti-catholiques qui inventent des ragots sur de vrais braves gens innocents.

Mais il a bien fallu qu'ils se rendent à l'évidence: ce prêtre de 48 ans a bien été dans une zone "chaude", pour engager un prostitué transexuel (travesti?). Il a bien été arrêté par la police pour s'être battu avec les pandores (dont il a blessé l'un ou l'autre) alors qu'il a voulu s'enfuir.

Or, l'homme n'est pas n'importe qui: il est dans l'équipe des cérémoniaires du Vatican, ces grands maîtres des cérémonies pontificales que l'on voit toujours tout près du pape, à commander d'un mot ou d'un geste même les cardinaux, les rois, les plus hautes personnalités du monde. Ils ont un pouvoir énorme, comme tous les maîtres de cérémonie, mais surtout ils sont supposés être absolument irréprochables.

Vous pouvez lire les détails de cette affaire sordide dans le site du magazine italien Panorama, parfois friand de détails sur les dessous du Vatican, à la date du 22 avril dernier. Et merci au ouèbemestre de +Venerabilis+ (qui anime un forum pour prêtres catholiques) de partager cette info.

Non, ce qui m'énerve, ce n'est pas le faux-pas de cet homme proche du sommet de la hiérarchie. Il y en aura toujours et je n'ai pas envie de jouer les fouilles-merde. Ce qui m'agace, c'est le fait que plus que probablement les homophobes actuellement au pouvoir dans l'Eglise Catholique vont encore assimiler la question homosexuelle à ces scandales et croire qu'ils peuvent juger tous les homosexuels du monde sur base de ces affaires.

Sans parler du fait que je suis assez énervé qu'une fois de plus, on parle de scandale homosexuel sans qu'on ait la moindre preuve que les prêtres pris à engager des prostitués ou dans des affaires de pédophilie sont vraiment des homosexuels. Chacun sait aujourd'hui que les hommes qui, dans toutes les villes du monde, paient les services de travestis ou de transexuels sont rarement des homosexuels mais le plus souvent des hétéro qui ont des problèmes dans leurs relations sexuelles avec les femmes. Donc, je ne serais pas du tout surpris que ce prêtre soit tout sauf homo.

Est-ce qu'on dit que les prêtres arrêtés dans un bordel ont été pris dans un scandale hétérosexuel? Non, vous voyez bien le préjugé rien que dans la manière de s'exprimer. Néanmoins, la chasse aux pédé va reprendre de plus belle, je parie.

D'ailleurs, à mon humble avis, un prêtre qui étale deux ou trois policiers dans une bagarre... ouais, ça m'étonnerait que ce soit une tapette... Non, mon instinct me dit de plus en plus que cet homme pourrait bien être un hétéro.

Mais au-delà de cet énervement, il y a une vraie inquiétude. Je la trouve en lisant le chapeau de l'article (que je vous traduis):

Les embarras du Saint-Siège se multiplient, avec de trop nombreux scandales de prêtres impliqués dans des scandales homosexuels. C'est pourquoi on a créé une commission mixte (entre le Vatican) et la police (italienne).

Comment ça, une commission mixte? Qu'est-ce que ça veut dire au juste? Elle va faire quoi, cette commission? Car on peut imaginer le pire. Par exemple: la police dénonçant au Vatican les prêtres homo qu'elle a réussi à repérer. Ou bien le Vatican obtenant de la police d'être prévenus avant la presse pour arriver à étouffer les affaires.

De nouveau: s'il s'avère que ces scandales n'impliquent pas des homo (au contraire) et que les mesures prises tombent sur eux, il y a une fameuse injustice. C'est le même schéma que le scandale des prêtres pédophiles: des prêtres (le plus souvent hétéro) abusent de jeunes garçons ou filles, et ce sont les séminaristes homo qui trinquent. Il y a des livres entiers sur l'histoire de l'anti-sémitisme et qui expliquent bien le processus.

Peut-être que je suis paranoïaque, mais le fait que les autorités de l'Eglise Catholique aient créé une commission de collaboration avec la police me donne froid dans le dos. J'imagine une commission semblable aux Etats-Unis ou dans d'autres pays... Sous prétexte de contrer la pédophilie, ou le viol, ou la prostitution, la porte est entrouverte pour des collaborations qui ne sentent pas la rose.

Et dans les couloirs du Vatican comme dans le monde catho en général, il devient de nouveau assez facile de liquider quelqu'un en le déplacardant ou tout simplement en faisant circuler la rumeur qu'il est homo. Si un prêtre homo se fait prendre, par exemple, à la sortie d'un sauna, à être amoureux d'un autre homme, ou tout simplement lors d'une manifestation en faveur des droits des homosexuels, voilà encore une belle arme dans la main de ceux qui convoitent sa place près du soleil.

J'ai beaucoup de respect pour la police, mais dans ce domaine je n'arrive pas à me sortir de l'esprit que cette commission mixte porte plus de risque qu'elle n'offre de solution.

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mercredi 7 juin 2006

289. éclipse de la pensée et du coeur

Je ne comprends vraiment pas d'où les homophobes actuellement au pouvoir au Vatican et parmi les cardinaux tirent que les unions entre homosexuels sont une agression violente contre la famille formée par un homme et une femme. Vraiment, ça me dépasse.

Je n'arrive toujours pas à saisir intellectuellement sur quoi on peut se baser (des études, des recherches, etc.) pour dire que deux homo qui veulent s'unir pour la vie dans un engagement exclusif et monogame, placé sous le signe de l'amour, sont un danger pour qui que ce soit. Et a fortiori en quoi ils font violence à qui que ce soit.

De plus en plus, j'entend des affirmations sans preuve, répétées par le pape puis les cardinaux jusqu'à s'en saouler (comme si la répétition et la force d'affirmation les rendaient vraies), selon lesquelles les unions homosexuelles sont un danger pour la société et pour l'institution du mariage. Pour un homme aussi rationnel que Benoït 16, tout cela frise l'irrationnel absolu. Pures spéculations nées de son ignorance. Une ignorance coupable? C'est en tous cas l'avis de certains.

Car ceux qui, comme moi, ont rencontré des dizaines sinon des centaines de couples homo ne voient absolument pas en quoi ces gens qui s'aiment sont un danger pour qui que ce soit. Les propos officiels de l'Eglise ne tiennent absolument pas la route devant la réalité de ces vies de couple. Et ne parlons pas du témoignage chrétien d'un tas de couples homo que j'ai rencontrés.

L'escalade verbale est, hélas, récemment montée d'un cran, à l'occasion de la préparation du voyage du pape en Espagne. On sait qu'il se rend au Congrés de Valence sur la famille. Et nul doute que, dans ses discours, ça va saigner pour nous les homosexuels.

Car maintenant, la terminologie officielle est la suivante: la consécration d'unions homosexuelles par les états qui les autorisent est un signe de l'éclipse de Dieu dans nos sociétés. En gros, plus les gens deviennent athées (et donc éclipsent ou évacuent Dieu de leur vie), et plus ils vont se mettre à reconnaître civilement les droits des homosexuels. Les unions homosexuelles étant bien sûr mises dans le même sac que la contraception et l'avortement (et déjà lier ces deux là est, je trouve, intellectuellement problématique).

Et les homo croyants alors? Et les Catholiques qui sont homosexuels et qui supplient qu'on reconnaissent leur existence? Et les couples homo qui vivent ensemble dans la foi et la prière? Et ceux qui voient dans leur sexualité un don de Dieu et l'occasion de lui rendre grâce? Voilà qu'il semble que le fait de tout simplement se dire homosexuel revienne à faire profession d'athéisme, selon notre bon pape. On ne peut promouvoir la cause homosexuelle sans, selon lui, écarter Dieu de sa vie (l'éclipser).

De nouveau, c'est clair et limpide: le discours actuel de l'Eglise Catholique ignore totalement le vécu des homosexuels catholiques. Il ne les connaît pas du tout. Il spécule et invente sur des fantômes sans substance et des peurs irraisonnées...

Il y a bien une éclipse de Dieu, à mon avis. Mais elle n'est pas là où le pape le croit: elle est là où la charité a disparu et où la diabolisation et la discrimination tient le haut du pavé.

Pour ceux qui veulent lire plus sur le sujet: dans Yahoo! News, dans La Croix, ou encore dans Le Nouvel Observateur. Et bien sûr un tout grand merci à mon sorbonnard favori pour m'avoir transmis cette info brûlante (un 6 juin 2006, qu'est-ce qu'elle pouvait être d'autres que brûlante?).

Posté par cathogay à 16:11 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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